J'ai remarqué qu'en ce moment Sheppard en prend pour son grade ( c'est le cas de dire ! ) dans les fics.

Bon c'est vrai que dans la série son perso n'est pas très gâté mais à quoi ça sert les fanfics si ce n'est à réparer tout ça selon nos désirs ? Je ne le veux pas tout noir, ni salaud, ni insensible ni sans âme. Le voir comme le militaire type pur et dur sans état d'âme, c'est pas vraiment mon truc et puis ça ne m'interesse pas trop. Mais je ne le vois pas non plus renier ses décisions , il a fait son travail. Alors au perso de Shep je colle un petit pansement, je le répare à ma façon.

En tout cas c'est vrai que cet épisode est assez incroyable, il faut voir avec quelle légèreté ils zigouillent les « personnes » restées sur la planète. On ne peut pas dire que leurs consciences les démangent beaucoup ensuite, tous autant qu'ils sont.

Toujours dans mon souci de réparer, je pars de l'idée que cette légèreté n'est qu'apparente. J'ai pensé que ce n'est pas parce que Sheppard n'exprime pas ses sentiments qu'il ne ressent rien.

Voici son point de vue.

2 ) John

Je n'y arrive pas. C'est une chose à laquelle je ne pourrais jamais me faire, pourtant depuis le temps je devrais avoir l'habitude mais ça ne passe pas. Bien sur il existe une lettre type genre « J'ai le regret de vous annoncer que votre fils( fille) est décédé etc… » mais c'est vraiment trop impersonnel. Ces soldats je les ai connus, ce ne sont pas des anonymes. On est obligé de se côtoyer sur Atlantis. La cité est grande mais pas à ce point. Et puis ce sont mes hommes, j'en ai la charge, je suis responsable d'eux. J'ai laissé Morrison et son unité sur la planète pour qu'ils protègent Carson. Je ne pouvais tout de même pas laisser le doc seul. Il a insisté, il ne voulait pas abandonner ces gens. C'est bien du Carson Beckett ça. Je suis sûr qu'il est le meilleur de nous tous. Meilleur que moi en tout cas.

Morrison et ses hommes sont morts. Les wraith les ont carrément vidangé. Seigneur fait que cela ne m'arrive pas à moi. Une balle, une grenade, une explosion, tout mais pas ça. OK, c'étaient des militaires, ils connaissaient les risques mais cette façon de mourir est pire que tout.

Bon, il faut que j'arrête d'y penser sinon je vais devenir dingue.

Ca fait des heures que je suis là dans ce foutu bureau à tenter d'écrire ces lettres. S'il y a des moments où l'on ressent plus durement que d'autres la solitude et bien je peux dire que cette soirée en fait partie. La nuit est tombée depuis longtemps, il n'y a pas de fenêtres et je n'ai même pas consulté ma montre. Je le sais au silence et à diminution progressive des va-et-vient dans les couloirs. Je sens ces choses là, je ne sais pas trop comment mais je ressens comme une connection avec la cité parfois. Ce doit être à cause de mon gène naturel.

Je n'arrive pas à me concentrer, je repense sans cesse à cette journée.

Je crois que je pourrais préciser à quel moment le contrôle sur les évènements a commencé à nous échapper, où ils se sont enchaînés pour nous conduire à prendre cette décision de tirer sur le camp. Enfin quand je dis nous, ce n'est pas exact, c'est moi qui ai décidé cela en tant que chef de mon équipe et commandant militaire de la mission, je l'assume.

En fait tout a vraiment débuté quand McKay a détecté le vaisseau ruche qui se dirigeait vers la planète. Là, à quelque part j'ai su que j'allais devoir faire des choix difficiles et je crois qu'ils le savaient eux-aussi, Rodney, Teyla, Ronon.

Depuis bientôt trois ans je suis confronté à des choix et je dois prendre des décisions afin d'assurer notre défense et notre sécurité. J'essaye de ne pas trop faire d'erreurs mais je suis humain. Enfin, c'est mon devoir, mon travail.

Oui, depuis que nous sommes arrivés dans la galaxie de Pégase et que le commandement militaire d'Atlantis m'a échu, j'ai fait tout ce qui était mon possible pour protéger la cité et ses habitants. Cela n'a jamais été facile comme la fois où nous étions assiégés par les wraith et que je suis parti avec le jumper chargé d'une bombe atomique. J'ai senti que je devais le faire, c'était là mon devoir. J'ai aussi fait certaines choses qui me font encore réveiller la nuit, en sueur, le cœur au bord des lèvres. Je me revois abréger les souffrances du colonel Sumner d'un tir de P.90. Cela a été terrible. Je ne le voulais pas mais je l'ai fait quand même. J'ai croisé son regard qui me suppliait et j'ai trouvé cette force au fond de moi.

Je l'ai tué.

Je pense souvent à l'équipage de l'Aurora, à ceux que nous avons perdu, civils et militaires, à tous les nôtres qui sont morts et aujourd'hui, Morrison et les autres. J'ai pu récupérer les plaques d'identification, il n'y avait rien que nous puissions encore faire pour eux.

Sinon ces lettres à écrire. C'est un mauvais moment à passer ces courriers mais c'est mon job.

Quand même j'ai de la peine à m'y faire malgré tout.

Parfois je me dis qu'il n'y a pas de place ici pour ceux qui ne comprennent pas ces choses là . Face à tous les dangers qui nous menacent nous devons être prêts à nous battre. Nos ennemis sont à nos portes : wraith, genii et j'en passe, ils n'attendent que la brèche dans laquelle ils pourront se faufiler pour nous anéantir.

Ils ne nous feront pas de cadeaux.

Nous ne pouvons pas nous offrir le luxe de leur en faire nous non plus. Il y va de notre survie à tous.

C'est à cela que j'ai pensé quand j'ai ordonné à Rodney de déclencher la bombe dès que nous aurions ramené le docteur Beckett.

Je sais à quel point cela a été dur pour lui. Il ne voulait pas le faire alors à ce moment là j'ai pris toutes les responsabilités, je ne l' ai pas laissé choisir. Je voulais qu'il comprenne que ce n'était pas son choix, j'ai pensé qu'ainsi je le déchargeais de toute implication morale, enfin c'est ce que je me suis dit sur le coup.

C'était idiot puisqu'en même temps je lui demandais de déclencher la détonation qui allait réduire en cendre plus de cent personnes. Oui, j'emploie le terme de « personnes », n'en déplaise à Mr Woosley qui m'a fait remarquer quelques heures auparavant que j'hésitais à les appeler ainsi.

Est-ce que je devrais me sentir coupable ? Tout à l'heure Elisabeth m'a murmuré je ne sais quoi à propos d' Heightmeyer, elle m'a assuré qu'elle aurait pris la même décision et que d'ailleurs Woosley allait rapporter au comité que c'était elle qui avait donné l'ordre de tirer.

Il est bizarre ce Woosley, drôle de bonhomme tout de même.

Et Ronon ? Et Teyla ? Evidemment Ronon n'a pas d'état d'âme. Sa haine des wraith le porte. Le fait que ces « personnes » aient été d'anciens wraith lui suffit. Jamais il ne les a considéré comme des humains. Il haïssait Michael et l'aurait abattu de sang-froid sur Atlantis s'il l'avait pu.

Quand Teyla s'était inquiété de ceux restés humains, je me souviens de sa réponse : « Il n'y a rien que nous puissions faire pour eux ». Il a asséné cela sur un ton froid, déterminé. Pour lui la discussion était close, un point c'est tout. Ronon ne se pose pas tant de question.

Je me souviens avoir rétorqué quelque chose comme « ils pourraient tout savoir à propos d'Atlantis et surtout comment trouver la Terre ». J'ai aussi ajouté que nous ne pouvions pas prendre ce risque.

Je le pense toujours.

Comment est-ce que j'aurais pu mettre dans la balance la vie des habitants de la Terre en contrepartie de celle d'une poignée de « personnes ». C'était impensable !

D'autre part nous sommes en guerre, il ne faut pas l'oublier.

Je devais le faire même si c'était difficile. Je ne pouvais pas laisser mes sentiments prendre le dessus ni m'offrir le luxe d'une crise de conscience n'en déplaise encore à tous ceux qui me jugeront, qui seront ainsi confortés dans leurs opinions. Pour eux j'étais déjà un salaud sans cœur et je le resterais dans leurs esprits. Il y a des choses difficiles à changer.

Et puis peut-être que je le suis un peu salaud, il faut bien l'être à quelque part pour oser des choix pareils. Je ne suis pas de ceux qui ont les mains propres, je n'hésite pas à les salir quand le besoin s'en fait sentir, quand les miens sont en danger par exemple, la cité, ses habitants et ceux de notre planète et cette nouvelle famille qui est la mienne depuis que je vis ici : Elisabeth, Teyla, Ronon et Rodney, je ferais n'importe quoi pour eux.

J'ai des responsabilités et si je ne peux pas les assumer alors il faut que je choisisse un autre métier.Et de ça il n' est pas question. D'autant plus que ce poste je l'ai voulu, accepté et même demandé quand nous sommes retournés sur Terre. Je savais d'expérience que j'aurai à faire des choix difficiles, des décisions pénibles à prendre mais je savais aussi que c'était tout ce que je désirais.

Déjà la première année quand nous ignorions s'il y avait un retour possible sur Terre, j'ai compris que mon rôle était de protéger la cité, coûte que coûte.

Quand les genii ont envahi Atlantis lors de cette tempête il y a près de deux ans je n'ai eu aucun scrupule à ordonner la fermeture du bouclier de la porte sur soixante soldats ennemis afin de nous sauver. C'est vrai que c'étaient des militaires et qu'ils connaissaient donc les risques mais je n'ai pas eu d'état d'âme.

C'était eux ou nous. Un peu comme aujourd'hui.

Des jours comme ceux-là je sais précisément où est mon devoir. Il n'en a pas toujours été ainsi dans ma carrière militaire. Je suis même allé jusqu'à désobéir aux ordres de mes supérieurs en Afghanistan pour venir en aide à mes amis. Ca m'a coûté un blâme et mon transfert à McMurdo, en Antarctique.

Je ne suis pas un enfant de choeur, je suis un militaire.

Oui, je suis un militaire moi et dans toute cette affaire je n'ai qu'un regret, c'est d'avoir ordonné à Rodney de tirer, de viser le camp. J'aurais voulu le faire moi-même, ce n'était pas son travail, c'est un civil il n'a jamais été préparé à faire des choses pareilles. J'avais beau argué que nous n'avions pas le choix il était réticent. Je me souviens avoir finalement asséné quelque chose du genre « C'est ma décision » et il a fini par se décider. Oui, je m'en veux là. J'ai vu son regard à l'infirmerie à notre retour, c'était terrible. J'imagine sans peine le sentiment de culpabilité qu'il doit ressentir en ce moment. Peut-être que j'irais lui parler tout à l'heure. Je ne sais pas trop ce que je lui dirais, il se peut qu'il ne veuille même pas m'écouter. Fichue tête dure de canadien !

Ce soir je me sens seul. Je n'irai pas jusqu'à dire que je dormirais bien cette nuit parce que je suis quand même un être humain et que le doute est insidieux, toujours à l'affût et prêt à me ronger malgré ces certitudes ancrées en moi. Je porte la responsabilité de l'exécution d'une centaine d'humains et même si je n'avais pas le choix ce n'est pas anodin.

J'ai fait ce que j'ai pu.

A suivre…