Angelo était passé prendre Shaka de bonne heure

Angelo était passé prendre Shaka de bonne heure. Ils s'étaient téléportés jusqu'à une petite plage où le sable ébène contrastait avec l'eau turquoise limpide.

« Waouw ! C'est beau ! On est où ? Pourquoi le sable est noir ? demanda l'Indou d'une traite sans respirer, tout en admirant le paysage.

Le Cancer observa le gardien de la sixième maison, un sourire au coin des lèvres. Si ses compagnons avaient vu le fier et hautain chevalier de la Vierge s'émerveiller comme un enfant de 6 ans, nul doute qu'ils en seraient restés sur les fesses.

« On est en Sicile. Je venais ici quand j'étais enfant pendant les vacances, bien avant mon départ pour la Grèce. Je ne me souviens pas de grand-chose de cette époque, mais cette plage, je n'ai jamais pu l'oublier. Si le sable est noir, c'est à cause du volcan. »

« Où est-il ? Il est encore en activité ? » s'enquit encore le blond en regardant partout.

« On ira le visiter plus tard. Oui, comme la plupart des volcans siciliens. En fait, bien que les Grecs situent la forge d'Héphaïstos à Lemnos où il travaillerait avec l'aide des Cyclopes, les Romains la localisèrent ici, en Sicile, sous l'Etna pour être précis. De fait, les volcans siciliens seraient ses ateliers. Mais on peut aller barboter sans soucis, rassures toi. »

« On ramasse des coquillages ? » proposa Shaka, tentant de faire diversion.

« Plus tard. »

« On construit un château de sable ? »

« D'abord la baignade ! »

« Seulement si tu arrives à m'attraper ! »

La Vierge s'élança dans une course effrénée, les mouvements ralentis par son Sari. Le Cancer, qui le suivait de près, marchât sur un pan de tissu, se retrouva déséquilibré et chuta, vite rejoint par Shaka qui riait. Ils tentèrent de se relever sans succès.

« On est emmêlé ! » constata l'Indou hilare.

Angelo se joignit à son hilarité. Son sari à moitié défait par la chute les avait ligotés.

Ils s'étaient débattus un moment avant de pouvoir se libérer.

« Rooohhh, franchement ! A quoi ça te sert tous ces froufrous ! » râla le Cancer, perdant patience. « Punition ! A la flotte, exécution ! »

« Pourquoi ? C'est toi qui as marché sur ces froufrous ! »

« Shaka, le prend pas mal, je n'ai rien contre ta tenue vestimentaire qui te va très bien. Mais avoue que ça n'a pas été facile de s'en libérer… Tu es sur que ce n'est pas une de tes attaques ?

Cette réflexion fit sourire le blond.

« Et puis tu es en boxer de bain, en Sicile, sur une des plus belles plages et tu ne voudrais pas en profiter ? »

« C'est pas ça Angelo, c'est que,… » commença Shaka, le regard fuyant, tout en se tripotant nerveusement les doigts.

« C'est que… ? » insista le Cancer qui ne comprenait pas la réticence de la Vierge.

« Je ne sais pas nager… » avoua enfin ce dernier, les yeux baissés et le visage pivoine.

Angelo passa un doigt sous son menton et d'une pression, il lui releva la tête. Aucune moquerie ne se lisait dans son regard.

« Ne t'inquiète pas je vais t'apprendre ! »

« Pour de vrai ? » demanda l'autre des étoiles plein les yeux.

« Si, pour de vrai ! Et ne t'inquiète pas, je ne dirais rien aux autres. »

Shaka se lança encore une fois dans ses bras.

Ils se déshabillèrent rapidement, entrèrent doucement dans l'eau, tout sourire et Angelo débuta ses leçons.

Il était très patient et prenait grand soin de ne pas effrayer son ami, lui expliquant chaque geste à faire. Sous ses directives, l'Indou parvint rapidement à faire quelques brasses seuls, rassurés de sentir l'Italien tout près.

Plus tard, ils visitèrent le pied du volcan où tout un village s'était développé. Angelo emmena Shaka dans une boutique et lui offrit un pantalon en lin et une chemise de la même matière. Le soleil tapait fort et la fraîcheur des maisons du sanctuaire était loin, le sari qu'il portait ne le protégeait pas assez contre les baisers du soleil.

Ils se promenèrent aussi dans le village voisin où c'était le jour du marché. Shaka était surpris par les senteurs des fleurs, des fruits et légumes frais. Il allait partout, d'étal en étal, et Angelo souriait.

« On va boire quelque chose ? » proposa le Cancer

Shaka s'accrocha à son bras et se laissa guider. Ils s'installèrent à une terrasse, à l'ombre d'un grand arbre. Le serveur arriva rapidement et l'Italien passa commande. Shaka était tellement absorbé par les sons chauds qui sortaient de la bouche de son ami, qu'il ne se rendit pas de suite compte qu'il ne comprenait rien à ce qu'il disait.

« C'est sexy quand tu parles ta langue maternelle. »

Angelo le regarda, le souffle coupé.

« Me…Merci. »

« Angelo, quand on est ensemble, t'es pas obligé de camoufler ton accent. »

« Et pourquoi je le ferais ? »

« Parce que, tu connais un de mes secrets… » lui opposa Shaka avec un clin d'œil tout en lui offrant son plus beau sourire.

« Ok je me rends ! Tu as raison ! Donnant, donnant ! » abandonna volontiers le Cancer, tout en lui rendant son sourire.

Le garçon arriva et déposa les boissons. Shaka regarda tour à tour sa tasse fumante et Angelo.

« Ne me dis pas que tu n'as jamais bu de cappuccino ? » s'étonna ce dernier en voyant le regard perplexe de l'Indou.

« C'est quoi ? »

« Café avec une mousse de lait. »

Shaka mit du sucre et touilla, touilla plus vite.

« Angelo, pourquoi la mousse elle disparaît pas ? »

Angelo sourit, il prit sa propre tasse et lui montra comment il fallait faire, tout de suite imité par Shaka dont le regard s'illumina.

« C'est super bon ce cappuCappu.. »

« Cappuccino. »

« Cappuccino. » répéta Shaka, comme émerveillé par ce mot.

Il but encore et ramassa le reste de mousse avec sa cuiller.

« Oooohhh, y en a plus ! Je peux en avoir un autre ? »

L'Indou but cinq tasses d'affilé.

« Tu as fini ? » demanda le Cancer, amusé.

« Oui. ».

« Il est temps de rentrer. »

« Ah non pas déjà…. » renâcla la Vierge que la perspective de se retrouver seul dans son temple déprimait tout à coup.

Shaka avait une moue triste complètement adorable et Angelo se surprit à vouloir le prendre dans ses bras pour le consoler.

« On reviendra ! » lui assura t-il pour lui faire plaisir.

« Promis ? »

« Promis ! »

« Yatta !! » s'écria l'Indou en levant les bras au ciel.

Ils rentrèrent au sanctuaire, au quatrième temple. Après s'être douché, Shaka remis son Sari. Milo entra et proposa à Angelo d'aller aux arènes, il n'avait pas vu son invité. Quand Angelo accepta, l'Indou perdit son sourire.

« Je te rejoins en bas ! »

« Ok à tout de suite ! »

Une fois Milo parti, Angelo lui montra comment se rendre au Yomotsu Hirasaka. Après tout, si était capable de manipuler le temps et l'espace, il devait être à même d'assimiler rapidement comment se rendre à la porte du monde des morts par lui-même.

« Tu descends avec moi ? »

« Oui ! »

Angelo tournait les talons pour se rendre dehors quand Shaka l'attrapa par la taille et se serra contre son dos.

« Merci pour cette journée ! » murmura l'Indou avant de le lâcher et de tourner les talons, laissant l'Italien surpris et heureux.

Dans l'arène Shaka ne tenait pas en place, battant sans le moindre effort tous ses adversaires.

Shion, qui regardait d'un œil expert, trouvait que quelque chose clochait. Intuition qui fût confirmée par Aïoros.

« Il n'est pas dans son état normal. »

« Je me doute que tout le bruit qu'il y a autour de son temple ne l'aide pas, mais tout de même… »

Milo vola dans les airs suivi de Camus.

« Shaka, pourrais-tu venir au treizième temple après l'entraînement ? » ordonna le Grand Pope tandis que le chevalier de la Vierge s'asseyait dans les gradins, laissant sa place dans l'arène à Shura et Saga.

« Bien sur ! Votre Sainteté ! »

Shion tiqua mais préféra ne pas relever. Il attendrait d'être face à face avec l'Or pour l'interroger sur son comportement bizarre.

Angelo qui était près du Sagittaire étouffa un rire.

Shaka entra dans la salle du trône, se plaça devant le Pope et posa un genou à terre.

« Sa Sainteté m'a demandé ? »

Une petite veine de mécontentement palpita sur le front du Pope.

« Y a-t-il quelque chose qui ne va pas ? » demanda Shion en tentant de garder son calme.

« Il y a plein de trucs qui ne vont pas votre Sainteté, mais les travaux serons bientôt fini donc tout rentrera dans l'ordre votre Sainteté. »

L'ancien Bélier observait attentivement Shaka. Il le trouvait excessivement nerveux, lui d'habitude si calme et posé. Que lui arrivait-il ?

« As-tu mangé quelque chose de contraire ? » demanda Aïoros en sortant de sa cachette.

« Non ! Vous et sa Sainteté êtes finalement ensemble ? »

« Shaka ! » s'écria le Pope en se levant de son trône.

Trop, c'était trop, il ne pouvait pas supporter pareil affront !

« Mais quoi votre Sainteté ? Je fais ça pour vous aider, mais si vous ne voulez pas je ne dirai plus rien ! »

« Shaka as-tu bu quelque chose ? Es-tu ivre ? » demanda le Sagittaire, tentant de ramener la conversation sur un terrain moins glissant et surtout moins dangereux pour la vie du sixième gardien..

« Ivre ? Moi Ivre ? » s'offusqua alors ce dernier.

Il marcha sur une ligne droite et toucha le bout de son nez avec son index.

« Non j'le suis pas… »

Le Pope et le chevalier d'Or avaient les yeux écarquillés. Que s'était il passé avec le chevalier de la Vierge.

« Qu'as-tu bu aujourd'hui ? » demanda de nouveau Aïoros.

« Répond ! » tonna la voix de Shion dont la patience commençait à s'effriter.

« Pourquoi sa Sainteté crie-t-elle sur moi ? » se plaignit Shaka au bord des larmes. Chose qui aurait semblé inconcevable en temps normal

Les deux autres ne savaient plus quoi penser ou quoi faire devant l'attitude inhabituelle de leur ami qui renifla bruyamment avant de répondre.

« Un verre d'eau, deux verres de jus d'oranges, une tasse de thé et du ca… »

Il se retint à temps il ne voulait surtout pas parler de la journée merveilleuse qu'il avait passé avec le Cancer.

« Du café au lait. »

« Combien de tasses ? » s'enquirent les deux, trouvant enfin le motif du comportement bizarre de leur ami.

« Six en comptant la première. Pourquoi sa Sainteté ? »

Le Pope se laissa tomber sur son trône et respira plus librement. Son chevalier n'était pas atteint d'un mal bizarre, n'avait pas non plus perdu la raison. Non, il était seulement sous l'emprise d'une drogue, qui, sur lui, avait un effet on ne peut plus décuplé : la caféine.

« La prochaine fois, n'en bois pas autant d'affilé, d'accord ? » lui conseilla t-il gentiment.

« D'accord ! »

« Va te détendre aux thermes ! Tu peux disposer ! » le congédia Shion avec un geste de la main.

« Merci votre Sainteté ! »

« Arrête de m'appeler comme ça ! » hurla Shion sur un Shaka qui partait en riant.

Définitivement d'avis que l'overdose de caféine ne réussissait pas à la Vierge, Shion respira profondément afin de retrouver son calme.

Shaka, qui était encore derrière la porte, sourit. Il sortit du treizième temple et se retrouva en face du Cancer.

« Coucou Angelo ! »

« Il te voulait quoi ? »

« Rien de spé, savoir ce que j'avais ! D'après eux j'ai bu trop de café. Maintenant je dois aller aux thermes, pour me détendre qu'ils ont dit. »

« Je sais, j'ai tout entendu ! »

« Tu nous espionnais ? »

« Tout comme toi quand tu es sorti ! »

« Tu as raison, mon petit crabe ! Mais ne râle pas, j'ai pas dit le mot exact parce que j'avais pas envie qu'il découvre la journée merveilleuse que j'ai passé avec toi ! C'est mon jardin secret ! Ca te dit un bain avec moi ? »

Pour la deuxième fois en moins de quatre heures, le Cancer était surpris par la franchise de la Vierge. Ils se rendirent aux thermes.

Revenu à la réalité, Mû se retenait tant bien que mal de rire. Aphrodite le regardait d'une manière assez intense. Il semblait avoir fini de lire les pensées de Milo depuis un moment et il attendait patiemment après son ami.

Après un dernier salut à leurs frères d'armes, ils sortirent de la chambre. La voix de Shion tonna dans leur tête en leur demandant de venir chez lui, pour voir où en était l'enquête. Une fois dehors, Mû expliqua ce qu'il s'était passé. Aphrodite et lui riaient aux éclats en entrant chez l'ancien Bélier. Dohko et le Pope attendaient l'arrivée des chevaliers confortablement assis sur un fauteuil.

« Bonjour Dohko ! Bonjour Sa Sainteté ! » dirent-ils en cœur avant de repartir dans un fou rire.

Dohko rit dans sa barbe.

« Comment êtes-vous au courrant ? » demanda Shion en se retenant de crier, tout en agrippant les accoudoirs de son siège.

Les deux autres étaient toujours hilares.

« Mais je l'ai vu Votre Sainteté ! »

« Il n'y a que Shaka qui m'avait appelé comme ça, un jour. » se souvint le Pope, parlant comme pour lui-même.

« Quand il a fait une overdose de café ! » précisa Mû.

« Je ne pensais pas que Shaka se serait vanté de cet épisode. » s'étonna Dokho.

« Oh mais je ne l'ai pas appris par Shaka. » corrigea le premier gardien.

« Comment es-tu au courrant alors ? »

« Angelo. Il rodait dans le coin et il a tout vu et tout entendu. » Expliqua le Bélier.

« Et que s'est-il passé d'autre ce jour-là ? »

Mû fut obligé de raconter cette si jolie journée. Pourtant, par respect pour les promesses échangées entre les deux protagonistes, il ne dit rien au sujet du cappuccino et du fait que Shaka ne savait pas nager.

Ce fut au tour d'Aphrodite de raconter ce qu'il avait vu. Mais comment faire, pour ne pas dévoiler que Milo voyait Kanon à cette époque.

« Aphrodite, nous savons pour Milo et Kanon… » fit Shion sentant le malaise du Poisson grandir et se doutant de la raison.

« Vous saviez ?? » s'exclamèrent-ils en cœur.

« Nous sommes les plus anciens et nous remarquons plus de choses aussi. N'aie pas peur, nous ne ferons rien à l'encontre de Kanon, il a déjà assez payé. » le rassura Dohko.

« J'avais surpris Milo, un jour au Cap, partageant son dîner avec Kanon. Il riait et était calme, on aurait dit que notre Scorpion le rendait plus humain. Il abandonnait sa hargne, toute la haine qu'il avait en lui. J'ai laissé faire, je pensais que comme ça il pourrait mourir en paix, la marrée haute était prévue pour le soir même, toute cette histoire finirait bien vite. » confia le Pope.

« J'ai appris qu'un soir, alors qu'une tempête faisait rage, Kanon disparut et le cœur tendre de Milo se transforma en marbre. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé ce soir là mais je sais qu'il vit mal sans le Gémeau. Tu peux tout dire sans crainte. » ajouta Dohko.

Aphrodite regarda Mû pour y chercher du courage et sans s'en rendre compte attrapa sa main, la serrant doucement avant de commencer à relater les souvenirs.

Milo entra dans la salle secrète, tout poussiéreux après son entraînement. Kanon était avachi sur un fauteuil, un bouquin à la main. Il posa son livre et vint à la hauteur de son hôte au moment où celui-ci, épuisé, vacilla et se laissa tomber. Surpris, le jumeau le souleva dans ses bras et le déposa avec une infinie douceur sur son lit. Le Scorpion avait de nombreux bleus, éraflures et contusions. Il semblait aussi amaigri. Kanon partit dans la salle de bain et fit couler l'eau dans la baignoire. Il retourna à la chambre et commença à le déshabiller mais, sans qu'il ne sache pourquoi, il se mit à trembler. Milo ouvrit les yeux à ce moment.

« Laisse Kanon, je m'en occuperai plus tard. Par contre, tu devras préparer le dîner…Je n'ai plus de forces. »

La phrase se voulait anodine, mais pas aux oreilles du Gémeau qu'elle fit culpabiliser. Il se rendit compte que le Scorpion s'était fatigué à rester avec lui au Cap jusqu'aux petites heures au lieu de dormir. Après tout, il n'avait que 8 ans et, malgré sa force quasi surhumaine, il n'en restait pas moins un enfant. Il termina de le dévêtir, le reprit dans ses bras et se glissa avec lui dans l'eau. Milo se laissa faire, trop fatigué pour réagir mais surtout trop content de constater que Kanon se souciait de lui.

« Milo laisse-moi faire ! Après tu iras dormir pendant que je prépare de quoi grignoter. »

Il n'en fallut pas plus au Scorpion qui se laissa aller. Kanon avec des gestes doux lava le corps de son sauveur, sans le brusquer. Les battements de son cœur cognaient plus fort dans sa poitrine sans qu'il ne sache pourquoi. Apres s'être rincés, ils s'enveloppèrent dans des serviettes éponges et Milo s'écroula sur le lit.

Kanon prépara un encas sur le pouce mais le Scorpion était tellement fatigué qu'il n'arrivait même plus à mastiquer. Il se mit à grelotter. Kanon le serra dans ses bras.

« J'ai si froid, tu veux bien dormir avec moi ? »

Pour toute réponse le Gémeau se glissa dans le lit aux côtés du Scorpion. Pris d'une impulsion, il l'embrassa sur le front avant de le serrer dans ses bras. Milo eut un petit sourire avant de tomber dans un profond sommeil.

Le Scorpion se réveilla quelques heures plus tard sous une douce caresse dans ses cheveux.

« Bonsoir. » murmura Kanon.

Milo ouvrit lentement les yeux sur des prunelles vertes qui le fixaient tendrement. Pris d'une impulsion subite, il releva la tête pour venir coller ses lèvres sur la joue du Jumeau.

« C'est tout ce que j'ai » finit Aphrodite.

« C'est bien ! Continuez sur cette voie là. » les encouragea Shion.

Les deux Gold sortirent de la pièce toujours main dans la main.

« Tu crois qu'il y aura quelqu'un dehors ? » demanda Mû qui se sentait l'obligation de se justifier du fait qu'il n'avait pas lâché les doigts du Poissons.

« Aucune idée » répondit le Suédois à qui la situation était loin de déplaire.

Ils traversèrent la maison du Poisson, Aphrodite laissa Mû au pas de la porte.

« Mû, ça te dirait qu'on dîne ensemble ce soir ? »

« J'en serais ravi ! »

« Je passe te prendre ! »

« A tout à l'heure ! »

Mû allait disparaître dans quelques secondes dans un halo doré quand Aphrodite lui attrapa le bras, l'attira vers lui et l'embrassa.

« A ce soir… » murmura le Poisson avant qu'il ne se volatilise.

Le Bélier arriva complètement déboussolé chez lui. Le contact avec le Poisson l'avait plus chamboulé qu'il ne l'aurait cru. L'esprit dans les nuages, il se doucha, attacha une serviette autour de sa taille puis, il se rendit dans sa chambre. Il ouvrit sa penderie et regarda dedans, quand il fût interrompu par le cosmos de Kiki qui toqua à la porte.

« Entre Kiki ! »

« Maître Mû ! » sanglota le petit garçon en se jetant dans ses bras. « Vous me manquez ! »

Il serra son disciple dans ses bras, le souleva. Il s'assit sur son lit, son disciple sur les genoux. Il le berça doucement, tout en lui expliquant qu'il avait une mission. Mais cela ne soulageait pas l'enfant qui pleura de plus belle.

Aphrodite était entré chez le Bélier, un peu inquiet, pensant qu'il lui en voulait pour le baiser. Il se dirigea vers la chambre et s'arrêta dans l'embrassure de la porte. Mû était assis sur son lit, son disciple en pleurs sur les genoux et lui parlait d'une voix douce. Il fut attendri par la magnifique scène qui se déroulait devant lui et la quasi nudité du Bélier renforçait cette image. Il se donna une gifle mentale.

« Bonsoir vous deux ! » dit enfin le Poisson.

« Bonsoir Aphrodite » bredouilla Kiki en reniflant bruyamment.

« Pardon je suis en retard et pas encore prêt ! » s'excusa Mû confus, Kiki toujours dans ses bras.

« Vous sortez tous les deux ? »

« Non, tous les trois ! File te changer Kiki ! » corrigea le Suédois.

Kiki, tout content d'un coup, se rendit à sa chambre et vu le remue ménage qu'il faisait, il cherchait une tenue appropriée. Mû regarda Aphrodite avec un grand sourire.

« Merci infiniment Aphrodite. »

« C'est normal, je ne peut pas priver indéfiniment un disciple de son Maître… Habilles-toi aussi, sinon je ne réponds plus de rien ! Et puis… »

« Je suis prêt ! » cria Kiki habillé, en revenant dans la chambre de son maître.

« Je me dépêche ! »

Ils dînèrent tous les trois à une terrasse, un moment de pur bonheur, les gens les regardaient, attendris. Une vieille dame s'arrêta et s'adressa au trio.

« Quelle magnifique famille vous faites jeunes gens ! Tu as de la chance d'avoir deux papas pour toi tout seul ! Quels sont vont prénoms ?? »

« Je suis Lorcan, mon compagnon Mû et notre fils Kiki » expliqua le Suédois. Il ne pouvait vraiment pas utiliser son surnom devant la veille dame, mais il savait son secret bien gardé avec eux.

« Que c'est beau ! Soyez heureux mes enfants ! Passez une bonne soirée !»

La vieille dame étant partie et hors de portée de voix, les deux Béliers se tournèrent lentement vers le Poisson, une lueur inquiétante dans les yeux. Kiki prit la parole en premier.

« Je savais que ton vrai prénom serait cool ! » s'exclama t-il en lui sautant dans les bras.

« J'approuve, il est magnifique ! » ajouta Mû en observant la scène avec tendresse.

« Ce sera notre secret à tous les trois alors. » fit le Suédois en donnant une bise sur la joue à Kiki qui la lui rendit volontiers.

Les compliments des Béliers remplirent le cœur du Poissons d'une joie immense. Ils partirent de la terrasse et se promenèrent dans la ville. Kiki, entre les deux hommes, leur tenait une main à chacun.

« Papas, je peux avoir une sucrerie ? »

« Une seule. » accepta Lorcan en s'approchant d'un marchant ambulant et lui en offrit une.

Ils flânèrent encore quelques temps dans les rues éclairées et animées de la ville puis, s'arrêtèrent à une autre terrasse. Alors qu'ils discutaient de tout et de rien, profitant de la musique de fond qu'offrait un groupe de musicien qui jouait de café en café, Lorcan s'aperçut que Kiki s'était endormi sur les genoux de son maître. Il fit alors un signe à Mû avant de se lever pour prendre le petit Bélier dans ses bras, le calant contre son torse. Dans un réflexe, l'enfant s'agrippa à la chemise du Poissons.

Le Suédois tendit sa main libre au Tibétain pour l'aider à se relever. Une fois debout, Mû mit sa veste sur son disciple afin d'éviter qu'il n'attrape froid avec l'humidité qui commençait à se faire sentir.

Maintenant Kiki fermement contre lui d'un bras, Lorcan attrapa le Bélier par la taille. Mû se laissa alors aller à bloquer sa tête dans le creux de son épaule.

Dans la première maison, le Suédois déposa délicatement Kiki dans son lit tandis que Mû lui enlevait ses chaussures. Lorcan couvrit le jeune apprenti d'une couverture et déposa un baiser sur sa joue. Le jeune Atlante entrouvrit un œil.

« Lorcan ? » appela-t-il endormi.

« Oui ? »

« Merci, c'était très chouette, on recommencera ? »

« Bien sûr, je te le promets ! »

« Tu sais, si je devais choisir un amoureux pour maître Mû et bien ce serait toi » marmonna-t-il avant de sombrer une nouvelle fois dans le sommeil.

Mû avait les joues en feu, il ne savait pas ce qui avait pris à Kiki. Les adultes sortirent de la chambre et Lorcan ferma doucement la porte. L'Atlante était dans la cuisine et but un verre d'eau d'une traite.

« On dirait que Kiki vient de me donner sa bénédiction… » sourit le Poisson.

« Je suis désolé, pour ce qu'il vient de se passer. » murmura Mû, embarrassé par les paroles de son disciple.

Le Suédois regardait le Tibétain qui était éclairé par la lune. Il le trouvait magnifique. Il avança vers lui et l'embrassa avec fougue. Transporté, Mû répondit avec la même ardeur.

« Promets-moi, qu'on se fera encore une soirée comme ça. »

« Je te le promets Lorcan. »

Le lendemain Kiki faisait son entraînement sans broncher, avec le sourire en prime. Le Poisson passa à coté de lui et lui ébouriffa affectueusement les cheveux.

« Kiki, cet après midi, tu resteras avec Maître Shion, d'accord ? » lui ordonna gentiment Mû.

« Je peux rentrer dormir à la maison ? » demanda quand même le jeune Atlante avec un regard suppliant.

« Bien sûr ! » le rassura Mû.

« Alors c'est d'accord ! » s'exclama Kiki, tout souriant à nouveau.

L'entraînement reprit jusqu'au début de l'après midi.

oOo

Shaka observait DM depuis l'entrée de la chambre d'hôpital. Il n'avait jamais osé y entrer depuis qu'ils étaient revenus à la vie, se contentant de veiller sur le chevalier de loin. Il se sentait coupable de l'état présent du Cancer, persuadé que, s'il restait plongé dans ce coma, c'était de sa faute.

Il lui avait dit des choses horribles la veille de l'attaque du Sanctuaire par les bronzes, sachant pertinemment que ça le blesserait profondément. Il avait apprit à connaître ce chevalier au fil des années et avait réussi à percer la carapace d'insensibilité dont ce dernier s'entourait pour se protéger.

« Angelo, pourquoi a-t-il fallu que nous nous opposions ce jour là et que tu me laisses te dire toutes ces atrocités ? » murmura la Vierge, son visage baigné de larmes au souvenir de ce soir là.

« Shaka ? »

L'Indou sursauta violement et, se retournant, se retrouva face à Kanon. Celui-ci avait posé sa main sur son épaule, visiblement inquiet de voir son compagnon pleurer.

Aussitôt, Shaka se reprit et essuya rapidement ses larmes d'un revers de la main.

« Kanon ! Tu m'as fait peur, je ne t'avais pas entendu arriver. » fit-il, tentant de sourire.

Kanon n'était pas dupe, cependant, il avait déjà assez de peine lui-même de voir Milo dans le même état que le Cancer pour tenter de le consoler. D'autant qu'il n'avait jamais été proche de lui, il le connaissait à peine.

« Tu n'entres jamais toi non plus. »

Ce n'était pas une question, simplement une constatation.. Etait-ce pour les mêmes raisons que lui ? Il n'avait pas envie de le lui demander car il ne voulait pas entendre la réponse. Il souffrait déjà suffisamment sans qu'on ne vienne retourner le couteau dans la plaie.

« Je ne peux pas… je ne m'en sens pas le droit. » répondit malgré tout la Vierge dans un souffle.

Le Gémeau se crispa sensiblement en entendant ces mots qui reflétait tant ce qu'il ressentait lui-même. Non, il n'avait pas le droit d'entrer, pas après ce qu'il lui avait fait. Il avait détruit l'innocence du Scorpion, lui avait ôté sa joie de vivre, son insouciance. Comment pourrait-il avoir le droit de l'approcher à présent, alors qu'il lui avait fait tant de mal. Il avait anéanti ce petit être qui lui avait apporté la joie de vivre et le calme dans son âme. Cet enfant lui avait donné sa confiance, avait risqué sa vie pour lui. Il avait réussi à lui faire éprouver d'autres sentiments que la haine, la colère et la vengeance. Grâce à lui, il avait découvert la signification des mots amitié et affection, car, plus que de la reconnaissance, il avait éprouvé une profonde affection pour Milo.

Une lueur de douleur profonde passa dans le regard vert, éteint depuis leur résurrection, et il baissa les yeux.

Shaka sentait le mal qui rongeait le jeune jumeau de l'intérieur mais ne pouvait rien y faire. Il était lui-même consumé par le même mal. Jour après jour, il devait se forcer à se lever pour vaquer à ses obligations journalières, agissant comme un automate et ne reprenant conscience du poids écrasant de sa culpabilité que lorsqu'il venait se tenir à l'entrée de cette chambre, supportant la douleur et les remords qui le torturaient comme une nécessité pour se laver de ses pêchés sans jamais y parvenir.

Non, il ne pouvait pas aider Kanon, car il n'avait pas su aider l'homme qu'il aimait plus que sa propre vie. Il posa sa main sur l'épaule du Grec en un geste qui se voulait encourageant avant de s'éloigner en direction de la sortie.

Kanon laissa alors libre court à ses larmes, son regard triste posé sur la silhouette de Milo, allongé entre les draps trop blancs. Il se sentait tellement coupable, il n'avait pas mérité cette deuxième chance alors que le Scorpion restait dans le passage entre les deux mondes. Il baissa la tête et fit demi-tour, refermant doucement la porte derrière lui.

Mû et Lorcan étaient arrivés à l'hôpital et les avaient immédiatement repérés. Ils s'étaient cachés au détour d'un couloir et les avaient observés de loin, sondant par le même temps discrètement leurs cosmos. Ils en avaient été profondément bouleversés et s'était inconsciemment pris la main pour se soutenir mutuellement.

Dès qu'ils furent certains que Kanon et Shaka étaient bien sortis de l'établissement, ils se rendirent à leur tour dans la chambre de leurs deux amis.

« Il faut absolument découvrir ce qu'il s'est passé, ces deux là sont au bord de la rupture. » fit remarquer Mû à Lorcan, sincèrement inquiet pour ses deux compagnons d'armes.

« Cette souffrance qu'ils ressentent est insoutenable. Je suis d'accord avec toi. » lui répondit le Poisson, resserrant ses bras autour de lui comme pour se protéger.

Tous deux se regardèrent et sans un mot de plus, s'installèrent près de leur patient respectif.

Voilà, désolées pour cette longue attente mais on vous promet de ne pas trop tarder à mettre les prochains chapitres en ligne.

Nous avons corrigé une petite incohérence dans le chapitre 1 qui nous était passé sous le nez

Nous espérons que ce chapitre vous plaira…