Chapitre 2

Lecter, terré dans l'ombre, observait les allées et venues de Clarice depuis des semaines. Il l'espionnait dès qu'elle était chez elle, depuis une maison voisine inoccupée. Ainsi, il n'éveillait aucun soupçon.

La vue, depuis la chambre, était excellente : il plongeait directement, grâce à une lunette astrologique qu'il avait acheté, dans le salon et le séjour de Clarice. Dès qu'elle était chez elle, il la mâtait sans discontinuer.

Il avait remarqué qu'elle travaillait beaucoup et qu'elle sortait peu. Elle avait une vie casanière, pour ne pas dire ennuyante. Hormis quelques missions surprises qui l'entraînaient deux ou trois jours hors de l'Etat, la vie de l'agent Starling était réglée comme du papier à musique : un jogging le matin, vers 6h, avant de déjeuner, la journée au boulot, et des soirées généralement passées à domicile, hormis quelques sorties généralement le samedi. Mais les rares fois où un homme avait raccompagné Clarice, il n'avait pas été invité à entrer. Cela simplifiait la tâche du bon docteur. Clarice était seule. Complètement seule.

Ce fait lui mettait de drôles d'idées en tête.

Lecter eut un drôle de sourire en imaginait la réaction de Clarice si elle apprenait à quoi il pensait en l'observant à travers sa longue vue.

Il aimait la regarder marcher de long en large sur le parquet du séjour, un dictaphone à la main. Son pas était souple, gracile… Il était évident qu'elle continuait de pratiquer beaucoup de sport. Lecter soupira : quel dommage qu'un tel corps, si magistralement sculpté, si jeune et si vigoureux, ne profite à personne, pas même à un amant. Sa peau si blanche devait être si douce, si soyeuse… un touché de pêche, non ? se prit-il à rêver.

Il aimait aussi l'observer lorsque, affalée sur son canapé couleur ivoire, elle feuilletait des rapports, lunettes sur le nez, l'air sérieux et absorbé. Hannibal aimait se demander, à se moment-là, si elle était en train de s'occuper de lui : était-ce son dossier qu'elle avait sur les genoux ? Etait-ce à lui qu'elle pensait tandis qu'il l'espionnait, en secret et dans l'ombre ? Cette pensée lui était très agréable. Lecter adorait l'idée d'être au centre de la vie de Clarice, même si, en dépit de cette bouffée d'orgueil bien agréable, il en subissait des conséquences néfastes : elle était sur ses traces. Elle le traquait avec un tel acharnement qu'elle le contraignait à agir.

Il ne voulait pas. Il aurait tant voulu éviter cette rencontre.

Mais elle l'y obligeait.

Et il était désormais prêt.

A suivre…