Hermione se sentait prête à défaillir. Son coeur battait la chamade, parce qu'elle sentait l'odeur de chien mouillé , de sauvagerie, et, il fallait l'avouer, de saleté de Sirius. Son souffle chaud, la tiédeur de son corps, tout cela avait quelque chose d'extrêmement rassurant. Elle n'avait pas serré quelqu'un contre elle depuis des mois. Mais elle ne devait pas perdre ses objectifs de vue, et surtout ne pas se focaliser sur le passé. Après ce qui lui parut encore trop peu de temps à son goût, elle se recula de deux pas pour observer le visage livide aux traits émaciés du sorcier. Il eut un sourire penaud, comme si il s'excusait - de quoi ? de n'avoir pas été là depuis tout ce temps ? de ne pas l'avoir trouvée avant ? qu'elle l'ait cru mort ? « Comment as-tu fait pour survivre ? » Elle le revoyait encore, allongé sur le sol sans vie. L'instant était gravé comme au fer rouge dans son cerveau : l'Ordre qui avait pénétré le manoir ; Kingsley, Rémus et Sirius lançant des sortilèges sur tout ce qui portait le noir avec un masque d'argent ; les Mages Noirs lançant des flashs verts létaux. L'endroit avait très rapidement été plein d'une brule magique due aux sortilèges qui s'entrechoquaient les uns les autres en s'annulant. Hermione avait vu Sirius tomber au sol, pâle et rigide, déjà mort, un Avada Kedavra ayant heurté son épaule. Il n'était déjà plus qu'un cadavre avant qu'il ne touche le sol. « Hermione ? Hermione, calme-toi » supplia le sorcier, et Hermione réalisa qu'elle tremblait, qu'elle s'était éloigné. Elle ne croyait plus que ce soit réellement Sirius - son coeur en était pourtant certain, mais peut-être n'était-ce que parce qu'elle désirait que ce soit vrai. Son bras ballant leva sa baguette alors que ses traits se convulsaient dans une mimique soupçonneuse. « Tu étais allongé. Ils ont ri, ils se sont amusés sur ton cadavre. Ils l'ont torturé - si tant est que l'on peut torturer un cadavre. Tu étais mort, immobile et les yeux vitreux. » Sa voix était glaciale, inhumaine. On l'avait fait passer devant les morts de l'Ordre, à la manière d'une punition. Elle avait vu leurs regards éteints, leurs mains crispées, leurs visages emplis de terreur et de douleur. Elle se souvenait d'avoir prié pour mourir, elle aussi, plutôt que de voir ses amis mourir pour essayer de la libérer. « Tu n'es pas Sirius. » Elle avait la voix pleine de trémolos ; elle n'allait pas tarder à pleurer de nouveau. Elle inspira, profondément - qui que ce soit, en face d'elle, elle ne montrerait plus ses émotions.
« Je vois. Je comprend. Baisses ta baguette. Regarde, c'est moi. Je vais te le prouver. » Sa voix aux accents traînants, au ton grave et mélodieux, son regard noir brillant, ses dents aux canines vaguement pointues, tout était une mascarade parfaite. Hermione ne bougea pas, à quelques pas de cet inconnu aux allures de Sirius, la baguette toujours pointé sur lui. Il soupira doucement, et avant qu'elle n'ait pu réagir, il se transforma - son corps se modifiait sous ses yeux ébahis, se couvrait de poils noirs, tandis que dans un léger bruit écoeurant, les os se ressoudaient différemment. Alors, elle se jeta à genoux pour serrer le chien noir qui n'était autre que Sirius. « Oh, Sirius » gémit-elle, en caressant le pelage plein de poils. Sirius s'éloigna, reprit forme humaine, et Hermione se souvint qu'il était humain - qu'il devait avoir faim, avoir soif, qu'il devait être fatigué. Et qu'il était entré sans qu'elle sache comment. « Je vais réchauffer un peu de nourriture. Sers-toi à boire, c'est dans la tonnelle. » Elle alluma le réchaud, et la chaleur soudaine lui fit réaliser que la cabane était froide - l'automne, au-dehors, laissait entrer des tentacules froids des pluies de saison dans son abri. Il faisait humide, mais cela n'empêcha pas Sirius de s'asseoir par terre sur un vieux tapis élimé, et de retirer ses chaussures pleines de boues pour nettoyer ses pieds. Hermione lui servit le plus rapidement possible une assiette de haricots brûlants, ainsi qu'une tasse de café dissoluble : elle venait de retrouver une vieille boîte de café en poudre, et une autre bouilloire était en train de chauffer, pour en préparer de plus grandes quantités. Sirius dévora, et il lui sembla qu'il faisait écho à son elle d'hier. Il avala le café en se brûlant, en réclama une seconde tasse. Hermione s'assit près de lui pour pouvoir parler plus commodément. « Comment as-tu pu entrer ? J'ai formé des sortilèges autour de cette cabane. Hormis moi-même, personne n'aurait dû pouvoir la voir ou même y pénétrer. » Sirius essuya sa bouche graisseuse, et fit un petit sourire en coin, qui rappela si vivement Harry quand il était fier que cela lui creva une seconde le coeur. « Harry m'avait parlé de cette cabane. Tu étais au courant, non ? » Devant l'air perplexe d'Hermione, il inspira et se lança dans son explication comme si la raconter était douloureuse - la simple mention de Harry lui brisait de toute évidence le coeur. « L'Ordre connaissait l'existence de cette cabane. Un endroit reclus, isolé, et certains membres avaient l'autorisation pour s'en servir comme d'abri si besoin était. Dumbledore nous l'avait conseillé » déclara t-il, comme si il désirait se dédouaner. Hermione était toujours surprise - on ne lui avait pas demandé son avis, à elle, ou encore à ses parents. Elle sentit une boule se créer dans son ventre : elle était offusquée qu'on ait pu user ainsi de ce qu'elle avait. Puis, ce sentiment s'effaça avec une sensation de honte : si cette cabane avait pu sauver des gens, comment pouvait-elle leur en vouloir de l'avoir utilisée ? « Apparemment tu ne savais pas » en déduisit Sirius de son silence, et il haussa les épaules, ce qui ressemblait chez lui à des excuses. « Les Mangemorts ont du te faire croire à ma mort. Peut-être un des leurs maquillés en moi. En tout cas, ce jour-là, on a pu s'enfuir, avec Rémus. On s'en est voulu de les avoir sous-estimés. On s'est ensuite séparés, pour retrouver des ... connaissances, dans le pays. » Hermione trouvait tout cela trop simple - il n'était pas mort, et c'était ainsi. N'était-ce pas trop beau pour être vrai ? Pourtant, c'était bien Sirius, avec une barbe négligée, les cheveux sales et emmêlés, et ses regards aussi vifs et scrutateurs que si il avait toujours vingt ans. « Plusieurs fois, je me suis retrouvé nez à nez avec des Mages Noirs. Mon animagie m'a sauvé plus que je ne l'aurai espéré. Il y a trois jours, je suis arrivé dans le coin, et je me suis souvenu de cette cabane. Mais je me suis méfié - et si on m'attendait ? Si la cabane était piégé ? J'ai attendu un bout de temps - j'essayais de repérer les alentours, de voir la réaction des animaux face à cette cabane. Puis, je t'ai vue dans la forêt - tu courrais par ici. Je t'ai suivie, avec méfiance, mais j'ai reconnu ton odeur. Je t'ai vu faire disparaître cette maison, je suppose donc que, comme j'étais déjà venu ici, j'ai pu y entrer. Ou alors, peut-être qu'en ayant vu le sort être mis en place, je n'étais pas affecté par lui. » Il parvenait aux réponses à ses doutes. Hermione se laissa aller en arrière contre le cadre du lit, remontant ses genoux contre son torse. Ses pieds glissaient sur le tapis du sol, et elle se redressa, avec l'impression d'avoir des fourmis dans tout le corps. Sirius lui lança un regard curieux - peut-être attendait-il qu'elle réagisse. « Nous devons partir, alors. Si cette cabane est connue des autres mangemorts, elle n'est plus un abri sûr. Sortilèges de défense ou non. » L'épuisement tira les traits de Sirius, puis la détermination l'y remplaça. Elle se sentit coupable de le faire bouger, alors qu'il avait cru trouver un abri où se reposer. « On peut toujours passer la nuit ici. Mais demain, aux aurores, nous devrons partir. Il y a quelques villages dans le coin : pourquoi ne pas essayer d'y trouver un abri plus sûr ? » Elle imaginait déjà leur condition future : la fuite, encore et toujours, le vol et la rapine, pour se sustenter, et l'abri temporaire, éphémère, d'une maison délabrée, ou d'une grange, ou d'une cabane de bergers abandonnée. « Reposons-nous, alors. » Il prit une couverture miteuse, et s'allongea par terre. « Prends le lit, s'il te plaît. » Il lui jeta un regard en coin, et secoua la tête. « Je suis peut-être fatigué au-delà de toute mesure, mais je sais encore me montrer poli. J'avais oublié ce qu cela faisait » ajouta t-il d'une voix rêveuse. Hermione eut un frisson : depuis combien de temps errait-il, seul, dehors ? Et Rémus ? Et Kingsley ? Et les autres ? Nous aurons le temps, demain, songea t-elle en voyant les yeux de Sirius se fermer tout seuls. « Peux-tu garder une forme animale toute une nuit ? » Surprise, face à l'interrogation incongrue, puis compréhension. Il hocha la tête, mais elle perçut qu'il n'était pas sûr. Peu importait. Elle se glissa sous les vieilles couvertures, et Sirius changé en chien la rejoignit. Sans ressentir de honte, elle le serra contre elle, pour qu'il puisse recevoir sa chaleur. Ils se roulèrent en boule l'un contre l'autre, et finirent par s'endormir, en oubliant pour quelques heures toute notion du danger qui rôdait au dehors, comme un monstre aux griffes acérées.
« Hm, Sirius ? » Quelque chose sur son visage la gênait. Elle se souvenait vaguement du parrain de Harry, la veille, et songea qu'il devait avoir juste bougé dans son sommeil. Quelle ne fut pas sa surprise de se réveiller contre l'homme. Elle regarda quelques secondes le visage aux traits détendus. C'était si rare qu'elle s'apaisa elle-même en le voyant si calme. Il dormait, profondément, et elle se glissa hors du lit pour faire réchauffer le café. Amer, au goût de brûlé, il restait cependant meilleur que beaucoup de choses qu'elle avait ingéré ces derniers temps. Elle aurait aimé pouvoir proposer à Sirius autre chose qu'un peu de nourriture avariée ; elle repoussa les espoirs vains, et fit chauffer le tout. Il ne se réveillait toujours pas. Elle s'approcha et posa une main fébrile sur son épaule. Elle sentit les os sous le tissu déchirés, comme si le vêtement et la peau ne formaient quasiment rien. Puis, une main aux ongles cassés agrippa sa gorge et la souleva ; des yeux fous vrillèrent leur démence sur elle. Elle gargouilla, les pieds battant au-dessus du sol. Il respirait de façon angoissée, comme si il avait couru des kilomètres. Il mit quelques secondes à comprendre, et la reposa, les prunelles écarquillées. « Hermione, je ne ... Je ne voulais pas ... » Il s'était éloigné d'elle, roulé contre le mur près du lit, tenant ses mains fautives contre son torse maigre. Hermione massa sa gorge douloureuse, puis baissa les yeux. Ce n'était plus que l'ombre de lui-même. Il faisait peine à voir. « Mangeons. » Il lui sembla reconnaissant de ne pas chercher des excuses, ou à le confronter. En une heure, ils récupérèrent ce qu'ils purent, et abandonnèrent la cabane derrière eux. Hermione dissipa les sortilèges, et ne se retourna pas une seule fois. Si elle l'avait fait, elle n'aurait pas pu laisser ce pan de sa vie, comme on abandonne un morceau de mémoire brisée.
« Combien de temps il t'as fallu, pour devenir Animagus ? » Elle rompait le silence qui régnait entre eux depuis deux heures. La matinée était passée, et le midi traînait sur eux, sans qu'ils en sentant la chaleur dans le sous-bois frais. Sirius était à deux pas devant elle, et Hermione se sentait maladroite, quand elle voyait avec quelle grâce étrange il évitait tout les bruits qu'elle formait : brindilles craquant sous ses pieds, feuilles bruissantes, respiration haletante. Elle ne pouvait plus tenir dans ce silence pesant - et elle avait quelques idées derrière la tête. « Trois ans, environ. On a réussi, James, Peter et moi, en cinquième année. » Elle retint une grimace : peut-être que le questionner sur ce sujet n'était pas la meilleure chose à faire. Mais elle prit son courage à deux mains : la situation était critique. « Penses-tu qu'on puisse réussir plus rapidement ? » Sirius s'arrêta, s'immobilisant si soudainement qu'elle manqua de lui rentrer dedans. Il fit volte-face, et haussa un sourcil. « Peut-être : avec un bon professeur, des jours de quarante heures, et une personne si douée pour la métamorphose qu'elle comprendrait les principes de façon innée. » Hermione ouvrit la bouche, mais Sirius la coupa. « Tu pourrais y arriver, Hermione. » Il avait deviné, bien entendu. « Tu es la sorcière la plus intelligente que j'ai jamais vu. Tu dois même battre Lilly je pense. Mais tu es sous-alimentée, fatiguée, et l'angoisse te noue les tripes avec les Mages Noirs qui nous poursuivent. Ce n'est pas le contexte idéal pour apprendre à se métamorphoser en animal, non ? » Hermione avait entendu parler du Sirius Black jeune : intelligent, d'une ruse vive et presque animale, doté d'un grand sens de la fierté, proche de la vantardise, et qui avait tendance à sous-estimer les autres - hormis ses amis. Il avait pris en compte tous les points qu'il fallait. Tous, sauf une chose. « Quand on désire survivre, les facultés sont décuplées. Que perd t-on à essayer ? » Sirius l'observa en silence, et elle comprit qu'il la jaugeait pour voir de quoi elle serait capable. Involontairement, elle bomba le torse, le dos droit, et le regard droit dans les yeux, le menton fièrement dressé. « Le temps que nous utiliserons sera autant d'heures perdues à aider nos amis, à trouver de la nourriture, ou de l'eau, ou des objets utiles. Autant d'heures perdues à dormir ou à construire des plans pour nous en sortir. » Hermione grinça des dents. « Je le sais. J'ai pris toutes ces informations en compte. Mais toi-même, tu dis que te transformer en chien t'as sauvé de nombreuses fois. Ne joues pas les égoïstes sous de faux prétextes. Soit tu acceptes, et nous nous entraînerons ensemble. Soit tu refuses, et je le ferai seule. Vous vous êtes débrouillés sans aide, à Poudlard, toi et les Maraudeurs. Je saurai y arriver. Avec ou sans toi. » Sirius prit quelques couleurs, comme si elle l'avait frappé. Il fronça les sourcils, l'air en colère. « Je déteste que l'on me mette au pied du mur, Hermione » gronda t-il, et elle frissonna de nouveau devant ses mimiques purement animales. Mais elle ne baisa pas les yeux. « Nous avions, illégalement, accès aux livres de la bibliothèque. Nous nous sommes renseignés, nous étions trois à nous épauler. Mais j'aurai beau trouver n'importe quelles excuses, tu n'en démordras pas, n'est-ce pas ? » Elle secoua lentement la tête. Elle avait prit sa décision. Alors dans un grognement amer, Sirius leva les bras au ciel et lui tourna le dos, non sans lancer d'une voix acide : « Autant que je te surveille alors. Et dire qu'on m'avait déclaré que tu étais intelligente ! » Il ne vit pas le sourire victorieux de Hermione, qui se teinta bien vite de tristesse. Venait-elle de se mettre à dos le seul sorcier sur lequel elle pouvait compter ? Et si Ron, ou Harry, avaient pu devenir Animagus, seraient-ils saufs ? Elle continua d'avancer, les yeux posés sur le dos tendu de Sirius, en essayant de repousser les doutes et les angoisses chevillées à son corps, comme des sangsues.
Tout d'abord, bonjour, bonsoir, et merci d'avoir lu le deuxième chapitre du Temps de l'Hiver. J'en profite pour dire que les personnages ne sont pas de moi mais de JK Rowling, merci à elle.
J'espère de tout coeur que ce deuxième chapitre vous aura plu. A ce propos, mes parutions seront de l'ordre de un à deux chapitre(s) par semaine, selon mon emploi du temps. N'hésitez pas à reviewer si ça vous à plu, ou si vous n'avez pas apprécié certaines choses ! Je serai ravi de connaître vos avis, vos impressions, vos critiques. Encore merci de m'avoir lu, et j'espère ne pas vous avoir déçu(e)s.
