Soufflant bruyamment, Fang se demanda quand est-ce que l'aiguille de l'horloge allait enfin avancer plus rapidement. Deux heures. Deux heures de travaux dirigés sur l'histoire. Mais qu'est-ce qu'ils en avaient à faire de l'histoire ? Cela ne servait strictement à rien. Ce n'était pas en disant que Napoléon est mort à Saint Hélène qu'elle réussira sa vie. Non, ce dont elle avait besoin c'était de faire du sport. De la boxe plus précisément, bien qu'elle appréciait les autres sports. Sans oublier les mathématiques, beaucoup plus utiles que l'histoire. Voilà les deux matières dans lesquelles elle excellait. Le reste... Mieux valait ne pas en parler en fait. Peut-être qu'elle n'aurait pas du faire une filière générale dans cette université.
Baissant les yeux, elle observa quelques instants la feuille posée sur sa table, qui n'attendait plus qu'elle pour être remplie. Quelques extraits de textes datant d'une époque lointaine, des images et cela suffisait à lui donner envie de fuir. A côté d'elle Rygdea se tenait la tête comme s'il avait une énorme migraine. En réalité, il essayait juste de réfléchir. Avec un sourire moqueur, Fang lui donna un coup de coude et se pencha vers lui.
« - Ça te dis on arrête la torture et on se tire ? murmura-t-elle en jetant un rapide coup d'œil au prof.
- Fang, c'pas sérieux marmonna son camarade. J'ai déjà une douzaine d'absences, j'peux pas continuer comme ça sinon je me rétame aux partiels. Et on est qu'en Octobre !
- Roh mais on s'en fout de ça !
- Toi ouais, on n'est pas tous doués à la boxe. »
La noiraude leva les yeux au ciel avant de s'appuyer contre son poing, lâchant un nouveau soupir. Les cours étaient si ennuyeux, et les gens aussi. Parcourant la salle du regard, elle observa ce que faisait les autres étudiants. Elle les connaissait pour la plupart. Il y avait Cid, le tombeur de ses dames avec son regard ténébreux et mystérieux qui en faisant succomber plus d'une. Le genre de gars un peu snob, qui s'imagine au-dessus de tout le monde mais ayant de réelles ambitions pour le futur et très bosseur. A côté de lui il y avait Jihl, la grognasse dans toute sa splendeur. Fang ne pouvait pas l'encadrer. Tout comme son voisin, elle se pense au-dessus des autres, et le pire c'est qu'elle le montre de manière très désagréable. Par exemple, elle viendra vous critiquer sur votre façon de vous habiller, de parler, de marcher, d'écrire et j'en passe. Pour ne rien arranger, elle a une réputation des plus sulfureuse puisqu'elle se tape n'importe qui à n'importe quelle heure de la journée à n'importe quel endroit. Son regard de vipère caché derrière ses lunettes rectangulaires croisa les orbes émeraude de la brune qui grimaça. Beurk, voilà qu'elle la regardait, et évidemment ses traits se tirèrent en une expression dédaigneuse et remplie de dégoût, montrant à quel point elle détestait la jeune femme mâte qui l'observait. Fang lui avait déjà flanqué plusieurs raclées mais ça ne suffisait visiblement pas à faire d'elle une bonne personne. Un peu plus loin il y avait Vanille, sa meilleure amie. A elle hein, pas à Jihl. SURTOUT PAS A JIHL. Vanille c'était la fille que tout le monde ne pouvait qu'adorer. Toujours pleine d'entrain, de joie et d'énergie, elle souriait tout le temps. Mais vraiment tout le temps. En sa présence il était impossible d'être triste tant elle était débordante de joie et d'amour. Et puis, il ne fallait pas oublier que c'était celle qui savait rendre les soirées trèèèès intéressantes en organisant toutes sortes de jeux loufoques. Bref, c'était sa rouquine préférée. Pour le reste, il n'y avait que des camarades de classe avec lesquels la boxeuse avait déjà discuté mais sans plus.
Finalement, leur professeur décida de les lâcher dix minutes plus tôt en leur donnant la consigne de finir ce qu'ils avaient commencé pour la prochaine fois. Fang ne retint que le dix minutes plus tôt.
Rangeant ses affaires à la vitesse de la lumière, elle quitta la salle comme si sa vie en dépendait. C'était le cas puisque c'était à présent l'heure de déjeuner.
« - Hé Fang, attends-moi ! s'écria Vanille qui venait de quitter la salle. »
L'intéressée ralentit le pas et se retourna vers la rouquine, un rictus sur les lèvres.
« - Tes petites jambes ne sont pas assez rapides.
- Tu vas voir ce qu'elles vont te faire mes jambes. »
Nullement impressionnée par la menace de son amie, la grande brune haussa les épaules sans perdre son petit rictus et reprit sa marche, cette fois-ci avec un rythme plus lent. Ainsi, son amie pu la rattraper, non sans quelques remarques qui soulignaient son mécontentement. Néanmoins, elle savait que lorsqu'il s'agissait de nourriture, Fang n'attendait rien ni personne : elle fonçait, tout simplement. A force, elle avait pris l'habitude de voir son amie toujours agir ainsi.
Les deux camarades traversèrent ensemble le campus, quittant l'immense bâtiment carré et au charme inexistant pour rejoindre le bâtiment universitaire qui se trouvait de l'autre côté. Étrangement, peu d'étudiants y mangeaient, préférant les fast food et autres food trucks qui traînaient dans le coin. Du coup, la cantine n'était jamais surchargé et il y avait toujours de la place pour s'asseoir à plusieurs.
« - A ce rythme là on va arriver les premiers s'amusa Vanille devant la rapidité de son amie.
- Et on partira les derniers pour avoir du rab' renchérit l'intéressée, la bave aux lèvres. »
Sur ces belles paroles, les deux jeunes femmes pénétrèrent dans le restaurant universitaire, tout aussi charmant que les autres bâtiments.
Au grand désespoir de la brune, elles n'étaient pas les premières. Une vingtaine d'étudiants étaient déjà attablés aux plusieurs tables que comprenait la pièce et riaient de bon cœur. Mais aux yeux de Fang, ce n'était qu'un détail. Elle se précipita dans la file où elle récupéra un plateau et commença à le remplir de différents plats. La rouquine l'imita rapidement non sans lâcher un petit rire et quelques minutes plus tard, elles se retrouvaient attablées, en train de dévorer leurs mets.
« - Tu as toujours bonne mine après un week-end chargé en soirées, comment tu fais ? lui demanda Vanille et grignotant sa cuisse de poulet.
- Rien du tout, je dors simplement toute la journée le dimanche répondit la brune avec un sourire moqueur. Pas besoin d'artifice avec moi.
- Si tu te souciais un minimum de tes devoirs tu dirais pas ça se renfrogna son amie.
- Sois pas jalouse de mon talent s'amusa son interlocutrice en venant la taquiner de son bras. »
Avec un rire mélodieux, la rouquine se débattait en tentant de préserver sa nourriture de ses mouvements brusques. Fang arrêta sa torture lorsqu'elle remarqua des têtes familières qui s'avançaient dans la file.
« - Eh les gars on est là ! lança-t-elle en agitant le bras.
- Venez me sauver ! envoya Vanille avec un regard désespéré. »
Les intéressés se tournèrent vers les deux jeunes filles avant d'éclater de rire. Parmi eux nous retrouvions Snow, le grand gaillard blondinet dont la carrure en faisait trembler plus d'un. A ses côtés se trouvaient trois autres étudiants et une étudiante. A eux cinq ils formaient la bande parfaite, totalement inséparables, tels des amis d'enfance vraiment soudés. C'était également de grands fanfarons et les premiers à faire le bordel quand l'envie leur prenait.
La petite bande rejoignit les deux étudiantes avec de grands sourires. Gadot prit la parole le premier, un colosse tel que Snow avec des cheveux ressemblant à la crête d'un coq et d'un orange flamboyant.
« - Alors les filles, prêtes à entamer la semaine après ce week-end mouvementé ?
- Ben ouais, comme d'habitude répondit Fang la bouche pleine. Par contre c'est pas le cas de tout le monde, n'est-ce pas Maqui ? »
L'intéressé, qui avait la tête dans son assiette, se redressa légèrement pour regarder la noiraude. On pouvait bien voir les cernes creusés sous ses yeux et ces derniers étaient rouges de fatigue. Le jeune homme semblait épuisé, comme s'il n'avait pas dormi du week-end. Ce qui était le cas. D'ailleurs, pour seul réponse, il laissa échapper un bâillement avant de retomber dans son assiette. A côté de lui, un adolescent aux cheveux bleus lui tapota gentiment le dos en pouffant légèrement.
« - Il est encore jeune, c'est pour ça expliqua Lebreau, la seule fille de la joyeuse bande qui venait de s'installer.
- En tout cas c'était super Fang déclara Yuj, la touffe de cheveux bleus. Sauf au moment où la furibonde est arrivée et où les flics sont venus fouiner.
- M'en parle pas, j'ai cru que j'allais me faire décapité ! s'exclama Snow avec un air outré.
- Ça n'aurait pas changé de d'habitude, elle te lamine à chaque fois remarqua Lebreau avec un sourire.
- C'est normal, c'est pas une fille, c'est Terminator marmonna Gadot.
- Tu sais ce qu'elle va te faire Terminator ? demanda soudainement une voix froide derrière lui. »
Se figeant immédiatement, le gorille n'osait pas se retourner. Il sentait déjà le regard glacial lui fusiller le dos. Autour de lui, tous se tournèrent vers la nouvelle arrivante, qui n'était autre que Claire, les sourcils froncés et un air menaçant sur le visage. Son plateau en main l'empêchait de mettre une raclée à Gadot qui s'était montré trèèèès imprudent. D'ailleurs, si ce dernier avait pu s'échapper ou creuser un trou pour se cacher, il n'aurait pas hésité.
« - Tiens, tu viens aussi gâcher notre repas ? lança Fang, d'une mauvaise humeur soudaine. »
Claire la foudroya du regard mais ne répondit pas à sa remarque désobligeante. Sa journée avait pourtant bien commencé, pour une fois, mais voilà que tout était gâché à cause d'un imbécile qui osait parler sur son dos. Cela ne devrait même pas l'étonner venant de cette bande de guignols.
« - Claire ? Laisse tomber, viens plutôt manger. »
L'intéressée se tourna vers le garçon qui venait de l'appeler. C'était un grand brun aux cheveux mi-longs, qui tombaient sur un côté de son visage. Ses yeux bleus fixaient la jeune étudiante d'un air inquiet. Noel était le seul étudiant avec qui Claire aimait traîner. En réalité, c'était le seul ami qu'elle avait. Contrairement aux autres, ce n'était pas un idiot fini et irresponsable. Elle le connaissait depuis qu'elle était gosse mais, à l'inverse de Fang, elle avait gardé de bons liens avec lui.
Elle vint s'asseoir avec lui, quelques tables plus loin, en ignorant royalement le groupe de joyeux lurons.
« - Tu devrais les ignorer quand c'est comme ça remarqua-t-il.
- J'aimerais bien mais c'est plus fort que moi marmonna-t-elle.
- Dis-toi que ça vaut pas le coup, t'es assez intelligente pour ne pas te rabaisser à leur niveau. »
Reconnaissante, la blonde lui accorda un petit sourire avant d'entamer son repas. Il avait plus ou moins raison. A force d'entendre ce genre de critique venant de cette bande, elle devrait finir par les ignorer. Mais elle ne pouvait pas se retenir, ou plutôt elle ne pouvait pas laisser passer ça. Ce n'était pas le genre de fille à se laisser marcher sur les pieds, loin de là.
« - Tu as finis le devoir à faire en socio ? demanda-t-elle au bout de quelques secondes de silence
- Oui, je l'ai terminé hier soir. J'ai cru que j'y arriverais jamais à bout. La prof veut notre mort en nous donnant un truc pareil.
- Tu l'as trouvé si difficile que ça ? J'ai été assez inspiré moi.
- Ah ah mais toi c'est différent, tu as limite un don dans chaque matière rigola le brun. »
Pour toute réponse la jeune femme haussa les épaules. Il était vrai qu'elle avait des facilitées en cours, mais de là à avoir un don, c'était un peu exagéré. Surtout qu'elle n'arrivait pas du tout à se projeter dans l'avenir. Certes, elle travaillait dur pour avoir de bonnes notes et ainsi obtenir son diplôme sans trop de difficulté mais étrangement, elle ne se voyait pas du tout dans ce qu'elle étudiait plus tard. Peut-être parce que c'était encore trop généralisé, qu'il fallait peut-être attendre de prendre une certaine spécialisation pour se faire une réelle idée. Que des incertitudes et au milieu de tout ça, Claire paniquait un peu. Si elle ne se décidait pas, elle finirait dans un métier qui, au final, ne l'intéresserait pas. Comme beaucoup de monde.
Étonnamment, lorsqu'elle était enfant, ce n'était pas le genre de fille à être première de la classe et à se plonger ardemment dans ses devoirs. Elle était plus du genre turbulente, s'amusant souvent dehors avec une insouciance certaine et une grande imagination. Parfois, elle se demandait comment elle avait pu changer autant. Elle en connaissait la cause, bien évidemment, mais comment cela avait-il pu la faire devenir une toute autre personne ? Cette ancienne Claire semblait si lointaine à présent. Si... Inaccessible. Et pourtant si désirée.
« - Claire ? »
Ses paupières s'agitèrent, revenant brutalement sur terre, entendant de nouveau ce qui se passait autour d'elle. L'intéressée leva les yeux sur la personne qui venait de l'appeler, qui n'était autre que sa sœur. Cette dernière, toute penaude, se tenait devant elle, un plateau en main. Immédiatement, son aînée afficha un masque de froideur, signe qu'elle ne lui avait toujours pas pardonné sa traîtrise de ce week-end. Comment le pouvait-elle ?
« - Euh... commença la petite Farron, hésitante. Je peux manger avec vous ?
- Non, retourne à la table des traîtres Judas lâcha immédiatement sa sœur.
- Mais s'il te plaît... Je suis vraiment désolée pour ce qui s'est passé, je n'ai pas réfléchis.
- On en a déjà parlé. »
Lâchant un soupir, la cadette Farron se demanda si elle devait s'énerver ou tout simplement lâcher l'affaire. Elle n'avait jamais vu sa sœur aussi têtue qu'en ce moment. Et tout ça pour quoi ? Une simple soirée de routine. Bon, simple soirée, ce n'était peut-être pas le bon mot. Les soirées chez Fang n'étaient jamais de simples soirées. Mais quand même, il n'y avait pas eu mort d'homme !
Finalement, elle décida de tourner les talons, ne souhaitant pas se prendre la tête avec cette histoire ridicule. A présent, elle se demandait bien qui des deux était l'aînée.
Noel observa la jeune fille s'éloigner avant de porter un regard plein de reproche à celle qui lui faisait face. Évidemment, il avait été mis au courant de toute cette histoire. Dimanche matin, Claire lui avait envoyé un sms qui expliquait très clairement l'état dans lequel elle se trouvait. Il la comprenait, c'était tout à fait normal d'agir de cette façon dans une telle situation mais de là à se comporter comme elle le fait avec sa sœur, c'était insensé. Surtout qu'il ne l'avait jamais vu en vouloir à sa cadette. Ces deux là ont toujours eu une relation très fusionnelle.
« - Tu ne penses pas que tu abuses un peu ? demanda-t-il. Tu connais Serah, elle est un peu tête en l'air, elle ne voulait pas te blesser. »
Une mine boudeuse sur le visage, la blonde se contenta de planter sa fourchette dans sa viande afin de passer ses nerfs dessus, tel un enfant. Noel leva les yeux au ciel avec un petite sourire. Bah, cette situation allait certainement s'arranger d'elle-même. Dû moins il l'espérait.
Allongée sur son lit, Fang pianotait gaiement sur son téléphone, communicant ainsi avec Vanille. Les cours étaient terminés depuis une bonne heure et elle était rentrée il y a une vingtaine de minutes. L'université faisait quand même une trotte depuis chez elle. Dans quelques minutes elle allait devoir se préparer pour se rendre à son cours de boxe, qui avait lieu tous les mercredis après-midi ainsi que les samedis. Dans ses messages, elle racontait à son amie qu'elle avait hâte d'y aller. La boxe était vraiment un sport qui lui plaisait énormément. Un sport de brutes pour certains, et qui plus est très masculin, mais pour Fang c'était une véritable passion. Elle n'avait pas besoin de ressembler à King Kong pour en faire, et en faire correctement. Avec sa carrure plutôt fine, elle s'en sortait très bien. Elle se définirait un peu comme Maggie Fitzgerald dans Million Dollar Baby mais en beaucoup plus sexy. Mais ça, c'était son ego qui parlait, rien d'autre.
S'extirpant de son lit, elle quitta sa chambre et rejoignit le salon, à seulement quelques pas d'ici. Calix, son grand frère, s'y trouvait, affalé sur le canapé, une bière à la main. A côté de lui il y avait sa copine... Merde, c'était quoi son nom déjà ? La noiraude ne s'en souvenait plus. Et pourtant, elle la voyait souvent lorsque son frangin décidait de passer un peu de temps à la maison. Il n'était pas toujours présent puisqu'il dormait à plusieurs endroits différents. Chez des copains, chez sa copine, chez les parents de sa copine. Un vrai bohémien ce type.
« - Vous regardez quoi ? demanda-t-elle en s'approchant.
- Avatar, t'sais les singes bleus tout ça répondit son frère en lui jetant un coup d'œil.
- Putain t'es con, c'est pas parce qu'ils ont une queue que ce sont des singes répliqua-t-elle avec un sourire néanmoins.
- Bah les indigènes c'tous les mêmes de toute façon lâcha-t-il en haussant les épaules. »
Mon Dieu, de plus en plus con, on ne le refaisait pas celui-là. Levant les yeux au ciel, Fang quitta les deux tourtereaux et leur occupation ô combien prenante pour aller dans la cuisine, où elle ouvrit le frigo, qu'elle qualifiait souvent de divin. Elle en sortit une bouteille de jus d'orange où elle but directement dedans, remettant la bouteille à sa place une fois rassasiée. Les verres ne servaient à rien selon elle, seulement une façon de perdre encore plus de temps à faire la vaisselle.
S'asseyant sur un des plans de travail, elle observa le jardin qui était dévoilé par la fenêtre. Plutôt la piscine que le jardin en réalité. Sans s'en étonner, son père était en train de faire des longueurs dans leur piscine rectangulaire, pas très grande mais suffisante. Il faisait encore assez chaud pour se baigner, bien que l'automne avait remplacé l'été. De toute façon son père était capable de se baigner même en hiver, c'est pour dire. Comme tout le monde dans la famille, son père était un sportif. Il faisait parti de l'équipe internationale de natation ce qui expliquait ses nombreuses absences. Et les nombreuses occasion pour l'étudiante de faire des soirées dans la maison. C'était comme si cette maison était à elle, et que son frère et son père n'étaient que des invités réguliers. Le monde à l'envers. Néanmoins, cela ne lui posait aucun problème.
Avec un sourire, la sportive posa ses pieds à terre et retourna dans le salon, traversant ce dernier pour retrouver sa chambre où elle récupéra son sac de sport afin d'y ranger ses affaires. Il n'y avait pas grand chose à prendre, seulement ses vêtements de sport, ses gants de boxe et ses chaussures, conçues spécialement pour ce sport, évidemment. Elle y mit également ses écouteurs ainsi que son baladeur. Bien que son entraîneur préférait qu'elle l'écoute pendant les entraînements, elle aimait bien avoir un peu de musique en fond. Ça l'aidait à se concentrer.
Lorsqu'elle fut prête, elle quitta sa chambre, formula un « à plus tard » pour son frère, récupéra les clés de la voiture qui étaient posées sur le buffet et sortit de la maison. La Citroën DS3 rouge était garée juste devant, comme d'habitude. Fang déverrouilla les portières mais avant d'avoir pu rentrer dans l'habitacle, elle se fit héler. Redressant la tête pour chercher l'origine du bruit, ses yeux se posèrent sur un visage familier, à quelques mètres devant elle, près de la maison voisine. Avec un grand sourire, la brune fit un signe de main à Lucie, la mère de cette très chère Claire. Cette dernière vint à sa rencontre d'un pas rapide. Elle était vraiment très jolie. Ses cheveux blonds, qui ne possédaient pas les étranges reflets roses de ses filles, étaient courts, un peu dans une coupe garçonne qui lui allait à merveille, s'accordant parfaitement avec ses beaux yeux bleus. Ses lèvres ressortaient grâce à un rouge à lèvre puissant, faisant ressortir son teint plus ou moins blanc. Toujours vêtue de vêtements très coquets qui la mettait en valeur, elle possédait une démarche qui laissait paraître une certaine confiance en elle.
« - Salut Fang, tu vas bien ? lui demanda-t-elle après lui avoir fait la bise.
- Oui tout baigne, et toi ?
- Parfaitement bien ! J'ai de nouveau des places pour un petit concert que je vais donner dans quelques semaines, vous seriez partants pour venir ?
- Et comment ! Tu penses vraiment que l'on raterait l'occasion d'écouter ta merveilleuse musique ?
- Ah ah tu es adorable, comme d'habitude ! Voici donc quatre places. Calix pourra venir avec Farah si il a envie.
- Farah... Ah oui, sa copine. J'oublie toujours son prénom, j'comprend pas expliqua-t-elle en haussant les épaules.
- Tu es tête en l'air, tout simplement. Depuis que tu es toute petite répondit Lucie avec un sourire moqueur. Tu vas à la boxe ?
- Ouaip. D'ailleurs j'ai un combat de prévu ce samedi, j'espère que je vous verrais.
- Compte sur nous, on est tes plus fidèles supporters !
- Super, à samedi alors ! »
Avec un sourire aux lèvres et un hochement de tête, la mère Farron laissa la jeune étudiante monter dans sa voiture. Elle traversa ensuite la petite route qui séparait son foyer de celui des Yun pour retourner dans le salon, où toute la petite famille y était rassemblée. Comme tous les mercredis après-midi, ils se rassemblaient pour regarder un film parmi les nombreux DVD qu'ils avaient.
Stéphane, son mari, avait levé les yeux vers elle et lui décocha un sourire.
« - Alors, elle viendra ? s'interrogea-t-il.
- Oui, et ce week-end elle a un combat, on ira la voir. On pourrait aussi les inviter à dîner le soir.
- Bonne idée ! s'exclama Serah qui regarda ses parents d'un air radieux tour à tour. »
A côté, Claire lâcha un soupir non dissimulé. Visiblement, tout le monde se fichait qu'elle ne puisse plus voir Fang en peinture. Ils aimaient sans doute la torturer. Comme ses parents qui lui répondaient que leur charmante voisine avait bien le droit d'organiser des fêtes chez elle et qu'elle ne devait pas se mettre dans tous ses états. Eux ils s'en fichaient, ils n'étaient presque jamais là les week-end, préférant s'octroyer des journées en amoureux elle ne savait où. En gros elle avait le mauvais rôle, c'était la meilleure ça.
« - Ce sera peut-être une occasion pour te réconcilier avec elle Claire suggéra sa mère en s'asseyant près d'elle.
- Me réconcilier avec une fille pareille ? Jamais de la vie.
- Mais vous vous entendiez si bien quand vous étiez plus jeunes. Je ne comprend vraiment pas ce qui s'est passé entre vous. »
La blonde resta muette à cette remarque. Elle n'avait aucunement envie d'en parler à sa mère, ni même d'y penser d'ailleurs. Elle voulait simplement qu'on lui fiche la paix avec ça et ne souhaitait plus avoir à entendre parler de Fang toute la sainte journée. Pourquoi n'avaient-ils pas déménagés ?
Alors qu'elle allait reporter son attention sur la télévision, qui diffusait Harry Potter, la porte d'entrée s'ouvrit et une tempête rousse pénétra dans la maison.
« - SERAAAAH ! Tu devineras jamais ce qui s'est passé ! »
L'intéressée se redressa immédiatement, aux aguets. Si elle avait eu des oreilles ont auraient pu voir ces dernières se dresser instantanément.
« - Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? Raconte-moi tout ! »
Vanille l'attrapa par le bras pour la tirer vers sa chambre.
« - Coucou vous trois, je vous pique votre charmante fille quelques secondes nous lança-t-elle avec un grand sourire. »
Mes parents ne retinrent par leur rire face à cette scène signée dans sa totalité par Vanille Dia. Ils avaient l'habitude de ce genre d'interruption. A croire que leur maison était devenu un vrai moulin. Claire, quant à elle, avait sa main qui cachait son visage, totalement désespérée par cette situation. Mais où allait le monde ?
Vanille se tortillait dans tous les sens, ne sachant pas comment se mettre sans avoir des crampes aux jambes. A côté d'elle, Fang lui disait d'arrêter de bouger, autrement la tente allait s'effondrer. Claire et Serah avaient réussies à s'installer correctement et elles observaient leurs deux amies avec amusement.
Les quatre jeunes filles se trouvaient dans une tente qu'elles avaient essayé de monter par leur propre moyen. Le résultat ne ressemblait pas à grand chose et il suffirait d'un moindre coup de vent pour que le tissu s'envole mais qu'importe, elles n'avaient aucunement envie de tout recommencer, ou même de demander de l'aide à leurs parents. Elles étaient dans le jardin de Vanille, qui habitait à quelques rues de là où Fang, Claire et Serah habitaient.
« - Bon on peut commencer ? demanda Claire qui commençait à s'impatienter.
- Oui allons-y Vanille maugréa Fang en lui donnant un léger coup de coude.
- Bon d'accord, d'accord capitula cette dernière en levant les mains. »
Elle attrapa la lampe de poche qui était au centre du cerce qu'elles formaient et l'alluma, éclairant ainsi son visage d'une façon peut rassurante. D'autant plus qu'elle affichait un regard et un sourire fou qui firent frissonner Serah, s'agrippant au bras de son aînée.
« - Ce que je vais vous raconter est une histoire vraie débuta la rouquine, sur un ton bien mystérieux et qui se voulait terrifiant. C'est l'histoire d'un enfant, qui avait à peu près le même âge que nous et qui venait d'acquérir une nouvelle console de jeu achetée dans une brocante auprès d'une dame très âgée. En rentrant chez lui, il demanda à son père de lui brancher sa console afin de pouvoir y jouer. Son père accepta mais lui interdit de jouer pendant plus de deux heures. Le garçon, qui était toujours age et écoutait ses parents, accepta le dilemme et commença à jouer à son jeu. Le but de ce dernier était d'évoluer dans un monde fantastique avec des monstres et des créatures imaginaires en gagnant des niveaux et en récupérant des objets. Comme prévu, le garçon ne joua pas plus de deux heures, satisfait de sa partie. Il s'était bien amusé. Le soir venu, il monta dans sa chambre pour se mettre au lit mais le temps passait et voilà qu'il ne dormait toujours pas. Il voulait fermer les yeux mais quelque chose l'en empêchait. Ou quelqu'un... »
Serah, effrayée, plaqua sa main contre sa bouche, retenant un cri de terreur. Fang pouffa face à sa réaction. L'histoire venait à peine de commencer !
« - Le petit garçon décida donc de se lever, ne pouvant trouver le sommeil continua Vanille. Il descendit dans le salon où il découvrit la télévision allumée et qui donnait sur le menu de son nouveau jeu. Il hésita quelques instants avant de s'asseoir et de récupérer la manette de jeu. Ses parents dormaient, il pouvait peut-être jouer un peu afin de trouver le sommeil... Il lança donc la partie là où il s'était arrêté et continua de jouer jusqu'au petit matin. Afin que ses parents ne le découvre pas, il remonta rapidement dans sa chambre pour se mettre au lit après avoir éteint sa console. La journée se passa ensuite sans encombre, malgré la fatigue qui étreignait le garçon. A la fin de la journée, lorsque ce fut le moment de dormir, de nouveau, il ne put fermer les yeux. Comme si une force étrange quémandait sa présence... Ainsi, il retourna dans le salon et trouva de nouveau la télévision allumée sur son jeu, qui cette fois-ci avait lancé sa partie. Il prit donc le contrôle de son personnage mais après quelques minutes de jeu, il rencontra un drôle de personnage au fin fond d'une forêt sinistre. C'était un personnage entièrement noir avec seulement une bouche blanche étirée dans un sourire inquiétant... Lorsqu'il lui parla, la boîte de dialogue s'ouvrit et l'étrange personnage lui répondit ceci « Bonsoir Maxime ». Le jeune garçon ne comprenait pas. Son personnage s'appelait Zorro, pas Maxime. Maxime... C'était son prénom. »
Cette fois-ci Serah lâcha un cri de terreur, se cachant sous les couvertures, toute tremblante. Claire tenta de la rassurer mais même elle n'était pas totalement sereine. Elle se demandait ce qui allait arriver au petit garçon...
« - Maxime commença à paniquer et il décida de s'éloigner de ce personnage. Mais, étrangement, il revenait toujours au même endroit, où se tenait cette ombre. Laissant tomber sa manette, il se précipita vers la console et l'éteignit, de même que l'écran. Il remonta ensuite dans sa chambre et se mit au lit, bien que n'ayant toujours pas la possibilité de s'endormir. Il commençait à entendre des bruits étranges... Les marches de l'escalier grincèrent, quelqu'un semblait murmurer des choses. Terrorisé, Maxime se cacha sous la couette au moment où sa porte s'ouvrit lentement. Des pas se rapprochèrent de lui. Tout doucement. Il pouvait sentir un souffle chaud au dessus de lui ainsi qu'une odeur étrange et désagréable. On agrippait sa couverture. Cette dernière se retirait lentement. Et là... »
Le suspens était insoutenable. Claire était à présent collée à sa sœur et fixait Vanille sans cligner des yeux.
« - Il leva les yeux et découvrit ce sourire blanc et inquiétant. Cette masse noire qu'il avait vu dans son jeu se tenait juste devant lui. La bouche bougea pour prononcer quelques mots « Tu n'aurais pas dû arrêter de jouer, Maxime... ». »
Et immédiatement, Fang se jeta sur les deux sœur en lâchant un hurlement. Les deux jeunes filles lâchèrent un cri de terreur et levèrent les bras pour se protéger Face à ce massacre, Vanille éclata de rire, suivit rapidement par la fille à la peau mâte. L'aînée des Farron, une fois sa peur passée, jeta un regard plein de reproche à ses deux amies qui avaient visiblement monté un plan pour leur faire peur.
« - Vous allez le payer ! »
Elle se jeta sur elles pour les couvrir de chatouilles, les faisant se tordre dans tous les sens. De son côté, Serah ne s'était toujours pas remise et tentait de calmer ses sanglots. C'est à ce moment que des bruits de pas se firent entendre, immobilisant immédiatement les quatre enfants. Leurs cœurs s'emballèrent rapidement, imaginant toute sorte de scénario possible.
« - C'est sûrement mes parents chuchota Vanille, tentant de se rassurer. »
C'est là qu'une ombre se dressa au-dessus de la tente, ne bougeant plus. A présent, les quatre filles se serraient entre elles, complètement tétanisées. Plus aucune ne respiraient. Et, dans la seconde qui suivit, l'ouverture de la tente se releva pour laisser apparaître la mère de Vanille, qui lâcha un « BOUH ! » monumental. Les filles crièrent à l'unisson, se cachant toutes le visage à l'aide de la couverture.
« - Ah ah les filles, si vous aviez vu vos têtes ! s'amusa l'adulte.
- Roh maman ! protesta Vanille une fois sa peur passée. C'est pas sympa !
- Ah ah ne t'en fais pas ma chérie, ce sera la dernière fois. En tout cas il se fait tard les filles, éteignez les lampes et au lit. »
Soulagées, elles hochèrent toutes la tête avant de s'allonger confortablement pour dormir. Vanille et Serah étaient aux extrémités tandis que Fang et Claire se trouvaient entre les deux jeunes filles.
« - Plus jamais tu nous refais ça Fang la menaça la blonde dans un chuchotement.
- Hm on verra répondit la brune avec une désinvolture qui la caractérisait tant. »
Claire leva les yeux au ciel avant de laisser son amie venir se coller à elle, un sourire béat sur le visage. Elle aurait dû la frapper mais étrangement, elle était plus attendrie qu'autre chose. Elle décida donc de rejoindre son amie dans les bras de Morphée, espérant qu'elle n'allait pas faire de cauchemar sur des ombres étranges et sinistres...
Et voilà, c'est tout pour le moment ! J'espère que ce début vous aura plu, j'attend vos avis. La suite ne devrait pas tarder, dans une semaine ou deux je pense.
