ILLUSIONS (août 2017)

Liz :

- Tu n'en sais rien. Et puis, j'en ai marre de jouer à deviner les choses. Je ne sais même pas qui tu es ! Comment t'appelles-tu en vrai ?
- Raymond.
- Pitié !
- Je te jure, Lizzie, je m'appelle vraiment Raymond Reddington.
- Mais alors… ?
- Non, il ne s'agit pas d'homonymie ni de clonage. Quoique, en quelque sorte. Je suis le vrai Raymond mais ton père ne l'était pas. C'était lui le mythomane, fou dangereux, criminel narcissique, tortionnaire et menteur. Il s'est fait passer pour moi pendant 4 ans. Il a pris mon identité, ma vie, tout ça parce que nous nous ressemblions physiquement beaucoup. Comme tu le sais, nous possédons a priori tous un sosie sur cette Terre. Je n'ai pas joué de chance avec le mien.

[…]

Red narrateur :

- Avant de commencer ton récit, j'aimerais savoir pourquoi tu n'as rien dit avant ? Après tout, tu n'as rien fait de mal, contrairement à mon père.
- J'ai dû poursuivre son œuvre, Lizzie. Il avait détruit ma vie en profondeur. Alors je suis devenu lui.
- Cooper est au courant ?

J'acquiesce de la tête et je rajoute :

- En dehors de lui, de Dembe et de notre grand patron commun, personne ne sait. Tu seras la seule à tout savoir parce que le boss a accepté que je t'en parle. Ensuite, tu pourras choisir de rester parmi nous ou de partir. Mais jamais tu ne devras révéler ce qui suit à quiconque, sous quelque raison que cela soit.
- Est-ce si important ?
- Oui. Et je sais que je peux te faire confiance sur ce point. Tu connais l'importance des secrets qu'on te demande de ne jamais révéler. Cela fait partie de ton boulot. Là, ce sera encore plus important.
- D'accord. Il y a longtemps que je t'observe et j'en suis souvent parvenue à la conclusion que tu étais une sorte de super agent très secret à la solde du gouvernement Américain.
- Comment en es-tu arrivée à le penser ?
- Parce que tu détiens des informations que personne en dehors d'un Chef d'Etat ne peut détenir. De plus, tu noues des liens avec des agents de tous pays. Sans oublier tes multiples relations dans l'armée, dans la Police, et dans les Ambassades. Aucun criminel au monde ne peut avoir les bras assez longs pour ça. Et pire encore, aucun criminel ne peut demeurer libre de perpétrer tous ses crimes en ayant de telles relations haut placées. Cela ne tenait pas debout. Enfin, tu avais 24 ans quand je suis née. Et tu étais déjà un espion de haut vol, assez dangereux pour que les Russes aient envie de te piéger ? Non, il y avait forcément une autre explication. Tout ce qu'on m'a dit sur toi m'apparaît de plus en plus comme une sorte de couverture.
- Plus ou moins. Il y a des faits réels cependant. Mais derrière les faits se cachent deux Raymond Reddington. Le vrai, moi en l'occurrence, et ton père. Quand nous nous sommes vraiment rencontrés, toi et moi, alors que j'étais dans la boîte, je t'ai dit que tout ce qui me concernait était un mensonge. Tu t'en souviens ?
- Oui, mais je n'y ai pas prêté plus d'attention que ça. J'aurais sans doute dû… Tu me racontes tout ?

[…]

Liz narratrice :

- Je m'appelle réellement Raymond Reddington. Mes parents et ma petite sœur furent assassinés quand j'avais 24 ans par celui qui couchait avec ta mère et qui fut donc ton père biologique.
- Stop ! On peut faire un arrêt sur images là ?
- Ma famille ?
- Que s'est-il passé ?
- Je vais essayer de résumer. Deux ans environ avant ta naissance, j'étais encore un élève officier de la Navy quand on me proposa, au vu de mes diverses compétences, d'intégrer les Services Secrets. Mais j'étais encore un gamin de 23 ans à peine. Par contre, des agents plus expérimentés m'expliquèrent comment me faire beaucoup d'argent avec les Russes. Moi, j'étais un génie un peu naïf à l'époque. Nous fricotions donc avec des agents Russes qui marchandaient avec nous la vie de scientifiques et de braves gens qui voulaient tous passer à l'Ouest. Ces gens à qui nous promettions une vie meilleure et libre et riche, ici, en Amérique. La fin de la Guerre Froide fut l'occasion pour beaucoup d'agents de part et d'autre de se faire pas mal de fric. Je les observais sans participer. Le chef d'équipe Américain me trouvait encore trop tendre pour le boulot. Il s'appelait Mike Trenton. Un jour de septembre 1983, Mike fut tué bêtement lors d'une bagarre dans un bouge de la Nouvelle-Orléans. Par un gars de l'équipe qui, ayant trop bu, avait dû frapper trop fort. Ces bastons entre gars étaient fréquentes et Mike le premier les fomentait.
- Comment s'appelait celui qui a tué ce Mike ?
- Je le connaissais sous le nom de David Prewitt. C'était une brute de la pire espèce. Il aimait brutaliser les gens, leur faire peur, les faire chanter parfois. Il tuait quiconque lui résistait. Mais l'Agence ne disait rien. Il faisait bien son boulot avec les Russes. Et s'en mettait aussi plein les poches ! Il me faisait peur. Je le craignais d'autant plus que je l'avais vu tuer un enfant juste pour forcer ses parents à coopérer avec les Etats-Unis ! Il prétendait faire tout ça pour le pays alors qu'il prenait du plaisir à tuer et à faire le mal. Il m'a fallu moins de 2 mois pour mettre au point avec un ami une base de données enregistrant les faits et les gestes de toute l'unité de David. Unité dont je faisais partie.
- Tu participais ?
- Non et j'ai cru que c'était ce qui m'avait trahi. David m'avait demandé de tuer un petit vieux en Pologne. Parce qu'il refusait de nous dire où se cachait sa fille et ses enfants. Or nous devions tenter de faire passer à l'Ouest la fille de cet homme. Elle était brillante dans son domaine. Mais cet homme refusait que des brutes épaisses emmènent sa famille loin de lui. Mon rôle avait été de rassurer le vieillard dans un premier temps, puis de le menacer ensuite. J'ai refusé de torturer cet homme. Un ami de David l'a fait pour moi. Et le vieillard en est mort.

Il s'arrête un instant, perdu dans ses souvenirs.

- C'est curieux comme la mémoire fonctionne parfois. Je me souviens des lieux, des visages mais j'ai du mal à me rappeler des noms…. Tous ces morts… Sans nom dans ma mémoire…
- Continue, s'il te plait.
- A notre retour au pays, David m'a fait surveiller. Sans que je le sache. Il a ainsi découvert ce que Leonard et moi avions mis au point. Leonard put prendre la fuite assez tôt mais moi….
- Que s'est-il passé pour toi ?
- David et ses sbires ont débarqué chez mes parents le 26 janvier 1984. Ils pensaient m'y trouver. Or, ce soir-là, j'avais rendez-vous avec Carla, une fille un peu plus âgée que moi et qui avait une fille de 3 ans qu'elle devait élever toute seule, son copain ayant refusé toute paternité. J'aimais bien Carla.
- Et donc ?
- Je suis revenu à la maison de mes parents vers 1h du matin. La porte d'entrée était ouverte. La lumière dans la chambre de ma petite sœur Elizabeth était allumée…
- Elizabeth ? C'est à ta sœur que je dois mon prénom ?
- Ce fut ma façon de lui rendre hommage, oui.
- D'accord.

Il lâche ma main et je vois son visage devenir plus dur, ses yeux plus sombres.

- Il y avait du sang sur les escaliers. Alors j'ai appelé mes parents. Mais quelque part, je savais déjà ce qu'il s'était passé dans cette maison. Comme un automate, je suis monté à l'étage dans la chambre de ma sœur. Elle avait 13 ans, tu sais ? C'était une danseuse. Et je l'adorais. Mes parents avaient mis plus de 10 ans à refaire un enfant après moi. J'avais vécu les 2 fausses couches de ma mère comme un mauvais signe. Il était sans doute écrit quelque part que je serai à tout jamais le seul enfant né de John et Pamela Reddington. Parce qu'en arrivant dans la chambre de ma sœur, je n'ai pas vu de sang. J'ai seulement vu ses chaussons de danse et son tutu noués autour de son cou. Sur son lit. Et en tournant la tête, j'ai vu les corps égorgés de mes parents agenouillés dans le dressing. Je savais ce qu'ils avaient dû endurer. Mais alors que je hurlais dans la maison, prisonnier de mon immense peine, de ma douleur, il y eut un grand boom et…je me suis réveillé 10 mois plus tard chez un ami.

Je sens toute la douleur qu'il éprouve encore en en parlant. Alors je caresse doucement son beau visage, mettant toute ma tendresse dans ce geste de réconfort. Puis je demande à mi-voix :

- Qui avait fait ça ?
- Le carnage ? Ce fameux David avec toute son équipe, à laquelle il avait intégré son propre demi-frère. Un dénommé Richard Rincon. Or ce Richard était mon portrait craché. Et David et lui partageaient les mêmes penchants violents, cruels, narcissiques et j'en passe. Quand David m'a rencontré, sachant que Richard avait été recalé par la Marine pour son attitude antisociale, il a monté le piège dans lequel je suis tombé. Parce que son seul but, depuis le début, était de me supprimer et de me faire remplacer par Richard. Ce qui a fort bien marché pendant que j'étais supposément mort.
- Et cela a duré plus de 4 ans ?
- J'étais mal en point, Lizzie. Outre plusieurs fractures et des mois de rééducation, j'avais été sérieusement brûlé par l'explosion de la maison. Mon dos avait tout pris. J'ai dû subir je ne sais combien de greffes de peau. Quand j'ai commencé à aller mieux, quand les médecins ont aussi estimé que j'étais tiré d'affaire, presque 3 années s'étaient écoulées.
- Quel était ton identité à l'époque ?
- Jason O'Neill.
- Et l'ami qui t'avait secouru ?
- Sam. C'est lui qui m'avait procuré de faux papiers d'identité, qui m'avait inventé une vie avec un accident de la route qui expliquait mes nombreuses blessures. C'est aussi lui qui a pris soin de moi pendant tout ce temps. Et qui me renseignait sur ce qui se passait ailleurs. C'est par lui que j'ai appris que Raymond Reddington n'était pas mort, qu'il travaillait toujours pour les Services Secrets, qu'il montait peu à peu tous les grades dans l'Armée et qu'il fréquentait des espions Russes renommés.
- Comment Sam pouvait-il savoir tout ça ?
- Quand il a compris qui avait tué ma famille et m'avait laissé pour mort, il s'est discrètement rapproché de Rincon et de ta mère. Il voulait s'en faire des amis. Et Rincon savait aussi que j'avais un ami qui s'appelait Sam.
- Et Carla ? Il l'a épousée ?
- Il a repris ma vie là où elle en était restée, Lizzie. Il a épousé Carla et l'a trompée avec Katarina.
- Et personne n'a jamais eu le moindre doute ? Je veux dire que Carla aurait pu ou du se rendre compte, non ? Dans l'intimité, deux hommes sont forcément différents.

Il sourit tristement.

- Le truc c'est que je n'étais pas encore intime avec Carla. Nous avions des rendez-vous à l'ancienne, mais je ne l'avais même jamais encore embrassée !
- T'es sérieux ? Mais tu la connaissais depuis combien de temps ?
- Quelques semaines. Quand j'aime une femme, j'aime prendre mon temps.
- La séduire de telle façon qu'elle puisse croire qu'elle est au centre de tout ton univers.
- C'est Carla qui t'a dit ça ?
- Pas seulement elle. Mais c'est bien ta technique, non ?
- Quand j'aime vraiment une femme, elle devient le centre de mon univers. Il ne s'agit pas de le lui faire croire puisqu'elle l'est réellement. Tu comprends ?

[…]

- Mais tu ne connais pas toute l'histoire encore. Attends la suite pour te forger une véritable opinion et pour savoir où tu mets les pieds.
- Sans vouloir t'offenser, il me semble que cela fait 4 ans que j'ai mis les pieds dans ton univers, sans rien y comprendre ! Maintenant, cela commence à devenir un peu plus clair. J'ai juste une question, je peux ?
- Bien sûr.
- Comment se fait-il que ton dossier ne fasse pas mention de la mort de ta famille ?
- David avait pris soin de fabriquer une version en effaçant des tablettes l'existence de ma sœur et en disant que mes parents avaient trouvé la mort dans un accident de voiture, avec moi. De fait, on a retrouvé leurs corps calcinés dans une voiture brûlée. Cela tenait donc la route.
- Ils avaient pensé à tout.
- Sauf au fait que je sois encore en vie.
- Et quand l'ont-ils appris ?
- Le soir de l'incendie.
- Je t'écoute.

[…]

Red narrateur :

- Je m'étais fixé comme objectif de reprendre ma vie à ceux qui me l'avaient volée. Et de leur faire payer la mort de ma famille. Sam m'y aidait. Il avait prévu de me présenter Katarina. Or pour éviter qu'elle ne se pose des questions quant à ma ressemblance avec son amant, nous avions trouvé une superbe parade. J'étais couvert de bandages et seuls mes yeux étaient à découvert. J'avais d'ailleurs sacrément chaud comme ça ! Hélas pour moi, Katarina fut prise de pitié par cet homme cloué au lit et momifié vivant.
- Vous lui avez dit qu'il t'était arrivé quoi ?
- Ne sachant pas trop si nous pouvions lui faire confiance ou pas, nous avons évité la même version que pour l'hôpital, qui se rapprochait trop de ce que David avait raconté. Je m'appelais donc Jeffrey Hollander et j'étais un pompier qui avait été pris dans un feu de forêt. Je crois pouvoir affirmer qu'elle s'en fichait un peu. Parce qu'elle est venue me voir pendant des mois afin de me raconter sa vie. Je l'écoutais sans pouvoir lui répondre. Et jamais elle ne m'interrogeait sur ma vie. Tu me diras, sachant que ma bouche était couverte par des bandages et que j'étais supposément incapable de bouger mes mâchoires, elle aurait pu me questionner sans obtenir de réponses. Toujours est-il que c'est par elle que j'ai appris ton existence et tout ce que tu représentais pour elle. Elle me parlait aussi beaucoup de l'amour qu'elle ressentait pour ton salopard de père. Bien sûr, je pensais qu'elle ignorait tout de ses agissements. Elle me disait seulement savoir qu'il gagnait beaucoup d'argent, tout comme Constantin, et comme elle-même le faisait en marchandant des informations ou des espions aux camps adverses.
- L'amour rend aveugle. Tu dis qu'elle n'était pas la plus honnête des femmes ?
- Elle savait parfaitement bien saisir les opportunités, tu sais. Et je crois aussi qu'elle était dépendante de cet homme qui la fascinait. A croire qu'elle était attirée par la noirceur de son âme.
- Je dois tenir ça d'elle. Quoique…ton âme n'est pas si noire. Il y a beaucoup de bon et de bien en toi. Plus qu'en Tom. Seulement, toi, tu es brisé de l'intérieur. Et je commence à comprendre pourquoi.
- Ce ne fut pas tout, Lizzie.
- Raconte.
- Un soir avant Noël, elle appela Sam en lui racontant que son Raymond t'avait enlevée quand il avait appris qu'il était ton père.
- Elle ne le lui avait jamais dit auparavant ?
- Non. Elle savait qu'il n'aurait jamais voulu de toi dans sa vie bien huilée. Il avait une femme, une fille adoptée et cela correspondait parfaitement au profil attendu par la Marine. Une enfant illégitime conçue avec une espionne Russe aurait été un sacré frein à sa carrière.
- Il était égoïste à ce point ?
- Bien plus encore.
- Alors pourquoi a-t-il subitement décidé de m'enlever ?

Il y a un moment de flottement pendant lequel j'hésite à lui répondre la vérité. Mais je le dois. Ma voix est soudain aussi froide que le souvenir que j'ai de cette époque.

- Son idée n'était pas de te garder près de lui mais… de te faire disparaître.
- Il voulait me tuer ?
- Oui.
- J'aimerais parvenir à me souvenir de ça, tu sais. Quand tu as fait effacer ma mémoire, tu aurais pu m'en laisser un peu.
- Peut-être devrais-tu retourner voir le Dr Orchard et voir aussi ce que tu as fait bloquer il y a deux ans.
- Je vais mettre ça sur la longue liste des choses que je vais devoir faire pendant mes congés. Revenons-en à ton histoire.
- J'ignore si Katarina avait deviné les intentions de Richard mais quand Sam m'en a parlé, pour moi, cela fut évident. Il fallait que je prévienne Katarina et qu'on te retrouve au plus vite. J'ai pris la voiture de Sam, je suis allé chez Katarina. Quand elle m'a vue, elle m'a pris pour son Raymond et a commencé à m'insulter et à me demander où tu étais. Et là, je lui ai tout raconté. Je l'ai remerciée aussi pour s'être confiée à moi pendant des mois sans savoir qu'elle parlait au vrai Raymond Reddington. Elle était apparemment choquée. Mais surtout, elle était morte d'inquiétude pour toi. Sur le moment, j'ai mal interprété le fait qu'elle soit uniquement focalisée sur toi et qu'elle fasse l'impasse sur ce que Richard et David m'avaient fait. Pour elle, cela ne comptait pas. Toi seule avait de l'importance. Alors nous avons travaillé ensemble pour retrouver Richard et savoir où il te planquait. Quelques heures plus tard, nous débarquions dans la maison qu'il louait pour l'occasion. Je laissais d'abord Katarina y aller seule, couvrant ses arrières car si Richard préparait un mauvais coup, j'étais prêt à parier que l'autre taré de David n'était pas loin. Ce que j'ignorais cependant c'est que, après une violente altercation, tu tirerais sur l'homme qui frappait ta mère, que tu blesserais mortellement ton père biologique, que ta mère en proie à la panique irait parler à David et me donnerait à lui. Elle m'appela à l'intérieur pour te rechercher parce qu'elle était trop terrifiée pour le faire quand David mit le feu à la maison. Une fois que je t'eus sortie du brasier, j'ai vu ta mère t'emmener avec elle et David est apparu dans l'entrée au moment où je voulais sortir. Là, il m'a méchamment souri et m'a dit : « Tu es dur à faire cramer, toi ! Tu vois cette maison ? C'est comme celle de tes parents. Cette fois, tu seras à l'intérieur. »
- Tu n'as rien dit ?
- J'ai rétorqué que je t'avais sauvée et que c'était le plus important. Ta mère était peut-être une pourrie mais que tu n'en avais pas à payer le prix. Alors il a ri aux éclats et m'a annoncé ce qu'il comptait faire : « Je vais te dire, l'idiot de génie, la Ruscof elle t'a vendue. C'est même elle qui nous a aidés à faire disparaître ta famille. Parce qu'elle y a gagné une maison avec son mari légitime. Et là, tu sais quoi ? Elle m'a tout dit sur toi quand elle est arrivée. C'est à cause de toi que Richard est mort. Toi et la gosse. Je vais m'occuper de toi maintenant et d'elle plus tard. Quant à Katarina, si elle se met en travers de mon chemin, je la supprime. Elle ne compte plus. »
- Et ensuite ?
- Il m'a assommé et je me suis réveillé juste à temps pour sortir de la maison avant qu'elle ne s'écroule sur moi. Je m'en suis tiré cette fois-là avec une belle bosse et une méchante colère.
- Tu en voulais à ma mère ?
- A ton avis, Lizzie ?
- Pourquoi t'avait-elle trahi et choisi de faire confiance à ce David ? Par cupidité ?
- Au départ, sans doute, oui. Et le soir de l'incendie, quand tu eus tué Richard, parce qu'elle n'avait pas le choix. Il fallait que Raymond Reddington meure pour de bon. Pour toi. Pour que tu sois heureuse et libre auprès d'elle. Elle n'avait juste pas prévu que David voudrait aussi se venger de la mort de son frère et serait après toi sans relâche.
- Qu'as-tu fait ?
- J'étais mort, encore. Du moins pendant quelques heures. J'ai laissé à Katarina le temps de te mettre à l'abri. J'ai appelé Sam qui a contacté Katarina et je l'ai retrouvée au petit jour dans l'appartement de Bethesda que tu connais.
- A qui appartenait-il ?
- A ton grand-père, Dom. Le père de Katarina. Il était Américain et avait épousé une Russe avant que le mur de Berlin sépare l'Allemagne en deux. C'est une autre longue histoire.
- C'était un espion, lui aussi ?

Je ris.

- Dom ? Non ! Il était journaliste. Bref.
- Et donc, à Bethesda, il s'est passé quoi ?
- J'ai demandé des explications à ta mère. Je voulais comprendre pourquoi elle avait fait ça.
- Et que t'a-t-elle répondu ?
- Qu'elle ne connaissait pas ma famille quand on lui demanda de prêter main forte à des Agents Américains dans une opération afin de gagner le droit de demeurer sur le sol Américain et d'y jouir d'une vie confortable. Elle avait été manipulée comme tous les autres. Seulement là…
- Pourquoi ta famille ? A cause de toi ?
- De ma ressemblance avec Richard, oui. Et du fameux Fulcrum sur lequel David et Richard finirent par partiellement mettre la main. Tu connais la suite de cette histoire.
- C'est certain ! Tu étais ainsi devenu la cible à éliminer de toute urgence. Et tu as réagi comment face à ma mère ?
- J'ai fait semblant d'accepter ses excuses mais je lui ai conseillé de disparaître de la circulation. De changer de vie, de nom, de pays, de tout plaquer.
- Et de me laisser ici ? Elle était d'accord ?
- Non, évidemment que non. Elle aurait voulu que j'utilise mes moyens pour lui trouver une autre issue.
- Comme lui fabriquer une nouvelle identité et l'envoyer dans un pays où elle ne risquerait rien ?
- C'était ce qu'elle voulait que je fasse, oui.
- L'as-tu fait ?
- Je lui ai dit que j'y réfléchirai. Mais plus j'y pensais et plus je revoyais les visages de mes parents égorgés devant le cadavre de ma sœur. De plus, je n'admettais pas qu'elle ait pu mettre ta vie en danger et qu'elle puisse continuer à vivre auprès de toi des jours heureux. Quelques jours passèrent pendant lesquels elle s'est cachée à Bethesda. Puis un jour elle m'appela pour me demander si les Russes étaient aussi à sa recherche. Je lui ai menti délibérément. Elle était activement recherchée en effet pour la disparition mystérieuse de Raymond Reddington mais pas par les Russes. Seuls David et son équipe la recherchaient, ou plutôt te recherchaient toi. Il avait enlevé le corps de Richard avant qu'il ne soit brûlé et l'avait enterré là où je l'ai retrouvé quelques mois plus tard, en retrouvant David.
- Pourquoi lui as-tu menti ? Je pose la question même si je subodore la réponse.
- Je n'arrivais pas à lui pardonner pour ma famille. Certes, elle ne les avait pas torturés. Je pense qu'elle n'était pas présente dans la maison lors des faits, mais elle avait couvert les autres et les avait aidés à maquiller le crime. Pour moi, elle était coupable. Quand je l'ai vue si perdue, je jubilais. Elle ne savait pas quoi faire. Son père voulait qu'elle se rende en Argentine, pays réputé pour cacher un peu tout le monde. Or je refusais qu'elle puisse s'enfuir. Je voulais qu'elle reste ici et qu'elle assume ses responsabilités.
- Tu voulais la tuer ?
- Non. Je lui souhaitais une mort plus lente. J'avais des raisons qui me retenaient aussi de mettre fin à ses jours.
- Tu l'aimais ?
- Lizzie…. En apprenant la vérité sur son sujet, j'avais juste envie de me venger. Mais pas à tes dépends. Or elle t'adorait et tu l'aimais aussi.
- Qu'as-tu fait alors ?
- Je lui ai dit que la seule manière de te sauver pour toujours était de te donner une nouvelle identité et d'effacer ta mémoire.

Je la vois retenir un mouvement de recul. Je sais que ce que je vais lui dire dans les prochaines minutes va probablement détruire tout le bien qu'elle pense de moi. Mais elle doit savoir. J'en ai marre de garder tout ça pour moi.

- Le Dr Krilov, tu le connaissais ?
- Moi, non. Mais ta mère oui. C'est elle qui lui a demandé d'agir quand je l'eus persuadée que c'était la meilleure chose à faire pour toi. Sam nous parlait de toi qui refusais de parler, de t'alimenter correctement, toi qui réclamais tes parents, toi qui ne comprenais rien à ce qu'il se passait mais qui serrait ta peluche comme ultime souvenir de ton enfance détruite. Et puis tu avais Kate qui, plutôt que de te garder près d'elle te confiait à un inconnu. Tu te murais dans ton monde où les adultes étaient tous des traitres. Nous devions faire quelque chose pour toi. J'ai promis à Katarina de toujours te protéger. Et je pense que cela a fait pencher la balance.
- Je comprends. En le faisant, Sam, ma mère et toi avez tenté de me rendre une vie normale. Mais devait-elle disparaître pour autant ? Pourquoi ne pas lui avoir inventé une autre vie à elle aussi ?
- Elle était un peu trop connue, vois-tu. Une enfant, ça grandit, ça change. Une femme de 30 ans, cela change peu. Sauf chirurgie esthétique. Et puis, de toi à moi, ni Sam ni moi ne voulions véritablement la sauver. Une vie entière sans toi et sans ton père ne nous paraissait même pas suffisant ! Elle aurait vécu tranquillement avec seulement ses remords comme compagnie et la peur d'être découverte toujours vissée au ventre. Je tenais là ma vengeance. Mais je suis pourtant allé plus loin.
- Elle s'est vraiment suicidée ou tu as maquillé ton crime en suicide ?
- Ni l'un ni l'autre. Je lui ai procuré de faux papiers et un visa pour l'Argentine. Seulement elle a embarqué pour une autre destination, à bord d'un autre navire, celui pour l'Argentine ayant coulé.
- Comment ça ?
- Je l'ai confiée aux Russes qu'elle avait trahi. Et ils l'ont expédiée directement dans un cachot quelque part en Sibérie où personne n'a jamais plus eu de ses nouvelles. A ce jour, j'ignore si elle y est toujours, si elle y est morte ou ce qu'ils ont réellement fait d'elle. Cela ne me concernait plus. Officiellement, Katarina Rostova s'est suicidée en se noyant.
- Je vois… Cela t'ennuierait si je cherchais à en savoir davantage auprès des autorités Russes ?
- Non. C'est normal et je l'aurais fait moi-même si je n'avais pas eu quelques remords. Si elle est toujours en vie, je me demande dans quel état physique et psychologique elle peut être.

TBC...