Bonjour à tous !

Voilà le deuxième chapitre, en espérant qu'il vous plaise. Je ne posterai peut-être pas toutes les semaines, mais essaierai de vous emporter avec moi malgré tout dans cette histoire. Dans ce qu'il aurait pu et du être. Dans ce qu'il est dans ma tête et dans mon coeur ;)

"I'll always be with you"

Bonne lecture :)


Chapitre 2 « I'll always be with you. »

« Bonjour, Clarke. »

Ses yeux bleus sont emplis d'effroi. Je reste pourtant stoïque, le cœur battant d'enfin la revoir. La dernière fois que je lui ai dit « Bonjour » de cette façon, les conditions étaient très différentes, mais une chose était similaire. Elle s'attendait à tout, sauf à moi. Je sens mon cœur battre, j'ai envie de m'approcher d'elle et de la serrer dans mes bras. Mais je ne peux pas. Je me contente de la regarder silencieusement, mon regard plongé dans le sien. Je comprends tout à fait le choc que je suis en train de lui faire vivre, et je ne sais même pas si elle me le pardonnera un jour. Quelques secondes passent, et pourtant, j'ai une impression d'éternité. Je n'attends que cela depuis des semaines, dans ce monde ou dans l'autre, je n'attends que de la revoir. Mais la peur que je lis dans ses yeux, mêlée à l'incompréhension et à la colère, me glacent littéralement le sang tandis qu'un frisson incontrôlable me parcoure le dos. Elle est là, face à moi, et ne bouge pas. Je n'arrive même pas à voir son torse se lever au rythme de sa respiration sous son épais manteau, que je connais d'ailleurs si bien. Il s'agit d'un des miens. Cette pensée me réchauffe le cœur, ainsi je sais qu'elle ne m'a pas oubliée.

« Clarke… » tenté-je d'ouvrir le dialogue, en faisant un pas en avant.

Je vois ses lèvres trembler sous son regard complètement éteint. Sans un mot, elle se retourne, passe à la hauteur de Luna et s'en va en direction de la plage. Je la regarde silencieusement, sans même essayer de la retenir. Je sens mon cœur douloureux se serrer, étant pleinement consciente de la peine que je viens de lui faire. Mais je n'ai pas le choix. Je n'ai pas eu le choix. J'inspire profondément, et perds mon regard sur sa silhouette qui déambule difficilement vers le rivage, ne laissant derrière elle que des marques de pas sur le sable fin.

D'un coup, je la vois s'effondrer à genoux, et fais un pas en avant pour aller lui porter secours, lorsqu'une main ferme me retient par le bras.

« Laisse-la. »

En temps normal, j'aurai ordonné à Luna de me lâcher, mais là, je n'en fais rien. Voyant que je n'insiste pas, elle relâche d'elle-même la pression, et se tient à présent à côté de moi, les yeux rivés sur Clarke qui est toujours à genoux. Je la vois regarder vers le ciel, comme pour y chercher une explication. Je l'imagine en train de pleurer, et mon cœur pleure avec elle. Je déglutis, et m'adresse à Luna sans détacher mon regard de Clarke.

« Elle ne me pardonnera pas. »

« Laisse-lui le temps, Lexa. Tu étais morte à ses yeux, elle doit déjà réaliser que tu es toujours là, et ensuite viendra le besoin d'explications. Laisse-lui le temps. Bien que… »

« Bien que quoi ? » lui demandé-je.

« C'est toi qui m'a demandé de l'amener ici, quand mes hommes nous ont dit qu'elle était dans les bois il y quelques jours, mais elle me cherchait pour une raison bien précise. Il va falloir que tu lui parles, Lexa. »

« Si elle veut bien me parler. » lui réponds-je en soufflant.

« Si elle refuse, alors tu dois la forcer à t'écouter. »

« Je sais très bien ce que j'ai à faire, Luna. »

Je sais qu'elle a raison, mais pourtant je n'ai aucunement envie de forcer Clarke à faire quoi que ce soit. Pas après ce que je viens de lui faire vivre. Je détourne mon regard vers Luna, qui me fait un signe de tête en guise d'approbation, et de soutien. Je ne lui ai pas toujours donné raison, bien au contraire, mais là, je sais que je dois l'écouter. Je lui rends alors son signe de tête, et commence à faire quelques pas en direction du rivage lorsque je me retourne vers elle. Je lui adresse un sourire, derrière mes traits fermés et contrariés par la discussion qui va bientôt avoir lieu.

Puis je marche sur le sable, et vois le soleil qui décline à l'horizon et commence à disparaître derrière les falaises sur la droite. J'inspire profondément, et sens mon abdomen me tirer, ce qui m'oblige à stopper mes pas. Je porte ma main dessus, comme pour apaiser la douleur qui me tiraille et me donne parfois envie de hurler. Mais je serre les dents, et continue d'avancer dans sa direction. Dos à moi, scrutant l'horizon, je l'observe, telle la lumière qui m'a guidée pendant ces dernières semaines sombres, durant lesquelles j'ai dû me battre pour ma propre vie. Je n'ai jamais eu peur de la mort, et bien au contraire, je l'ai toujours embrassée. Mais ce n'était pas le moment, et même quand mes forces m'abandonnaient, les deux personnes que j'ai aimé dans cette vie se sont accordées pour me pousser à continuer. Je n'en ai pas fini ici, et je n'en ai pas fini avec elle. Je repense à Costia, qui ne m'a jamais quittée, pas même dans la mort. Puis je pense à Clarke, pour qui aujourd'hui je donnerai ma vie. Je ne lui ai toujours pas parlé de Costia, et un jour, je vais devoir le faire. Mais je ne sais pas si elle sera capable de comprendre que Costia m'a en un sens poussée vers elle. Que Costia m'a ramenée vers elle. Je me redresse et continue d'avancer fièrement, et je sens mon cœur battre de plus en plus fort dans ma poitrine au fur et à mesure que je me rapproche d'elle. Lorsque je me trouve à quelques mètres à peine de son dos, je stoppe mes pas et appuie ma main sur ma blessure. Je déglutis et l'observe tandis qu'elle ne bouge pas, toujours dos à moi. Ses poings sont serrés, et je peux la voir s'essuyer le visage.

« Clarke… » tenté-je à nouveau, d'une voix douce. « Regarde-moi. »

Elle se retourne enfin pour me faire face, le regard dur et larmoyant. L'infini bleu de ses yeux n'en est que plus magnifiquement hypnotisant. Cette vision m'oppresse, et me fend le cœur. Tandis qu'elle s'approche d'un pas vers moi, je peux ressentir toute sa colère et sa rancune, me ramenant quelques mois en arrière, lorsqu'elle m'a fait à nouveau face suite à ce qu'elle considère comme étant ma trahison aux portes de Mount Weather. C'était il n'y a pas si longtemps, et pourtant cela me paraît si loin déjà. Presque une autre époque, une autre vie…

Arrivée à ma hauteur, le visage haineux, et la mâchoire serrée, je m'apprête à prendre la parole lorsque que sa main vient me frapper violemment au visage. Ma tête dévie vers la droite sous la violence de sa gifle, et lorsque je me touche la joue, la bouche semi-ouverte et surprise par son geste, mais tolérante, je ferme les yeux une fraction de seconde. Puis je redresse la tête, le regard sévère à mon tour, et j'inspire profondément en lui faisant face. Je vois ses lèvres trembler, ses yeux s'emplir de larmes, certaines dévalant même sa joue gauche, pendant que tout son corps est en ébullition. Patiente, je laisse passer quelques secondes, durant lesquelles elle ne bouge pas d'un millimètre. Pas plus que moi. Plongées dans le regard l'une de l'autre, c'est comme si le temps s'arrêtait. Puis je décide de briser ce moment si pénible, mais si beau et si intense à la fois, et tente délicatement de la toucher sur le bras. Comme pour la faire revenir vers moi. Mais elle ne m'en laisse pas l'occasion, et me repousse violemment d'un geste brutal, tandis que ma main vient à peine de frôler son épaule. Elle rage et recule de quelques pas, en me déversant toute son amertume du regard. Elle secoue la tête en étouffant ses larmes, sans jamais arrêter dévier son regard du mien.

Je pourrai la laisser faire, et la laisser s'éloigner, mais cette fois, contre toute attente de sa part, je m'avance vers elle. Je peux lire la surprise dans ses yeux. Nos regards toujours entremêlés, nous faisons quelques pas ainsi. Elle recule, et moi j'avance. Elle ne fuira pas.

« Laisse-moi ! » finit-elle par me dire, la voix ferme mais suppliante.

« Non. » lui réponds-je, fermement, mais avec un regard doux.

A présent ses larmes coulent à flots, et je sens ma gorge et mon estomac se nouer. La luminosité descendante sublime pourtant ses traits, se reflétant sur chaque larme qu'elle tente malgré tout de retenir. Je dois me contenir pour ne pas laisser couler les miennes, mais qui, contrairement aux siennes, ne seraient que des larmes de joie.

« Puissions-nous nous revoir. » lui murmuré-je à demi-mots.

Elle se retourne brusquement, et commence à s'éloigner rapidement. Son pas lourd et déterminé laisse de grandes marques sur le sable humide. Je suis persuadée que ces mots vont la faire réagir. Ce sont les derniers qu'elle a prononcé avant que je ne tombe inconsciente, les derniers que je l'ai entendue dire avant de sentir la sensation de ses lèvres sur les miennes, et avant le trou noir. Je me suis vidée de mon sang entre ses mains, et je ne peux pas la blâmer de sa réaction. Je ne peux pas lui en vouloir, mais pourtant je veux qu'elle me regarde. Je veux qu'elle me voit, qu'elle me touche pour me sentir, pour me sentir bien vivante. Je commence donc à m'avancer vers elle d'un pas déterminé, lorsqu'elle se retourne violemment en agitant les bras.

« Tu es morte, Lexa. Tu es morte devant mes yeux et sous mes mains ! TU ES MORTE ! » s'écrie t'elle dans un tel désespoir et avec une telle rage, que j'en reste profondément meurtrie moi-même. « Je t'ai vue mourir, j'en senti le dernier souffle de vie te quitter, j'ai vu… » continue t'elle en s'arrachant presque les cheveux, étouffant sous ses propres larmes. « Je… J'ai vu Titus enlever ton corps, te porter à bout de bras parce que je n'ai pas pu te sauver. Je n'ai pas réussi à te sauver !... »

Je tente de m'avancer vers elle. Je n'entends à cet instant précis plus que ses cris de désespoir, déversant sa peine telle une furie qui ravage tout sur son passage, et mon cœur, qui bat la chamade à n'en plus finir, me rappelant que oui, je suis bien vivante.

« Je suis désolée… »

« Non, ne dis rien. Tais-toi » me coupe t'elle, en reculant à nouveau d'un pas. « Je t'ai laissée partir Lexa, j'ai essayé de te laisser partir. J'ai lutté pour que tu me laisses tranquille, mais je n'y arrive pas. Pourquoi ? Pourquoi ne me laisse-tu pas ? »

Je reste sceptique quant à ses derniers mots. Que veut-elle dire ? Est-elle réellement consciente que nous sommes dans la réalité et qu'elle ne rêve pas ?

« Tu ne trouves rien de mieux que de me hanter jusque dans mes rêves. Chaque nuit tu parcoures mon inconscient, et chaque réveil est plus dur que le précédent. Parce que oui, je rêve que tu es là, je rêve, encore et encore, que tu n'es pas morte ce jour-là, que tout cela n'est pas la réalité. Pas ma réalité ! »

Ses pleurs étouffent sa voix, que j'ai du mal à reconnaître. Je reste alors silencieuse, la laissant ainsi déverser toute sa frustration sur moi. Je redoute ce moment depuis bien longtemps déjà, mais le temps des excuses n'est pas encore arrivé. Je plonge mon regard dans le sien, et reste là, en face d'elle, à la regarder s'agiter. La douleur dans mon abdomen s'éveille, comme réactive à ses propos et à son désespoir.

« Alors laisse-moi, par pitié. Je ne sais pas, d'accord ? Je ne sais pas quoi faire, je ne sais pas comment avancer, ni comment continuer d'être moi. Tu m'as détruite ! »

Je me prends un poignard en plein cœur, mais enfouis mes propres émotions lorsque j'entends cela. Mon regard change malgré tout, et contre mon gré. Je me pince les lèvres pour accuser le coup, mais finis par redresser la tête, en déglutissant difficilement, pour lui faire face à nouveau.

« Je t'ai haïe. Je t'ai haïe lorsque tu m'as abandonnée aux portes de Mount Weather. Je t'ai haïe autant que je t'ai aimée, pour tout ce que tu as fait et pour tout ce que tu étais. Tu as fait ressortir le meilleur de moi-même, mais tu m'as aussi détruite. » continue t'elle, rageuse, tantôt en se rapprochant de moi, tantôt en s'éloignant. « Je… raaaah, pourquoi ne me laisses-tu pas tranquille ? »

« C'est vraiment ce que tu veux ? »

« Oui, Lexa… » me répond t'elle, dédaigneusement. « Oui, je veux pouvoir vivre à nouveau, sans que tu hantes mes pensées jour et nuit, sans avoir ce besoin obsessionnel de te sentir près de moi, sans avoir besoin de ta force, de ton courage et de ta détermination. Sans que tout, ABSOLUMENT TOUT, ne me ramène à toi. Je veux pouvoir respirer à nouveau, ressentir à nouveau autre chose que de la tristesse, de la peine ou du désespoir. Je veux pouvoir sourire à nouveau. Je veux pouvoir être là, auprès des miens, entière, et pas juste en étant l'ombre de moi-même. Mais je ne peux pas ! Je ne peux rien faire de tout cela tant que tu es là, m'apparaissant toutes les nuits, hantant mes jours. HA, j'en arrive même à rêver que tu es finalement en vie, tu vois à quel point je deviens cinglée ! Tu me rends folle ! » ricane t'elle nerveusement, en se passant les mains dans les cheveux.

A ce moment là, je comprends. Je comprends qu'elle pense rêver. Elle pense que tout ceci n'est que le fruit de son imagination. Elle m'a d'ailleurs dit une fois qu'elle était persuadée de voir Finn peu de temps après sa mort, ne l'acceptant pas et n'ayant pas fait son deuil, elle se sentait hantée par lui. Aujourd'hui, elle pense que je ne suis que son mauvais rêve.

Alors je m'avance, sans lui laisser l'opportunité de reculer à nouveau. Je la vois mettre sa main entre nous, comme pour me signifier de m'arrêter, mais je ne l'écoute pas. Ni elle ni personne ne m'ordonne ce que je dois faire. Je lui saisis le visage, et plonge mon regard dans le sien en lui maintenant la tête bien droite face à moi. J'approche mon front du sien, jusqu'à le toucher, et je sens toute la tension de son corps sous mes doigts, juste avant que ses larmes ne viennent les humidifier. Son souffle se mêle au mien, et mes lèvres se mettent alors à trembler. Je perds toute contenance, et deviens aussi vulnérable qu'elle à cet instant.

« Touche-moi Clarke. » lui murmuré-je, entre deux sanglots ravalés. « Touche-moi, sens-moi. »

Je la sens hésitante, luttant contre son envie de succomber mais n'accordant pas à son esprit le bénéfice du doute. Elle pose malgré tout ses mains sur les miennes, pour essayer dans un premier temps de me faire lâcher prise, mais je tiens bon. Après quelques secondes de lutte, elle se résigne et abandonne enfin ses mains aux miennes, alors que nos fronts sont toujours l'un contre l'autre. Elle est haletante, et je peux enfin sentir à nouveau sa poitrine se soulever, tant sa respiration redevient intense et profonde. Des larmes coulent sur mes joues sans même que je ne m'en aperçoive, et lorsque j'ouvre les yeux, elle me regarde. Sa bouche a quelques millimètres de la mienne, elle pose son nez contre le mien et y sent une larme qui en dévale la courbe. Sa main caresse à présent ma joue, et tente de la sécher, tandis que la deuxième me touche le contour de l'œil, la mâchoire, pour finir sur ma lèvre qu'elle effleure. A mon tour, je lui caresse la joue, et lui relève une mèche de cheveux qui s'est perdue sur ses lèvres. Nos regards ne se quittent pas, et il ne s'en dégage à présent que l'amour infini que l'on se porte. Je lui souris, toujours silencieusement, et elle me le rend, dans un petit rire presque désabusé. Je lis cependant dans ses yeux qu'un doute persiste. Alors je m'approche délicatement, et lui saisis la nuque de la main gauche, tandis que ma main droite va chercher la courbe de son dos sous son manteau et l'attire contre moi. Je sens d'ailleurs une arme, accrochée à sa ceinture dans un étui. Je vais chercher ses lèvres, doucement, fébrilement, et lorsque je les trouve, je m'y abandonne totalement, l'amenant avec moi dans ce baiser tendre, mais passionné. Je brise cependant rapidement notre étreinte, pour plonger à nouveau mon regard dans le sien.

« Es-tu réellement là ? » me demande t'elle, dans un soupir.

Je lui attrape alors la main, et la regarde un instant. Puis, je lève mon haut, et lui fais toucher ma peau. Sa main est glacée, et son contact me donne un frisson qui paralyse mes sens. Peu importe, elle a besoin de savoir que je suis bien en vie. Alors malgré la douleur que ma blessure me procure encore, j'y appose dessus la main glacée de Clarke, puis en relâche la pression pour la laisser découvrir par elle-même. Son regard se durcit, et elle fronce un instant les sourcils. Puis elle esquisse un sourire en coin, et radoucit les traits de son visage pour désormais laisser place au soulagement, tout en contournant ma cicatrice, encore toute fraiche et enflée.

Je lui relève le menton, et lui souris à mon tour.

« Je crois que j'ai des explications à te donner… » lui dis-je.

« Pas maintenant. »

Et soudain, elle m'embrasse passionnément en m'attirant contre elle. Sa main glisse délicatement sur mon ventre, en prenant soin de ne pas me blesser, pour aller se poser sur mes hanches, tandis que son corps entier fait pression contre le mien. Je succombe totalement à son amour et sa tendresse, pour lesquels je suis revenue. Nos lèvres fusionnement, nos corps communiquent, et nos âmes elles, s'unissent à cet instant. J'aurai donné ma vie pour elle, et aujourd'hui je peux dire qu'elle l'a sauvée. Aujourd'hui, je revis enfin, après des semaines de doutes, de combat, de solitude et de survie. Aujourd'hui, par ses baisers, elle me fait à nouveau me sentir vivante. Totalement vivante.

« Tu m'as tellement manquée. » me chuchote t'elle entre deux baisers.

« Je serai toujours avec toi. » lui réponds-je, aimante, et oubliant l'espace d'un instant nos statuts et nos responsabilités.

Elle s'interrompt et me regarde pendant quelques secondes en silence, comme pour scruter mon âme, à la recherche de quelque chose en particulier.

« Tu as raison, on a beaucoup de choses à se dire. » me répond t'elle simplement dans un sourire, malgré ce sérieux qui ne la quitte presque jamais.


Je marche silencieusement, Clarke à mes côtés. Mon pas n'est pas tout à fait aussi léger que d'habitude, en raison de la douleur omniprésente dans mon abdomen. Parfois je souffle et serre les dents. Mon corps est donc beaucoup plus lourd que d'habitude, mais mon cœur beaucoup plus léger que ces dernières semaines, et je n'en suis que plus ravie. Je stoppe mes pas pour regarder le ciel étoilé. La lune est particulièrement belle et grosse ce soir, et le ciel clair. Je crois n'avoir jamais vu un tel tableau, et je me demande même depuis combien de temps la lune n'a pas été aussi majestueuse, ni même si elle l'a déjà été un jour. Les nuances de bleus qui tapissent le ciel sont magnifiques et très rares par ici. Je ne peux m'empêcher de sourire en les contemplant, sereine. La beauté et le silence de ce moment me procure un frisson de plaisir, que je n'ai pas ressenti depuis ce qui me semble être une éternité. J'inspire profondément, et garde ce sourire en coin, lorsque je sens sa main se glisser dans la mienne. Je ne décroche pourtant pas mon regard de ce magnifique spectacle qui se joue devant nous, mais sens bien le sien posé sur moi.

« Lexa… »

Je sais ce qu'elle veut savoir. Je sais pertinemment que le moment est venu d'aborder ce sujet. Je ferme les yeux une demi seconde, en cherchant la meilleure façon de commencer cette discussion que je redoute.

« Je t'ai vue mourir sous mes yeux… Comment ? Comment peux-tu être là ? C'est impossible… » me demande t'elle, tandis que son regard vient de changer.

« Je suis pourtant bien là, Clarke. Mais.. » tenté-je de lui répondre, mal à l'aise et cherchant mes mots, tandis que les battements de mon cœur s'accélèrent. « Mais tout n'a pas été facile. Peut-on s'asseoir s'il-te-plait ? »

« Bien sûr. » s'empresse t'elle de me répondre en cherchant du regard un endroit adéquat.

Nous nous dirigeons vers un rocher et là, elle m'aide à m'asseoir. La blessure est encore très douloureuse, et pourtant cela fait des jours que j'ai repris la marche pour ne pas laisser mon corps se paralyser. Elle pose sa main sur mon haut, et me demande de la laisser regarder. La lumière de la lune nous éclaire bien, et elle peut ainsi voir la chair de poule qui se manifeste à la surface de ma peau lorsqu'elle l'effleure délicatement. Les connaissances médicales de Clarke m'auraient été surement précieuses si elle avait pu être à mes côtés pendant ma convalescence, mais je savais que c'était impossible. Et qui plus est, je n'étais pas réellement moi-même, et suis donc heureuse qu'elle ne m'ait pas vue ainsi. Je serre les dents lorsqu'elle appuie légèrement sur le contour de la cicatrice, ce qui l'inquiète. L'inflammation est encore bien présente, mais je n'ai pas encore mis ce soir le cataplasme de plantes antalgiques et anti-inflammatoires, que je m'appose dessus trois fois par jour en temps normal depuis que la plaie est refermée.

« Luna me prépare un cataplasme que j'appose dessus, rassure-toi. »

« Les plantes ne sont peut-être pas suffisantes Lexa, tu as perdu beaucoup trop de sang, et la plaie est encore bien trop inflammée. Tu as besoin de médicaments, et je peux te trouver cela. Tu dois venir avec moi au campement. »

« Je ne peux aller nulle part Clarke. » lui réponds-je, le regard fermé. « Je ne peux ni retourner à Polis, ni aller auprès des tiens. Personne ne sait que je suis en vie hormis Luna et ma mère, et c'est bien mieux ainsi. Dans l'immédiat, tout du moins. »

« Ta mère ? C'est donc elle que j'ai vu toute à l'heure. Mais… Lexa… Je ne comprends pas, j'ai besoin d'explications. Mais avant, laisse-moi vérifier quelque chose » me dit-elle, le regard grave, tandis qu'à présent elle me palpe le dos, au même niveau que ma blessure. « La balle n'est pas ressortie, et je n'ai même pas pensé à vérifier lorsque tu te… vidais de ton sang sous mes mains. »

« Si, rassure-toi. Titus me l'a extraite. »

Elle me regarde, surprise, en écartant les yeux, la bouche à moitié ouverte.

« Titus te l'a extraite ? Mais avec quoi, comment ? Quand ? »

« A Polis. »

« Je ne comprends pas, je l'ai vu emporter ton corps, et… »

Je prends une profonde inspiration, et la regarde à présent, avec un air sérieux.

« Lorsque Titus m'a sortie de la chambre, j'étais complètement inconsciente, en train de mourir, et il avait des ordres si quelque chose m'arrivait. Son rôle était de protéger la Flamme, l'esprit des Commanders, coute-que-coute. Mais… »

« Il t'a tiré dessus Lexa ! » s'emporte t'elle subitement.

« Je sais bien, Clarke. Mais c'était une erreur. » lui réponds-je, calmement.

Elle se lève, et me fait à présent face, complètement désemparée par mon calme et ma sérénité quant à ce qu'il s'est passé.

« Une erreur qui t'a couté la vie, et qui a eu des conséquences que tu ne peux même pas imaginer…. Lexa… »

« Nous faisons tous des erreurs, Clarke. Et nous devons tous en assumer les conséquences. Titus m'a peut-être tiré dessus, mais il m'a aussi sauvé la vie. Il avait des ordres, les a suivis, et a fait son devoir jusqu'au bout. Peut-on avoir meilleur témoignage de fidélité ? »

« Des ordres hein… » me rétorque t'elle, d'un air narquois. « Sais-tu ce qu'il a fait par la suite ? Non, bien sur, parce que tu étais à moitié morte. Eh bien je te dirai ensuite ce qu'il a fait. »

« Il t'a désignée Fleimkepa, n'est-ce pas ? » lui demandé-je en haussant un sourcil, provocatrice.

« Comment le sais-tu ? »

Sa surprise se lit sur son visage, et je lui demande d'un geste de la main de s'asseoir à nouveau à mes côtés afin que nous puissions reprendre notre discussion calmement. Elle s'exécute malgré une hésitation.

« Je te l'ai dit, Titus avait des ordres, et je le connais. S'il t'avait fait du mal, je l'aurai tué de mes propres mains. Lorsque j'étais en train de me vider de mon sang, c'est pour cela que je lui ai fait promettre de ne jamais te faire de mal à l'avenir. Il savait toute l'estime que j'ai pour toi, et il n'a jamais été d'accord. »

« Inutile de me le préciser. »

« Titus était Gardien de la Flamme, et son devoir est toujours passé avant tout, mais il m'aimait malgré tout profondément. Il m'a formée, m'a transmis tout son enseignement, et m'a toujours protégée. Pas uniquement parce que j'étais Heda, mais parce qu'il était attaché à moi. Nous avons partagé de nombreuses années ensemble, et son amour pour moi était sincère. Sa fidélité tout autant. Il ne m'a jamais manqué de respect, ni ne m'a défiée. Il aurait donné sa vie pour moi… Et j'ai compris que c'était exactement ce qu'il s'était passé lorsque Luna m'a rapporté qu'Ontari était montée sur le Trône. De manière illégitime… »

Cette pensée me fait serrer les dents, et me rappelle Nia, et son enseignement. Je desserre néanmoins la mâchoire pour continuer, après quoi, j'aurai à mon tour des questions à poser à Clarke.

« Les ordres de Titus était de sauver coute-que-coute l'Esprit des Commanders, et là, lui seul savait quoi faire pour cela. Il m'a été transmis lors de mon Ascension après le Conclave, et devait être transmis au prochain Heda. Je pense que Titus m'a dans un premier temps pensée morte, et il a retiré la Flamme. C'est ce qu'il devait faire, malgré les risques encourus.»

« Lexa… Aden et tous les autres sont morts, la Flamme n'a pas été transmise… » me dit-elle, peinée. « Je suis vraiment désolée. »

« Je sais… Je sais qu'Ontari les a tous massacrés, lâchement. » lui réponds-je en serrant le poing de rage, et de regret de ne pas avoir pu empêcher cela. « Je connais Titus, il n'aurait jamais permis qu'elle monte sur le Trône. C'est pourquoi j'ai compris qu'il avait fait de quelqu'un d'autre le nouveau Fleimkepa, afin de protéger la Flamme et d'ainsi accomplir son devoir jusqu'au bout. Avec lui, elle n'était plus en sécurité avec Azgeda sur le Trône, le temps qu'elle soit à nouveau transmise. C'était un risque qu'il ne pouvait pas courir, et malgré son aversion pour toi, il savait aussi que tu étais celle qui aurait été mon choix. Et, je te le dis Clarke, Titus me respectait. Je le connais. Il ne serait pas non plus resté au service d'Azgeda, et d'Ontari. Cacher la Flamme était pour lui la seule manière de lui ôter toute légitimité, parce que n'ayant pas été formée à Polis, elle ne connaissait pas la lignée des Commanders, et cela fait partie intégrante du rituel de l'Ascension. Sans cela, sa légitimité était remise en cause par les autres clans. Cela m'a donc paru logique qu'il cache la Flamme, et qui d'autre que toi ? »

« Mais… tu savais donc… ? »

« Non, je n'en étais pas sure, j'espérai qu'il en soit ainsi. Tu me l'as confirmé toute à l'heure en me posant la question de cette façon. » lui réponds-je en esquissant un sourire, ce qui occasionne chez elle une certaine gêne. « J'avais donné pour ordres à Titus si jamais il m'arrivait quelque chose de faire donc son devoir avec la Flamme, mais il y avait un sujet qui n'était que très rarement abordé entre nous, et pour lequel nous n'avons jamais été d'accord… Enfin, il n'a jamais été d'accord avec moi serait plus juste. »

« Luna… »

« Oui, Luna. »

« C'est la huitième Natblida dont tu ne m'as jamais parlé n'est-ce pas ? Titus, lui, l'a fait. Et j'ai déjà rencontré Luna, mais tu dois déjà le savoir. »

« En effet, je le sais. Il y a beaucoup de choses que tu ignores Clarke, beaucoup d'éléments auxquels tu n'as pas de réponses et auxquels tu voudras en avoir un jour. Mais nous parlerons de Luna plus tard. Quoi qu'il en soit, Luna était donc le sujet de discorde principal entre Titus et moi. Mais il savait que je la portais en estime et que je lui faisais confiance, contrairement à lui. Quand je te dis que Titus m'a sauvée la vie, c'est parce que juste après m'avoir extraite la balle à Polis, très certainement en utilisant le matériel dont il disposait, il m'a faite venir jusqu'ici, auprès d'elle, dans le plus grand secret. J'étais mourante, et il ne savait pas si j'allais survivre. Me retirer la Flamme, c'était aussi assurer ma survie, si je devais survivre. S'il me l'avait laissée, en cas que passation de pouvoir, il ne l'aurait pas eu, et un nouvel Heda n'aurait pas pu être désigné. J'espérai que ce soit Aden. Mais le rituel de l'Ascension n'aurait pas pu être complètement accompli sans elle. Il a tout fait pour que je survive, refusant surement de se résoudre à ma mort de sa main, et finalement, il a ainsi protégé la Flamme après la prise de pouvoir d'Ontari. Si quelqu'un pouvait un jour me retrouver Clarke, c'était toi. Luna m'a donc cachée. Qui mieux qu'elle pour cela ? Ca lui a d'ailleurs beaucoup couté, tu sais. Sans Luna, je ne serai plus là, Clarke. »

« Mais comment Titus a t'il pu te faire sortir de Polis sans que personne ne sache rien ? » s'étonne t'elle.

« Je ne sais pas, Titus était très respecté, et s'il y avait la moindre chance de me sauver, il aurait été prêt à tout. Je ne sais pas non plus comment il a pu trouver Luna, il ignorait où la chercher. »

« Oui il l'ignorait, il me l'a dit lui-même lorsqu'il m'a remis la Flamme. »

« Il l'ignorait mais il a quand même réussi. Luna connaît ses terres comme personne, mais pour savoir où la chercher… Nous n'étions que deux à savoir. Lincoln et moi. Et malgré tout, Titus a su la trouver. »

« Lincoln ? Tu connaissais personnellement Lincoln ? Enfin je veux dire…»

« Oui je connaissais Lincoln, Clarke. Je le connaissais depuis des années, nous étions très proches il y a très longtemps, avons grandit ensemble et… » peiné-je à continuer. « Sa mort m'a réellement attristée, beaucoup plus que tu ne peux surement l'imaginer, tout comme Luna l'a aussi été... »

Je peux voir Clarke qui meurt d'envie de me poser plein de questions concernant ce passé qu'elle ignore, mais elle sait comme moi que le moment n'est pas venu. Pour l'instant, il est question d'autre chose.

« Il y a tellement de choses que j'ignore sur toi visiblement. » constate t'elle en baissant les yeux.

Je lui saisis alors doucement la main, et lui en caresse le dessus.

« Je te raconterai tout, je te le promets. »

« J'y compte bien, parce que je ne comprends pas comment et pourquoi Luna t'a cachée. Mais je comprends cependant pourquoi elle a refusé la Flamme les deux fois où je lui ai demandé de la prendre. Parce que tu étais toujours en vie. »

« Non, Luna la refuse depuis toujours par conviction. Cela remonte au Conclave qu'elle a fui parce qu'elle ne voulait pas devenir Heda. Elle n'a jamais voulu de ce titre, ni des responsabilités qui viennent avec. »

« Mais… » me questionne t'elle, incompréhensive.

« J'ai laissé fuir Luna pendant le Conclave, et j'ai toujours ordonné à Titus de ne jamais la chasser, contrairement à ce j'aurai dû faire. Il ne peut rester qu'un seul Natblida à l'issue du Conclave. Nous avons un lourd passé en commun, et j'ai toujours choisi de laisser Luna en vie. Mais si quelqu'un l'apprenait, on mettait toutes les deux nos vies en danger… »

Lorsque je lui dis cela, je sens mon cœur saigner à nouveau. J'ai la gorge qui se serre, et ma blessure me tiraille de l'intérieur. Je pense à Costia qui en a payé le prix fort, il y a maintenant plusieurs années. Mais cela, Clarke l'ignore. Elle ignore tellement de choses de mon passé, et je sais qu'un jour viendra où elle me posera des questions sur Costia. Je ne me sens juste pas la force d'aborder ce sujet maintenant. Et je n'en ai pas envie.

« Donc Luna t'a rendu la pareille. »

« En quelques sortes. Luna m'a cachée là où personne ne peut me trouver. Et personne ne me cherche. J'ai pu passer ces dernières semaines de convalescence ici, veillée par la seule personne en qui elle pouvait avoir confiance pour cela. Elle ne pouvait pas le faire elle-même, étant chef de clan, elle ne pouvait être présente jour et nuit, elle a malgré tout des responsabilités. Ma mère, qui se trouvait auprès d'elle depuis des années, s'en est donc chargée. J'ai passé deux semaines Clarke à me battre pour survivre. A soigner mon infection, à faire cicatriser ma plaie, à littéralement me battre pour ma propre vie. J'aurai pu abandonner plusieurs fois, la mort n'est pas la fin tu le sais, et je l'accepte totalement. Mais quelque chose ici me retenait, comme une impression de ne pas en avoir fini avec cette vie. Comme une sensation que je devais rester ici encore quelques temps. Comme… » continué-je, en détournant mon regard vers elle, pour la voir essuyer une larme.

« Nous avons besoin de toi, Lexa. » me répond t'elle, très sérieuse, tout en reniflant. « J'ai besoin de toi, ton peuple a besoin de toi. »

Je reste silencieuse.

« Tu ne sais pas comment est le monde derrière ces falaises. Tu ne sais pas ce que nous avons traversé depuis que tu as quitté Polis. Ton peuple saigne, le monde que nous avons connu est à nouveau en proie à la guerre. Tu dois revenir, Lexa. Nous avons tous besoin de toi. »

« Je ne sais pas si j'en suis capable, pas dans l'immédiat en tout cas. »

« Comment cela ? Tu es Heda, Lexa, et… » me dit-elle, en attrapant la boite métallique dans la poche intérieure de mon manteau. « Ce n'est pas cela qui te définit. »

Elle me présente cette petite boite que je connais si bien, héritage de Becca PramHeda. Cette boite que je connaissais même avant mon Conclave. Lorsqu'elle me la tend, je la saisis, et la regarde en la faisant tourner dans mes doigts.

« Tu étais déjà tout cela avant même ton Ascension. »

Lorsqu'elle me dit cela, je relève la tête et la regarde. Ses mots résonnent en moi, comme une vérité que je ne peux effacer et qui coule dans mes veines. Clarke me regarde, combative, et déterminée. Dans ses yeux brille cet espoir que je ne lui ai pas revu depuis si longtemps.

« Je me suis agenouillée devant toi, Lexa. Oui, je l'ai fait parce que c'est ce que tu voulais, et ce qui assurait à mon peuple la prospérité à laquelle il aspire. Mais je me suis aussi agenouillée devant toi parce que je crois profondément, et je sais, que tu peux faire tout ce que tu veux, pour arriver à tout ce pour quoi tu te bats. Je crois en toi. Tu peux les fédérer, et leur montrer une autre voie. Tu pouvais le faire avant, tu l'as même déjà fait, et tu peux toujours le faire aujourd'hui. Sans toi, Heda, Polis est tombée. La Coalition est presque complètement anéantie, tout ce pour quoi tu t'es battue est en train de s'effondrer. Je veux bien me battre, mais je ne peux pas le faire seule. C'est pour cela que je venais chercher Luna, et j'ai trouvé encore mieux. J'ai trouvé l'espoir que je n'espérais plus. Je t'ai trouvée toi, Lexa. Toi ! Celle qui a tout créé, et dont tout le monde a besoin. Je sais ce que tu es capable de faire. Je sais que tu es la seule à pouvoir les fédérer, et les rallier à toi. La seule à pouvoir les faire parler d'une seule et même voix. La seule qu'ils peuvent encore respecter, et suivre. Et j'ai besoin de toi. On a tous besoin de toi si on veut espérer pouvoir survivre. »

« Survivre ? » lui demandé-je, inquiète d'entendre à nouveau ce mot de sa bouche.

Elle souffle, et lève les yeux au ciel avant de les replonger dans les miens.

« Après ta mort, une intelligence artificielle, créée par une scientifique qui vivait sur Terre avant qu'elle ne soit détruite et ne devienne le monde que nous connaissons aujourd'hui, a fait beaucoup de dégâts, soumettant beaucoup d'entre nous. »

« Attends, une intelligence artificielle ? »

« Oui, comme un gros ordinateur autonome, plus ou moins. Capable de penser par elle-même. De la technologie que vous n'avez pas ici, enfin, que vous ne connaissez pas. En résumé, il y a presque cent ans, une scientifique s'est réfugiée dans l'espace pour échapper aux missiles nucléaires qui ont détruits la Terre, la rendant inhabitable pour nous. J'ai grandi dans l'espace tu le sais, et nous pensions que la Terre était inhabitée et inhabitable, tu le sais bien aussi. Cette intelligence artificielle est responsable de ce qu'il s'est passé il y une centaine d'années. La scientifique qui l'a créée est ensuite revenue sur Terre, pour protéger une autre forme d'intelligence artificielle qu'elle avait aussi créée, qui était la clé pour neutraliser la première. »

« J'ai du mal à te suivre. » lui dis-je, confuse.

« Je sais. Tu étais la clé, Lexa. Enfin, pas toi, mais ce que tu appelles la Flamme. L'esprit des Commanders. La scientifique en question, c'est Becca. Celle que tu appelles Becca PramHeda. »

« Que veux-tu dire exactement ? »

« Que cette chose… » me dit-elle, en touchant la boite que je tiens toujours dans mes mains. « … n'est pas que l'esprit de tes ancêtres. La Flamme est une technologie très puissante qui m'a permis de neutraliser ALIE. Becca l'a rendue utilisable uniquement par un nightblood, comme elle l'était elle-même. Les nightbloods sont aussi les seuls capables de résister à certaines radiations nucléaires, c'est d'ailleurs pour cela qu'elle a été en mesure de descendre de l'espace pour revenir sur terre si peu de temps après les radiations. »

« Mais comment sais-tu tout cela ? » lui demandé-je, sceptique et déconcertée.

« Par le journal de Becca, que m'a donné Titus. Tout ce que lui prenait surement pour des symboles ne sont en fait qu'un langage scientifique, que nous sommes en train d'essayer de déchiffrer totalement. Raven passe tout son temps dessus. Becca a laissé une trace de ses recherches et heureusement. Les natblidas comme toi, Lexa, possèdent quelque chose de spécial, vous êtes les seuls à priori qui pourront survivre à ce qui se prépare. »

« Tu es en train de me dire que nos croyances ne sont que des mensonges ? » lui dis-je, en me levant, quelque peu contrariée.

« Non, absolument pas. Mais que sais-tu de Becca ? Que c'est la première Commander, et qu'elle est descendue du ciel. Je ne remets pas en cause vos traditions ni vos croyances, je tente de t'expliquer ce par quoi nous sommes passés depuis « ta mort ».»

Je regarde la Flamme, et décide de laisser Clarke continuer. Mon regard s'intensifie lorsque je le pose à nouveau sur elle, je suis attentive.

« ALIE était à la recherche de la Flamme parce qu'elle savait que c'était l'arme en quelque sorte qui pouvait la stopper. ALIE ôtait à toute personne son libre-arbitre, donnant accès à leur esprit à un monde idéal, sans peine, ni douleur. Un peu ce que nous recherchons tous, mais là, elle ne nous laissait pas le choix. Plus il y avait de personnes dans ce monde qu'elle avait créé, appelé la Cité des Lumières, plus elle prenait de la puissance, contrôlant tout et tout le monde. Je ne rentre pas dans les détails techniques, que moi-même je ne les connais pas, c'est Raven la pro pour ca. Mais elle n'a épargné personne, Lexa. Quand nous avons compris que la Flamme était la clé pour l'arrêter, nous avons essayé de l'activer. Mais pour cela il nous fallait un Nightblood, et Luna a refusé d'être mêlée à ce combat. ALIE nous a suivi lorsque nous l'avons rencontrée, et elle… »

« Luna a été obligée de tuer Derrick, je sais. »

« Et j'en suis réellement désolée, crois-moi. J'étais désespérément à la recherche d'une solution pour essayer de sauver tout le monde mais je n'en voyais pas. J'étais seule, Lexa. Je ne me suis jamais sentie aussi seule que dans ce combat après t'avoir perdue. »

Je peux à présent voir ses lèvres trembler légèrement, mais sans succomber à ses émotions. Si j'avais été là pour protéger mon peuple et la soutenir, cela se serait peut-être passé différemment. Elle continue, plus forte que jamais.

« Puis j'ai pris la décision la plus risquée et la plus désespérée qui soit. J'étais prête à perdre le peu qu'il me restait pour tenter l'impossible. Activer moi-même la Flamme. » continue-t'elle.

Lorsqu'elle me dit cela, j'ai du mal à saisir, elle n'est pas natblida. Seule une natblida peut recevoir la Flamme, et même si elle parle d'activation, je comprends qu'au fond nous parlons de la même chose lorsque moi je pense à notre droit de naissance en tant que natblida. A mon regard, elle peut comprendre que je n'aurai jamais toléré cela. Mais je peux cependant accepter que son devoir de sauver les nôtres alors que j'étais dans l'incapacité d'être là l'ait poussée à agir ainsi. Là où certains pourraient voir de l'inconscience de sa part, je n'y vois que du courage et un profond sens du devoir. Et si Clarke doute de ses capacités à bien mener son peuple, ce n'est pas mon cas. C'est d'ailleurs pour cette raison que les Skaikru font désormais partis de ma Coalition.

« Que s'est-il passé ? » lui demandé-je.

« Je ne pouvais supporter la Flamme sans mourir qu'en ayant du sang de Natblida dans mon corps, en quantité suffisante pour me laisser le temps de trouver le moyen de battre ALIE dans ce monde qu'elle avait créé. J'ai donc dû lier les deux intelligences artificielles. Avec l'aide de ma mère, j'ai reproduit le même principe qu'à Mount Weather, en utilisant le sang d'Ontari qui était en mort cérébrale à ce moment-là. C'est-à-dire que son corps vivait toujours, mais son cerveau non. Je me suis mise la Flamme, et ai avalé une pilule d'ALIE me donnant accès à la CoL. Bref, là-bas j'étais en train de mourir, trop faible, ne sachant pas réellement quoi chercher, ni comment gagner ce combat pour lequel je ne voyais pas d'issue, quand… »

« Quand quoi ? »

« Quand tu es arrivée. »

Je la regarde, à demi-surprise. Mon regard se radoucit, et je croise mes bras devant moi. Je suis toujours debout face à elle, et peux voir le soulagement qu'elle a vécu à ce moment-là. Je ne peux m'empêcher de sourire, malgré mon scepticisme concernant toutes ces technologies que je ne connais pas.

« Mon esprit était avec toi, si tu avais la Flamme en toi, cela ne m'étonne pas. » lui dis-je, dans un sourire. « Je n'ai pas besoin de science pour savoir cela, les esprits des anciens commanders me guident depuis des années. Il m'arrive de les sentir dans mes rêves, et même de leur parler. Je te l'ai déjà dit. »

« Oui c'est vrai, mais je m'attendais à tout, sauf à toi. Tu sais, pour moi à ce moment-là, imaginer ton esprit dans une intelligence artificielle, dans de la technologie, c'était très compliqué. J'espérais quelque chose en quoi j'avais beaucoup de mal à croire. Pour nous, la Flamme est davantage une technologie, pas un.. pas une part de ton esprit, comme une part de toi.»

« Pourtant, elle a été une part de moi pendant des années. » lui réponds-je en désignant la boite métallique. Et je t'avais dit que mon esprit choisirait judicieusement. »

Elle esquisse un sourire et se lève à son tour, pour à présent me faire face. Là, elle entoure mes mains des siennes, et y applique une légère pression.

« C'est aussi ce que tu m'as dit là-bas. Enfin ton esprit ou peu importe. Tu m'as sauvée, et m'a guidée. Puis tu m'as laissée, et est partie te battre en me laissant franchir cette porte de sortie seule. »

« Je serai toujours avec toi, ici ou ailleurs. » lui dis-je doucement, en lui caressant une joue.

« Je sais. Tu es partie parce que c'était ce que tu devais faire, pour me laisser le temps nécessaire. Et j'ai parfois encore du mal à l'accepter, mais sans toi je n'aurai pas pu le faire. Je n'aurai pas pu réussir. Je t'ai perdue une première fois, et je t'ai vue repartir une deuxième fois. Pour toi ce n'était peut-être pas réel, mais pour moi si. Je l'ai bien vécu. » me dit-elle, en appuyant davantage sa joue contre ma main.

« Je suis désolée. Je suis tellement désolée de n'avoir rien pu te dire pendant tout ce temps. Je n'avais pas le choix Clarke, je devais me soigner. Je ne peux pas revenir à Polis dans cet état, je ne peux pas maintenir ma Coalition comme cela, je suis trop faible. Mais je suis là, et je ne partirai pas. Nous sommes ce que nous sommes.»

Je tiens à présent ses deux joues entre mes mains et plonge mon regard dans le sien. Puis j'approche mon visage et lui dépose un tendre baiser sur les lèvres. Sa chaleur enivre mon corps, et mon amour apaise son âme. Lorsqu'elle brise notre baiser, elle pose sa main sur ma poitrine, comme pour sentir les battements de mon cœur.

« Nous avons tous besoin de toi, Lexa. J'ai besoin de toi. »

« Et moi, j'ai besoin de t'aimer ce soir. » lui dis-je en repartant à la rencontre de ses lèvres.

Je la sens me serrer contre elle, et m'embrasser passionnément, mais délicatement. Mêlant et équilibrant parfaitement douceur et fermeté. Passion et désir. Sa main vient parcourir l'échancrure de mon dos, et les miennes descendent sur ses épaules. Puis je la sens venir déposer un baiser dans mon cou, alors que je lui tends encore un peu plus, l'incitant à continuer. Je passe mes doigts dans ses longs cheveux blonds, et lui attrape le derrière du crâne pour trouver à nouveau sa bouche qui remontait d'elle-même vers la mienne. Je sens mon souffle changer, et dans une infinie douceur, elle me saisit à présent la main, et l'embrasse. Je lui attrape et l'entraine avec moi vers le haut de la plage sous le ciel étoilé, qui est en train de se voiler. Le vent se lève, soulevant au passage ses cheveux lâchés. Main dans la main, nous remontons vers cette grotte dans laquelle j'ai été si seule pendant des semaines entières. Mais Clarke va changer cela cette nuit. L'air s'humidifie, et je la sens accélérer le pas. Nous ne sommes qu'à une dizaine de mètres de l'entrée lorsque nous sentons une grosse goutte nous tomber dessus. Là, je stoppe mes pas, et l'attire à nouveau vers moi, en regardant le ciel. Elle fait de même, et lorsque les gouttes tombent de plus en plus, elles commencent à mouiller nos deux visages. Nous restons ainsi quelques secondes, à nous délecter de cette fraicheur que nous procure la pluie sur nos deux peaux. Je la regarde et la serre contre moi en l'embrassant tendrement. Puis je lui prends la main pour l'attirer à l'intérieur, alors que dehors les premiers coups de tonnerre se font entendre. En s'enfonçant un peu plus dans la pénombre de la grotte, nous avançons un peu plus vers ce petit feu, qui brule quasiment constamment, et que Luna a surement pris soin d'entretenir avant de partir. Seule source de chaleur et de lumière dans la nuit noire, c'est très sommaire, mais suffisant. Sur le sol reposent une armature de lit, fabriquée de manière très rudimentaire à l'aide de morceaux de bois et lanières de cuir, et quelques couvertures de peau dessus. Et de quoi cuisiner presque à côté. Je regarde Clarke en souriant, mais elle, en voyant cela, ne trouve rien de mieux à faire que de se pendre fougueusement à mes lèvres, brulantes de désir. Délicatement, elle passe ses mains sous mon haut pour caresser mon ventre, puis se baisse pour l'embrasser. La sensation sur la blessure n'est pas très agréable, mais elle a toute ma confiance quant à sa douceur. Puis en remontant et nappant mon abdomen de baisers tous plus tendres les uns que les autres, elle remonte en même temps mon haut pour me l'ôter. Là je lui retire son manteau, dévoilant des épaules déjà à moitié dénudées par son haut troué à cet endroit. Je souris, et lui défais le lacet qui le maintient en place. Lorsque je passe mes mains sur la ceinture de son pantalon, mes doigts buttent sur cet étui de cuir qui y est accroché dans son dos. Délicatement, elle passe sa main sur la mienne, pour en saisir l'arme qui se trouve dedans, et qu'elle me présente alors. Je souris, et l'observe. Dans ses mains, se trouve le poignard de mon père, arme la plus précieuse que je possède, et qu'elle a surement pris soin de récupérer à Polis et de protéger pour moi. Je lui prends des mains et l'observe quelques secondes, profondément touchée par ce geste, tandis que je la vois ne pas pouvoir détacher son regard du mien. Puis elle m'attire délicatement contre elle, et m'entraine avec elle en s'allongeant sur le lit, avant de caresser mon dos à présent nu. La chaleur de son corps sous le mien m'a tellement manquée. Je l'embrasse et me rappelle à quel point c'est bon de l'aimer. A quel point elle me donne la force de continuer. A quel point elle sait me rappeler que vivre signifie tellement plus que seulement survivre. A quel point elle me rend vivante, tout simplement.

Demain sera un autre jour, avec son lot de décisions importantes à prendre, mais ce soir il n'y a qu'elle et moi. Elle et moi défiant le temps et l'espace. Elle et moi honorant la vie et repoussant la mort. Elle et moi, ne faisant qu'une. Et ce soir, pendant ces quelques heures, j'ai envie d'oublier le reste du monde, et de vivre pour nous. Et uniquement pour nous et pour notre Amour.