Auteur: Elbée

Rating: M

Warning: Slash HPxDM Lemon UA

Rythme de publication : Un dimanche sur deux

Je suis soufflée par le nombre de reviews reçues sur le premier chapitre ! Pratiquement trente ! Très franchement, pour vous dire la vérité je ne m'attendais pas à en recevoir beaucoup pour diverses raisons (notamment le fait qu'il s'agisse d'un UA, que je pars un peu dans mon délire vampire/loup-garou qui n'est pas forcement au goût de tout le monde, avec des chapitres un peu 'pavés'... ^^), donc bref : MERCI ! Merci mille fois, vous n'avez pas idée à quel point vous me faites plaisir en me laissant vos petits mots =) Bien-sûr je tiens à répondre à chacun d'entre vous... ! Les réponses individuelles aux reviews sur ma page profil (cliquez simplement sur mon pseudo;)... D'ailleurs si vous avez la moindre question/suggestion surtout n'hésitez pas, je vous répondrais !

En espérant que ce second chapitre vous plaise, je vous dis à dans 15 jours ! =)


Plus Que Du Gris

Chapitre 2 : Enchaîné


Les sons autour de lui étaient comme devenus étrangement sourds, comme s'il avait été plongé dans une bulle sous l'eau, et Harry ne parvenait plus à détacher son regard du blond qui le regardait à présent d'un drôle d'air.

Il n'avait pas non plus réagit au petit cri de surprise qu'avait poussé Hannah lorsque le verre avait éclaté dans ses doigts sous la force de sa main crispée. C'était comme si le temps s'était tout simplement arrêté et que son cerveau grésillait comme un vieux tourne-disque sur un vinyle rayé.

Enchaîné à un vampire. Il était enchaîné.

Il n'avait nul besoin d'étudier avec précision la nature des sensations qu'il ressentait en cet instant, cet étrange lien qui semblait déchirer son cœur et cette étrange odeur qu'il sentait, comme si tout en le vampire devant lui l'appelait. Il comprenait à présent parfaitement ce qu'avaient voulu dire ses aînés par 'tu sauras immédiatement si tu es enchaîné'. Quelque chose au plus profond de son être, son loup intérieur, le savait, et il se sentait incapable de réagir tant cette information le paralysait.

C'était tout simplement impossible. Impossible.

Il devait y avoir erreur, quelque chose. Non, il ne pouvait pas être enchaîné à un foutu vampire ! Quel genre de blague cela pouvait-il être ! C'était tout simplement inconcevable ! Jamais, jamais il n'avait entendu telle chose. Il était d'ailleurs parfaitement certain que c'était impossible. C'était tout simplement contre nature, il devait être entrain de faire un cauchemar.

Et pourtant, il le savait, tout était bien trop réel pour qu'il puisse s'agir d'un simple cauchemar. Malgré cette étrange impression d'être dans une bulle qui persistait, il savait au plus profond de lui-même qui c'était bien la vérité.

Non, non...

Tout sauf ça par pitié, qu'avait-il fait pour mériter cela !

Il eut conscience que quelqu'un appelait son prénom sur sa droite, que quelques personnes commençaient à murmurer des choses devant son regard absent et que Draco le fixait à présent d'un drôle d'air, les sourcils froncés, se demandant probablement ce qui pouvait bien prendre le jeune loup-garou.

Tel un robot, Harry cligna des yeux et fit demi-tour afin de quitter le bar, ouvrant la porte de l'arrière-salle d'un geste saccadé, sans jeter un dernier regard derrière lui. Quelqu'un l'appela à nouveau d'une voix forte –c'était Hannah, nota son cerveau avant d'oublier rapidement l'information– , mais il n'en avait cure et sortit précipitamment dehors, dans l'arrière-cour où sortaient les employés de la boîte lorsqu'ils prenaient leur pause.

Quelques uns s'y trouvaient d'ailleurs, fumant une cigarette en échangeant quelques banalités avec leurs collègues, et Harry les ignora, faisant quelques pas avant de s'effondrer dos au mur, glissant lentement jusqu'à ce qu'il touche terre, ses jambes tremblantes refusant de le supporter plus longtemps.

Il desserra ses doigts fermés dont les jointures avaient blanchi tant il avait fermé ses poings avec force, et massa fébrilement les paumes de ses mains dans lesquelles ses ongles avaient tatoués des petites demi-lunes douloureuses.

Son cerveau refusait d'assimiler l'information qui le martelait : enchaîné à Draco. Enchaîné à un vampire. Un vampire. À UN PUTAIN DE VAMPIRE !

-RAAAAH ! » S'exclama t-il avec rage, frappant avec force le sol de son poing gauche, créant un petit cratère dans le bitume qui se fissura sous la force du coup.

Harry était pantelant, et sa respiration forte et lourde sortait par à-coups comme s'il venait de courir un marathon.

Quelques employés lui jetèrent de drôles de regards, certains effrayés d'autres courroucés, que Harry ne vit même pas.

Son incompréhension qui s'était mue en rage poursuivit sa transformation et devint enfin désespoir. Il était perdu. Qu'allait-il bien pouvoir faire ? Devait-il en parler aux autres ? Pourraient-il trouver une solution pour le sortir de cette impasse ? Allaient-ils pouvoir...

-Potter ! » Rugit une voix grave qui lui fit tourner subitement la tête.

Dans l'encadrement de la porte qui menait à l'arrière cour se tenait son patron, un homme aux larges épaules et au crâne rasé, qui avait toujours eu un peu l'air d'être un trafiquant d'armes ou un ancien détenu de prison il inspirait à la plupart des gens une sorte de crainte mêlée de respect, en tout cas, il ne passait pas inaperçu. Il arborait de grands tatouages sur son biceps gauche, et possédait un cou aussi large que la cuisse de Harry. En cet instant il avait l'air très peu amène en fait il fulminait.

-Potter ! Qu'est-ce que tu fiches ! » Continua t-il en levant un bras vers le ciel comme pour donner de la force à ses propos. « C'est vendredi soir, les clients attendent, et toi tu laisses Hannah seule au bar ! Débrouillez-vous pour prendre vos pauses à tour de rôle, mais ne sors pas quand Andy est déjà parti ! C'est clair ! »

Harry se releva, toujours un peu sonné, et tenta d'avoir l'air un minimum repenti. Étant humain, l'homme n'aurait jamais pu réussir à lui inspirer la moindre peur – après tout, Harry le savait parfaitement, il aurait pu sonner l'homme d'un seul coup de poing. Mais s'il ne voulait pas perdre son travail en plus de tout ça, Harry n'avait pas vraiment le choix.

-Désolé, Monsieur, je ne sais pas ce qui m'est passé par la tête... » Marmonna t-il, essayant de se se calmer.

Il fallait qu'il reprenne le contrôle de lui-même. Allez, ressaisi-toi Harry!

-Ouais, veille à ce que ça ne se reproduise pas, compris... » Grogna l'homme pour la forme, mécontent, en lui laissant le passage libre pour qu'il puisse repartir au travail.

Harry regagna le bar et fut accueilli par le regard accusateur d'Hannah qui semblait encore plus débordée qu'avant, et il constata avec soulagement que le vampire n'était plus au comptoir. Heureusement.

Un étrange sensation au creux de son ventre lui indiqua que le blond devait néanmoins toujours se trouver à proximité dans la boîte, car aussi étrange que cela pouvait être, Harry sentait parfaitement sa présence qui l'appelait sans cesse, n'ayant que faire de ses tourments intérieurs.

Ignore-le, ignore-le ! S'ordonna t-il avec force, obligeant ses yeux à rester fixés sur le bar et luttant contre l'horrible envie qu'il avait de faire courir son regard dans la foule pour trouver celui que son loup reconnaissait désormais comme son compagnon légitime.

Usant de toute sa volonté, il sourit au premier client qu'il vit devant lui, et s'obligea à vider son esprit, tentant de se concentrer tant bien que mal sur son travail. Avec un peu de force, il pourrait sûrement ignorer toute cette stupidité qui venait d'exploser dans sa tête, non ?

Cette méthode se révéla relativement efficace, puisqu'il parvint à garder son sang froid et à se concentrer sur les tâches ennuyantes qu'il devait effectuer, comme si de rien n'était, comme s'il s'agissait d'une autre nuit banale.

Il s'efforçait de ne pas tourner la tête vers la piste de danse, luttant contre ses instincts les plus profonds qui semblaient lui déchirer les entrailles, comme si une bête furieuse tentait de sortir de son corps en le lacérant de l'intérieur de ses griffes effilées. C'était une véritable torture que de se battre contre une force si puissante, mais c'était une torture qu'Harry acceptait toute entière si cela signifiait qu'il pouvait ignorer un peu plus longtemps la cruelle blague que le destin lui avait fait.

Néanmoins sa volonté prit un énorme coup quand son ouïe fine perçut le rire qu'il connaissait comme celui du blond, son être détectant la présence du vampire très proche de lui.

Oubliant ses résolutions, Harry releva les yeux avant même que la moindre pensée n'aie le temps de se former dans sa tête, et il aperçut Draco, près de la sortie, une fille pendue à son cou. La fille était un vraie canon de beauté, grande, élancée, de long cheveux d'un blond vénitien tirant sur le roux lui tombant sur les épaules. Son regard était un peu vide, envoûtée qu'elle était par la présence du vampire.

Harry ne put s'empêcher d'agripper le bord du comptoir avec violence, les dents serrées, alors que Draco se pencha vers la fille qui gloussait, frôlant son long cou gracile de ses lèvres avides, tandis qu'ils se dirigeaient tous deux vers la sortie. Nul doute quant à ses intentions.

Un voile de colère passa sur les yeux de Harry qui ferma les paupières avec force. Pas question qu'il ne réitère son petit numéro de bête de cirque de tout à l'heure.

Contrôle-toi, Harry, mon vieux. Respire, ça va aller, ils t'aideront à trouver une solution au village.

Sauf que ces pensées ne l'aidaient en rien en cet instant.

Pourtant rien n'aurait dû le déranger dans cette scène. Le blond faisait ce qu'il faisait toutes les nuits, que ça soit ici ou ailleurs : il trouvait un quelconque humain pour s'abreuver de son sang, les séduisait et en faisait son affaire. Rien de plus normal pour un vampire, et Harry ne s'en était jamais formalisé auparavant, même s'il avait toujours trouvé quelque chose d'un peu morbide en cela.

Alors pourquoi, pourquoi, est-ce que le fait de voir cet idiot de vampire et cette humaine écervelée le rendait fou à ce point ?

La jalousie...

Oui, c'était de la jalousie qu'il ressentait en cet instant. De la jalousie, et l'envie de posséder, de s'affirmer auprès de son lié. Oh par la Lune... Non, non...

Le blond et la fille avaient à présent quitté les lieux, et le corps d'Harry était à présent pris de légers tremblements, tandis qu'il continuait d'agripper le bord du comptoir avec force, se maîtrisant tout de même afin de ne pas déformer la rampe de métal.

-Harry, ça va ? » Demanda Hannah, voyant bien que son collègue n'agissait pas normalement. « Tu veux faire une pause, prendre l'air ? »

Harry tourna la tête et posa son regard sur elle, et la dévisagea un instant, sans un mot, le regard planté dans le sien et le visage vide d'expression, comme si elle venait de dire quelque chose de tout à fait grotesque.

Hannah déglutit silencieusement, figée. Elle ne comprenait pas pourquoi, et pourtant, inconsciemment son être craignait le loup qu'elle avait devant lui, sentant sa colère de prédateur émaner de lui.

-Harry ? »Fit-il d'une petite voix en se trémoussant nerveusement, ne comprenant pas ce qui arrivait à son ancien camarade de lycée.

Sans lui répondre, Harry relâcha la rampe métallique du comptoir, et s'élança vers la sortie de la boîte, incapable de résister d'avantage à l'appel qu'il ressentait. C'était comme si une lourde chaîne le tirait sans relâche vers Draco, l'obligeant à le poursuivre. Le terme enchaîné prenait effectivement tout son sens.

Le videur qui se tenait dans l'embrasure ne lui accorda pas un regard et le laissa partir sans sourciller, et une fois dehors Harry n'eut aucun doute quant à la direction à prendre. C'était décidément bien plus qu'étrange mais il avait une sorte d'indicateur dans la tête qui l'informait sur où se trouvait le vampire.

Harry contourna la boîte, et passa à travers le grillage déchiré qui donnait sur une allée très sombre où seuls des chats de gouttière semblaient vivre. Malgré la pénombre et l'absence de rayons de lune pour éclairer l'endroit, les yeux perçant de Harry n'eurent aucune difficulté à voir la scène qui se déroulait là.

Son regard se posa tout d'abord sur la jolie jeune fille blonde qu'il avait aperçu tout à l'heure celle-ci était dos au mur, et avait la tête jetée en arrière, les paupière closes et les lèvres entrouvertes, poussant de faibles gémissements qui semblaient être des cris de plaisir plutôt que de douleur.

Collé à elle, le vampire se pressait contre son corps, son visage invisible puisqu'il était plongé au creux du cou de la jeune femme, mais ses cheveux d'un blond unique ne laissaient aucun doute sur son identité. Il avait une main sur sa taille et l'autre dans ses cheveux, comme pour maintenir sa prise ferme sur le cou de la fille.

Il devait être particulièrement absorbé par ce qu'il faisait, car il ne remarqua pas l'arrivée de Harry, bien que celui-ci n'ait fait le moindre effort pour se montrer discret, – à moins qu'il ne s'en ficha tout simplement.

Le jeune loup-garou s'approcha à grand pas, et agrippa l'épaule du blond avant de le retourner avec force, incapable de supporter la vue du spectacle qui se déroulait devant lui.

Il fulminait littéralement, de rage, de jalousie, de sentiments totalement non-identifiables mais parfaitement intolérables. Rien que la pensée que le vampire faisait cela plusieurs nuits par semaine, peut-être toujours à cet endroit avec des personnes différentes, de vulgaires filles dépourvues de cervelle qui se frottaient à lui sans la moindre pudeur – tout comme cette blondasse à qui il aurait bien voulu arracher la tête – suffisait à le mettre hors de lui.

-Tu vas... arrêter ça... tout de suite ! »Siffla t-il, tentant de se contrôler du mieux qu'il pouvait.

Il se rendait compte qu'il n'était pas lui même, qu'il agissait en brute irraisonnée, mais Gaïa lui pardonne, il ne pouvait s'en empêcher.

Sous la force de sa poigne et de la violence avec laquelle Harry l'avait tiré, Draco n'eut d'autre choix que de défaire sa prise de la gorge à laquelle il avait commencé de s'abreuver, et il fit volte face, un peu désorienté par la soudaineté des événements, prenant tout à coup conscience que son agresseur était un loup-garou.

Ses yeux gris semblaient encore plus brillants que d'habitude, une sorte d'éclat surnaturel habitant les orbes de métal, et ses canines étaient complètement sorties, mesurant à présent plusieurs centimètres. La violence avec laquelle il avait été arraché de sa victime l'avait visiblement empêché de boire proprement, et une fine rigole de sang coulait à la commissure de ses lèvres.

Son premier effroi lorsqu'il avait perçu la présence lycanthrope à proximité se mua rapidement en agacement aussitôt qu'il reconnut le brun, comme si le fait de voir le jeune loup-garou toutes les nuits dans la boîte qu'il fréquentait lui suffisait pour classer Harry dans la catégorie des non-dangeureux.

Draco essuya la perle de sang au coin de sa bouche d'un coup de langue expert, son regard à présent clairement contrarié fixé d'un air impatient sur Harry. Visiblement, si taquiner le jeune loup à l'occasion l'amusait, se faire interrompre par celui-ci alors qu'il buvait sa dose de sang quotidienne était loin de lui plaire.

-Quoi ? Fiche-moi la paix ! » Siffla t-il en retour, des éclairs dans les yeux et tournant à nouveau la tête vers la fille qui semblait complètement perdue et effrayée à présent, comme s'il s'attendait à ce que le jeune loup-garou suive son ordre sans demander son reste.

Un grognement sourd, profond et animal fit faire volte face à Draco, qui se tenait à présent sur la défensive. Le loup-garou ne plaisantait pas.

Les yeux de Harry étaient à présent deux émeraudes fendues de lames noires, et Draco ne put s'empêcher de reculer d'un pas, une expression vaguement inquiète sur le visage. Face à un loup-garou énervé, la meilleur chance de survie d'un vampire était de prendre la fuite. Les loup-garou étaient dotés d'une force formidable et même plusieurs vampires ensemble ne pouvaient faire grand chose contre l'un d'entre eux s'ils étaient désarmés. Harry était néanmoins toujours sous sa forme humaine, et Draco se força à rester là où il se trouvait. Car Harry n'avait aucune raison de l'attaquer. Ils se trouvaient en ville, et non en territoire loup-garou, son comportement agressif n'avait aucun sens, surtout après toutes ces nuits où ils avaient réussi à se tolérer.

Il n'avait pas la moindre idée de ce qui prenait le lycanthrope, et malgré ses instincts qui tiraient des sonnettes d'alarme dans sa tête, la colère qu'éprouvait Draco était très vive. Arracher son repas à un vampire pouvait mettre celui-ci très très en colère.

Comme si le grondement animal poussé par Harry avait été la claque dont elle avait eu besoin, la blonde sembla enfin sortir de l'espèce de transe dont elle avait été prise, elle repoussa Draco de ses faibles forces d'humaine, gémissant de terreur et s'enfuit sans demander son reste, manquant de s'effondrer alors qu'elle parvenait à franchir le grillage à moitie arraché.

Draco avait quitté des yeux le loup un instant quand la fille avait pris ses jambes à son cou, mais lorsqu'il fixa l'autre à nouveau, il le foudroya du regard, très visiblement exaspéré par le comportement insensé de Harry.

-Bravo, félicitations. » Lâcha le blond d'une voix hachée, bouillonnant de colère malgré sa peur toujours présente. « Beau travail, c'est excellent. Oui, bien joué. » Fit-il, insistant sur les mots avec ironie.

Maintenant que la stupide dinde avait disparu, le loup furieux en Harry semblait bien plus apaisé, comme s'il jugeait la menace directe éteinte, et sa jalousie partit aussitôt vite qu'elle était apparue. Tandis qu'il reprenait son calme et que le nuage qui avait embrumé son cerveau se levait, Harry prit conscience de ce qu'il venait de faire.

-Je... » Commença Harry, sans savoir ce qu'il voulait dire. « Oh, merde... »

Draco haussa gracieusement un sourcil intrigué, se demandant à présent ce qui pouvait bien pousser le loup-garou à agir aussi bizarrement. Il avait toujours entendu dire que les lycanthropes étaient de toute manière des créatures brutales et irraisonnées, mais tout de même, quelque chose ne semblait vraiment pas tourner rond chez celui qu'il avait sous les yeux.

-Oui, je te signale que j'ai perdu mon 'repas' maintenant grâce à toi... » Signala Draco en lui jetant un regard noir. « Alors si tu pouvais bien m'expliquer ton comportement d'animal enragé... À moins qu'il ne s'agisse d'un message de ta race à la mienne peut-être ? » Demanda t-il avec fiel.

Harry se mit à mordiller sa lèvre inférieure, une mauvaise manie qu'il avait lorsqu'il était nerveux. Il ne fallait surtout pas que le vampire prenne son geste comme une sorte de déclaration de guerre entre leurs deux espèces – ce genre de poudre prenait le feu très rapidement, et la dernière chose que désirait Harry était d'attirer tous les regards sur ce qui venait de se passer il ne voulait pas vraiment rendre publique son enchaînement, ou plutôt sa malédiction.

Il aurait bien voulu partir sans ajouter un mot, mais il semblait que Draco ne le laisserait pas tranquille sans explication. Ce qui était compréhensible, songea Harry. Après tout, comme il l'avait si bien dit, il venait de lui faire perdre son 'repas'... Harry eut un petit frisson en pensant au terme employé. Pour les vampires, les humains ne valaient guère plus que du simple bétail. C'était tout ce qu'ils représentaient à leurs yeux en fait.

-D'accord, d'accord. J'aurais pas dû. » Admit Harry, en passant sa main dans ses cheveux, son calme à présent à peu près retrouvé, malgré la situation tendue.

Il prit une profonde inspiration, ferma les yeux un instant avant de les rouvrir et de plonger son regard dans celui du vampire, nerveux.

-Je suis enchaîné à toi. » Lâcha t-il d'une voix fébrile.

Il s'était attendu à ce qu'il soit ébahi, en colère, horrifié, quelque chose ! Il ne s'était certainement pas attendu à cette expression vide, et à cette petite moue expectative. Le vampire n'avait visiblement aucune notion de ce que pouvait bien être un enchaînement, et ne semblait pas vraiment intéressé de le savoir non plus d'ailleurs.

-Pardon ? » Demanda t-il comme si Harry était une sorte d'attardé mental.

Harry poussa une exclamation frustrée, agacé par l'ignorance évidente du blond devant lui. Il aurait dû se douter que les mœurs et coutumes de ceux de sa race demeuraient un mystère pour ceux de l'espèce de Draco.

-Je suis, genre... lié à toi, voilà. » Fit Harry, les dents serrées.

Il n'avait pas vraiment envie de se lancer dans des explications afin de donner au vampire les croustillants détails de sa nouvelle dépendance pour lui.

L'expression de Draco changea subitement, et il retrouva un visage calculateur que Harry lui connaissait bien mieux. Son regard se fit intéressé, et Harry avait l'impression qu'il pouvait quasiment voir les rouages de son cerveau tourner à toute allure derrière ses yeux gris, tandis qu'il semblait calculer ce qu'il pouvait tirer de la situation.

-Ce n'est pas que tes petites histoires de toutous ne m'intéressent pas, Harry... » Murmura t-il doucement, en appuyant bien sur le prénom de l'autre comme pour se moquer, une malice sous-jacente à présent empreinte dans son ton. « Mais tout cela ne règle en rien mon souci... »

Son regard venait de changer, et s'était fait plus perçant, comme s'il était entrain de juger le brun pour quelque chose. Ne laissant qu'un sillon flou derrière lui, Draco réapparut juste à côté de Harry, usant de sa rapidité vampirique, ses lèvres dangereusement proches de l'oreille du brun.

Une telle proximité avec un vampire aurait normalement suffit à faire rugir n'importe quel loup-garou sain d'esprit, mais Harry ne bougea pas d'un cil, aussi immobile qu'une statue de sel.

Une partie de son être lui hurlait de montrer ses crocs à cette sangsue qui était un peu trop à l'aise avec lui, tandis que l'autre le suppliait de se montrer ouvert et docile avec son lié afin de l'apprivoiser. Dans l'incapacité la plus complète de faire un choix, Harry ne bougeait pas, tiraillé par la déferlante d'émotions contradictoires qu'il éprouvait.

-Tu ne voudrais tout de même pas que j'entre en frénésie à cause de ton acte inconscient, n'est-ce pas ? »Murmura Draco dans son oreille.

Malgré son manque de connaissance en matière de vampire, Harry savait très bien ce que la 'frénésie' était. Il s'agissait d'un état incontrôlable que pouvait éprouver un vampire s'il ne se nourrissait pas quotidiennement, notamment.

Un vampire en manque de sang pouvait entrer dans une sorte d'état second, devenant une véritable bête tueuse jusqu'à ce que sa soif de sang ne soit satisfaite. C'était l'une des raison d'ailleurs, pour laquelle les loup-garous ne se mêlaient pas des particularités vampiriques en matières de nourriture : les humains ne tarderaient pas à prendre conscience de l'existence d'êtres surnaturels si des vampires assoiffés se mettaient à attaquer les premiers venus à chaque coin de rue.

-Tu as laissé cette fille s'enfuir avant même que je puisse vraiment goûter à son sang...Et le soleil se lève bientôt. » Poursuivit Draco, son souffle à présent tout contre la gorge du lycanthrope qui ne put s'empêcher de déglutir nerveusement. « Son sang contre le tien. Entendu? »

Harry n'avait jamais entendu parler d'un loup-garou se laissant mordre par un vampire. Enfin, il n'avait jamais entendu parler d'un de son espèce enchaîné à un vampire non plus d'ailleurs... Quelle sorte de lycanthrope pouvait-il donc bien être !

Il aurait dû partir, s'enfuir, courir. Tant pis si c'était un comportement un peu lâche. Ça aurait été mieux que de ne rester là à ne rien faire, comme un jouet dans les mains du blond qui continuait de le prendre avec des pincettes, comme s'il se rendait parfaitement compte qu'il était entrain de jouer avec le feu.

Et puis, une petite voix dans sa tête lui soufflait que le vampire n'avait pas tord... Il avait vraiment privé le vampire de sa dose de sang, et avec le soleil qui ne tarderait plus à se lever à présent, il était trop tard pour le blond pour se mettre en chasse à nouveau. S'il entrait en frénésie, ce serait la faute de Harry... Et les vampires reporteraient immanquablement la faute sur la meute.

Harry tourna la tête d'un petit mouvement brusque, rencontrant le regard de Draco, un envoûtant voile carmin rougissant ses prunelles normalement grises. Harry y lu son désir et sa soif, sa délicatesse et sa bestialité, et il comprit qu'il avait déjà perdu. Son loup intérieur désirait bien trop faire plaisir à son lié pour qu'il puisse résister, et il ferma les yeux, les mâchoires serrées, détournant la tête pour lui offrir son cou, dans un signe de soumission contrainte.

Il sentit les lèvres douces et froides du blond se poser un instant sur son cou, sans bouger, comme s'il s'attendait à ce que Harry ne réagisse violemment, et posa sa main droite sur la nuque du brun qui ne put s'empêcher de tressaillir. Que le vampire ait été conscient ou non de la signification de son dernier geste, il n'en demeurait pas moins que chez les loup-garous, se saisir de la nuque d'un autre loup, avec les mains ou les crocs, était une demande directe de soumission les dominants agissaient parfois de la sorte sur les plus faibles de la meute afin de réaffirmer leur autorité.

Le geste de Draco était néanmoins plus séducteur que dominateur, et Harry comprit qu'il n'avait probablement pas conscience de ce qu'il pouvait signifier pour lui – une chance. Après tout, pourquoi l'aurait-il su ? Il n'était qu'un vampire.

Il sentit le blond inspirer doucement, comme pour s'imprégner de son odeur, avant qu'il ne se tourne légèrement pour se positionner juste derrière lui, son torse collé au dos de Harry.

Nerveux, Harry se demanda un instant si la morsure allait être douloureuse comment une paire de crocs plantés dans sa carotide ne pouvaient-ils l'être ?

La main droite de Draco reposait à présent sur l'épaule du brun tandis que son autre main était partie se perdre dans ses cheveux noirs, et Harry se demanda un instant s'il se rendait vraiment compte des gestes qu'il faisait ou s'il agissait de la sorte par simple habitude, les vampires ayant pour habitude de séduire leurs victimes.

Une part de Harry espérait que ce ne fut pas le cas après tout il ne tenait pas vraiment à ce que le vampire le voit comme une simple nouvelle proie sur la longue liste de son tableau de chasse, même si Harry s'en voulait de penser ainsi... Bien-sûr, qu'il n'était rien de plus qu'une énième victime pour Draco. Et une victime de choix s'il vous plaît, il irait sans doute raconter toute l'histoire à ses petits copains suceurs de sang dès qu'il en aurait fini avec lui, songea Harry avec amertume. Il était le seul à subir les effets de son enchaînement, bien-sûr cet enchaînement qui le poussait à se comporter comme une serpillière tout juste bonne à être utilisée par Draco. Quel imbécile il faisait. Même en cet instant, une pulsion puissante qu'il ne pouvait ignorer lui ordonnait contre toute logique de rester là où il était, là où son lié le voulait.

Alors que ces sombres pensées traversaient son esprit, il sentit soudain l'autre ouvrir la bouche et enfoncer ses crocs dans sa gorge, fermement mais sans violence et ne put s'empêcher de sursauter légèrement sous la sensation inconnue.

-Aaah... » Ne put s'empêcher de gémir légèrement Harry, honteux aussitôt que le son étouffé franchit ses lèvres.

C'était à la fois douloureux et plaisant, comme si Harry venait de se rendre compte que cet endroit dans son cou avait en fait toujours voulu être mordu. Draco se trouvait toujours derrière lui, et Harry ne pouvait le voir il sentait juste son corps collé au sien derrière lui et, bien évidemment, sa tête au creux de son cou, ses crocs profondément ancrés dans sa carotide.

Draco avait attendu un instant après qu'il ne l'ait mordu afin de laisser le temps à Harry de se faire à la sensation, une prévenance à laquelle le brun ne s'était pas attendu, mais lorsqu'il se mit enfin à aspirer son sang, sa langue experte bougeant en accord au rythme de ses gorgées avec une dextérité stupéfiante, Harry ne put s'empêcher de pousser un faible glapissement. Un éclair de plaisir brut foudroya soudainement le brun, électrisant jusqu'à la dernière de ses terminaisons nerveuses, et lui coupant quasiment la respiration pour le coup, tant la sensation inattendue balayait ses sens tel un raz-de-marrée.

Ses yeux papillonnèrent légèrement et sa respiration se mit à s'accélérer tandis que son rythme cardiaque s'activait, et il eut comme l'impression de devenir hypersensible à tout ce qui l'entourait, prenant subitement conscience de la douceur des mèches de cheveux du vampire qui balayaient sa mâchoire tandis qu'il buvait la vie hors de ses veines, et de la brise glacée qui effleurait sa peau dans le silence de l'impasse déserte où seuls les faibles sons étouffés de la boîte leur parvenaient.

Son cerveau était à présent pris d'une fièvre brûlante et délicieuse, et jamais il n'aurait cru que la morsure d'un vampire puisse être aussi intense. Il avait su qu'elles étaient plaisantes pour les humains, certes question de survie pour les vampire. Mais rien n'aurait pu le préparer à cette extase pure qui le liquéfiait et l'empêchait de former la moindre pensée cohérente.

En cet instant, il aurait voulu que Draco ne s'arrêta jamais de boire son sang. Cela, il le savait et s'en rendait compte malgré la brume de plaisir qui enveloppait ses sens, était évidemment lié à l'influence qu'exerçait le vampire sur lui grâce à sa morsure le fait qu'il fut enchaîné à Draco décuplait encore les sensations et n'arrangeait en rien la situation, le loup en Harry étant satisfait de pouvoir répondre aux besoins de son lié.

-D...Draco... »Murmura Harry à travers l'épais nuage de plaisir dans lequel son esprit flottait, levant sa main droite pour la poser doucement sur la tête du blond penchée dans son cou.

Il le sentit sourire contre sa peau, sa gorge n'ayant de cesse de déglutir son sang, gorgée après gorgée, mais Harry n'avait cure de savoir si son sourire était moqueur ou attendri, ses doigts caressaient à présent légèrement les cheveux blonds qui étaient d'une incroyable douceur, comme de la soie, et Harry se demanda un instant comment un vampire, une bête cruelle qui se nourrissait de sang, pouvait avoir des cheveux aussi doux.

Comme pour répondre à l'appel de son nom qu'Harry avait gémit, le vampire se colla d'avantage au brun, toujours derrière lui, poussant un léger grognement et pressant son bassin contre les reins du loup-garou qui écarquilla les yeux aussitôt. L'état avancé d'excitation du vampire était plus qu'évident, et un instant plus tard Harry prit soudainement conscience de son propre désir très éveillé sous sa ceinture.

Il se sentait fébrile et excité, mais inopinément, une pointe de panique surgit en lui. Il était clairement entrain de perdre le contrôle de la situation non pas qu'il ne l'ait eut a un quelconque moment, mais là les choses commençaient à glisser sur un terrain extrêmement dangereux. Dangereux parce qu'il ne se faisait pas confiance à lui-même. Son putain d'enchaînement l'intimait de se retourner et faire Draco sien, de finaliser le lien, et ça... Ça c'était vraiment effrayant. Parce qu'il n'aurait jamais du ressentir des choses pareilles à l'égard de Draco. Draco qui était un foutu vampire, bordel !

Comme si le vampire avait perçu le changement d'émotions de Harry, il s'arrêta, et relâcha prise sans rechigner quand Harry fit mine de se dégager.

Se sentant étrangement faible, Harry se retourna et eut un pas de recul, levant une main pour arrêter le vampire quand celui-ci tenta de se rapprocher de lui. Il porta une main à son cou où du sang s'échappait et considéra le vampire qui l'observait avec une très étrange expression sur le visage, comme s'il ne pouvait détourner son regard.

Il était vraiment beau, réalisa Harry. Avec son teint pâle, quoique moins blanc qu'un instant plus tôt, ses yeux rouges un peu trop vifs et contrastés pour être humains, et ses lèvres entrouvertes rougies par l'activité à laquelle elles venaient de se livrer où deux petites canines pointues dépassaient, brillant telles des perles d'ivoire.

Il fallait qu'il parte d'ici immédiatement, décida Harry. Il fallait qu'il parte avant qu'il ne fasse quelque chose d'encore plus stupide, quelque chose qu'il regretterait vraiment.

-Attend... »Fit le blond quand le jeune loup-garou esquissa un pas pour s'éloigner.

Harry se figea un instant, avant de reprendre sa marche d'un pas plus décidé, luttant visiblement contre l'envie de se retourner, et laissant le vampire seul derrière lui.


Draco suivit le jeune loup-garou du regard tandis qu'il s'éloignait, figé sur place et incapable d'assimiler ce qui venait d'arriver tant ce qui s'était passé lui semblait improbable. Pourtant, le goût exquis du sang qu'il venait de boire persistait dans son palais, un sang au goût indescriptible, meilleur que tout ce qu'il avait jamais bu et aurait jamais cru boire un jour. Il en était même encore comme sonné, dans une sorte d'état second.

Il ne savait pas exactement pourquoi il avait tenté de retenir le brun lorsqu'il s'était éloigné, et une partie de lui-même était heureuse qu'il ait poursuivit son chemin, il n'aurait su quoi lui dire et aurait simplement eut l'air idiot. Il n'y avait pas vraiment grand chose à dire. Tout cela avait été comme... irréel. Et si bon, si bon. Jamais il n'avait ressentit pareille chose. Pour la première fois, en buvant ce sang, il s'était senti si … vivant.

Il était à présent seul dans l'allée sombre, debout et immobile, indécis quant à ce qu'il devait faire.

Il cligna des yeux une fois avant de porter sa main à son visage et de se pincer rapidement l'arrête du nez comme s'il pensait, avant d'ébouriffer ses cheveux dans lesquels la lumière de la lune se reflétait doucement, sans réfléchir, fermant les paupières un instant.

Bon. Inutile de traîner là, le soleil ne tarderait plus à se lever de toute façon.

Il jeta un dernier coup d'œil au ciel étoilé qui ne tarderait plus à s'éclaircir doucement, avant de baisser les yeux et de se mettre en marche. Il n'était pas très loin de son appartement, sa 'piaule' comme il l'avait surnommé, mais il ne tenait pas à se faire surprendre par l'aube – ça lui était déjà arrivé quelque fois par le passé, et ce n'était jamais chose plaisante de devoir se hâter sous peine de finir carboniser par les rayons du soleil destructeur.

Il se demandait parfois, souvent à vrai dire, à quoi ressemblait le monde en plein jour. Oh bien-sûr il avait déjà vu de nombreux films, des photos et avait même une fois jeté un coup d'œil prudent à l'aube depuis sa fenêtre, restant dans l'ombre, mais tout cela n'était qu'une pâle comparaison de ce que la sensation de marcher librement dans les rayons dansant du soleil devait être, il en était sûr.

Néanmoins, il savait parfaitement qu'il ne valait mieux pas se laisser aller à contempler de tels rêves après tout ce genre d'accident-suicide était bien plus courant chez les vampires qu'on se laissait aller à l'admettre dans leur sphère. Que se passait-il lorsqu'un vampire commençait à penser un peu trop à la beauté de l'aube et à la douceur du soleil ? La réponse se trouvait dans un tas de cendre.

Dire qu'il avait connu tout cela, il y avait un peu plus d'un an seulement, lorsqu'il avait été vivant et non la créature damnée qu'il était à présent. Savoir qu'il ne se souvenait plus rien de sa vie de mortel le rendait pensif.

Il marchait silencieusement, et avait à présent rejoint la rue principale, et il savait qu'il n'était plus très loin de chez lui. La lumière jaunâtre et blafarde des lampadaires donnait un air malade aux quelques personnes qui traînaient encore dans les rues, et très peu de voitures passaient à cette heure. Il était très tard après tout, ou très tôt selon le point de vue.

Draco tourna au coin d'un snack-bar, aux allures miteuses et dont le néon clignotant sur la devanture proclamait « ouvert ». Deux types à l'intérieur qui devaient probablement être des sans-abris à en juger leur allure misérable, buvaient un café sans bouger, les yeux fixés sur leur tasse.

-Salut mon mignon. » Héla une voix devant Draco. « Tu veux qu'on s'amuse ce soir ? »

Draco releva les yeux afin de considérer un instant la femme devant lui qui était fort peu vêtue malgré la froidure de l'hiver. Perchée sur ses haut-talons, elle lui adressa un sourire qui se voulait charmeur, mais Draco remarqua aussitôt que ses yeux, eux, ne souriaient pas le moins du monde. Elle n'était pas vraiment jolie, et son maquillage vulgaire ne parvenait pas à cacher ses joues creuses et son teint cireux, comme si elle était atteinte d'une maladie mortelle qui la rongeait de l'intérieur.

Il ne l'avait encore jamais vu auparavant, songea t-il en se détournant sans un autre regard pour elle, pourtant il empruntait ce chemin presque tout les soirs. Sûrement une nouvelle, pensa t-il. Après tout, les prostituées et les dealers de drogues n'étaient pas ce qui manquait dans ce quartier mal famé. Et pour cause, cette zone de la ville était un véritable repère pour les vampires.

Draco n'était plus très loin de son immeuble, et il se remit à songer à ce qui venait de se passer, quelques minutes plus tôt. Ce qui s'était passé avec 'Harry', le loup-garou qu'il appelait par son prénom avec ironie. Le loup-garou avec qui il n'avait échangé guère plus que quelques mots... Draco avait toujours profité de la situation improbable pour agacer un peu le lycanthrope, même s'il n'avait jamais voulu d'ennuis...

Le goût de son sang lui revint aussitôt en mémoire et il ne put réprimer un frisson d'envie, un éclair rouge passant silencieusement dans ses prunelles grises et s'envolant aussitôt. Il venait de se nourrir, et pourtant rien que l'idée de s'abreuver de ce sang à nouveau suffisait à attiser ses crocs désormais rétractés.

Il n'avait jamais pensé mordre Harry un jour. Ni aucun lycanthrope à vrai dire, quelle idée ! En fait, il devait probablement être le seul vampire à avoir jamais bu le sang d'un loup-garou... Ou du moins l'un des très rares à l'avoir fait. C'était juste... impossible. Tabou.

Quand il avait avancé l'idée de boire le sang du brun, il ne l'avait certainement pas fait sérieusement et s'était attendu à un refus catégorique. En fait il avait cru jusqu'à la dernière minute à une gueule de crocs acérés, tant il ne pouvait expliquer le comportement du loup-garou. Ça n'avait aucun sens. Les lycanthropes vouaient à ceux de son espèce une haine farouche haine qui leur était bien rendue à vrai dire.

Mais lorsque ses crocs avaient enfin pénétré le cou du brun à la peau halée et qu'il avait enfin bu, alors toute raison l'avait quitté et il s'était senti presque ivre de sensations. S'il avait bu à de nombreuses gorges par le passé, il pouvait affirmer avec certitude que jamais il n'avait goûté un tel nectar. Contre toute attente, le sang du loup avait été à la fois riche, chaud et sucré et sans même qu'il ne s'en rende compte, l'excitation l'avait rapidement gagné... Après tout le loup-garou était plutôt bien foutu pour ne rien gâcher...

Draco, imbécile... pensa t-il, une moue railleuse sur les lèvres.

Il était à peu près certain que le brun avait apprécié la morsure, et même beaucoup. Ce qui était d'ailleurs plutôt surprenant, étant donné que les lycanthropes étaient insensibles à leur aura vampirique, qui leur servait à charmer les humains et à les faire entrer dans une transe qui rendait les choses bien plus faciles.

À moins qu'Harry ait été affecté à cause de ce... qu'avait-il dit ? Lien ? Non, non, ça n'était pas ça.

Draco fronça les sourcils, tentant de se remémorer avec exactitude la courte conversation qu'il avait eu avec le jeune métamorphe. Aussitôt qu'il avait saisi que la situation mettait Harry dans une position de faiblesse, il avait en fait rapidement mis de côté tout le reste.

Un enchaînement. Oui c'était ce mot là que le loup-garou avait employé.

Draco ignorait totalement ce que cela pouvait bien signifier au juste, mais le mot ne sonnait pas très bon. D'ailleurs Harry avait semblé passablement tendu, comme s'il n'avait en rien voulu être là, et pourtant... Ses agissements avaient été plus qu'étranges. Il avait réellement paru hors de lui lorsqu'il l'avait arraché à cette fille.

Draco haussa les épaules pour lui même. Bah, les loups-garous ne tournaient pas rond de toute manière, c'était bien connu. La plupart d'entre eux n'étaient qu'une bande de brutes bons à vivre comme des sauvages dans la forêt... Rien à voir avec le raffinement et la classe des vampires.

Et pourtant, il ne parvenait pas à oublier le corps chaud du brun contre lui, son odeur animale et le goût de son sang délicieux... Ah son sang... En le buvant, pour la première fois de son existence il s'était enfin senti vivant.

Draco leva les yeux au ciel, comme énervé de son propre comportement. Ne pouvait-il pas penser à autre chose ? Visiblement non...

Il était à présent devant le triste immeuble dans lequel il logeait parfois, un grand immeuble d'une quinzaine d'étages à la peinture défraîchie et craquelée, qui semblait le regarder de haut avec dédain. L'air était froid et une odeur infecte de pollution régnait dans cette partie de la ville.

Il avait un autre appartement, bien mieux que celui-ci à l'autre bout de la ville depuis peu, mais continuait de revenir régulièrement ici à cause de sa commodité géographique. Malgré l'austérité des lieux et la misère apparente du quartier, Draco s'était attaché à cet appartement où le Seigneur l'avait déposé après qu'il ait reçu son Étreinte. C'était là qu'il avait commencé sa nouvelle vie dans le monde des ténèbres et qu'il avait tout appris de la vie vampirique qu'il menait à présent. S'il pouvait qualifiait de vie ce que son existence était, bien-sûr.

Car s'il entendait ce qui était inaudible pour les humains, voyait des couleurs qui leur étaient invisibles et sentait ce qu'ils ne pouvaient imaginer, paradoxalement il avait l'impression de vivre dans du coton, comme si les sensations ne pouvaient jamais le toucher. Rien ne parvenait à l'émouvoir, à le bouger, sauf ce qui faisait de lui un esclave: son amante et son bourreau, la Soif. Elle était sa raison de vivre et de mourir, aussi douce que le velours et aussi impitoyable que la foudre, elle ne le laissait jamais. Elle le harcelait sans cesse, lui murmurait des doux mots meurtriers et sifflait des promesses sournoises dans son oreille.

Et chaque nuit, Draco se pliait à ses exigences inflexibles.

Mais Draco le savait, il aurait menti s'il avait affirmé qu'il n'aimait pas s'abreuver de sang. Comme un drogué qui couvre de louanges la source de sa déchéance, Draco aimait plus que tout l'extase et l'ivresse qui accompagnaient invariablement ses séances nocturnes. C'était uniquement dans ces moments là qu'il ressentait enfin quelque chose, et non pas les émotions factices qu'il éprouvait la plupart du temps, aussi pauvres que de grossières imitations d'œuvres d'art.

On lui avait dit que cela passerait avec le temps, qu'avec les années et les décennies qui passaient, on se faisait plus facilement au manque d'émotions. C'était son reste d'humanité qui lui jouait des tours, lui avait dit Pansy. Une humanité à laquelle Draco se rattachait comme un naufragé en détresse mais qui le tuait un peu plus chaque jour.

Pourtant, pourtant...

Cette nuit il avait ressenti quelque chose qu'il n'avait pas pensé ressentir un jour. En buvant le sang de Harry, il avait réellement eu la sensation de vivre, en plus de l'habituelle extase. C'était fou, et pourtant Draco savait que c'était la vérité. Il se faisait l'effet d'un toxicomane qui vient de trouver une drogue encore plus pure que son habituelle came, et c'était tout ce à quoi il pouvait penser.

Il grimpa les marches d'un air absent, et arrivé devant sa porte il prit sa clef dans la poche de son jean avant de la mettre dans la serrure et de la faire tourner d'un geste habile du pouce et de l'index.

Quand il eut poussé la porte, son regard se posa aussitôt sur la silhouette gracieuse d'une jeune femme assise sur son canapé qui le regardait, un sourire aux lèvres et un verre de vin à la main.

-Pansy ? Comment es-tu entrée... ? »Demanda Draco d'une voix lasse. Il n'avait pas vraiment envie de voir Pansy ce soir.

-J'ai mes moyens, chéri. »Roucoula t-elle en se levant du canapé de velours vert, posant son verre sur la table basse avant de s'approcher de Draco de sa démarche féline caractéristique.

Comme tout ceux de son espèce, Pansy Parkinson était une vampire d'une beauté à couper le souffle. Le Seigneur les choisissait au compte-goutte après tout, et jamais il n'étreignait de mortel au physique ordinaire. Si les vampires étaient des créatures délicieuses, ce n'était pas uniquement parce que la mort lissait leur traits de toute imperfection – même s'il y avait de cela –, c'était surtout parce que les Sang-Purs, leurs créateurs, avaient un sens accru de l'esthétique. Un don artistique exceptionnel ou une haute place dans la société pouvaient également être une porte d'entrée dans leur monde de ténèbres corrompu et putréfié.

Pansy était grande, élancée, avait des formes voluptueuses et un décolleté ravissant : son corps ne laissait rien à désirer. Son visage possédait également une grâce indéniable : des yeux en amande bordés de longs cils aussi noirs que ses cheveux qu'elle avait en carré plongeant et une bouche parfaitement dessinée Elle possédait néanmoins un regard froid et la manière qu'elle avait de se tenir ou de lever toujours le menton donnait l'impression permanente qu'elle se jugeait infiniment supérieure aux autres, comme si elle contemplait un monde d'insecte avec distance.

Mais Pansy était une des seules amies de Draco. Enfin, Draco n'avait pas réellement d'amis, aucun vampire ne pouvait se targuer d'en avoir, dans leur monde où chacun était prêt à poignarder l'autre par derrière si cela pouvait leur procurer un quelconque avantage.

Mais elle était celle qui l'avait guidé après son étreinte, elle avait été chargée par le Seigneur de lui enseigner leurs codes, et elle s'était rapidement attachée au blond. Elle avait partagé le lit de Draco à maintes reprises, mais même s'il n'y avait rien 'd'officiel' entre eux – il ne s'agissait que d'un simple échange de bon procédés entre deux 'amis' – , Draco avait souvent l'impression qu'elle le traitait comme sa chose, comme si le fait d'avoir été sa tutrice lui donnait un droit quelconque sur sa personne.

-Pansy, pas ce soir... » Soupira t-il alors qu'elle marchait vers lui. Il voulait juste un peu de paix, il était fatigué.

La jeune femme s'était arrêtée durant une fraction de seconde, le nez plissé comme s'il sentait une odeur particulièrement déroutante. Elle s'empressa de rejoindre ses côtés où elle le renifla encore une ou deux fois avant de le considérer d'un air surpris, un sourcil levé.

-Tu t'es frotté à un chien mouillé ce soir, Draco? » Demande t-elle avec un sourire amusé sur les lèvres, bien que son visage conservait un expression à mi-chemin entre l'inquiétude et la curiosité. « Celui dont tu m'as parlé à fini par te donner du fil à retordre ? »

Draco lui jeta un regard vide en haussant les épaules Pansy pouvait bien penser ce qu'elle voulait, étrangement il n'avait pas vraiment envie de lui expliquer ce qui s'était passé ce soir. Certes il aurait pu en tirer une certaine gloire, puisqu'après tout, soumettre un loup-garou était un fait rarissime, et il l'avait bien assujetti en buvant son sang d'un certain point de vue. Mais il savait qu'elle se moquerait de lui s'il lui parlait de ce qu'il avait ressenti en s'abreuvant à la gorge du brun elle le faisait toujours lorsqu'il parlait de sentiments, elle qui était si terre à terre – elle lui avait déjà dit un jour, avec l'air condescendant qu'à un adulte envers un enfant naïf, que cette envie d'humanité qu'il avait lui donnait en fait un certain charme, comme s'il n'était qu'un pauvre idiot qui vivait de chimères.

Pansy était bien plus vielle que lui. Malgré son apparence de jeune femme dans la fleur de l'âge, elle avait été étreinte il y avait un siècle de cela, et il y avait bien longtemps qu'elle avait perdu espoir en la vie, portant toujours un regard cynique sur ce qui l'entourait.

-Hm, je préfère bien plus ton odeur, Draco... »Minauda t-elle en se plaquant contre lui, une de ses mains caressant la clavicule du blond tandis que l'autre allait se faufiler dans ses cheveux. « Tu pourrais aller prendre une douche, et... »

-Non, Pansy, j'ai dit pas ce soir. » Répéta Draco d'une voix un peu plus ferme en se tournant pour lui faire face.

Pansy pouvait parfois être très têtue lorsqu'elle avait une idée en tête. Généralement elle parvenait à ses fins, et Draco ne pouvait s'en prendre qu'à lui même, mais ce soir il était bien décidé à la faire partir. Il n'avait pas la tête à ça.

-En plus le soleil ne va plus tarder à se lever, tu ferais mieux de rentrer chez toi. » Ajouta t-il plus doucement, se sentant légèrement coupable devant la moue contrariée qu'arborait à présent la jeune femme qui semblait comprendre que c'était peine perdue pour elle.

-Très bien. » Répliqua t-elle sèchement en se décollant de lui, l'air mécontent.

Elle poussa un ultime petit soupire de contrariété avant de se diriger vers la porte et de sortir sans un dernier mot.

Surpris de la facilité qu'il avait eu à se débarrasser d'elle, il décida de suivre son conseil : il avait besoin d'une douche. Il prit soin de fermer les volets du salon et de sa chambre au préalable, se doutant que le soleil aurait émergé à son retour. Il n'y avait rien de plus ennuyant que de devoir éviter les taches croissantes et mouvantes au fil des heures que le soleil projetait sur le sol à travers ses fenêtres lorsqu'il oubliait de fermer les volets.

Il entra dans la salle de bain exiguë mais propre et fit couler l'eau froide qui tiédissait doucement, emplissant peu à peu la pièce d'épaisses volutes de vapeur d'eau. Oui, une douche suivie d'un somme était exactement ce dont il avait besoin – la nuit avait été longue, et déjà la douce torpeur qui accompagnait la naissance du jour envahissait ses membres.


En été, lorsque les jours étaient plus longs et les nuits plus courtes, Draco se réveillait généralement plusieurs heures avant le coucher du soleil, ce qui l'obligeait à faire les cents pas dans son minuscule appartement en attendant. Et même une fois le soleil couché, le ciel avait tendance à rester clair durant cette période de l'année ce qui était plutôt handicapant pour les vampires dont les yeux ultra-sensibles et adaptés à l'obscurité supportaient avec difficulté une luminosité trop élevée.

C'était pour cette raison que l'hiver était sa période préférée de l'année. Et que l'Angleterre, grise et peu ensoleillée lui plaisait autant.

Quand Draco se réveilla, c'était déjà le crépuscule il le constata rapidement en entrebâillant le volet avec prudence.

C'était samedi soir, et trouver une proie quelconque serait facile. Il pourrait peut-être aussi aller voir Pansy pour s'excuser, et il fallait encore qu'il aille voir cet humain qui posait des soucis à Blaise Zabini. Blaise était l'un des parrains de la mafia, et il résidait depuis quelques années à Poudlard. Draco l'aidait souvent à résoudre quelques affaires, ne rechignant pas à se salir les mains.

Bien que Blaise fut un vampire très charismatique et possédait une grande influence dans Poudlard, où il était vu comme un des princes de son sous-sol clandestin, il avait également de nombreux ennemis qu'il avait gagné en s'attirant les foudres de Lord Voldemort, le Seigneur de la ville. Blaise cachait à peine ses opinions hostiles envers la politique du Seigneur. Zabini n'avait rien d'un enfant de cœur et était plutôt 'dur en affaire' comme il le disait, mais il appréciait Draco et l'avait déjà aidé à plusieurs reprises par le passé.

Bref, un programme chargé pour ce soir.

Il avait inconsciemment tout parfaitement orchestré pour qu'il n'ait pas le temps de retourner au Moonbeam. Aussitôt qu'il eut cette pensée, il ne put s'empêcher de réprimer une grimace.

Il ne fallait pas qu'il y pense.

Il n'avait eu cesse de penser aux événements de la veille dans son lit hier, tentant de comprendre ce qui s'était exactement passé. Mais c'était sans importance, tenta t-il de se convaincre.

Il venait de sortir de son immeuble, habillé d'un jean et d'une chemise grise élégante qui faisait ressortir ses yeux aux reflets métalliques quand une voix l'arrêta.

-Draco ! » L'interpella une voix qui n'appartenait à nul autre que Marcus Flint.

Celui-ci était flanqué de la petite bande de vampire qui restait souvent dans son sillage qui était composée de Millicent Bulstrode, Vincent Crabbe, Gregory Goyle et Theodore Nott.

Pansy les accompagnait parfois mais n'était pas là ce soir.

Draco s'arrêta et se tourna vers eux. Marcus Flint marchait vers lui d'un air nonchalant, suivit de sa bande. Bien que Flint fut également très gâté par la nature, il avait toujours été un peu jaloux de Draco depuis que celui-ci avait rejoint leur communauté, à cause de l'attrait déconcertant que le blond suscitait auprès des humains et aussi des leurs. Néanmoins, et malgré l'incessante compétition qu'il entretenait avec le blond, Flint s'était toujours montré bon joueur.

-On va au Golden Light, ce soir, ça te dit ? »

Le Golden Light était un bar-boîte de nuit branché dans le centre ville qui tirait son nom des nombreux spots tamisés aux couleurs dorées qui éclairaient l'intérieur. Il ne s'y rendait que très rarement, mais il accepta néanmoins la proposition de Flint.

Il n'appréciait pas plus que cela ce groupe de vampires, il avait toujours trouvé Crabbe et Goyle un peu idiots, et Bulstrode manquait de conversation, bien que Nott et Flint furent à peu près tolérables. La vérité était qu'en se joignant à eux, il s'évitait la tentation de retourner au Moonbeam, même si ce raisonnement l'agaçait lui-même.

Bon sang, c'était ridicule, rien de si singulier ne s'était passé quand il y songeait. Bon, d'accord, il avait bu le sang d'un loup-garou, mais c'était le seul fait extraordinaire il pouvait se contrôler. Il allait se trouver une ou deux victimes consentantes qu'il mettrait ensuite dans son lit, et il tâcherait d'oublier le goût délicieux et obsédant du sang qu'il avait bu la veille au soir. Simple.

Cependant, cela s'avéra bien plus difficile comprit-il une heure plus tard. Et lorsqu'il mordit délicatement la gorge de la belle brune assise à côté de lui sur la banquette de velours dans un recoin du Golden Light, il ne put s'empêcher de ressentir un certain dégoût, ce qui était plutôt surprenant. Jamais auparavant il n'avait eut cette réaction tandis qu'il buvait, et c'était bien la première fois que le goût du sang dans sa bouche parvenait à le décevoir. Mais la vérité était bien là : le sang de cette jeune fille n'était qu'une pâle comparaison de celui qu'il avait bu la nuit dernière.

Las, il retira ses crocs après quelques gorgée à peine. Ce n'était pas cela que son corps réclamait. Ce qu'il voulait c'était cette extase liquide, ce feu d'artifice de sensations, ce cocktail incroyable qui avait embrasé ses sens.

La fille gloussa stupidement. Elle était saoule et son esprit était endormi par les auras des vampires et les toxines secrétées par la morsure qu'elle venait de recevoir.

Lui, Flint et Nott étaient assis autour d'une table, entourés de quelques humaines qui semblaient aussi peu alertes que celle qui vacillait à côté de Draco. Flint étaient encadrés par deux jolies filles qui s'agrippaient à lui tandis que Nott s'affairait dans le cou d'une troisième.

L'ambiance tamisée du bar se prêtait parfaitement à leurs activités et les autres clients ne semblaient pas remarquer ce qui se passait au juste. Si Nott semblait 'dévorer' le cou de la jeune femme assise sur ses genoux, personne n'aurait pensé que l'action était littérale.

-Pas à ton goût, Draco ? » Demanda Marcus en tendant la main à la brune qui s'en saisit et vint s'asseoir sur ses genoux en minaudant d'un air stupide.

Le blond haussa les épaules.

-Où sont Crabbe et Goyle ? » Demanda t-il en guise de réponse.

-Partis chercher à boire. » Répondit Nott qui venait de relâcher sa victime à présent fort pâle et dont les yeux clignaient rapidement. « Doucement ma jolie... » Ajouta t-il, avec une pointe de moquerie, alors que la fille balançait dangereusement en avant.

Les deux autres filles qui se tenaient à côté de Flint présentemment très occupé par la brune, délaissèrent celui-ci pour s'approcher de Draco et de Nott.

Comment pouvaient-elles avoir si peu d'instinct de survie se demanda Draco tandis que l'une d'elle, une autre brune, petite et jolie s'asseyait à côté de lui.

-Salut. » Entama Draco avec un sourire.

La fille se pâma. Il leur faisait le même effet à toutes, il n'avait jamais même besoin d'user son aura pour séduire ses proies – c'était d'ailleurs moins bien amusant lorsqu'il le faisait. Enfin, il trichait un peu : la fille était déjà complètement sonnée par la présence des deux autres.

-Ça va ? » Lui demanda t-il avec douceur.

Elle hocha la tête vigoureusement et bégaya un oui timide. Draco posa une de ses mains fines sur la joue magnifiquement empourprée de la petite brune avant de déposer un baiser sur sa mâchoire, puis de descendre jusque sa carotide battante.

Il laissa ses lèvres là un instant, savourant le son délicieux du sang qui pulsait dans l'artère, avant de lécher délicatement une parcelle de la peau pâle de la jeune fille.

Cela faisait des mois et des mois qu'il faisait cela, inlassablement, toutes les nuits, alors pourquoi subitement n'éprouvait-il plus la normalement familière fièvre qui accompagnait ces moments ?

Il connaissait la réponse, bien-sûr, pensa t-il tandis que ses canines perçaient la peau sans remord. Et lorsqu'il commença à boire le sang qui lui parut étrangement fade et clair, il sut qu'il devait revoir Harry, en dépit de ses résolutions.

Il se força à boire encore un peu à la gorge de la fille, après tout il ne savait pas si le brun le laisserait goûter à nouveau à son sang délicieux, avant de se relever, ressentant une impuissance mêlé à de la colère.

Bordel, jamais auparavant il n'avait eu à se forcer à boire. C'était de la faute de ce stupide loup-garou, il devait forcement y avoir quelque chose, ça ne pouvait pas être autrement.

-J'y vais. » Annonça t-il a Crabbe et Goyle qui venaient de revenir, des cocktails colorés dans chaque main. Les deux autres vampires étaient bien trop occupés pour l'entendre.

Lorsqu'il quitta le bar, le froid mordant ne l'ennuya pas le moins du monde. Le froid ne le dérangeait pour ainsi dire jamais, même si son corps recherchaient inconsciemment la chaleur humaine sans relâche.

Malgré qu'ils furent un samedi soir et en plein centre ville, les rues n'étaient guère peuplées. Les gens hésitaient à sortir dans les rues à Poudlard, la ville avait la triste réputation d'être dangereuse. Le taux de criminalité y était si fort que personne ne s'aventurait seul le soir, si ça n'était que quelques sans-abris ou autres dealers, revendeurs et prostituées.

Les humains semblaient tout ignorer de la présence et de l'influence des vampires dans leur vie quotidienne, comme le bon bétail ignorant qu'ils faisaient. Ils se contentaient de bêler comme des moutons, suivant celui qui portait le déguisement du berger, et se ruant dans le ravin les yeux fermés.

Non pas qu'il méprisait les humains, c'est juste qu'il ne pensait pas trop à eux. Cependant il n'avait jamais pensé qu'il était nécessaire de tuer sa proie. Ça lui était déjà été arrivé, bien-sûr, il était encore un vampire très jeune et le contrôle de soi était quelque chose qui s'apprenait avec le temps, mais Draco ne tuait pas par goût. D'autres au contraire, se complaisaient à suivre leurs plus bas instincts de prédateurs, et n'hésitaient pas à saigner des humains avec une cruauté superflue simplement parce qu'ils s'ennuyaient.

L'inconvénient à cela bien-sûr, était qu'il fallait toujours veiller à se débarrasser des 'traces' afin de ne pas éveiller les soupçons; c'était une des premières choses qu'on leur apprenait : ne jamais violer la Mascarade. La Mascarade était le voile qui les protégeaient tous de la suspicion des humains, crée de mensonges afin qu'ils ne se doutent jamais de leur existence. Enfreindre la Mascarade, c'était mettre en danger toute l'espèce, et les sanctions étaient généralement extrêmement sévères.

Il se trouvait plutôt loin du Moonbeam, qui ne se trouvait pas en plein centre ville, mais marcher lui faisait du bien. Il n'usait de sa rapidité vampirique qu'en cas de réelle nécessité, et uniquement lorsqu'il était sûr qu'il ne violerait pas la Mascarade en agissant de la sorte.

Qu'allait-il dire au loup-garou si celui-ci l'ignorait ? Comment devait-il se comporter ? Et si l'autre se braquait ? Devait-il lui avouer la vérité de but en blanc sur ce qu'il avait ressenti en buvant son sang? Cela risquait de laisser l'autre perplexe... Seuls ceux de son espèce pouvaient véritablement comprendre les sensations éprouvées lors de l'abreuvement – la description de la vague intense de plaisir ressentie était impossible à comprendre pour quelqu'un qui n'était pas vampire.

Il continua à marcher une petite heure durant, avançant machinalement, plongé dans ses pensées, et arriva enfin au Moonbeam.

Il évita les videurs avec aisance, se glissant comme une ombre invisible et son regard se porta directement vers le bar. En constatant que la tête brune familière ne s'y trouvait pas, son premier sentiment fut la déception. Se reprenant, il alla tout de même jusqu'au comptoir, décidé à demander la raison de son absence, tant pis si cela semblait étrange.

La blonde derrière le comptoirs dont le nom était 'Hannah' à en croire le petit badge brillant qu'elle portait sur son chemisier blanc s'approcha de lui avec un sourire, inclinant la tête dans une demande muette de sa commande.

-Est-ce que Harry est malade ce soir ? » Demanda Draco, bien qu'il savait parfaitement qu'il était aussi impossible pour un loup-garou de tomber malade que ça l'était pour un vampire, leur système immunitaire étant bien trop efficace.

Sa question n'était cependant pas anodine. Si la fille répondait oui et que Harry avait appelé pour se faire porter pâle, alors Draco saurait que c'était probablement pour l'éviter.

Hannah gloussa, lui adressant un petit regard entendu comme si elle et Draco était dans le secret de quelque chose d'hautement confidentiel, ce qui eut le don d'énerver prodigieusement le blond.

-Non, Harry ne travaille jamais le samedi soir. » Répondit-elle, toujours avec ce petit sourire complice. – Idiote, songea Draco – « Mais il sera là demain... »

Draco la remercia et secoua la tête quand elle lui demanda s'il voulait boire quelque chose, avant de s'éloigner à nouveau. Il n'avait plus la moindre raison d'être ici, et toute cette agitation et ces humains bruyants qui parlaient fort le dérangeait. Il avait besoin de réfléchir. De réfléchir à pourquoi le fait qu'il n'ait pas pu voir Harry le décevait tant par exemple.


À suivre...