I- Pour la science

Cela faisait seulement deux mois que l'année scolaire avait commencé, et Gaëlle n'en pouvait déjà plus. En effet, en plus d'être constamment absents, de ne parler que de leur entreprise et de se disputer presque tous les soirs, lorsqu'il leur arriver de rentrer chez eux, ils avaient, une fois de plus, fait une entrée fracassante dans sa classe pour proférer des menaces à ses camarades. Après cela, elle avait dû supporter des railleries de tous genres, chaque jour. De plus, Gabriel était passé à un stade où il jalousait Joël. C'est pourquoi il persécutait de façon plus intense la jeune fille dont le cœur ne pouvait plus le supporter. En effet, cela pouvait durer des heures, soit dix fois plus longtemps qu'à l'accoutumer, et personne ne faisait rien pour lui venir en aide. Joël en était incapable tant il était faible, cela elle pouvait le comprendre. Mais que la gouvernante ne fasse rien alors qu'une de ses règles préférées était de « ne pas chahuter dans la maison », ça elle ne le comprenait vraiment pas. C'était certainement parce qu'elles ne pouvaient pas se supporter, ni l'une, ni l'autre. Mais le pire, c'est que c'était Gaëlle qui payait de ce qu'on lui faisait subir. Alors, quand on la sermonna et qu'on la priva de ses affaires de dessin parce que ses notes étaient mauvaises, elle décida de fuguer pour la énième fois.

Cette fois, elle prépara un itinéraire, ainsi que les affaires qu'elle devait emporter pour aller le moins possible dans les magasins. Pour commencer, elle joua à la chapardeuse afin de récupérer ses affaires de dessin. Il était hors de question qu'elle parte sans. Dessiner était tout ce qu'elle avait, mis à part son frère aîné auprès duquel elle allait se confier de temps en temps. C'est d'ailleurs lui qui lui donna un petit coup de pouce pour les trouver. Bien qu'il eu promit aux parents de ne rien dire, rien ne l'empêcha de lui donner un indice pour les trouver. Finalement, ce n'est qu'après quelques heures de recherches acharnées, pendant l'absence de la gouvernante, qu'elle les trouva cachés dans le tiroir de droite de la coiffeuse en plaqué or de sa mère. Cette dernière avait osé mélanger ses outils de travail à ses ustensiles de maquillage. Pour se venger, elle pris la boîte à maquillage principale de sa mère et la cacha au dessus de son armoire, plaquée contre le mur. Pour ranger ses affaires, elle choisit un sac à dos en toile bleue marine avec des portes-clé en guise de décorations. Elle rangea tout d'abord soigneusement ce qu'elle venait de récupérer. Puis, tant que la Rottenmeyer était absente, elle alla prendre dans le garde manger des provisions. Cette salle était aussi grande qu'une salle de bain de taille moyenne, et elle était emplie d'étagères qui permettaient de ranger les boîtes de conserve, les gâteaux, les boissons, les céréales, et toutes autres formes de mets. Il y avait même un grand congélateur blanc rempli à ras bord. Puis, après avoir rangé cela, elle se procura une carte de la ville et des environs, une boussole, une lampe de poche et des piles qu'elle trouva dans les tiroirs de la cuisine. Pour finir, elle mit toutes les musiques qu'elle aimait, et qui se trouvaient sur son ordinateur, sur son i-pod, prit plusieurs paires d'écouteurs et rangea le tout avant de fermer son sac. En regardant ses affaires, Gaëlle se félicita de s'être préparée un dimanche après-midi, alors que personne n'était là pour l'empêcher de faire son petit manège tranquillement, afin de pouvoir partir le lendemain sous le nez de toute sa famille. Elle écrivit tout de même, le cœur lourd, une lettre d'adieu adressée à Joël. C'était la première fois qu'elle le faisait. Mais elle pensait qu'il méritait bien cela puisque, sans lui, elle aurait craqué depuis bien longtemps et d'une manière plus violente.

Le lendemain matin, Gaëlle mangeait son petit déjeuné en compagnie de ses frères dans la cuisine. La gouvernante leur avait préparé des omelettes et du bacon, comme chaque matin, parce qu'elle avait horreur de l'odeur des céréales. Elle s'était étonnée de voir que Gaëlle avait un sac supplémentaire ce jour-là et le lui fit remarqué. La jeune fille, nullement choquée, lui répondit :

_Je vous ai pourtant dit hier qu'on avait changé notre emploi du temps parce que, jeudi, le professeur de sport est absent. Nous l'avons donc aujourd'hui.

La gouvernante parut convaincue et la laissa partir sans rien ajouter. Gaëlle n'en laissa rien paraître, mais elle était véritablement soulagée. En effet, il était très compliqué de convaincre cette femme qui semblait avoir des lunettes magiques qui permettaient de tout voir. Joël, ne parut pas convaincu par cette excuse. Mais l'adolescente savait que c'était parce qu'elle avait cherché ses affaires de dessin la veille. Quant à Gabriel, il ne laissait rien paraître. C'était comme s'il avait compris ce que voulait faire sa petite sœur et qu'il respectait ce choix. Dans tous les cas, elle les remercia mentalement de ne rien avoir ajouté. Lorsqu'ils partirent pour l'école, la jeune fille donna la lettre à son frère et lui déposa une bise sur la joue, comme d'habitude. Puis elle partie en vélo. Elle avait vérifié la veille s'il était bien gonflé et s'il n'y avait pas un ou deux réglages à faire. Donc, ce jour-là, elle était vraiment parée pour un long voyage. Elle se dirigea tout d'abord en direction de l'école. Gabriel, lui, était parti en moto et n'allait pas dans le même établissement qu'elle puisqu'il était au lycée alors qu'elle était au collège. Lorsqu'elle arriva devant le sien, elle ne bifurqua pas pour y entrer, elle continua sa route, tout droit. Elle savait que beaucoup de personnes l'avaient vue passer et qu'elle devait encore être le sujet de ragots en tout genre. Mais elle ne voulait pas les regarder en face. C'était, pour elle, comme si elle disait adieu à tous ceux qui l'avaient martyrisée, aussi bien moralement, que physiquement lors d'opération de vole qui tournait mal. Et ça, elle ne l'accepterait jamais ! Lorsqu'elle sortit de la ville, elle pédala de toutes ses forces droit devant elle, sans se retourner. Le seul regret qu'elle emportait avec elle était celui de ne pas avoir correctement dit à Joël combien elle l'aimait, même si elle le lui avait écrit. Après tout, il avait toujours été de bons conseils, l'avait toujours soutenue et il s'était toujours occupé d'elle lorsqu'il était assez en forme pour le faire, même s'il n'avait rien pu faire quand elle devait supporter les tortures de Gabriel. Cependant, maintenant qu'elle était arrivée aussi loin, elle se refusa de faire demi-tour. De plus, à l'heure qu'il était, la gouvernante devait déjà être au courant qu'elle n'était pas en cours et avait certainement déjà appelé la police. Cette dernière ne tarderait certainement pas à fouiller le département entier. A cette pensée, Gaëlle continua à pédaler droit devant elle en espérant arriver dans un endroit tranquille. Un endroit où ses rêves de voyage pourraient enfin se réaliser.

Quelques jours plus tard, il fut à la jeune fille de plus en plus difficile d'échapper à la police. Ils semblaient la rechercher comme si leur vie en dépendait. Impossible que ses parents s'en soient mêlés puisqu'elle n'existait pas pour eux, sauf quand il s'agissait de ses notes et des plaintes de Mme Rottenmeyer. Cette dernière avait forcément utilisé la notoriété des Barchous (une fois de plus) pour qu'on la retrouve au plus vite. Il était facile pour Gaëlle de deviner ce que cette mégère avait dit aux autorités : « La pauvre enfant, seule dans la nature… Je vous en prie, monsieur l'agent, retrouvez la au plus vite. Pauvres M et Mme Barchous… Eux qui aiment tant leur enfant chérie. Ils seront si tristes en s'apercevant qu'elle a disparue ! », ou quelque chose dans le même genre. Mais elle était décidée de ne pas se faire arrêter. Il était hors de question qu'on l'arrête aussi facilement, qu'on la ramène dans cette maison qu'elle détestait pour aller dans une école qui la prenait pour ce qu'elle n'était pas. Pourtant, ça ne se passa pas aussi bien qu'elle le pensait. Effectivement, bien qu'elle évitait les villes comme la peste, elle du y retourner pour faire le plein de provisions. Elle redoubla donc de vigilance : à chaque bruit de moteur qu'elle entendait elle se cachait, elle regardait toujours autour d'elle... et surtout elle chercha un petit village où elle espérait trouver une épicerie non loin de la frontière afin de pouvoir partir le plus vite possible. A son grand bonheur, son vœu fut exaucé. De plus, il n'y avait pas de policiers ou de voitures de police dans les environs. Gaëlle se gara donc, sans mettre son antivol de façon a pouvoir partir le plus vite possible, et entra dans la boutique. Dès qu'elle entra, le gérant la reconnue immédiatement quand il vit son visage : c'était la fillette de douze ans qui avait fugué il y a quelques temps. Il demanda donc à sa jeune employée de la retenir pendant qu'il appelait la police. Cependant, la « fillette » n'était pas dupe. Elle avait vu l'affiche de recherche derrière le comptoir ainsi que le petit manège de cet homme, gros comme un porc et qui sentait le fennec. Elle pris donc de quoi manger pendant une semaine maximum (des sandwichs sous vide, des gâteaux et de l'eau en petites bouteilles), et alla payer. Pour aller vite et ne pas avoir de soucis avec l'employée, elle compta le total de ce qu'elle devait payer et elle prépara l'argent. Elle savait en effet qu'on pouvait la repérer si jamais elle payait avec la carte bleue que lui avaient donné ses parents. Elle avait donc pris le soin de prendre du liquide. Alors, lorsqu'elle présenta le tout à la jeune femme, cette dernière, à part faire comme pour tous les clients et vérifier le compte, ne pu rien faire à part la laisser partir : sa cliente avait payé ce qu'elle devait. Gaëlle la trouva bien gentille et surtout très courageuse d'affronter son patron de la sorte. Elle voyait bien qu'à son allure elle n'était pas riche, et que sa situation ne lui permettait pas de perdre son emploi. C'est pourquoi elle lui murmura qu'elle était désolée après l'avoir remerciée. Lorsqu'il découvrit que la gamine était partie, le gérant cria à son employée qu'elle n'était vraiment pas futée et lui promit que son salaire allait diminuer. Et lorsque la police arriva au magasin, il dû s'excuser et expliquer ce qui en était. Il donna ensuite la direction vers laquelle Gaëlle était partie (son employée avait dû le lui avait révéler pour garder son travail). Cette dernière était soulagée d'être sortie de la ville mais elle préféra prendre un chemin dans la forêt toute proche pour avoir plus de chance de fuir la police. A cause du terrain irrégulier, des racines qui sortaient de terre et des pierres qui étaient au milieu du chemin, elle dû descendre de vélo et le faire rouler à côté d'elle. Cela l'agaçait car elle était ralentie par toute sorte d'obstacles et qu'elle était bien plus rapide en vélo. Elle espérait tout de même s'en sortir sans trop de mal bien que ce fut la première fois qu'elle entrait dans un tel lieu. Bien vite elle sentit qu'elle avait perdu son chemin. Cela commença à la paniquer. Comment allait-elle s'y retrouver ? Arriverait-elle à s'échapper dans ces conditions ? Puis, elle commença à entendre des aboiements de chiens. Il s'agissait certainement de chiens policiers qui suivaient sa trace. C'est pour cette raison qu'elle accéléra dangereusement le rythme de sa course, son vélo en main, se rapprochant de plus en plus d'un ravin. A cause de la panique et de ses poursuivants, la jeune fille ne fit pas attention à la signalisation qui l'indiquait comme beaucoup de personnes avant elle. On y avait effectivement déjà perdu la vie, souvent à cause d'une faute d'inattention parce que le panneau était partiellement caché par les buissons. On n'avait jamais retrouvé les corps des personnes qui y étaient tombées. C'est pourquoi on les prenait pour mortes. Lorsque Gaëlle se retourna pour regarder si ses poursuivants étaient là, elle glissa et tomba dans le vide. Elle ne pu se rattraper à cause du fait qu'elle tenait son vélo. La chute fut donc terrible : Gaëlle percutait violemment des rochers qui dépassaient du mur rocheux en se brisant des os au passage. A chaque impact, la pauvre jeune fille souffrait énormément. Au point qu'elle hurlait toujours plus fort. Et, quand elle chuta sur le sol, elle se cogna la tête sur une pierre, ce qui la sonna. Elle s'était au passage ouvert le crâne et elle perdait énormément de sang. Elle resta donc étendue, à terre, complètement assommée, le corps brisé et couvert de plaies ouvertes. Quelques minutes plus tard, des hommes arrivèrent, alertés par les cris qu'avait poussés la jeune fille en tombant. Ils furent très surpris en découvrant qu'elle était encore en vie après une telle chute et avec tout le sang qu'elle perdait. Ils la prirent donc avec eux en faisant attention de ne pas aggraver ses blessures et l'emmenèrent dans un établissement caché parmi les falaises.

Ce jour-là, le docteur Gerfy contemplait, une fois de plus, ses sujets expérimentaux. Ces derniers étaient tous différents par leurs tailles, leurs poids, leurs formes et leurs utilités. Cela faisait maintenant quelques années qu'il les avait terminés, achevés, et brevetés. Puis, alors qu'il allait se diriger vers le résultat de ses recherches inachevées, un de ses assistants vint le trouver. Apparemment on avait découvert une jeune fille en piteux état au pied des falaises. Le docteur donna l'ordre qu'on la mette en « mode survie », autrement dit, qu'on fasse tout ce qu'il faut pour qu'elle ne meurt pas, afin de la « fusionner ». L'assistant, un jeune homme d'une vingtaine d'années, essaya de protester. La pauvre enfant était dans un tel état que seule son envie de vivre et des soins intensifs pourraient la garder en vie. Mais le regard de son patron l'en dissuada. Il alla donc faire ce qui lui avait été ordonné pendant que le chef alla vers l'objet de ses recherches : un diamant qui semblait tout à fait banal. Il le contempla avec une fierté encore plus grande que pour les autres, puis il fit une prière pour que cette fois soit la bonne. Il avait tant sacrifié pour cela. Des vies humaines, sa fortune, son honneur et sa famille. Puis, lorsqu'il se sentit prêt, il pris le diamant qui se tenait devant lui et se dirigea vers la pièce dite de survie. C'était une salle complètement métallisée. Au milieu de la pièce se trouvait un tube en verre empli d'eau d'où partaient des fils et tuyaux qui jonchaient le sol jusqu'à un tableau de bord qui se trouvait près de l'entrée. Au fond de la salle, on avait installé deux salles d'opération avec tout le matériel nécessaire qu'on retrouvait dans une salle d'opération d'hôpital. Lorsque le professeur entra, il trouva dans le tube une fillette d'environ une douzaine d'années qui avaient l'air d'être mal en point. Mais cela il s'en fichait. Il demanda à son assistant :

_Je peux savoir ce que cela signifie ?! J'étais sensé trouver là une jeune fille et non une gamine ! cracha-t-il tant il était furieux d'avoir été trompé.

_C'est pourtant bel et bien cette personne que nous avons trouvée au pied de la falaise, monsieur, répliqua l'interlocuteur qui avait peur que cette crise de colère puisse lui être fatale. Cela ne vous convient-il pas ?

_Si cette fois ça ne marche pas, je vous renverrai immédiatement, jeune homme, fulmina le docteur qui avait plus dans l'idée de l'assassiner. Il faut que ça marche ! La vie de notre planète est en jeu et mon honneur aussi.

Le jeune homme savait que son chef n'en avait rien à faire de la planète et que seule la deuxième raison était vraie. Mais il n'ajouta rien. Cela ne servirait tout simplement à rien. Il regarda Gaëlle avec un air triste avant de commencer les préparatifs. Lorsque ceux-ci furent terminés, on installa la jeune fille, bandée sur la majeure partie du corps, vêtue d'une robe blanche détachable devant et des ballerines de la même couleur, sur une des tables d'opération. Elle semblait tant souffrir que l'assistant n'arrivait pas à se concentrer sur ce qu'il devait faire. Il fut même réprimandé par un de ses supérieurs pour cela. Puis arriva le scientifique qui avait mis au dessus de sa chemise et son pantalon, retenu par des bretelles, sa blouse blanche sur laquelle on trouvait un badge ri-di-cu-le. Avec ses lunettes sur le bout de son nez et son crâne d'œuf sur lequel il lui restait trois petits cheveux blancs, il avait l'air d'un savant fou. Il tenait dans sa main droite le diamant qu'il avait créé qui brillait de mille feux. Comme s'il avait trouvé la personne qu'il lui fallait. C'était une pure merveille surtout aux yeux de ceux qui ne savaient pas comment il avait été fabriqué. Des joyaux comme celui-là, on ne pouvait en trouver sur Terre. Bien sur, il y avait des diamants sur cette planète, mais aucun ne possédait une âme et une personnalité qui lui étaient propres comme c'était le cas pour celui-ci. L'objectif du docteur Gerfy, et la raison pour laquelle il avait fabriqué cette merveille, c'était de fusionner cette personnalité avec celle de la jeune fille ainsi que leurs deux « corps ». C'était pour avoir une preuve que ses recherches n'étaient pas veines. Pour que le monde entier puisse changer, pour que l'humanité connaisse un tournant de son histoire. Mais, à chaque fois qu'on avait tenté de le faire, la salle avait été aspergée du sang du sujet qui mourrait des suites de l'hémorragie. Comme si c'était le diamant qui choisissait son hôte, malgré les spéculations du professeur. Au total, il y avait eut 309 expériences avant elle. Cette jeune fille, qui avait peu vécut au final, était donc la 310ième. C'est pourquoi on lui mis autour du coup un pendentif en cristal sur lequel était marqué son matricule : DI310. Elle serait donc appelée ainsi, désormais. Puis on commença l'expérience. Tout d'abord, on prit un scalpel et on ouvrit la poitrine de la jeune fille. On posa ensuite le diamant aux côtés du cœur afin que ces deux éléments puissent fusionner, si cela fonctionnait. Ensuite on recousu et on fit sortir tout le monde pour attendre à l'extérieur, laissant la pauvre enfant seule. Les assistants espéraient que cela marche. Certains pour la survie de cette jeune fille qui n'avait apparemment rien demandé, les autres pour ne pas avoir à nettoyer la salle du sang d'une énième victime innocente. D'autres encore pour ces deux raisons.

Gaëlle ouvrit les yeux. Mais elle ne vit que du noir autour d'elle. Son corps semblait flotter dans le vide, sans lui faire mal comme avant de sombrer dans l'inconscience. Elle essaya de se souvenir de ce qui s'était passé mais elle n'y parvint pas. Et elle préféra ne pas chercher plus loin car, pour une raison qu'elle ne comprit pas, elle avait peur de se souvenir. Tout à coup, une étrange lumière blanche vint vers elle. La jeune fille n'avait pas peur. Au contraire, bien qu'elle fût éblouissante, elle était chaude et douce, ce qui l'apaisait. C'était comme si elle était accompagnée d'un sentiment qu'elle ne reconnu pas. Petit à petit, la lumière devint de plus en plus supportable et la silhouette d'une belle dame apparut. Totalement blanche bien que transparente. Ses longs cheveux flottaient autour de son visage aux traits de quelqu'un à qui on peut faire confiance, et ses yeux étaient étincelants d'une lumière de sagesse et d'amour. Sa voix cristalline était douce quand elle parla à Gaëlle. Cette dernière ne compris pas mais elle répondit qu'elle ne voulait pas mourir mais seulement être libre, pouvoir ainsi voyager, voire être aimée. La dame lui sourit donc tendrement et lui tendit les mains ouvertes vers le haut, l'invitant à venir à elle. La jeune fille les pris sans hésitation, avec une confiance aveugle, comme s'il s'agissait de la mère qu'elle aurait voulu avoir. Puis, tout devint lumineux, brillant, clair, doux et chaud. C'était telle une révélation qui éclate en un million d'étoiles dans un ciel noir qui lui révèlent des secrets enfouis pour qu'elle puisse trouver la paix. Gaëlle se sentit tellement bien qu'elle se blottit contre la dame inconnue comme si cette dernière était sa mère. Celle-ci lui rendit son étreinte comme si cette fille était la sienne.

De leur côté, les scientifiques attendaient depuis quelques heures. Certains commençaient à s'impatienter tant cela était long. En effet, avec les précédentes personnes à qui on avait fait subir cette opération, tout se terminait en seulement quelques minutes, voire quelques secondes. Tous avaient pu faire une pause casse-croûte, sortir des jeux de carte ou des consoles portables pour s'occuper. D'autres préféraient s'instruire ou se distraire par des livres cornée et fatigués d'avoir trop été transportés car ils ne devaient en aucun cas désobéir aux ordres du professeur qui étaient de rester dans le couloir jusqu'à ce que tout soit terminé. Le jeune scientifique qui avait eu pitié de la jeune fille trouvait que cela était complètement idiot mais il tenait trop à la vie pour désobéir. Un des assistants alla jeter un œil à travers la petite fenêtre qui donnait sur la salle de survie à cause de son impatience, trop grande pour rester supportable. Mais ce qu'il découvrit le laissa sans voix. En effet, là où devait se trouver DI310, se trouvait un énorme cristal qui se modelait et remodelait, et qui semblait se déplacer doucement. De là où il était, le jeune homme, qui avait remplacé son collègue, ne pu voir où était la jeune fille, et il devait avoir l'autorisation du docteur Gerfy pour pouvoir entrer. Il souhaitait en effet s'acquérir au plus vite de son état. Il demanda donc à un de ses collègues d'aller chercher ce dernier.

On trouva le professeur une fois de plus dans la salle des expériences, et, comme d'habitude, il était comme un amoureux devant sa fiancée en regardant ses oeuvres. Le nouveau venu, qui savait sa demande pressente, hésita donc à le déranger. Il était nouvellement recruté, et ne savait pas comment le scientifique réagirait s'il savait qu'on l'avait vu dans de pareilles circonstances. Il choisit donc de toussoter avec insistance jusqu'à ce que son patron remarque sa présence et réagisse. Ce dernier se releva d'un coup dès qu'il l'entendit, tenta sans succès de rétablir son apparence et se dirigea vers celui qui l'avait importuné, furieux. Lorsqu'il fut devant lui, il le foudroya du regard et lui demanda férocement :

_Que se passe-t-il ? Il y a intérêt pour vous que ça soit important ! Sinon… !

_DI310 a disparu et… il y a, à sa place, un énorme diamant, répondit le pauvre homme, terrifié par son patron. Nous voulions vérifier ce qui se passe, mais nous ne pouvons pas entrer sans votre permission, monsieur.

_J'arrive, lui répondit-il en grognant. Espèce d'incapables, marmonna-t-il dans la barbe qu'il n'avait pas sans se soucier si on l'entendait ou pas.

Le jeune assistant parti en courant, d'une part pour fuir ce vieux fou, et, d'autre part, pour prévenir les autres que le professeur aller venir. Mais la situation avait tellement empirée que personne ne pouvait l'écouter : la porte et le mur qui séparaient le couloir de la salle de survie avaient été réduit à l'état de poussière par le passage du diamant qui s'était déplacé. Afin de procéder à des analyses à distance avec du matériel sophistiqué et d'assurer la sécurité de tous, les scientifiques durent désobéir à quelques dizaines de points de leur contrat de travail très strict. Mais même le docteur Gerfy ne put y redire car il n'y avait aucun autre moyen de procéder. Et cela le mettait dans une telle rage qu'il s'en prenait à tous ceux qui, à ces yeux, ne faisaient pas bien leur travail ou baillaient aux corneilles. Puis, le jeune homme qui avait été menacé de se faire renvoyer fit une découverte : la jeune fille était bel et bien à l'intérieur du joyau. C'était comme si le diamant l'avait avalée pour la protéger. Le professeur n'accueillit pas la nouvelle avec bonheur. En effet, il se posait beaucoup de questions. Etait-ce le diamant qui allait prendre possession de ce corps ? Que resterait-il de la fillette qu'il avait utilisé comme cobaye ? Avait-il fait une erreur quelque part pour que jamais rien ne se passe comme il le voulait ? Le fait de ne pas avoir les réponses à ces questions qui le taraudaient le mirent de forte méchante humeur. Tant et si bien qu'il fit travailler ses hommes comme des bêtes. Puis, au fil des jours qui passèrent, le diamant sembla stopper sa course dans les longs couloirs du laboratoire et rapetisser. Lorsqu'il eut complètement disparu, laissant DI310 inerte sur le sol, on prit cette dernière et on l'allongea sur une table métallique de la salle de survie (ou ce qu'il en restait) pour lui faire subir plusieurs examens. Ce qu'on remarqua immédiatement, c'est que toutes les plaies et fractures qu'elle avait avant l'opération avaient totalement disparues ne laissant aucune cicatrice. Les scientifiques en déduirent que c'était le diamant qui l'avait guérie lorsqu'elle était en lui. Ensuite, on voulu vérifier son état physique général avec, par exemple, l'électrocardiographe, pour voir ce qu'il restait d'humain en elle. Ensuite, on fit des analyses pour vérifier que la fusion des corps du diamant et de la jeune fille était belle et bien complète. En effet, dans tout ce qu'on lui avait fait subir, rien ne montrait qu'elle avait un joyau dans son corps. Comme toutes les recherches sur son corps ne donnèrent rien, on chercha à savoir si les deux esprits n'en faisaient plus qu'un ou, si au contraire, il y en avait deux distincts. Lors de ce dernier examen, on pouvait compter deux esprits, deux façons de penser et même un dialogue interne. C'était tellement incroyable que les scientifiques cherchèrent une explication à cela. Mais ils étaient avant tout contents que, cette fois, il n'y eut pas de morts. Pour eux, cette expérience était une réussite en tout points. Cependant, quand le professeur fut mis au courant de cela, il entra dans une colère noire. Il décréta que ce fut un échec. Pour lui, il fallait que le joyau et la personne ne fasse totalement qu'un pour qu'il puisse s'intégrer dans la société. C'était l'idée d'un monde sans guerre qui devait être ancré dans le diamant que la jeune fille aurait dû intégrer. Peu lui importait si le joyau était présent et visible dans son corps ou non. Il obligea donc ses assistants à la passer par le « portail » pour se débarrasser d'elle. L'appellation de « portail » désignait une machine circulaire qui permettait d'aller dans un monde différent de la Terre ou d'en revenir grâce à la circulation des électrons. Il fonctionnait grâce à des pierres précieuses ou, plus communément appelées joyaux, qui créaient cette circulation. On confia alors le cobaye DI310 à un grand homme à l'air effrayant, brun, qui portait un jean troué, des bottes de cowboy, un manteau en cuir noir et des lunettes de la même couleur. Ce dernier la prit avec l'ordre de s'en débarrasser et traversa le portail sans crainte.

C'est ainsi que Gaëlle se retrouva, malgré elle, sujet d'expérience, fusionnée à une pierre précieuse et emmenée dans un monde inconnu.