Bonsoir, voici la suite de cette histoire, en espérant qu'elle vous plaise.
La veuve aux dents jaunes et à la face outrageusement maculée de poudre lui lança d'un regard coquin ;
-Il y a une multitude de cours dans l'année, vos élèves n'en sont pas à un près, n'est-ce pas ? Je vous prie, restez dinez !
-Je suis vraiment désolé madame, peut-être une autre fois. Le temps presse, je dois vraiment filer. Passez une bonne soirée, et transmettez mes salutations à Esther !
Madame Gilmoore afficha une mine dépitée, puis reprenant un air de grande séductrice, tendit sa main en avant, tout en bombant le torse pour mettre en valeur son semblant de poitrine. Le jeune homme ravala une envie de l'envoyer paître, mais se décida à lui faire un rapide baise main, avant d'attraper sa longue veste noire, et de s'enfuir au pas de course.
L'obscurité était désormais omniprésente, les journées se raccourcissait au fur et à mesure que l(hiver tenace de 1953étendait son royaume de silence sur tout le pays. Le jeune homme resserra l'écharpe autour de son cou, et marcha pendant de longues minutes pour rejoindre l'arrêt du vieil autobus qui le ramènerait chez lui. Tandis que les lampadaires s'allumaient de concert comme une farandole de lucioles ambrées, Harry réalisa qu'il avait oublié son parapluie chez les Gilmoore. Il pesta contre lui-même, rebroussa chemin en courant, et se posta sur le perron de la maison. Il attendit un instant, et décida d'ouvrir précautionneusement la lourde porte d'entrée, il saisit rapidement son pépin, et referma la porte dans le silence le plus complet. Il n'avait aucune envie de devoir parler de nouveau à la mère de son élève. Sortant d'un geste élégant sa montre à gousset, il réalisa qu'il était affreusement en retard. Harry reprit alors le petit sentier bordé de bouleaux au pas de course, et commençait à haleter péniblement. Il s'en voulut soudainement de ne pas avoir eu assez de détermination pour enfin commencer à faire de l'exercice. Apercevant au loin une vague tache sombre éclairée à la lumière d'un lampadaire, il comprit qu'il était trop tard. L'autobus était déjà là.
Il s'effondra alors brusquement, s'assit à même le sol, et jeta son chapeau melon aussi loin qu'il le put. Le vehicule carmin s'était arrêté pour la dernière fois de la journée, Harry était condamné à rentrer à pieds. Il lança au loin :
-Chienne de vie ! Pourquoi faut-il toujours que les choses prennent un tournant aussi épuisant ?
En guise de réponse, il se mit à pleuvoir. Sa mâchoire se décrocha, il n'en revenait pas. Alors que la colère montait en lui, il ramassa son chapeau, l'enfonça vigoureusement sur sa tête, et déploya son parapluie avant de le brandir vers les cieux comme s'il accusait l'univers entier de le persécuter. La pluie battante frappait à intervalles régulier sur le bitume et contre son pépin, comme pour donner le rythme à la symphonie de ses petits malheurs. Le froid s'insinuait lentement sous son manteau, il avait l'impression que deux mains glacées venait de lui saisir l'abdomen, et il n'y avait même pas la lueur des étoiles pour le réconforter. Les nerfs usés par le cahot de ces derniers jours, il ouvrit sa bouche pour crier, mais il n'en sortit qu'un lamentable éternuement.
-Misère de misère...
Le jeune homme ne voyait plus rien, ses lunettes étaient envahies par la buée, et par une multitude de petites gouttelettes d'eau. Il coinça son parapluie tant bien que mal entre son épaule et son cou, ce qui fit tomber son chapeau, qu'il ramassa, une fois de plus, et nettoya sommairement ses verres avec le revers de son tricot de laine. Quand il les replaça sur son nez, il frôla la crise cardiaque. Une silhouette se découpait sous le torrent de lumière que déversait un lampadaire à quelques pas de lui. Il cria :
- mais non de non, ne restez pas sous la pluie !
Voilà pour ce soir, à demain pour la suite.
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