- REMERCIEMENTS -

Un grand MERCI à toutes celles et ceux qui ont eut la gentillesse de me laisser leurs impressions sur le chapitre précédent. Les commentaires sont la drogue des auteurs, et c'est en particulier grâce à eux que l'on trouve la motivation d'écrire (lol). Comme je l'ai déjà dit, les louanges apportent satisfaction et les critiques aident à progresser. Je suis heureuse de voir que vous avez appréciez, et j'espère que ce deuxième chapitre vous plaira autant que le premier ! Merci encore, et bonne lecture =).


« La trahison naît de la confiance...

C'est d'ailleurs pour cette raison

qu'elle blesse autant celui qui en fait l'objet. »

[Proverbe arabe]

- Thème musical pour le chapitre 2 -

« Shashin » de Fujita Maiko


.TOUT A PRIS FIN LA OU TOUT AURAIT DU COMMENCER.

Chapitre 2 : Les larmes sous le soleil de minuit –

C'était comme ne plus exister. Comme flotter dans un univers dont j'étais le seul à posséder la clé. Des images floues aux contours vaporeux et aux couleurs blafardes défilaient devant mes yeux endoloris. Parfois j'entendais des murmures lointains dont le sens m'échappait. Mon esprit vagabondait au travers de la nébulosité, brouillant mes souvenirs et rendant ma capacité à raisonner confuse. Des visages, des parfums et des silhouettes m'apparaissaient de temps en temps, sans que je puisse néanmoins les liés à un nom.

Pour moi, la mort était un grand vide : Un trou sibyllin, cerné par le néant. Et les limbes où mon corps se noyait avec consentement depuis plusieurs jours ressemblaient précisément à cela. Pourtant je n'étais pas mort. Cette affirmation était indiscutable, car la tristesse qui inondait mon cœur n'était en rien comparable à la sérénité éternelle. Fort heureusement, l'abîme glacée qui m'entourait apaisait un peu mon mal. Ce froid mordant et cette obscurité insondable me permettait d'oublier. Oublier pourquoi je pleurais, depuis quand et à cause de quoi...

« - Réveille-toi, humain... »

Une voix sordide me répétait ces mots depuis quelques heures. J'essayais d'en déceler l'origine, vaquant au travers du brouillard comme un aveugle en pleine foulée. Le ton grave, amer et effrayant de l'être qui me parlait, me faisait penser à un grognement animal. La logique aurait voulu que j'en eus peur, mais il y avait quelque chose de familier dans son timbre, tant et si bien que plus il me parlait, plus je me sentais rassuré.

« - Réveille-toi... »

Deux yeux rouges carmin percèrent bientôt l'obscurité. Les pupilles de la créature qui se tenait devant moi se dilataient presque, pour n'être que deux fentes acérées au milieu d'une mer de sang... Je cru mourir d'effroi. Le monstre me fixa longuement, tandis que ma peur augmentait.

« - Réveille-toi, humain... »

La nébulosité se brouilla soudainement, et des images aux couleurs blêmes se mirent à danser autour de moi. Peu à peu, le décor reprit des nuances tangibles et les yeux de la créature disparurent. Puis tout s'immobilisa soudainement. La première chose concrète que je vis fut un plafond de marbre blanc... Je clignais des yeux plusieurs fois, incrédule.

« - Iwaki ! Est-ce que ça va ? » Hurla brutalement une voix à mon bord.

Je tournais difficilement la tête, et aperçus bientôt une femme. Elle avait un visage pâle encadré par de longue mèche noir ébènes. Ses yeux verts absinthe me fixaient avec inquiétude et ses lèvres tremblaient frénétiquement au rythme de sa respiration.

« - Yumi... Où suis-je, hm ? » Demandais-je la voix rauque.

« - Au palais royal... » Murmura-t-elle, apparemment soulagée que je lui réponde.

« - Je vois... » Répondis-je en retour, l'air calme et détaché.

Nous restâmes ainsi de nombreuse minute. Un silence inconfortable s'installa, mais aucun de nous deux ne semblait vouloir le briser... Je n'étais pas fou, ni amnésique. Je savais parfaitement pourquoi j'étais ici et comment j'y étais arrivé. Je savais aussi que la mort de mes parents n'était pas qu'un simple cauchemar et que mon cousin avait peut-être bien perdu la vie lui aussi. Mais pour je ne sais quelle raison, et bien que je sois extrêmement lucide, je n'arrivais pas à pleurer. Tout cela me semblait incroyablement loin, comme si plusieurs décennies s'étaient écoulées avant que je ne me réveille.

« - Iwaki... Je suis désolée... » Chuchota Yumi, les yeux larmoyant et sa main serrant la mienne.

« - Combien de temps ai-je dormit, hm ? »

Elle sursauta et releva les yeux dans ma direction. Je fixais toujours le plafond, d'un air calme et austère, ne voulant pas croiser son regard surpris. Elle bégaya quelques paroles, puis essuya prestement ses larmes. Surement dut-elle croire que je ne voulais pas aborder le sujet – ce qui était précisément le cas.

« - Presque cinq mois... » Admit-elle, alors que je me relevais brutalement.

« - Cinq mois ? » M'écriais-je, abasourdi.

« - Oui... Enfin, pas exactement. Disons plutôt que tu étais... Dans un état second. Tu ne parlais plus, tu ne mangeais presque pas. Ton état était très inquiétant. Le médecin royal a dit que c'était dû au choc... » Expliqua-t-elle, la voix tremblante.

« - Alors... Mes parents... »

« - Je suis désolé Iwaki. On a attendu presque une semaine que tu sortes du coma, mais... Le roi a ordonné qu'on les enterre. Il aurait été impossible d'attendre cinq mois. »

« - Je vois, hm... Et où ont-ils été enterrés ? » Demandais-je, alors que la tristesse regagnait du terrain.

« - Au cimetière Eiga no Mitsukai, près du mont Sakura. »

« - Je devrais remercier le roi pour ça... » Déclarais-je, un sourire nostalgique sur les lèvres.

« - Il a dit que tu pouvais rester ici aussi longtemps que tu le voudras. » Dit-elle, en posant une main rassurante sur ma tête.

Je lui offrais un sourire pour toute réponse et laissait ses doigts parcourir agilement mon front. Yumi était tout autant affecter par la mort de mes parents que je l'étais. Je le sentais au travers de son regard éploré, de ses gestes mal assurés et de sa voix flageolante. Aussi devait-elle se sentir incroyablement coupable pour ce qui s'était passé. Mais en aucun cas je ne pouvais lui en vouloir. Après tout, elle m'avait sauvé la vie au péril de la sienne. Je lui étais redevable.

« - Et... Kei, hm ? » Osais-je enfin demander.

Elle ne répondit pas, et le silence perdura. Je vis quelques larmes couler le long de ses joues pâles, et sa main commença à trembler délicatement sur ma tête. La réponse me vint d'elle-même... Je savais que Yumi nourrissait à l'égard de mon cousin un amour inavoué. Cet amour était sans conteste réciproque, et bien que le rang social ne les destinait pas à s'unir, je les avais toujours imaginé finir ensemble. Mes parents et mes oncles, qui n'étaient pas de sombres idiots, et qui avaient donc remarqué l'attirance qu'ils se vouaient l'un l'autre, avaient même finit par accepté la possibilité d'un mariage entre eux. C'était d'ailleurs pour facilité cette union que j'avais choisi Yumi comme Shuei, afin de la mettre sur un pied d'égalité avec Kei.

« - Je vois, hm... » Me contentais-je de dire, pour lui faire comprendre qu'elle n'avait pas besoin de répondre.

« - Il n'est pas mort au temple. » Murmura-t-elle, après avoir reprit ses esprits et sécher ses larmes.

« - Vraiment, hm ? »

« - Il est arrivé au palais quelques jours après nous... Son état était critique. Les médecins du roi ont fait tout leur possible pour le sauver, mais rien n'y a fait... Il est finalement décédé environs une semaine plus tard. » Expliqua-t-elle, ses pleures reprenant de plus belle.

Je me redressais lentement et encerclaient mes bras menus autour de son cou. Elle sursauta, mais se détendit lorsque j'amenais sa tête contre mon torse. Je lui murmurais de légères paroles afin de la rassurer, et au bout d'environs dix minute elle se calma... Tout notre monde venait de s'écrouler. Je n'avais plus qu'elle, et elle n'avait plus que moi. Mais une peine est plus légère lorsqu'elle est portée à deux. Et je savais que nos pleures finiraient par se tarir un jour ou l'autre...


Durant les semaines qui suivirent mon réveil, les médecins m'obligèrent à rester au lit. Si bien que je ne pu sortir de cette chambre que quinze jours plus tard. Yumi ne me quittait pas, excepté pour dormir. Elle avait même prit l'habitude de manger avec moi, et je l'en remerciais grandement. Lorsque je pu enfin quitter ma couche pour goûter à un peu d'air pur, ce fut comme une renaissance. Mes membres étaient encore endoloris par le manque d'activité et des fourmillements parcouraient mon corps à longueur de temps, mais j'étais incontestablement heureux de pouvoir enfin savourer la lumière du jour.

Le soir même, le roi m'invita dans ses appartements et je m'y rendais dans l'optique de le remercier pour tout ce qu'il avait fait pour moi. Yumi m'accompagna, heureuse que je puisse enfin reprendre des instructions normales. Nous marchâmes longuement au travers des couloirs, guidés par un valet qui nous conduisit aux habitations du seigneur. Il entra avant nous pour annoncer notre venue. Une fois que ce fut chose faîte, nous pûmes entrer à notre tour.

Le bureau était prestigieux. Des tapis de soie vermeils recouvraient le sol carrelé de nacre opaline. Les fenêtres, qui donnaient sur la cours principales, arboraient des rideaux de même couleur, et la pièce était meublée avec des ornementes anciens admirablement bien préservés. Un immense bureau de cèdre noir trônait devant une baie vitrée qui s'élevait sur plusieurs mètres de hauteur. J'aperçus bientôt, assis sur un fauteuil de velours qui avait été disposé à son devant, un homme vêtu d'un kimono traditionnel aux motifs exigus dont la broderie ne laissait entrevoir aucun défaut. Ses longs cheveux noir ébène, retenus par une épingle en alliage doré, illustrait sans conteste la gloire de son rang, et je dois bien avouer que cela m'intimidait. A ma plus grande surprise, il semblait être dans une extrême jeunesse, et je pouvais deviner, de part la finesse et la régularité de ses traits, qu'il ne devait pas excéder les vingt-cinq ans.

« - Bienvenue Iwaki. Je suis heureux de voir que ton état s'est amélioré. » Annonça-t-il, en se levant.

« - Je tenais à vous remercier pour tout ce que vous avez fait pour moi, seigneur, hm. » Déclarais-je, inclinant le buste en signe de reconnaissance.

« - Ce n'est rien voyons. Ton père était sans conteste le meilleur homme de mon armée, et aussi un ami très cher. C'est un tragique accident que sa mort... Je veillerais à ce que cela ne se reproduise plus. » Annonça-t-il, d'une voix doucereuse.

« - Merci seigneur, hm... »

« - Ne soit pas si formel voyons. Je suis loin d'être méchant. Tu peux m'appeler Toshiba. »

« - D... D'accord, hm. » Acquiesçais-je, troublé et mal à l'aise.

« - Si tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésite pas à venir me voir. Je veillerais à ce que toutes tes envies soient comblées. Je te demanderais juste de ne pas quitter le palais... Pour ta propre sécurité. » Déclara-t-il, en reprenant place à son bureau.

« - Merci infiniment... » Répétais-je, en m'inclinant de nouveau.

Yumi m'entraina à l'extérieur, alors que le roi reprenait ses activités administratives. J'étais heureux de voir qu'une personne aussi compréhensive régnait sur notre pays. D'après le peu que j'en avais vu, Toshiba était quelqu'un de bon... Et c'était rassurant de savoir qu'il veillait sur moi. Nous allâmes sans plus tarder dans les jardins royaux, afin que je puisse admirer le ciel et la frondaison. J'avais vécu si longtemps enfermé dans le noir, que c'est à peine si je me rappelais l'odeur des fleurs ou la couleur du soleil levant... Et alors que je repensais à cet univers opaque dans lequel j'avais nagé durant presque cinq mois, une pensée affreuse me traversa l'esprit.

Yumi avait dit que les médecins m'occultaient régulièrement afin que ma santé ne se dégrade pas... Avaient-ils vu les infamies qui trônaient sur mon torse et mes mains ? Certainement, oui... C'était idiot d'espérer qu'ils ne s'en soient pas rendu compte. Je m'arrêtais en plein milieu du sentier, le cœur battant et la tête baissée. Yumi s'arrêta à son tour, à quelques foulées devant moi.

« - Qu'est-ce qu'il y a Iwaki ? » Demanda-t-elle, inquiète.

« - Yumi... Est-ce que tu as vu, hm... »

« - Quoi ? Qu'est-ce que je devrais avoir vu ? » Insista-t-elle, en revenant sur ses pas.

« - Le Yokai... Tu as vu ce qu'il... Enfin, je veux dire, hm... »

Elle semblait ne pas comprendre. Puis, un éclair passa dans ses yeux et elle se redressa devant moi. Je n'osais croiser son regard, de peur qu'elle me traite de monstre ou qu'elle change de comportement à mon égard. Mais lorsque je sentis une main apaisante se poser sur mon épaule, je relevais malgré tout la tête. Un sourire triste et rassurant peignait ses lèvres, et elle me caressa tendrement la joue en signe de compassion.

« - C'est ton pouvoir Iwaki... Quelque soit sa forme, il te faudra l'utiliser un jour. Tu n'es pas un monstre. C'est le Yokai qui l'a voulu ainsi. Il y certainement une raison à cela, et je suis sure que tu découvriras très bientôt comment manier cette puissance. » Déclara-t-elle, d'une voix douce.

« - Merci Yumi, hm... » Murmurais-je, mes yeux se brouillant de larme à cause du soulagement.


Le jour suivant, je demandais à Yumi de m'emmener à Eiga no Mitsukai. J'étais heureux de savoir que mes parents reposaient à présent dans un endroit aussi beau que celui-ci. Ce cimetière existait depuis fort longtemps, et seules les personnes considérées comme les plus glorieuses de l'histoire y étaient enterrées. Situé au pied du mont Sakura, le domaine abondait de cerisiers – qui, entre autre, restaient en fleur toutes l'année grâce à un genjutsu d'immortalité. Ce lieu était magnifique, tout simplement.

Yumi me conduisit silencieusement jusqu'à la tombe de mes parents... La pierre en argile était vierge de toute couleur, et à l'exception des noms de mes parents, rien n'y paraissait. Une phrase à leur mémoire avait été gravée au bas de celle-ci, et je pouvais lire « A ceux qui ont trouvé la sérénité au travers d'un sacrifice unique ». Je me sentais incroyablement triste... Mais le calme de cet endroit, où chaque fleur, chaque brin d'herbe et chaque pierre semblaient avoir été façonné par les dieux eux-mêmes, me prodiguait un bien fou. Mes larmes ne coulèrent pas... Je ne voulais pas qu'elles coulent.

D'une main assurée, je déposais une fleur bleue azur au pied du monument, et restait agenouillé devant celui-ci durant de longue minutes. Le myosotis était synonyme de souvenir fidèle, de regret inavoué et d'amour éternel. Cette fleur correspondait donc parfaitement au message que je voulais transmettre en ce moment même à mes parents... L'encens brûla silencieusement devant mes yeux. J'observais la fumée blafarde s'envoler par intermittence au gré du vent, puis se fondre dans l'atmosphère.

« - Je ne connais pas mon nom, hm... » Déclarais-je, m'adressant d'une part à Yumi, mais aussi à la tombe de mes parents.

« - Iwaki... » Murmura-t-elle, en s'approchant de moi.

« - Ce n'est plus Iwaki... »

« - Alors... Qui est-ce ? »

« - Personne... Juste un pauvre Youma, hm. » Admis-je, indifférent.

« - C'est faux ! Je suis certaine qu'avec le temps... »

« - Non. Je suis juste indigne de porter cette charge, hm. » La coupais-je, en me redressant.

Elle tenta de répliquer, mais je ne l'écoutais déjà plus. Je partis donc sans aucun mot en direction de la calèche qui devait nous ramener au palais royal. Elle tenta de me convaincre que tout cela avait forcément une logique, que les dieux donnaient un sens à chaque vie et que mon destin m'apparaitrait bientôt comme une évidence. Mais je n'en croyais rien.


Les jours passèrent, et la quiétude redonna à mon quotidien un rythme de vie particulier. Toshiba m'emmenait souvent à la chasse avec lui, Yumi continuait à m'enseigner le ninjutsu et un précepteur m'apprenait l'art du combat. Ma vie avait reprit son cour, et bien que mes habitudes furent différentes, je m'y complaisais.

Un soir d'orage, alors que la pluie battait les carreaux des vitres et que les éclairs serpentaient le ciel comme des dragons en furie, je me réveillais en sursaut. Chaque nuit je faisais le même rêve... Les yeux rouges de la créature me criaient de m'enfuir de cet endroit, mais je m'y opposais formellement. Je me levais discrètement, et sortais de ma chambre à pas feutrés. Yumi m'accueillait toujours lorsque l'orage grondait. Elle savait que j'en avais une peur bleue. Je me dirigeais donc vers ses appartements, longeant les murs et me cachant derrière une tapisserie ou une statue lorsqu'un garde passait.

Alors que je tournais à l'angle d'un corridor aussi sombre que l'enfer, j'aperçus une lumière étouffée sous la porte de chambre de ma compagne. Heureux de voir qu'elle ne dormait apparemment pas encore, je me dirigeais sans grande hâte vers celle-ci. Mais alors que j'allais frapper pour annoncer ma venue, des voix s'élevèrent de la pièce, interrompant mon geste.

« - Tout est en ordre. Le Kazekage du royaume du Vent viendra le chercher demain matin. » Annonça Toshiba, d'une voix rude.

« - Combien en as-tu tiré ? » Demanda à son tour la voix de Yumi.

« - Environs 900 000 ryôs. » Répondit-il.

« - C'est une belle sommes... »

« - J'espère juste qu'il ne se doute de rien. Ce serrait problématique s'il s'enfuyait avant que nous n'ayons encaissé l'argent. »

« - Impossible. Il t'adore. » Reprit Yumi, sarcastique.

J'étais pétrifié sur place, complètement incrédule. Etait-ce bien Toshiba et Yumi qui conversaient ? Leurs voix étaient froides, cruelles et je ne percevais plus la moindre trace de gentillesse ou de compassion au travers de leurs propos. Interloqué, et bien que sachant qu'il était impoli d'écouter aux portes, je m'inclinais un peu plus, afin de comprendre de quoi ils parlaient.

« - De toute façon, j'ai fait poster des gardes dans presque chaque couloir du château. S'il sort de sa chambre, nous le saurons bien vite. » Expliqua Toshiba, avant de rire sournoisement.

« - C'est parfait... Avec l'argent obtenu, je pourrais payer cette vielle femme pour qu'elle soigne Kei. J'ai entendu dire qu'elle aimait les jeux plus que tout. Je suis certaine qu'elle acceptera. »

« - N'importe qui accepterait une pareille somme ! Et mon pays sera enfin débarrassé de cette abomination. » Confirma Toshiba, riant toujours.

« - C'est un comble quand même... Qui pourrait se douter qu'un garçon aussi mignon et fluet que lui est un Youma ? J'espère que le Chikage ne nous rira pas à la figure. D'autant plus qu'il ne sait toujours pas utiliser ses pouvoirs. » Déclara Yumi, alors que je me figeais d'effroi.

« - Il n'en reste pas moins une arme à forte puissance. Je suis certain qu'un homme aussi prétentieux et arrogant que le Kazekage sera ravi d'avoir à la botte de son armée le dernier des Youma... »

Mes mains se crispèrent sur mon kimono, et j'encaissais le coup en silence. Les larmes me montèrent douloureusement aux yeux et je fus cette fois-ci bien incapable de les retenir. Alors que mes deux amis continuaient à tergiverser sur la vente dont j'étais le principal article, la déception engendrée par leur évidente trahison inonda mon corps avec une violence sans pareille.

« - Ce n'est pas comme si sa vie m'importait. Il peut bien en faire ce qu'il veut... » Déclara Yumi en riant.

Mes pleures augmentèrent brutalement et sachant que je ne pouvais supporter plus longtemps d'entendre de telles paroles, je fis volt face et repartis dans le couloir en sens inverse... Toshiba n'avait pas menti, et je du me fondre dans le décor pour échapper à la vigilance des soldats qui patrouillaient. Une fois arrivé aux jardins, je courrais au travers des bosquets fleurit, piétinant l'herbe fraichement coupée et faisant voltiger les pétales de quelques fleurs autour de moi. Alors que j'arrivais à l'étang qui bordait la muraille du château, un bruit sourd m'interpela, et je stoppais ma course.

« - Alors Iwaki... Tu nous quittes déjà ? » Susurra la voix de Toshiba.

Yumi se tenait à ses côtés et un groupe de soldat était près à me foncer dessus si j'opposais la moindre résistance. Mes larmes n'en finissaient plus de couler, et je maudissais silencieusement ma naïveté et ma crédulité... Pourquoi ? Pourquoi fallait-il toujours que mon univers finisse par s'effondrer ?

« - Pourquoi... Vous faîtes ça, hm ? » Demandais-je, entre deux sanglots.

« - Pourquoi ? Pour sauver Kei qui est entre la vie et la mort par ta faute ! » Hurla Yumi, le regard foudroyant.

Je me figeais. Mon cousin était vivant ? Mais alors, pourquoi m'avait-elle menti lors de mon réveil ? Le trouble s'insinua en moi, me faisant panteler... Si on suivait la logique, le complot avait été monté lorsque j'étais encore dans le coma. Ces quatre mois passés au palais en leur compagnie n'avait donc été que mensonges. Leurs promesses de protections, de bonheurs et de nouvelle chance n'avaient été que mensonges. Et je m'étais fait avoir comme un idiot...

« - Tu ne comprends pas Iwaki ! En acceptant de servir l'empire du Vent, tu pourras sauver Kei ! C'est ton cousin, tu lui dois bien ça ! » S'écria Yumi, un air de démence sur le visage.

« - Et je deviendrais une arme c'est ça, hm ? » M'offusquais-je brutalement.

« - Mais c'est ce que tu es ! Une arme ! Ton destin est de tuer les ennemis ! Tu n'existes que pour ça ! »

« - C'est... C'est faux... »

« - C'est la vérité et tu le sais... Iwaki, soit un gentil garçon et vient par là. » Confirma Toshiba, tendant sa main vers moi dans un sourire faussement amical.

A cet instant, je ne ressentis plus que du dégoût... Le dégoût que m'inspiraient Toshiba et Yumi qui m'avaient trompé en se faisant passer pour des gens honnêtes et compatissants, mais aussi le dégoût de moi-même pour m'être fait avoir si facilement.

« - Allez viens Iwaki, c'est la vie de ton cousin qui est en jeu... Tu ne vas quand même pas le laisser mourir par égoïsme ? » Susurra une fois encore Toshiba en s'avançant lentement vers moi.

« - E... Egoïsme ? » Répétais-je, indécis et complètement perdu.

« - Oui, égoïsme... Tu veux t'enfuir comme un voleur alors que tu peux le sauver ? Il s'est toujours sacrifié pour toi. C'est ton tour maintenant. » Poursuivit-il, se rapprochant toujours plus.

« - C'est... A mon tour ? » Dis-je, en m'avançant vers lui dans un consentement meurtrier, alors que son sourire s'élargissait à vu d'œil.

« - Ne l'écoute pas ! Les humains ne sont pas dignes de confiance ! » Grogna alors une voix sordide dans ma tête.

« - Viens Iwaki, je suis ton ami... Tu n'as rien à craindre. » Continua Toshiba, alors que j'avais cessé de marcher vers lui.

« - Fuis ! Il t'a trompé ! » Hurla une fois encore la créature.

Sa voix gronda en moi aussi fort que le tonnerre dans les cieux. Elle résonna longuement, faisant écho dans l'intégrité de mon esprit, jusqu'à atteindre ma raison qui elle aussi me criait de partir. Prenant conscience du danger, je m'élançais de nouveau au travers des jardins et sautais sans plus attendre dans le lac à ma droite. Des jurons fusèrent dans mon dos, et je compris que Toshiba lançait ses gardes après moi. Nageant tant bien que mal au milieu des nénuphars et des algues, je plongeais la tête sous l'eau et ouvrait maladroitement les yeux. La muraille était relier à une rivière, et je savais que quelque part sous ces eaux glacées, se trouvait une porte de sortie.

L'adrénaline fusa dans mon corps, si bien que je ne mis pas moins de trois minutes avant de déceler enfin la trappe. Sans plus attendre, je m'engouffrais dans celle-ci et les flots torrentiels ballotèrent mon corps avec hargne. Le courant m'emmena plus loin que je ne l'aurait cru et je me retrouvais bientôt à l'orée d'un village de campagne. Le souffle court, les bras ballants et les jambes en coton, je me dirigeais vers la maison la plus proche et frappait à la porte. C'est une jeune femme d'environs trente-cinq ans qui vint m'ouvrir. Son tablier laissait imaginer quelques rondeurs, et son visage poupin s'auréolait de douces boucles cuivré.

« - Grands dieux ! Tu es trempé mon poussin ! Rentre vite ! » S'horrifia-t-elle, en me poussant dans sa demeure.

Je me laissais faire sans rechigner. Elle me donna à manger et à boire, me fit couler un bain et m'offrit des habits propres en attendant que les miens soient lavés. Une fois que ce fut chose faite, elle m'invita à ses côtés près du feu, et me proposa une tasse de thé – que j'acceptais volontiers.

« - Merci, hm... » Murmurais-je, encore sous le choc de ce qui m'était arrivé.

« - Tu viens du palais royal n'est-ce pas ? Ton kimono ressemble à celui des seigneurs. Comment as-tu fait pour te retrouver ici ? » Demanda-t-elle, alors qu'un frisson me parcourait la nuque.

« - Je... Je me suis enfui, hm. Toshiba voulait me vendre au Kazekage du royaume du Vent. » Déclarais-je, ne voulant pas lui mentir.

« - Vraiment ? » S'exclama-t-elle, les yeux ronds.

« - Hm... » Confirmais-je en hochant la tête.

« - Je vois... Et bien tu n'as qu'à rester ici le temps que les choses s'arrangent. Tu es le bienvenu dans mon humble demeure. » Déclara-t-elle, après un long silence.

« - Tu dois fuir ! Elle te trompe ! »

« - Merci beaucoup, hm... » Répondis-je simplement, négligeant la voix qui grognais dans ma tête.

Je ne dormis que très peu cette nuit-là. Mon sommeil, bien que rare, fut tourmenté par les visages de Yumi et Toshiba. Je revoyais leurs sourires mutins, leurs propos répugnants et leurs manières hypocrites. Je n'avais pas encore vraiment conscience de ma situation, mais le réveil que j'eus au petit matin m'en informa parfaitement... Le soleil n'était pas encore levé et les oiseaux commençaient à peine à chanter leurs louanges matinal lorsque du bruit venant de l'extérieur attira mon attention. Je me levais discrètement et marchais à pas de loup jusqu'à la porte de ma chambre. Ma locataire était déjà réveillée, et je la vis ouvrir la porte d'entrée avec une précaution qui m'étonna. Deux ninjas, que j'avais déjà croisés au palais royal, entrèrent dans le salon.

« - Chut ! Ne faîtes pas de bruit ! Il dort encore dans la chambre à côté. » Murmura la rouquine qui m'avait hébergé.

« - Merci. Le roi vous en est reconnaissant. »

L'un des combattants lui lança une besace remplie de monnaie et lui intima de les laisser travailler. Celle-ci leur céda le passage et garda le silence. Ils s'approchèrent lentement de la porte, et je compris que j'avais été de nouveau trahi. Refoulant mes larmes au mieux, je couru à travers la pièce, prenant garde à ne pas faire grincer le plancher, et sautait par la fenêtre. Une fois dehors, je m'élançais aussi vite que possible au travers des bois, mes pieds raclant le sol avec frénésie et mon souffle se raccourcissant au rythme de mes pas...

« - Des menteurs... Ce sont tous des menteurs ! »


Mon cauchemar avait commencé lors du solstice d'été. Nous étions à présent à l'équinoxe de printemps. Je poursuivais mon voyage seul aux travers des forêts, des déserts et des montagnes. Suivre une route, même prise au hasard, me menait forcément à une autre ville, mais sans argent, impossible de louer une chambre ou même d'acheter de quoi manger. Je dormais donc à la belle étoile, parfois dans une grotte, d'autres fois au sommet d'un arbre. Il m'arrivait de voler, mais la pêche et la chasse subvenait à mes besoins la plupart du temps. Le confort était devenu le cadet de mes soucis et je n'avais en tête plus qu'un seul objectif : survivre.

Bien sur, j'aurais pu demander asile aux églises ou aux villageois, mais mon visage était placardé à presque chaque coin de rue, et une prime aussi grosse que ma rancune était promise à quiconque arriverait à me capturer. Et puis, de toute façon, la compagnie des humains m'étaient devenue insupportable depuis que j'avais appris, à mes dépend, que je ne pouvais faire confiance à personne. Plutôt que de subir une nouvelle trahison, je préférais encore vivre seul, isolé et sans personne pour m'aider.

Les années passèrent, et petit à petit les gens oublièrent Iwaki Ame. Je supportais la chaleur des étés et la froideur des hivers, m'endurcissant un peu plus chaque jour et perfectionnant mes techniques de combat. Je n'avais toujours pas compris comment me servir de la puissance que le Yokai m'avait offerte et il ne m'avait toujours pas octroyé mon nom...

Pour mes quinze ans, j'avais décidé de revenir à Eiga no Mitsukai, pour rendre hommage à mes parents, morts trois ans plus tôt. Lorsque j'arrivais au pied du mont Sakura, la pierre opaline était toujours là. Les noms de ma mère et de mon père y étaient toujours gravés et je déposais, comme au premier jour, une fleur de myosotis et un bâton d'encens à l'encontre du monument blafard.

« - Tu connaissais ces personnes ? » M'interrogea alors une voix douce et fluette.

Je me retournais calmement, prêt à combattre s'il le fallait. Une jeune fille habillée d'un yukata rouge amarante, qui portait un panier rempli de fleur de cerisier se tenait derrière moi. Elle avait de long cheveux brun, presque noirs, et des yeux d'un gris acier surprenant. Je la fixais un instant, hésitant entre répondre ou m'enfuir.

« - Oui... C'étaient mes parents. » Finis-je par dire.

« - Oh... Désolée. Ils doivent être heureux de reposer dans un endroit aussi beau. » Déclara-t-elle, d'un air gêné.

« - Certainement... » Admis-je, sachant qu'ils avaient toujours voulu être enterrés ici.

« - Tu sais, les pierres tombales de ce cimetière sont faîtes avec l'argile du mont Sakura. C'est mon père qui les façonne. Il va chercher la roche tout en haut de la montagne, parce que c'est là-haut qu'elle est la plus belle et la plus tendre. Il dit que c'est une forme d'art. » M'expliqua-t-elle, en déposant une fleur de cerisier à côté de la tombe de mes parents.

« - Je vois... »

« - Monte ! Dépêche-toi, humain ! »

Je sursautais à l'entente de cette voix bestiale. Cela devait bien faire un an que le Yokai ne m'avait plus parler. Sans doute avait-il compris que j'avais perdu espoir. Ma surprise était grande, et je suppose que la jeune fille au kimono rouge s'en rendit compte, puisqu'elle me demanda si tout allait bien. Je repris contenance, et lui répondit d'une voix qui se voulait assurée.

« - Dis-moi... Comment ton père fait pour atteindre le haut du mont Sakura ? » Demandais-je, alors, intrigué.

« - Il y a un sentier qui permet de gravir la montagne. Je crois qu'il se trouve sur le front Nord... » M'informa-t-elle, alors que je me levais et partais sans plus de cérémonie.

Je trouvais, comme elle me l'avait dit, un chemin étriqué et pentu sur l'une des façades de la montagne. Quelque chose fourmillait en moi. Cette sensation était étrange et j'étais persuadé de ne l'avoir jamais ressenti auparavant. J'entamais donc ma montée, prenant garde à ne pas glisser sur les épaisses roches, et m'arrêtant parfois pour reprendre mon souffle. Je mis presque une heure pour gravir le mont Sakura, et c'est épuisé que j'atteignais son sommet.

La vue était splendide. De là où j'étais, je pouvais admirer la chaînes des Gesenai, qui s'étendait sur plus de cent kilomètres, et marquait la limite entre le royaume de la Terre et l'empire de la Cascade. Je distinguais également les gorges de Mononoke, étendues montagneuse où les rivières sillonnaient les hauteurs pentues et fleurissantes. Je voyais avec les yeux de créateur, pareil à un oiseau qui admire son pays du haut des cieux. J'avais sous mon regard les multiples beautés que seule la nature sait confectionner : Une chose que nul homme ne peut faire. Un don qui appartient à l'essence même du monde et rien qu'à elle.

« - Tu peux aussi le faire, humain. »

« - Comment ? »

« - Regarde les montagnes... Trouve qui tu es, et tu comprendras. »

C'était la toute première fois que le Yokai qui m'habitait me donnait un indice sur la nature de mon appellation... Je scrutais le paysage, cherchant en vain de quoi il voulait parler. C'est lui qui m'avait poussé à venir jusqu'ici. Il y avait forcément une raison à cela, et j'étais déterminé à ne pas redescendre temps que je ne l'aurais pas comprise. A part des montagnes, il n'y avait rien. D'ailleurs, ce paysage me rappelait vaguement les illustrations d'un livre que ma mère me lisait autrefois... Mais cela n'avait sans doute pas d'importance. C'était juste un compte pour enfant...

« - Tu y es presque. »

Si je me souviens bien, ce compte racontait l'histoire d'un Yokai de la mythologie. Un monstre si grand que ses empreintes de pas pouvaient enfanter des lacs et des montagnes. Il était considéré comme un dieu créateur. Ma mère m'avais dit qu'il donnait la vie aux reliefs, mais qu'il pouvait aussi les détruire lorsqu'il n'en était pas fier... Je crois que le nom de ce Yokai c'était...

« - Tu y es presque. »

« - Daidarabocchi ! »


~ Petit mot : Et voilà ! J'espère que vous avez appréciez ce chapitre, bien qu'il ne s'y passe, une fois encore, pas grand-chose lol. La prochaine fois, c'est l'Akatsuki qui entre en jeu et vous pourrez assister à la première rencontre entre Deidara et Sasori... Impatient ? Et bien il faudra malgré tout attendre encore un peu ! lol. E attendant, voici quelques explications en ce qui concerne certain noms utilisés dans ce deuxième chapitre...

- Tout d'abord, le nom des montagnes... « Le mont Sakura », comme vous le savez, signifie « Le mont des cerisiers ». Il n'y a pas vraiment d'utilité dans le choix de cette appellation, si ce n'est que j'ai voulu créer un cadre nostalgique. Ensuite, « La chaîne des Gesenai », ce qui signifie « La chaîne des impénétrables ». J'ai choisis ce nom car elle est censée marquer la limite entre deux grands pays, et donc en temps que frontière, elle se doit d'être robuste (lol). Pour finir, « Les gorges de Mononoke », qui veut dire « Les gorges de l'esprit vengeur » (ou du démon, à vous de choisir).

- Ensuite, et c'est le plus important, comme vous avez pu le voir, j'ai cité le Yokai Daidarabocchi (aussi appelé Shishi Gami, mais c'est une autre histoire lol..) dans cette fanfiction, car c'est précisément à partir de cette divinité que Masashi Kishimoto a choisit le nom de Deidara... Plusieurs éléments le concernant, et concernant les prochaines aptitudes au combat de notre jeune héros, apparaisse dans ce chapitre... J'espère que vous les avez remarquez, si non tant pis pour vois ! Non je plaisante... Disons juste qu'il vous faudra attendre la suite pour mieux comprendre si vous n'arrivez pas à déduire par vous-même =P. Pour ceux qui ne connaisse pas le Yokai précédemment cité, libre à vous de faire vos recherches =).

Sur ce, bonne soirée à tous ! On a du soleil, ça change, il faut en profiter ! lol. J'espère que mon récit vous a plu et que j'aurais la joie d'avoir vos critiques et vos impressions =). A très bientôt pour la suite !