Ouais! Le deuxième chapitre, enfin! Ouf! Je n'y croyais presque plus!

Bon, alors, j'en profite pour débuter en répondant aux questions et commentaires dans les reviews!

En réponse à Anon : Je ne sais pas exactement combien d'années séparent Ezio de Sofia, et j'ai un peu trop la flemme pour aller sur le wiki, et faire la soustraction. Mais je crois que c'est entre 15 et 20 ans.

En réponse à CassieVII : Je ne veux pas dévoiler tout de suite l'identité de l'inconnu, mais je peux te confirmer qu'il ne s'agit pas de Leonardo, qui a plus de soixante ans au moment où se déroule ma fic. Et puis je crois qu'il habite en France à ce moment.

Florence - 1513

Le soleil se met lentement à pénétrer dans la pièce, réveillant Sofia. Toujours dans le lit, elle s'étire et se retourne, pour découvrir avec exaspération qu'elle se trouve toujours seule sous les draps. Elle se lève, fait rapidement sa toilette, se vêt et quitte la chambre.

Prenant le couloir qui la mènera au rez-de-chaussée, Sofia s'arrête devant la chambre des convives, et pousse légèrement la porte entrebâillée. Elle y aperçoit Ezio, toujours assis en face de leur invité surprise, les bras croisés et la tête penchée vers l'arrière. Les deux dorment.

Sofia soupire, puis continue son chemin jusqu'à la cuisine, et fait l'inventaire des légumes. Elle songe à préparer un potage, quelque chose de chaud et de réconfortant pour aider l'étranger à reprendre ses forces.

Il est peut-être entré chez nous par infraction, cela ne peut pas dire que nous allons le traiter comme si nous étions des sauvages!

Sofia soulève le chaudron et le dépose sur la table de travail, lorsqu'elle entend frapper à la porte. Elle attend, hésitante, puis entend cogner de nouveau. Elle lisse son tablier, puis se rend à l'accueil, non sans jeter un coup d'oeil aux escaliers, au cas où Ezio aurait lui aussi entendu.

Elle regarde au travers l'oeil de la porte, et ouvre, surprise d'y reconnaître deux gardes florentins.

_… Oui?

_Désolés de vous déranger par une si belle journée, madonna.

_Qu'est-ce que je peux faire pour vous?

_Nous sommes à la recherche d'un dangereux fugitif, et tout nous laisse croire qu'il serait en cavale dans la région. Auriez-vous vu quelque chose dans les derniers jours?

Sofia prend un air de réflexion, les yeux vers le ciel.

_Non… rien de particulier.

Le garde racle sa gorge.

_Nous avons cru remarquer que votre porte secondaire a été défoncée. Est-ce que tout va bien?

_Oh! Nous nous sommes faits cambriolés il y a deux jours. Mon mari n'a pas encore pris le temps de réparer les dommages.

_Cela est très fâcheux, vous auriez dû déclarer le délit aux autorités, madonna.

_Oh, ils n'ont rien trouvé. Ils ne m'ont volé qu'un collier. Tout ce qui est de valeur se trouve dans un coffre.

À ce moment, Sofia dirige ses yeux vers le chemin, et remarque que les deux gardes ne sont pas venus seuls. Un cavalier les attend en retrait. Il se trouve trop loin pour qu'elle puisse l'étudier, mais il n'a rien d'un simple agent de la paix. Un mystérieux vautour…

Ezio arrive à ce moment en arrière d'elle, curieux par ce qui se passe.

_Je vous demanderais de redoubler de prudence, dans ce cas, conclue le garde. Il s'agit d'un homme très dangereux. Si jamais vous le voyez, ne l'approchez pas, et entrez en contact avec nous immédiatement. Nous continuons nos recherches dans la région.

_Grazie, messieurs. Nous prenons bonne note de vos recommandations.

Ils quittent enfin le porche, puis l'un d'eux se tourne une dernière fois.

_Et réparez cette porte au plus vite, ce n'est pas prudent.

_Oui, bien sûr…

Le couple ferme enfin la porte, et se regarde longtemps avant de dire quoi que ce soit. Leur silence est lourd.

_Il n'est pas question de… commence Sofia.

_… Oh que oui! coupe Ezio.

_Tu as vu le cavalier en retrait? Il me donne la chair de poule!

_Oui, bien sûr, je l'ai vu moi aussi.

_Entre toi et moi, qui a l'air le plus menaçant? Tu les crois, lorsqu'ils racontent que ce fugitif est dangereux?

_Ce fugitif n'est pas ici par hasard. Notre maison était sa destination.

_Comment peux-tu le savoir?

_Il me l'a dit. Il m'a dit enfin m'avoir trouvé.

Sofia, d'abord surprise, croise les bras, toujours pas convaincue.

_Et tu vas me faire croire que toi, Ezio Auditore, l'homme aux milles exploits de bravoure, tu as peur de cet homme, trop faible et fatigué pour marcher?

_Ce n'est pas pour moi que je m'inquiète, Sofia, mais pour toi, pour vous deux… soupire Ezio en prenant tendrement le visage de Sofia entre ses deux larges mains, jetant un coup d'oeil inquiet vers le ventre de sa femme. Si les choses dégénèrent, je ne pourrai me le pardonner s'il t'arrive quoi que ce soit.

Sofia baisse sa garde, maintenant calmée.

_Cet homme, peu importe de qui il s'agit, est là parce qu'il a besoin de toi, Ezio. Attends de savoir ce qu'il veut, et tente de lui offrir ton aide. Je ne te permettrai pas de le livrer à ces macaques sans avoir su pourquoi il est ici.

_Très bien, Sofia.

_J'ai ta parole?

_Oui, sourit-il, alors qu'elle reprend le chemin de la cuisine.

Il l'observe s'éloigner, puis se penche vers l'oeil de la porte. Les deux gardes et l'inconnu continuent de parler à la bordure du chemin. Ils se trouvent trop loin pour qu'Ezio puisse noter quoi que ce soit. À part qu'à voir la carrure du cavalier, il n'est pas de la région. Un homme grand, avec des épaules larges et fortes, des cheveux qui semblent blonds…

_Partez… soupire Ezio en ne les quittant pas des yeux.

Après quelques minutes, ils se mettent en route, et quittent les lieux.

XXXXXXXXX

Londres, 1504

À mon maître et mentor, Ezio Auditore,

Cela fait si longtemps que j'attends de tes nouvelles. Ici, les rumeurs se font virulentes. Ainsi le Pape serait-il mort? Les informations tardent à se rendre jusqu'à nous, et rien n'est de source sûre. D'autant plus que tout ce que j'entends tient parfois davantage de fantaisie que de réalité.

Cela fait plus d'un mois que je suis arrivée à bon port. À ce qu'on raconte aux alentours, l'Espagnol serait mort assassiné. Est-ce de ta lame? On parle aussi d'empoisonnement, ou d'une maladie foudroyante. Certains voyageurs racontent même qu'il y aurait une malédiction qui serait tombée sur le château Saint-Ange et la famille Borgia.

Londres est immense. Beaucoup plus vaste à tout ce que je m'étais attendue. Je me sens dépaysée, éloignée de tout. Il faut se tenir près des bateaux pour avoir une idée de ce qui se passe partout ailleurs en Europe, misant sur la crédibilité des histoires des matelots, qui ont parfois une imagination à toute épreuve.

Sans manquer de civilité, la ville n'est pas hospitalière aux jeunes femmes s'aventurant seule. Cet inconvénient limite beaucoup mes déplacements. Je n'ai toujours pas eu vent d'une flotte transportant des passagers italiens, qu'ils soient ou non de l'armée papale. Je reste alerte, car je n'écarte pas la possibilité que ces mercenaires atteignent Londres anonymement.

J'ai aussi cherché à savoir si quelqu'un pouvait connaître cette Mireio Sinclair dont tu m'as parlé avant mon départ. Mais trouver une seule personne dans un pays aussi immense et sauvage avec si peu d'indices relève pratiquement de l'impossible.

Je ne baisserai pas les bras. Je suis persuadée que la bonne fortune viendra jusqu'à moi, si je sais faire preuve de patience et de discernement.

Avec espoir que tout se déroule bien à Rome,

Rien n'est vrai, tout est permis,

Avec tout mon dévouement,

Ana Culpi

La jeune femme laisse tomber sa tête loin vers l'arrière en un bruyant soupir, puis se penche de nouveau sur la lettre dont elle vient d'en finir la rédaction.

Bon sang… est-ce que ces lignes donnent l'impression que je suis à bout?

Pas trop, non. Elle semble se faire chier, mais sans en faire un plat.

Parfait.

Parce que même si elle en a marre de l'Angleterre, Ana a beaucoup trop d'orgueil pour se lamenter dans une lettre, aussi infâme considère-t-elle toujours son châtiment.

Elle doit trouver un temple. Magique, à ce qu'il paraît. Si ce n'était pas aussi pathétique, elle se mettrait à rire sur le champs.

À ce qu'Ezio lui a expliqué, il y a quelque part dans ce pays une femme au nom de Mireio Sinclair, décrite comme une alliée, qui viendrait de découvrir un temple. Apparemment, ce qui s'y trouve est d'une très grande puissance et les Templiers, ayant eu vent de cette histoire, auraient envoyé un petit escadron pour talonner cette Sinclair, et prendre cette chose inconnue qui se trouve à quelque part sous des ruines, quelque part dans la campagne, quelque part dans une province, quelque part dans ce pays. Et Ana, quant à elle, doit trouver quelque part où commencer…

Enfin voilà, bref, pourquoi Ana se trouve en ce moment à Londres. Avec un peu d'espoir, elle réussira à intercepter les gardes envoyés par Cesare Borgia, qui pourront la mener directement là où elle le veut. À vrai dire, toutes ses journées sont occupées par cet unique objectif.

La noirceur tombera bientôt, et Ana se dit qu'il faudrait qu'elle envoie cette lettre avant la fin de la journée, afin qu'elle puisse quitter vers l'Italie dès le lendemain matin. Elle sera bien chanceuse si elle s'y rend…

Peu importe. Les mains sur les hanches, Ana regarde autour d'elle. La journée est grise, mais il ne pleut pas. C'est déjà ça de pris.

Ana prend une grande respiration, non sans le regretter. L'air vicié sent le vieux poisson et les excréments émiettés.

_Génial…

La jeune femme s'approche d'un petit kiosque, où elle y commande une pomme de terre bouillie, fendue et recouverte de lard fondu. C'est dégoûtant. Mais cette masse immonde n'est pas pour elle. Ana marche plusieurs minutes, dansant entre les nombreux quais déglingués, les deux mains tenant de peine et de misère cette patate encore très chaude.

Elle s'approche d'un vieillard, assis au bout d'une planche, les pieds pendant au-dessus de la mer brunâtre, le dos exagérément arqué vers l'avant. Ses yeux, eux, restent hauts, et ne quittent pas l'horizon.

_Te voilà, ma petite lady! marmonne-t-il avec bonne humeur lorsqu'Ana prend place à ses côtés.

Lui, c'est Garth. Elle l'a rencontré dès son arrivée au pays. Elle l'a tout de suite trouvé drôle et attachant, avec ses allures de vieux pirate. Sans le deviner, elle venait de se trouver le meilleur des alliés en cette première étape de sa mission.

Garth avait travaillé toute sa vie sur des navires. Lorsqu'il a atteint un âge beaucoup trop honorable pour continuer à y oeuvrer, il a développé une fixation autour des allées et venues de tout objet flottant qui arrimait à Londres. Il se plaisait à dire qu'il était un boatspotter. Il surveillait les bateaux. Toute la journée.

Il n'en fallait pas plus à Ana pour comprendre toute l'aide qu'il pouvait lui offrir. En échange d'une pomme de terre bouillie, il lui faisait le compte-rendu de la journée. Elle lui laissait croire qu'elle attendait l'arrivée de son fiancé, sachant très bien que ce genre d'histoire pouvait toucher un vieux romantique comme lui. Depuis, il se fait un devoir d'informer Ana dès qu'un navire en provenance d'Italie arrive au port.

Ce qui n'est pas encore arrivé en un mois.

_Alors, Garth, quoi de neuf?

_Bahhh… rien de bien excitant, je dois te dire. Il y avait ces Portugais, trop phony. Ils débarquent ici comme on le ferait dans un carnaval! Ahahahah! Bahhhhh… Sinon, il y a eu une petite frégate, d'où en sont débarqués cinq ou six italiens. Des petits fendants, j'te dis! Les moustaches aussi cirées que leurs bottes! Ahaha! Ça doit être parce qu'ils se lèchent les bottes entre eux à longueur de journée! Ahahah! Mouaiiis!

_Quoi? Des Italiens? demande Ana, soudainement surexcitée.

_Bahhhhhh… Ton fiancé n'y était pas, crois-moi. Ils étaient tous beaucoup trop moches! Tu n'épouserais quand même pas un lécheur de bottes! Pas une jolie fille comme toi!

_Oh, Garth, tu es adorable! Tu sais où ils sont allés?

Le vieil homme lève sa tête vers Ana dans un mouvement saccadé, surpris et déçu de voir son intérêt après les détails qu'il vient de lui livrer sur les nouveaux venus.

_…Peut-être savent-ils quand est-ce que mon fiancé arrivera? suggère Ana d'une voix théâtralement mielleuse.

_Mouais… Et puis ça doit te manquer de parler avec des gens de ton pays, hein? Pauv'p'tite! Toute seule à Londres!

« Ah, Garth, si tu savais! » se garde-t-elle pour elle-même.

Celui-ci lui indique l'une des auberges du coin, beaucoup moins glauque que toutes les autres du secteur, mais quand même très sobre, sans clinquant. Ana reste un long moment à observer la façade, se demandant comment procéder.

Après une longue réflexion, elle décide d'y pénétrer avec le plus de désinvolture possible. Son regard fait rapidement le tour de la place, et elle reconnaît immédiatement les hommes dont Garth lui a tout juste parlé. Ils sont attablés, silencieux, et attendent que l'aubergiste leur serve à manger. Mais leur mutisme leur sert bien peu de discrétion. Leurs costumes, soignés et clinquants de broderies et de parures, détonnent avec la palette grise du décor.

_Messieurs, il ne s'agit que d'un rapide arrêt. Tôt demain matin, nous avons une audience avec Sa Majesté Jacques le Quatrième. Les choses risquent de se précipiter par la suite.

_… En espérant qu'il ait les ressources nécessaires pour nous venir en aide.

_Il les a, répond sèchement l'homme qui a tout l'air de diriger la bande. « Sinon, Cesare ne nous aurais pas envoyé à sa rencontre.

Ana lève une main vers l'aubergiste, tout en continuant à épier la conversation, plus riche en détails qu'elle ne l'aurait cru. Ce mois à flâner dans Londres lui aura finalement été d'une grande aide, car elle aura appris comment passer inaperçue en se conformant aux coutumes et moeurs du pays. Elle sait comment se tenir dans un établissement comme celui-ci, sans attirer l'attention.

_Et si on te l'offrait, ce verre, ma belle?

Ana s'est peut-être réjouie trop vite de ses tactiques de dissimulation. Deux hommes plutôt costauds l'encadrent à présent, leurs gueules d'ivrognes collées de par et d'autre de son visage.

_Merci messieurs, mais je ne cherche pas de compagnie…

_Allons! Sinon pourquoi tu serais ici? Hein? T'as envie de passer du bon temps, non?

Mal à l'aise, Ana tente de garder son focus sur la table des mercenaires Borgia, mais les deux lourdauds envahissent de plus en plus son environnement immédiat.

_Une fille comme ça, toute seule à un bar… T'attends quoi, hein?

Ça y est. Ana commence à sentir l'insistance dans leur jeu. Elle sait que les tenanciers de l'endroit ne viendront pas l'aider si ça s'envenime. Mieux vaut sortir au plus vite avant que ceux qu'elle souhaite épier ne la remarque.

ll faut déguerpir, et s'éclipser le plus vite possible.

_Bonne soirée, messieurs.

Elle se lève, et avance d'un pas décidé vers la sortie. Elle ne se retourne pas, mais sait qu'ils la suivent. De très près. Sitôt la porte franchie, Ana sent le souffle de l'un d'eux contre sa nuque. Elle n'avait pas prévu la rapidité de leur riposte. D'un coup, elle se fait bousculer, puis entraîner en retrait, vers la ruelle. L'un des deux brindezingues la plaque au sol sans même qu'elle puisse avoir le temps de lui offrir une résistance.

Ana se débat avec toute l'énergie du désespoir, alors que l'homme cherche maladroitement à la dévêtir. Il serre si fermement son petit poignet, qu'elle est incapable de déclencher sa lame secrète.

_Vas-y, mets-la au pas, cette petite pute! rigole l'autre qui reste debout en observant le spectacle.

Bientôt emportée par la panique, Ana entend un troisième homme arriver, par derrière.

_Hé, qu'est-ce qui se passe ici, les gars?

_Ah! Will, fais de l'air, tu veux? Ça te regarde pas!

Ana se tord le cou pour voir le nouvel acteur dans sa scène cauchemardesque. Un homme châtain, grand et élancé, au visage coupé au couteau, avec de grands yeux gris.

Lorsqu'elle croise son regard, elle est surprise de le voir lui sourire. Mais qu'est-ce qui se passe dans cette ville de fous furieux?

_Au contraire, répond-il d'une voix assurée. Je suis en droit de savoir ce qui se passe dans le coin.

_Sale petit pisseux de territoire!

L'homme qui se tenait debout devient colérique, et charge contre le grand châtain. Mais celui-ci, déjà ébréché par l'alcool, manque sa cible, et frappe dans les airs. Le châtain riposte, et le plaque au sol d'un seul mouvement de bras.

Celui qui tient Ana contre la terre se redresse légèrement pour voir ce qui vient de se passer, donnant assez d'air à la captive pour déployer son arme blanche. Elle lui atteint le bras, et celui-ci, surpris, se met à hurler.

_Hé, ça va pas, petite connasse? C'est quoi ce foutu truc?

Celui qui s'appelle Will est lui-même surpris par la manoeuvre de Ana. Il se reprend, puis assène alors au colosse un coup de poing à la mâchoire qui le sonne suffisamment pour permettre à Ana de se lever. Will lui prend le bras, et l'entraîne avec lui dans sa course.

_Allez, on file. Ils sont peut-être lents, mais il faut pas les tabasser!

Après plusieurs longues minutes à valser entre les méandres des nombreux bâtiments, Will entraîne enfin Ana dans une autre ruelle étroite, semblable à celle qu'ils viennent de fuir. Glauque et puante.

_Je peux savoir ce qui t'a pris de blesser ce gars?

_Quoi? s'étrangle Ana. Ils étaient sur le point de me violer!

_T'avais qu'à te sauver. Chercher à lui couper le bras n'était pas nécessaire. Ces deux gars-là sont juste un peu cons.

_Oh… Je vois! Et pourquoi es-tu venu me sauver, s'ils sont si empotés que cela, tes amis?

_Hé bien… maintenant que je me suis débarrassé d'eux, je n'ai plus à te partager avec personne d'autre…

Ana dévisage l'homme, pas trop assurée par son genre d'humour. Si c'est de l'humour.

Il lui envoie alors un sourire infatué et complaisant, rempli de charme. Ana, bien qu'encore paniquée par les récents événements, ne peut se retenir de remarquer à quel point son sauveur est incroyablement beau.

_William McEvan, à votre service, dit-il en lui offrant sa main en guise de présentation.

Ana hésite un moment, toujours sur ses gardes, puis lui offre la sienne en retour.

_Ana Culpi da Tivoli.

_What?

Il rigole seul un moment, puis voyant que la jeune femme n'a pas le rire aussi facile que lui, reprend vite de son sérieux.

_Alors, Ana de Talalili, qu'est-ce que tu foutais là? On ne t'a jamais dit qu'une demoiselle ne doit surtout pas flâner dans les docklands, si elle souhaite ne pas se faire souiller au passage?

_C'est secret. Très confidentiel.

_Aussi secret que ces zannis que tu épiais?

Ana, interloquée, secoue la tête en croisant les bras.

_Hé oui, l'épieur épié! rigole Will.

_Oui, hé bien grâce à tes deux amis, je les ai perdus!

_C'est pas grave. Écoute, pour me faire pardonner, je peux t'aider, si tu veux?

_Et pourquoi?

_Parce que c'est mon boulot.

_T'es un mercenaire?

_Bah, si tu veux. Je suis un démerdeur, un petit magouilleur, qui connaît énormément de gens et de lieux. Je suis prêt à aider qui que ce soit, en échange de quelque chose de valeur.

Ana, toujours aussi énervée, lui lance une poche remplie de monnaie. Will l'attrape au vol en gloussant.

_Hé bien. Toi, tu ne dois pas être la plus douée au poker!

_Quoi?

_Tu me donnes tout ce que tu as? Sans te donner la peine de bluffer un peu?

_J'ai pas de temps à perdre!

_Tu ne m'as même pas encore demandé ce que tu voulais…

Ana danse d'un pied à l'autre, pantoise. L'assurance qu'elle tente de se donner vole en éclat.

_Ces hommes, à la taverne. Je veux savoir où ils vont.

_À l'heure qu'il est, ils n'y sont probablement plus. Il est un peu trop tard.

La jeune femme soupire, gênée de se trouver prise au dépourvu. Un soupir long et fort, qui laisse comprendre à son interlocuteur qu'elle se trouve au bout du rouleau. Elle s'appuie contre le mur, et laisse son dos longer la surface, jusqu'à finir en position assise. Will s'accroupit à côté d'elle, et lui rend sa bourse.

_Si tu veux vraiment que je t'aide, il va falloir que tu m'en dises beaucoup plus, Ana.

Cette dernière lève la tête vers lui. Elle ne sait pas pourquoi cet homme tient tant à la soutenir, mais elle a tant besoin de ne plus se trouver seule dans cette histoire ridicule, qu'elle se sent prête à se confier.

_Je cherche Mireio Sinclair. Tu la connais? se risque-t-elle du tac au tac, croyant encore pouvoir toucher à une chance incroyable.

Mais Will répond très rapidement par la négative.

_Écoute, il me faudrait beaucoup plus qu'un nom.

_C'est tout ce que j'ai…

Will s'assied aux côtés d'Ana, songeur.

_Mireio Sinclair, ça ne me dit rien. Mais il y a un Sinclair à Windsor. Vincent Sinclair. Il est traducteur et conseiller pour le Roi. Peut-être la connaît-il?

_Vincent Sinclair? Au palais de Windsor? J'y vais! lance Ana en se redressant.

Une piste! Enfin!

_Oh! Reprends ton air, ma belle! Tu crois aller au palais de Windsor, comme ça? Tout simplement?

_Absolument! Je dois me rendre à un rendez-vous urgent avec Vincent Sinclair!