Salutations !
Un petit mot pour les favorites, follows et review du prologue qui sont hyper encourageants, merci beaucoup ! Je tiens aussi à souligner que ce chapitre sort la semaine précédant la sortie de End Game. J'espère vous retrouver dans deux semaines, mais il est pas impossible que je décède entre temps.
Allez hop, commençons !
Chapitre 1 - La rencontre
Phil Coulson peinait à apaiser son chef dont les cents pas commençaient à lui donner le tournis.
« Patron, si je ne vous connaissais pas mieux, je jurerais que vous stressez. »
Nick se stoppa aussitôt. Il dévisagea son acolyte d'un regard noir, même s'il savait que cela ne l'impressionnait plus.
« Coul, le jour où je serai serein à l'idée de recevoir quatre éberlués pareils, fais-moi interner. »
Le concerné haussa les épaules avec ce flegme qui ne le quittait pas. Le petit homme était d'un stoïcisme légendaire, et si c'était une qualité que Nick valorisait particulièrement, dans l'immédiat, il ne ressentait qu'un profond besoin de le secouer pour lui faire réaliser l'improbabilité de la situation.
« Ils ne sont pas si mauvais. Vous les avez bien défendus, au Conseil.
– Je serais capable de vanter la modestie de la Nation du Feu pour faire taire ces quatre incompétents. »
Coulson acquiesça d'un « certes » silencieux.
« Mais vous n'aviez pas complètement tort, ils sont puissants. Et prometteurs.
– S'ils ne s'entre-tuent pas avant même d'avoir trouvé le gamin ! »
Fury posa deux poings sur son large bureau en acier, et soupira longuement.
« Je peux pas dire avoir un bon feeling sur ce coup. Le solstice est dans moins de trois mois, même une équipe parfaitement fonctionnelle n'arriverait pas à former l'Avatar dans les temps.
– C'est pourquoi ça ne sert à rien de parier sur une équipe parfaitement fonctionnelle. »
Là. Voilà cette qualité qui exprimait tout son potentiel. Nick devait bien le lui reconnaître, son ami avait une intelligence pragmatique.
« À vrai dire, continua l'agent, étant donné ce qui les attend, il vaut mieux éviter de piocher dans le traditionnel. Vous n'avez pas tort patron, quand vous dites qu'à temps exceptionnels, mesures exceptionnelles.
– J'espère que tu dis pas ça juste pour me flatter, souffla le directeur en se redressant. Parce que j'ai pas fini d'innover. »
Les portes en métal s'ouvrirent sur ces dernières paroles, accompagnant l'entrée d'un homme avec fracas.
« Nick ! Ça fait un bail, vieille branche ! »
Le directeur soupira. En selle pour le rodéo du siècle.
« Tony Stark. »
Il contourna son imposant bureau pour échanger une vigoureuse poignée de main avec le nouvel arrivant. Homme brun de taille moyenne, si ce n'était par l'assurance pompeuse qu'il dégageait, son accoutrement finirait de désigner la nation à laquelle il appartenait. Le manteau brun au col pourpre laissait entrevoir une tunique un ton plus clair, descendant mi-cuisse jusqu'à un pantalon beige typique des industriels de son pays. La seule chose plus voyante que sa tenue était son sourire aux mille dents et son regard pétillant.
« Je suis ému de constater que tu apprécies mes talents autrement que par nos contrats d'armements, félicita-t-il sans lâcher la main du directeur.
Si seulement j'avais le choix, songea Nick avec résignation. Il se contenta néanmoins des formalités les plus banales :
– Le SHIELD et le Conseil des Quatre Nations vous remercient d'accepter cette mission en tant que Maître du Feu, Monsieur Stark.
– Je ne peux rien refuser à ton bel œil ! »
Il s'assit en grandes pompes et sans attendre qu'on l'y invite autour de la table centrale. C'est alors qu'il remarqua le petit homme qui n'avait pas cillé à son arrivée, droit comme un soldat à côté du siège du directeur.
« Coulson ! Ça fait plaisir de te revoir. Comment va ta femme ?
– Monsieur Stark, sourit poliment l'agent. Comme la dernière fois.
– C'est-à-dire…
– Je n'en ai toujours pas, Monsieur. »
Tony se frappa le front comme pour sermonner une mémoire indocile, posa nonchalamment les pieds sur la table, et entreprit de sermonner l'agent sur l'importance de fonder une famille pour avoir quelque chose de bon à laisser à ce monde, ignorant royalement le parfait contre-exemple qu'il représentait lui-même.
Fury refusa de donner le moindre crédit à la démonstration du personnage, déléguant au calme légendaire de son bras droit le soin de tempérer l'exubérance de leur invité.
Pour son plus grand soulagement – aurait-il aimé croire – les portes s'ouvrirent rapidement sur un second arrivant.
Bien moins présomptueux que son prédécesseur, mais avec un charisme qui n'avait rien à lui envier, ce n'était pas tant le bleu de ses pupilles qui trahissait son appartenance à la Tribu de l'Eau. C'étaient surtout les couleurs de son apparat : tunique bleue aux manches retroussées, aux coutures et à la ceinture blanches, sur un pantalon cobalt auquel était accrochée une gourde caractéristique.
« Steve Rogers, accueillit Fury avec déférence.
– Directeur Fury, répondit l'homme blond en saisissant la poignée de main offerte. Merci de la confiance que vous m'accordez. »
Oui, Fury aimait déjà cet homme-là. S'il devait parier – ce qu'il avait déjà fait, en tout état de cause – c'était avant tout sur ce maître-ci. La tête sur les épaules et rien qui ne permettait au Conseil de justifier ses réticences. Du moins, presque rien. Tout ce qui importait à Fury était la réponse positive du soldat à rempiler pour une mission qui dépassait, et de loin, les frontières de sa tribu.
Seulement, Fury aurait sans doute reconsidéré son pari s'il avait pu anticiper la tension qui figea la salle dès que le maître de l'Eau échangea un regard avec celui du Feu.
« Rogers, cracha Stark dont les iris avaient perdu tout le pétillant.
– Stark, riposta le soldat sur le même ton.
– Bien ! intervint immédiatement Fury. Si vous voulez bien vous asseoir, Monsieur Rogers. »
À en juger par le froid qui s'était installé en un battement de cils, Fury n'aurait pas dû être surpris de voir le soldat s'installer aussi loin de Stark que la configuration de la table le lui permit. Il commença doucement à regretter la situation dans laquelle il s'embourbait bien malgré lui.
Tony s'était redressé sur son siège, ignorant superbement les échanges de courtoisie entre Rogers et Coulson.
La température dans la pièce ne fut pas véritablement réchauffée par la troisième arrivée.
« Gamora, salua le directeur comme il en avait pris l'habitude. »
Mais cette dernière ne serra pas la main qui lui était tendue, elle la scruta plutôt avec méfiance, avant de parcourir la pièce d'un œil soupçonneux. Elle était grande, cette femme. Sa tenue sombre et cintrée dont les volants retombaient comme une cape ne faisaient qu'accentuer sa stature droite et sévère. Rien qui ne sorte de l'ordinaire, si ce n'était cette peau verte qui trahissait immédiatement son appartenance au Royaume de la Terre. Son visage, son cou, ses épaules découvertes étaient traversés par de légères marques blanches, témoignant de son passage par des guildes peu recommandables. Ses longs cheveux aux reflets pourpres masquaient discrètement ces marques d'un passé regrettable.
Sans se formaliser une seconde des regards méfiants qui lui étaient adressés, elle siffla :
« Ça n'a pas intérêt à être une blague. »
Et contourna le directeur pour pénétrer dans la salle.
Fury leva des sourcils ébahis, referma sa main encore en l'air. Il observa son invitée s'asseoir au siège adjacent à Steve Rogers, ce dernier, il aurait pu le jurer, s'étant imperceptiblement raidit à son passage. Les échanges de courtoisie avaient tourné courts, seul un silence de plomb se déployait. Le pire, songea Fury, était encore que le quatrième invité n'était pas celui qui allait adoucir l'atmosphère.
Oh, loin de là.
Et ça ne fut qu'après ce qui sembla être une éternité qu'il daigna enfin arriver.
Un sourire que le directeur aurait qualifié de carnassier déforma le visage dur du dernier venu. Ses cheveux jais retombaient sur une cape blanche aux coutures jades, cette dernière laissant entrevoir un ensemble étonnamment sombre, tranché uniquement par quelques touches dorées. S'il n'avait pas été mondialement connu pour être le prince déchu de la Nation de l'Air, peu d'indices permettait de le deviner.
« Loki Odinson, constata amèrement Fury. »
Sans prendre la peine de s'étendre en salutations, sans même lui offrir de poignée de main, il l'invita à prendre place sur le dernier siège de libre à côté de Stark, et rejoignit sa place à la présidence de cette assemblée improbable.
Il prit le temps d'apprécier tour à tour les personnages réunis autour de la table. Si Steve Rogers et Tony Stark ne s'échangeaient plus d'éclairs meurtriers, ça n'était pas forcément signe d'amélioration. Non, Tony était bien trop occupé à ouvertement jauger la femme verte qui lui faisait face, exprimant toute la colère et la haine qu'il était humainement possible de retranscrire par une simple grimace. Elle-même semblait divisée entre le maître du Feu et celui de l'Air, incapable de choisir vers qui déverser le plus de dégoût. Steve, lui, avait choisi : c'était envers Loki qu'il adressait le plus de ressentiments. Le prince de l'Air, indéfectible, portait son attention sur Fury avec un calme insolent.
Le directeur guetta du coin de son œil valide son agent, qui lui rendit une expression placide. C'était loin d'être gagné.
« Bien, entama-t-il. Je ne vais pas vous faire l'affront de vous expliquer votre job. Mais qu'on soit clairs. Le nouvel Avatar a été trouvé, vous avez été choisis pour le former. Chacun d'entre vous l'entraînera à sa maîtrise. Tous autant que vous êtes, avez fait vos preuves dans votre domaine. La charge vous revient maintenant de faire du nouvel Avatar un Avatar accompli. Faut-il que je précise les enjeux ? »
Fury les lorgna d'un œil volontairement provocateur. Le silence qu'il reçut en retour ne lui plut guère. Très bien. Ils l'auront cherché.
« Nous sommes en guerre ! gronda-t-il. Et je ne parle pas de ces stupides conflits qui opposent la Terre et le Feu depuis bien trop longtemps pour que quiconque en ait encore quoi que ce soit à cirer, ajouta-t-il en avisant successivement Gamora et Tony d'un regard désapprobateur. Les esprits sont déchaînés. À chaque solstice, leur hargne est d'autant plus féroce que nos chances de les arrêter diminuent. Pas un jour se passe sans qu'un nouveau village ne succombe à la folie d'un esprit ravageur. Pas un jour se passe sans que nos armées en pâtissent ! Pas un jour sans que je rêve de mettre la main sur le fils de pute qui a ouvert ce portail en premier lieu ! Cela fait treize ans que ça dure, treize ans que le SHIELD sue sang et eau pour calmer la situation en attendant le prochain Avatar, le seul capable de mettre fin à ce merdier. Vous allez me chercher ce gamin, lui apprendre vos tours de passe-passe, et mettre un terme à cette putain guerre, suis-je clair ?!
– Nick, mon chou. T'as envisagé la méditation ? Je te sens à cr-
– LA FERME STARK. »
Le concerné leva deux paumes en l'air.
« Je ne me répéterai pas. J'en ai rien à branler des querelles qui vous opposent. Cette mission, c'est un job d'équipe. J'attends de vous que vous agissiez comme telle. Reçu ? Rogers, vous en êtes le capitaine, félicitations.
– Je… pardon ? bafouilla le blond.
– Vous êtes promu capitaine, articula le directeur en sa direction, très conscient d'avoir été parfaitement compris la première fois. Faites en sorte que cette équipe roule, je ne veux aucune histoire. Dans trois mois, le solstice d'hiver libérera une nouvelle vague d'esprits qu'on ne sera jamais en mesure de contenir, pas après les pertes qu'on a déjà subies. Si vous voulez qu'il reste quelque chose de notre monde au printemps prochain, vous aurez formé l'Avatar et refermé le portail d'ici là.
– En trois mois ? s'ébahit Gamora.
– Vous m'avez entendu.
– Sérieux Nick, tu délires.
– Regardez-moi Stark, et affirmez que je plaisante.
– J'ai pas dit que tu plaisantais, mais que tu délirais ! Si le gamin maîtrise la boue d'ici trois mois ça sera déjà merveilleux !
– Soignez vos mots, avertit Gamora.
– Quoi, "boue" ? T'as raison, trop noble pour décrire ta maîtrise de primate.
– Reconsidérez vos paroles immédiatement.
– T'énerve pas chérie, soyons amis.
– Stark ! intervint Steve. Surveillez votre attitude.
– Il va pas se la ramener lui, trente secondes qu'il est capitaine et il se croit déjà tout permis ?
– Vous allez apprendre le respect Stark, de gré ou de force, menaça Gamora.
– Toi et tes petits copains, vous pratiquez le respect avant ou après les séances de torture ?
– SILENCE ! imposa la grosse voix de Fury. Vous êtes vraiment de la pire espèce ! Dans trois mois, l'Avatar refermera le portail, que vous le vouliez ou non. Vous partez immédiatement pour la Tribu du Nord. »
Gamora hoqueta.
« Quoi ? L'enfant est un citoyen de la Terre, il commencera son entraînement par sa maîtrise naturelle, celle de la Terre.
– Pas le temps. Vous commencez par l'Eau pour apprendre à apaiser les esprits. Tribu du Nord, c'est un ordre.
– C'est hors de question. Nous ne briserons pas le cycle. »
Fury répondit au regard foudroyant que lui adressait la maîtresse de la Terre, et parla d'une voix dangereusement douce.
« Vous irez rencontrer le Seigneur de l'Eau, apprendrez ses trucs pour calmer les esprits noirs, et ensuite irez enseigner la Terre au gamin, qui suit dans le cycle. Je vous fais juste gagner du temps, compris ?
– Vous êtes inconscient.
– Pragmatique. »
Il se redressa, ne laissant pas d'autres chances de protestation à la femme en vert qui – il en était sûr – était à deux doigts de dégainer sa dague pour lui trancher net la carotide. Il décida de ne pas lui en laisser le temps, et clama de sa grosse voix :
« Loki Odinson. »
Resté douteusement silencieux, le maître de l'Air répondit au regard accusateur du directeur.
« Vous n'êtes ici que parce que le Seigneur du Feu l'a exigé. Soyez-en conscient. Un mot de travers, une entourloupe, et je m'assurerai personnellement que vous retrouviez le chemin d'un exil long et douloureux. Je ne vous fais pas confiance Odinson. Ne me donnez pas raison. »
Loki accueillit la menace sans broncher, sans rien ajouter. S'en suivit un silence comme seul Fury en avait le secret, qui ne faisait que surcharger une ambiance déjà encombrée des ressentiments palpables et des regards lourds de reproches.
Pris à part, chacun de ces énergumènes était déjà un cas. Chaque passé lourd d'évènements qui, en temps normal, les auraient disqualifiés d'office pour le job. Un par un, ils étaient hautement dysfonctionnels. Alors à quoi ressemblerait une équipe composée exclusivement de ce type de personnages ? Si Fury n'avait aucune envie de le découvrir, aussi ne semblait-il pas avoir le choix.
Il finit par briser le silence.
« Félicitations, vous êtes les nouveaux Mentors. Au boulot. »
