Chapitre 1 : Le choc d'une vie
Le lendemain matin, quand Shizune entra dans le bureau de la Hokage, elle trouva à cette dernière une mine étrange. Alors qu'à son habitude Tsunade aurait soupiré puis râlé en voyant arriver le travail de la journée, elle affichait un visage tendu, des traits tirés et tripotait un stylo comme si ce geste pouvait la détendre.
– Bonjour Maître, la salua Shizune. Vous me semblez bien préoccupée ce matin.
Tsunade leva les yeux, presque surprise de voir son assistante devant elle, puis jeta un coup d'œil désabusé aux dossiers qui venaient d'être posés avec un fracas non voulu sur son bureau.
– C'est vrai, je n'ai pas beaucoup dormi cette nuit, admit-elle. En fait, c'est Naruto qui m'inquiète.
– Naruto ? répéta Shizune. Je vous rappelle que les derniers membres de l'Akatsuki courent toujours. Qu'est-ce que Naruto peut bien avoir pour vous mettre dans un état encore pire que celui d'hier ?
– Kakashi est venu me voir hier soir pour me dire que Naruto avait encore eu un débordement.
Shizune lâcha un « Oh » explicite avant d'enchaîner :
– Vous savez, Maître Tsunade, c'est un peu normal, cela fait maintenant six ans qu'il court sans espoir derrière Sasuke Uchiwa. Et puis, étant donné le résultat de la dernière mission pour le récupérer...
– Oh, celui-là, s'il revient je lui mettrai une bonne correction ! répliqua Tsunade en enfonçant la pointe de son stylo dans le bureau. Non seulement on n'arrive plus à le repérer mais, en plus, nous n'avons pas non plus de nouvelles de son frère, Itachi !
Shizune se tut, préférant laisser Tsunade passer sa colère sur le pauvre stylo qu'elle tenait dans sa main. Lorsqu'elle sentit ses nerfs se calmer, la Hokage poursuivit :
– Oui, je comprends que Naruto soit frustré, mais je crains qu'il ne laisse encore Kyûbi prendre le dessus. Tu as vu la blessure qu'il a faite à Jiraya pendant son entraînement ? Et le bras de Shino ? C'était effrayant !
– Oui, c'est sûr qu'il ne faudrait pas que ça se reproduise, approuva Shizune. Qu'avez-vous décidé de faire pour son cas ?
Tsunade s'enfonça dans son siège et laissa durant quelques secondes son regard se perdre au-delà de la fenêtre, dans le village de Konoha qui s'étalait à ses pieds.
– Je l'ai envoyé il y a à peine dix minutes avec Hatake en mission. Kakashi a pour but de lui faire avaler le remède que j'ai mis au point et ensuite de le surveiller et d'observer ses réactions. J'espère que tout se passera b…
Tsunade n'eut même pas le temps de finir sa phrase. Sans prévenir, une violente secousse ébranla la pièce, menaçant de faire tomber les dossiers en équilibre. Les deux femmes se fixèrent l'une et l'autre avant que la Hokage ne bondisse brusquement sur ses pieds pour venir se coller à la fenêtre. Une lueur rouge brillait au-dessus de la forêt.
– Maî… Maître Tsunade, balbutia Shizune, tétanisée. Qu'est-ce que c'est ?
Tsunade fronça les sourcils. Elle redoutait réellement la réponse.
– C'est mauvais, c'est même très mauvais, conclut-elle.
Une seconde secousse fit trembler la tour rouge. Une puissante bourrasque balaya le village, secouant les arbres et faisant grincer les bâtiments. Tsunade s'apprêta à réagir, mais la porte s'ouvrit brusquement, la stoppant dans sa démarche. Maito Gai venait d'entrer et, ce qui effraya les deux femmes présentes, ce fut le corps de Kakashi Hatake, ensanglanté, posé en travers de l'épaule de son rival.
– Maître Tsunade ! s'écria Gai, paniqué. Je l'ai trouvé comme ça à l'entrée de Konoha alors que j'allais courir !
Tsunade jura et, d'un geste brusque, balaya les piles de dossiers sur son bureau. Shizune, effrayée par la situation, oublia le nombre d'heures qu'elle avait passées à trier ces papiers et aida Gai à allonger Kakashi sur le meuble. Aussitôt, Tsunade retroussa ses manches et commença à passer ses mains sur les blessures du ninja. Elles étaient nombreuses, réparties sur tout le corps, comme s'il avait été déchiqueté par une tempête de kunais.
– Kakashi ! appela Tsunade en essayant de ne pas céder à la panique devant l'incroyable quantité de sang. Kakashi, je t'ordonne de répondre !
Il ne se passa rien durant quelques secondes. Tsunade crut qu'ils allaient le perdre avant qu'il n'ait pu expliquer quoique ce soit. Cependant, elle soigna rapidement les blessures qui pouvaient l'être, réservant les autres pour l'hôpital. Finalement, Kakashi ouvrit son unique œil visible et commença à parler.
– Plus fort, Kakashi, je ne comprends rien ! ordonna Tsunade.
En temps normal, elle n'aurait pas insisté devant l'état de son patient, mais la situation ne lui permettait plus d'hésitations. Si ses doutes se confirmaient, le village courait un grave danger. Kakashi répéta une sorte de grognement, mais aucun son cohérent ne parvenait à leurs oreilles. Finalement, Tsunade décida d'agir.
– Désolée, Kakashi, mais la situation l'impose !
D'un mouvement sec, elle tira son masque, dévoilant ainsi le bas de son visage. Gai, effrayé par ce geste qu'il n'aurait jamais pu imaginer, détourna les yeux, comme si le menton et la bouche de Kakashi étaient devenus des parties intimes de son corps avec le temps. Shizune resta de marbre et regarda sa supérieure approcher son oreille de la bouche du ninja.
– Quoi ? Neuf quoi tu dis ? demanda Tsunade.
– Queues ! insista Kakashi. Neuf queues !
Epuisé par l'effort, il laissa retomber sa tête sur le bureau. Alors que Shizune et Gai restaient pétrifiés devant de telles paroles, Tsunade ne perdit pas une seconde et commença à donner des ordres :
– Shizune, amène Kakashi à l'hôpital ! Je veux que tous les patients soient évacués de l'autre côté de la falaise dans moins de cinq minutes ! Gai, sonne l'alerte, évacuation immédiate des civils. Réunis tous nos ninjas aux portes du village !
Alors que les deux ninjas sortaient en portant le corps de Kakashi, Tsunade jeta un dernier coup d'œil par la fenêtre. Au loin, la lueur rouge s'était épaissie et les habitants de Konoha commençaient déjà à s'affoler à cause des secousses qui se rapprochaient. Ce fut la débandade totale quand une tête apparue : celle du démon renard.
– Kyûbi, je t'aurai ! jura Tsunade en défiant la bête du regard.
Puis elle sortit en vitesse. Lorsqu'elle arriva en bas de la tour, le signal d'alarme résonnait dans tout le village. Partout, les habitants s'enfuyaient à toutes jambes, délaissant leurs maisons et leurs affaires. Tsunade emprunta les toits pour arriver plus rapidement aux portes. Les tremblements de terre devenaient plus fort au fur et à mesure que la lueur menaçante approchait du village. Une fumée inquiétante s'échappait de la forêt, seule preuve du massacre de la terre.
Déjà, les ninjas s'amassaient devant les portes et observaient d'un air terrifié le spectacle qui se déroulait sous leurs yeux : Kyûbi, ses neufs queues fouettant les airs et dont la tête dépassait les arbres, courait vers eux à une vitesse incroyable. Chacun de ses pas secouait le sol avec violence et son visage était celui d'un démon : les traits déformés par la haine, les yeux perçants, noirs de colère, où brillait une intelligence effrayante, et une dentition acérée dont les canines supérieures ressortaient de chaque côté de la bouche. Son chakra était comme une violente rafale qui menaçait de balayer les ninjas d'un instant à l'autre.
– Ninjas de Konoha ! cria Tsunade en s'adressant aux hommes et aux femmes présents qui, instinctivement, levèrent les yeux vers elle. A vous de prouver votre valeur et de défendre votre village !
D'une même voix, les ninjas répondirent un grand « Oui, Maître Hokage ! » et s'élancèrent dans la bataille avant que Kyûbi n'atteigne les portes. D'un grand coup de patte, le démon envoya valser une poignée d'hommes qui n'eurent pas le temps de réagir avant de s'écraser au fond des rues du village. Tsunade jura. Devant un tel ennemi, leurs chances étaient de vaincre maigres, voire inexistantes.
Elle observa le combat durant quelques secondes. Kyûbi secouait la terre pour déstabiliser ses adversaires et les envoyait valser par la puissance de son chakra. Les attaques lancées contre lui ne semblaient pas l'atteindre, comme si son manteau rouge était impénétrable.
Voyant leurs forces diminuer en quelques secondes, Tsunade s'apprêta à se joindre elle-même au combat quand elle aperçut une chevelure rose s'approcher d'elle. Sakura paraissait complètement paniquée.
– Maître ! Maître, s'il vous plaît, où est Naruto ? demanda-t-elle.
Tsunade la regarda d'un air presque désolé. Sakura n'avait pas encore réalisé, sans doute parce qu'elle refusait d'admettre la vérité. Elle pointa Kyûbi avant de répondre :
– Il est là-dedans.
Sakura crut que ses jambes allaient se dérober. Cette chose était tout sauf Naruto. Où était passé celui qui avait tant de fois prôné qu'il serait Hokage et qui souriait chaque jour de l'année ? Comment avait-il pu devenir une créature aussi monstrueuse ? Il n'avait en effet plus rien d'humain car il ne faisait à présent plus qu'un avec le démon renard.
– Sakura ! appela Tsunade. Pas le temps de divaguer, ils ont besoin de ton aide en bas !
En effet, le nombre de blessés augmentait à une vitesse folle et c'était sans compter les morts. Les ninjas étaient tous couverts de sang, que ce soit du leur ou de celui de leurs camarades. Ceux qui se battaient le faisaient en sachant que leur vie risquait de les quitter d'une seconde à l'autre. C'était terrifiant, mais Sakura se reprit, résolue à ne pas abandonner les siens, et plongea vers la bataille. Tsunade ne tarda pas à la suivre et elles coururent toutes les deux à travers les combattants, évitant les coups et soignant ceux qui pouvaient l'être.
Sakura était tellement choquée par ce qui se passait qu'elle mit quelques minutes à réaliser que le liquide rouge et poisseux couvrait entièrement ses mains. Devant elle, le corps de Hiashi Hyûga était étendu et elle tentait de le ramener à la vie d'une façon presque désespérée. Finalement, elle abandonna et, lorsqu'elle se releva, le nombre de corps à terre était tel qu'elle sentit la tête lui tourner. Ce n'était même plus un combat à ses yeux, c'était un carnage, un massacre, un cataclysme que rien ni personne ne pouvait arrêter.
Effectivement, plus le combat s'éternisait et plus les ninjas étaient de moins en moins nombreux à opposer une résistance, malgré l'arrivée de Shizune qui avait confié Kakashi aux mains de Rock Lee, à qui elle avait confié la charge d'assurer l'évacuation de l'hôpital. Parmi ceux qui étaient encore debout, Tsunade repéra Anko et Gai. Ils étaient deux bons éléments, mais Gai n'allait pas tarder à partir en miette s'il essayait d'utiliser du Taijustu contre un tel monstre.
– Gai ! appela Tsunade. Combien êtes-vous ?
– Quinze, Maître Hokage ! Mais nous ne tiendrons pas long…
Sa phrase fut coupée par le cri assourdissant d'un ninja. Tsunade se crispa légèrement quand elle vit celui-ci voltiger quelques instants dans les airs avant de se fracasser le crâne contre terre. Elle savait déjà qu'elle ne pouvait plus rien pour lui.
– Quatorze, rectifia Gai.
Malgré l'atrocité de la situation, Gai ne perdait aucunement le contrôle de lui-même. Tsunade admirait son courage, mais l'évidence la frappa lorsqu'elle vit Anko se faire balayer d'un coup de queue : ils n'étaient pas de taille à lutter contre un tel monstre. Elle savait que Kyûbi avait été battu dix-huit ans auparavant mais avait l'impression qu'il était différent cette fois-ci. Peut-être plus puissant ou encore plus malveillant. En tout cas, plus ils résistaient et plus ils perdaient de combattants. Comme une affreuse malédiction, les coups s'abattaient sans relâche sur les ninjas. Ce bain de sang promettait de s'achever par une sinistre défaite. Il était temps de sauver ceux qui pouvaient l'être.
– Shizune, Sakura ! appela Tsunade en s'approchant de ses deux élèves qui soignaient aussi bien que les conditions le permettaient. Prenez chacune un blessé et emmenez-le en sûreté !
– Mais Maître Tsunade…
Cependant, elle ne laissa pas le temps à Shizune de protester. Elle était chef de ce village et il était tant pour elle de prouver qu'elle méritait cette place. Comme le Quatrième Hokage avant elle, elle allait arrêter le démon renard, seule. Elle n'espérait pas le battre mais seulement le retenir pour permettre aux autres de fuir et de survivre. Elle se retourna vers les ninjas encore debout, qui n'étaient plus que douze à présent, et cria à en briser ses cordes vocales :
– Retraite ! On bat en retraite ! Chacun emporte un blessé et part se mettre en sûreté ! Ordre de votre Hokage !
Les ninjas n'eurent pas le temps de montrer leur surprise. Il était vrai que leur posture était plus que désespérée face à la rage incontrôlée de Kyûbi, mais ils n'avaient pas pensé que Tsunade admettrait la défaite. Cependant, ils ne tardèrent pas à imiter Gai qui sautait de toits en toits en portant Anko sur son épaule. La situation était plus que catastrophique et, tout ce qu'ils pouvaient faire, c'était avoir confiance en leur Hokage.
– Shizune ! s'écria Tsunade en se tournant vers sa disciple. S'il m'arrive quelque chose, Kakashi prendra ma place !
– Et s'il ne survit pas à ses blessures ? demanda Shizune après une brève hésitation.
– Alors je compte sur toi ! Maintenant, cours !
Shizune ne se le fit pas dire deux fois et rejoignit Sakura à l'intérieur du village. Voyant ses proies lui échapper, le visage de Kyûbi se déforma davantage. Il bondit en avant, prêt à arrêter les fuyards, mais, soudainement, la terre trembla sous ses pieds et il s'arrêta pour découvrir Tsunade à quelques mètres de lui, un poing enfoncé dans le sol.
Durant une seconde ou deux, les adversaires se firent face, puis Kyûbi se jeta sur Tsunade. Instinctivement, celle-ci esquiva le coup comme elle avait été entraînée à le faire depuis des années. Une faille déchira le sol en direction du démon lorsqu'elle frappa à nouveau le sol. Déséquilibré un instant, Kyûbi lui laissa le temps d'invoquer Katsuyu, la reine limace.
Presque aussitôt, le combat s'engagea entre les deux géants. Kyûbi se jeta sur son adversaire, la gueule grande ouverte. Tsunade ne put s'empêcher d'écarquiller les yeux. Elle n'avait jamais vu une vision aussi effrayante. Juste derrière les yeux noirs du démon, elle vit ceux en feu de Naruto dont le visage hurlait à la mort. Sentant ses jambes se dérober un instant, elle s'appuya contre la limace.
– Katsuyu…, bredouilla-t-elle.
– Ça va aller, Tsunade.
La voix claire et sans faille de la limace lui redonna une once de courage. Elle se dressa à côté d'elle et observa Kyûbi foncer sur elles. Une gerbe jaunâtre jaillit alors de la bouche de Katsuyu. Kyûbi dut l'éviter avant de prononcer de sa voix terrifiante le nom d'une technique Katon. Un puissant jet de flammes accourut vers la Hokage et son invocation. Tsunade esquiva, mais sa partenaire n'eut pas le temps de réagir. Des centaines de petites limaces se formèrent aussitôt, permettant ainsi à leur reine de survivre.
– Il est puissant, très puissant, maugréa Tsunade.
Elle jeta alors un regard sur les limaces qui grouillaient de partout. Même Katsuyu était inefficace.
A quelques maisons de là, Sakura ne put s'empêcher de se retourner en entendant le cri de rage du renard. Ses yeux effrayés découvrirent alors le spectacle de son Maître affrontant la plus terrible créature qu'elle n'avait jamais vue de sa vie : Naruto devenu monstre.
– Sakura, viens, on ne peut pas traîner ! l'appela Shizune.
– Mais… Notre Hokage ! protesta celle-ci.
– C'est sa décision et son devoir ! Tu ne peux rien faire pour elle, Sakura !
Même si Shizune prononçait ces mots, elle aussi se sentait complètement paniquée. Son maître était sur le point de mourir et elle se trouvait dans l'incapacité totale de l'aider. Qu'aurait-elle apporté de plus face à une créature aussi puissante ?
Le regard de Sakura alla de ce qui avait fait autrefois le brave Naruto Uzumaki à son Maître qui tentait de ralentir le démon pour leur permettre de fuir. Elle ne parvenait toujours pas à admettre ma situation. La veille encore, elle avait dîné avec son meilleur ami et l'avait même frappé pour avoir sorti une de ses bêtises qu'elle ne pouvait supporter. Quand ils s'étaient quittés, elle avait eu la certitude que tout s'était arrangé. Elle était même persuadée d'avoir retrouvé le Naruto qu'elle appréciait tant. A présent, il emmenait Konoha vers la destruction et le soleil était à peine levé que le sang baignait déjà l'entrée du village.
– Sakura, dépêche-toi ! insista Shizune.
Ce cri semblait sans espoir. Sa voix n'atteignit même pas le cerveau de sa collègue. Celle-ci était plongée dans un état second, comme si le spectacle l'avait choquée au point d'annihiler ses sens. Elle tremblait de tout son corps et ses yeux verts ne quittaient pas le combat une seule seconde.
– Sakura ! répéta encore une fois Shizune. Viens vite !
Finalement, elle se décida à l'approcher et lui attrapa le bras. Sakura réagit à peine en reculant d'un pas. Désespérée, Shizune commença à la secouer, complètement paniquée.
– Sakura, si tu ne bouges pas, nous allons mourir !
A ce moment-là, la palissade vola en éclat et des morceaux de bois vinrent s'enfoncer dans les toits des bâtiments. Ce fut le déclic pour Sakura. Alors qu'elle voyait Kyûbi s'engouffrer dans le village, ses jambes se débloquèrent et elle se remit à courir vers la falaise. Shizune aurait pu se sentir soulagée si Kyûbi n'était pas à leurs trousses. En plus de cela, elle ignorait complètement ce qu'était devenue Tsunade.
La course folle des deux kunoichis fut rythmée par le vacarme de leur poursuivant. A chaque pas, Kyûbi détruisait des bâtiments entiers et faisait s'écrouler des maisons sous son poids. Quand Sakura et Shizune atteignirent le bas des escaliers du Mont Hokage, il n'était plus qu'à quelques mètres d'elles. Elles crurent voir leur fin arriver quand il s'élança. Il était si immense qu'il semblait impossible de lui échapper. Pourtant, au beau milieu de son bond, Kyûbi parut arrêté par une force extérieure. Ses membres se raidirent et il s'écrasa à terre. C'est alors que Tsunade apparut derrière lui. Elle avait enserré ses pattes par des liens de métal et avait ainsi cessé sa course.
Cependant, Kyûbi ne tarda pas à se relever et Tsunade, reliée à lui par les liens, fut projetée en avant, si bien qu'elle atterrit non loin de ses deux élèves. Ces dernières l'observaient sans y croire, comme si un miracle venait de les sauver.
– Courez ! ordonna Tsunade. Je n'aurai pas la force de le retenir encore bien longtemps !
En effet, la Hokage semblait avoir perdu beaucoup d'énergie. Elle haletait bruyamment et son corps était tailladé de coupures. Alors que quelques minutes plus tôt elle se tenait droite devant le démon, à présent elle courbait le dos sous l'effort.
Shizune et Sakura réagirent au quart de tour. Le ton de Tsunade possédait une force qui sembla les projeter en avant et elles grimpèrent les escaliers à une vitesse fulgurante malgré les deux corps ensanglantés qu'elles supportaient. Elles arrivèrent en haut de la falaise moins d'une minute plus tard.
Quand elles regardèrent en bas, Tsunade n'attaquait plus. Sa seule préoccupation était d'éviter les assauts du démon. Celui-ci semblait s'énerver davantage au fur et à mesure que le combat durait. Ses gestes se faisaient plus vifs, plus violents, avec une impatience visible dans ses pupilles noires.
En ce qui concernait Tsunade, c'était tout le contraire. La fatigue la gagnait de plus en plus et ses mouvements ralentissaient, annonçant d'eux-mêmes une fin proche. Elle le savait d'ailleurs très bien et cherchait désespérément du regard une solution pour mettre un terme à ce combat. Ses yeux bruns se posèrent alors sur les visages de ses prédécesseurs alignés près du sien. Tous la fixaient de leur regard de pierre, comme s'ils avaient été là pour lui rappeler son rôle. Etrangement, Tsunade sentit alors la panique s'apaiser. Les Hokages avaient tous donné leur vie pour le village. Il était temps pour elle de suivre ce destin.
Emplie d'une force nouvelle, elle bondit jusqu'à atterrir sur la tête du Quatrième Hokage. Kyûbi lui faisait face et elle ne voyait plus qu'une seule solution, certes cruelle, mais qui permettrait de protéger les habitants qui tentaient encore de s'enfuir dans les bois et les collines.
– Allez vous réfugier derrière ! ordonna-t-elle à Shizune et à Sakura.
Cette dernière ne comprit pas immédiatement et jeta un regard interrogateur à sa collègue.
– Maître Tsunade va faire effondrer la falaise, on ne peut pas rester ici ! expliqua-t-elle.
Sakura jeta un regard en dessous et s'aperçut alors que Tsunade jetait des parchemins explosifs sur la roche. Elle n'eut cependant pas le temps d'en voir davantage car Shizune la prit par le poignet et l'attira en arrière.
– Ça va sauter, ça va sauter ! répétait-elle sans pouvoir s'arrêter.
Il y eut effectivement une explosion. Sakura eut juste le temps de jeter un coup d'œil en arrière pour voir Kyûbi s'élancer en avant, puis sa vision fut brouillée par les flammes. Une forte chaleur accourut dans son dos et une détonation déchira l'air. Le souffle de l'explosion projeta les deux ninjas médecins en avant et elles s'étalèrent à terre, tandis que leurs fardeaux leur retombaient dessus. Sakura sentit son protégé bouger légèrement mais il ne broncha pas.
Le calme revint aussi rapidement qu'il était parti. Shizune et Sakura se relevèrent toutes les deux et reprirent leurs blessés sur leurs épaules. Les porter était fatigant mais elles ne pouvaient se résoudre à les laisser là. Elles se fixèrent toutes les deux un instant, se demandant si elles feraient mieux d'aller voir si Tsunade était encore en vie ou de continuer leur fuite.
Finalement, ce fut la nature qui décida pour elles. Un fracas terrible se fit entendre. Sakura et Shizune sursautèrent et, dans leur mouvement, elles virent la terre de la falaise se craqueler, la faille se rapprochant inexorablement d'elles. Poussées par la panique, elles se remirent à courir en direction des hauteurs Elles n'étaient que rarement allées de ce côté-là du village mais suivaient le chemin qui menait à la forêt. Derrière elles, le bruit du craquement se poursuivit jusqu'à ce que, brusquement, il devienne plus doux, plus fluide mais aussi plus inquiétant.
Les deux ninjas se retournèrent. Le bruit qu'elles entendaient leur faisait penser à du sable se déversant dans une cuve et c'était exactement ce qui se produisait : toute la terre friable de la falaise coulait sur Konoha, telle une vague imparable et destructrice. La lueur rouge et menaçante tendit à disparaître sous l'épaisse fumée de poussière qui se dégagea rapidement. Il ne fallut que quelques secondes pour que Kyûbi, Tsunade et le village disparaissent.
Ni Sakura ni Shizune n'osa bouger durant les quelques instants de calme qui suivirent la tempête. Elles n'osaient même pas s'approcher. Konoha, leur village, leur origine et leur foyer, venait d'être rayé de la carte sous leurs yeux.
Sakura fit quelques pas en avant. Elle avait le souffle court, ses genoux étaient en sang, ses mains et ses vêtements couverts de rouge, mais elle n'en avait plus conscience. Malgré sa condition de ninja, elle avait envie de pleurer. Comment Naruto avait-il pu faire ça ? Comment avait-il pu laisser Kyûbi prendre le dessus ? Elle ne comprenait toujours pas, comme si son esprit était incapable d'admettre une telle idée. Finalement, l'adrénaline du moment retomba complètement. Les larmes roulèrent sur sa joue et ses jambes défaillirent.
Le ninja posé sur son épaule reprit conscience à ce moment-là. Il se redressa tant bien que mal et regarda sans y croire la ninja médecin effondrée à ses pieds, puis Konoha enseveli sous la terre. Shizune s'approcha à son tour, sentant que son amie était encore sous le choc. Elle passa une main sur son épaule, espérant calmer ses sanglots, mais ceux-ci ne firent que redoubler. Sakura se mit alors à parler d'une voix brisée à peine compréhensible :
– D'a… D'abord Sasuke… Ensuite Naruto… Pourquoi ? Qu'est-ce qu'elle a notre équipe ? Pourquoi ont-ils fait ça ? Qu'est-ce qui n'allait pas chez eux ? Et Kakashi-sensei, où est-il ? Et… Et Maître Tsunade ?
Shizune se garda bien de répondre. Elle était elle-même complètement désemparée et fixait d'un regard vide ce qui avait été autrefois leur village.
– Shizune ! Sakura ! Merci, vous êtes là !
Shizune se retourna en reconnaissant la voix de Gai. Celui-ci accourrait vers elles en agitant un bras, mais son geste ralentit au fur et à mesure qu'il approchait. Quand il parvint à leur hauteur, il avait perdu tout sourire. Shizune lui laissa quelques secondes pour digérer le spectacle avant d'expliquer :
– Maître Tsunade a enseveli Kyûbi et Konoha. Elle n'avait pas le choix.
– Je vois.
Gai n'avait rien trouvé d'autre à répondre. Il jugeait cette décision courageuse et dure à la fois. Cela avait peut-être été le dernier choix de leur Hokage et il n'allait certainement pas le critiquer.
– Où sont les autres ? demanda Shizune. Ont-ils trouvé du refuge ?
– J'ai laissé Anko avec Kakashi et Lee, répondit Gai. Elle, elle n'a pas grand-chose mais, pour Kakashi, il faudrait que l'une de vous deux vienne le voir. Quant aux autres, ils se sont enfuis un peu dans toutes les directions. Crois-moi, c'était la panique totale.
– Bon, dans ce cas, Sakura va t'accompagner. Moi, je vais voir si Maître Tsunade est encore en vie.
Malgré le peu d'espoir qu'elle gardait, Shizune ne pouvait se résoudre à abandonner son maître ainsi. Il fallait au moins qu'elle retrouve son corps pour lui offrir des obsèques dignes d'une grande ninja. Gai acquiesça pour toute réponse avant de se pencher vers Sakura. Appuyée contre le ninja blessé qui s'était éveillé, celle-ci continuait de pleurer.
– Sakura, il faut que tu viennes, lui dit doucement Gai.
Sakura ne répondit pas immédiatement. Quelques longues secondes s'écoulèrent avant qu'elle ne reprenne la parole :
– C'était déjà dur sans Sasuke mais, maintenant, nous avons tout perdu ! Tout, vous comprenez, tout ? On n'a plus rien, plus de chef, plus de village, plus rien ! Même Naruto nous a quittés !
Elle sortit alors la tête de ses mains et cria le nom de son ami blond. Ce mot résonna un instant sur les restes du village. Sakura tenta d'essuyer ses larmes, sachant qu'on avait besoin d'elle, mais elles continuaient de couler contre son gré. Alors, Gai lui prit doucement le bras et la força à se lever.
– Non, tu te trompes Sakura, répondit-il d'une voix ferme. Il nous reste nous. Nous qui avons la volonté du feu en nous !
Sakura ne répondit rien. Elle songea qu'il était bien dans le genre de Gai de remonter le moral des autres avec ce genre de phrases inutiles. Cependant, il avait beau parler de la volonté du feu, cela ne changeait strictement rien à ce qui venait de se passer.
– Allons voir Kakashi-sensei, décida-t-elle en ravalant ses larmes.
Gai lui adressa un sourire encourageant et prit l'un des blessés sur son épaule tandis que Sakura aidait l'autre à marcher. Shizune les regarda s'éloigner avec un pincement au cœur pour sa collègue. Elle savait que ce n'était pas facile de voir son monde s'effondrer en quelques minutes, surtout à cause de son meilleur ami.
Finalement, elle descendit les restes de la falaise. La terre s'était écoulée en formant une pente douce qui menait jusqu'à l'ancienne palissade du village. Au loin, les corps des ninjas morts avaient été légèrement déplacés par la coulée avant de mêler leur sang à la terre.
Le silence qui régnait était terrifiant et l'odeur des cadavres lui retournait le cœur. Shizune avait déjà vu des morts, mais jamais en si grand nombre. A en juger par la position du soleil, c'était l'heure où les habitants de Konoha sortaient faire leurs courses du matin. Toute agitation avait disparu et Konoha aurait très bien pu n'avoir jamais existé. Cette pensée serra le cœur de Shizune d'une étreinte glaciale.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, il n'y avait aucune trace de Kyûbi. Il avait dû être enseveli sous la force de cette vague. Cependant, Shizune se doutait qu'il n'était pas mort. On ne tuait pas l'un des neufs démons aussi facilement.
Par contre, ses doutes subsistaient à l'encontre de Tsunade. Shizune se demandait si celle-ci avait été tuée par l'explosion, par la coulée de terre ou si elle avait pu malgré tout échapper à tout cela sans se faire happer par Kyûbi. Et alors qu'elle promenait son regard autour d'elle, ses yeux se posèrent sur deux couettes blondes familières, étalées sur le sol, mêlées au sang et à la terre.
Sakura puisait dans ses réserves de chakra pour soigner Kakashi. Il était à présent tout ce qui restait de son équipe et elle ne voulait pas le perdre. Elle ne savait même pas si ses parents avaient survécus à l'attaque. Peut-être n'avait-elle plus d'amis ni de famille.
Au fur et à mesure qu'elle appliquait les techniques médicales, la respiration de Kakashi se calmait, devenant moins bruyante et moins saccadée. Si Sakura était satisfaite de son travail, elle ne le montrait pas. Encore choquée par les évènements, elle s'exécutait mécaniquement sans vraiment penser à ce qu'elle faisait.
Il fallut presque une heure pour que Kakashi reprenne conscience. Son œil bougea légèrement, allant de Gai, Anko et Lee qui l'observaient, puis aux deux ninjas blessés allongés un peu plus loin et enfin à Sakura qui achevait ses soins en pansant les dernières plaies.
– Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda-t-il, l'esprit encore brumeux et le corps douloureux. Et où est Naruto ?
Sakura le regarda d'un air désespéré avant de s'exclamer :
– Naruto n'est plus ! Vous avez laissé Kyûbi prendre le dessus !
Kakashi sentit ses souvenirs affluer à sa mémoire. Il revit un instant la mission qui avait mal démarré lorsque Naruto l'avait accusé de l'espionner comme un gamin. Il se souvint de sa colère et ensuite du rouge qui était sorti. Il y en avait tellement eu qu'il n'avait pas pu l'arrêter. Naruto s'était jeté sur lui, le sang avait coulé le long de ses membres. Son corps était en feu alors qu'il rampait vers Konoha et, ensuite, ça avait été le trou noir.
Kakashi ne répondit pas à l'accusation de Sakura, d'abord parce qu'il était évident que celle-ci n'était pas dans son état normal, ensuite parce qu'il se sentait effectivement coupable de ne pas avoir réagi à temps.
– Il n'y a plus de village, plus rien, répéta-t-elle inlassablement. Et… Et Maître Tsunade s'est sacrifiée pour nous.
– Nous ne savons pas encore si elle est morte, fit remarquer Gai.
– Vous n'avez pas vu l'explosion, vous ne pouvez pas comprendre, assura Sakura.
Elle avait une voix terne qui n'exprimait plus aucune réelle émotion. Kakashi eut l'impression que son élève sombrait dans un gouffre sans pouvoir se rattraper.
– Sakura, calme-toi, lui dit-il. Tu es encore sous le choc, c'est normal, mais ce n'est pas parce que Konoha a été détruit que tout est fini. Tu te rappelles lorsque nous avons été attaqués par Orochimaru, il y a six ans ?
– Ce n'est pas pareil ! répliqua Sakura d'une voix agressive. C'était Orochimaru, pas Naruto ! Et, même si notre Hokage avait donné sa vie, nous n'avions pas subi autant de pertes ! Vous auriez du voir tout ce sang, ces morts, il y en avait partout, des corps et des corps et des corps…
Elle répéta ces mots jusqu'à ce que Kakashi saisisse son poignet. Ce contact eut pour effet de l'arrêter. Elle fixa son ancien sensei un instant avant d'ajouter :
– Vous pouvez continuer à vous battre, Sensei, mais pas moi. Je… C'est… Il y a Naruto et nous avons tout perdu.
Sakura se leva et s'éloigna de quelques pas. Elle n'arrivait pas à exprimer clairement ses idées, sans doute parce que tout se mélangeait sans sa tête. Les larmes continuaient de couler malgré elle et elle avait plongé sa tête dans ses mains poisseuses de sang.
Le malheur avait complètement éteint tout espoir en elle. Non seulement la situation était désespérée, mais en plus elle ne voyait pas de solution pour l'améliorer. Comme pourraient-ils se relever après un tel carnage ? Et comment pourraient-ils seulement arrêter Kyûbi ? Elle le sentait, ce n'était pas le Kyûbi dont parlaient les anales du village. Cette fois, c'en était un autre, un démon allié à la puissance d'un vrai ninja. C'était un être abominable et terrifiant entre le démon et l'humain.
Note de l'auteur : Et voilà le premier chapitre ! Vous remarquerez qu'il est assez long, je pense que ce sera le cas pour les suivants. bon, assez catastrophique aussi, j'étais dans ma période "sombre" quand je l'ai écrit ^^. D'un autre, côté, j'ai précisé "Drame" dans les genres, alors autant mettre ce qu'il faut.
