Hey, les gens !
Un énorme merci à Pisces-Arkady, à MHE2 et à CCM Blinded Watcher pour leurs adorables reviews ainsi qu'à Awakken pour suivre cette petite fic.
Aujourd'hui, un nouveau chapitre très court, pas formidable, mais nécessaire avant le prochain chapitre que j'ai déjà pratiquement fini. Mais je ne veux pas vous bombarder de chapitres dans la figure, autant les poster un à un et vous laisser le temps de les découvrir.

Je me suis énormément inspirée de la chanson "Not Alone" de Red et de "Lost On You" de LP pour écrire ce chapitre, pas tant pour les paroles mais surtout pour les sentiments très forts qu'elles m'ont donnée...

En espérant que ça vous plaise, je vous souhaite une bonne lecture.


CHAPITRE 2 : STASE


Debout dans la cuisine, Donatello attendait patiemment que le café coule dans son mug violet légèrement ébréché, le coeur battant lourdement derrière son plastron ocre traversé par les bretelles en cuir de son pantalon. Ce soir-là était silencieux, d'un calme presque mortuaire...d'ordinaire, c'était toujours vers cette heure-là que les frères partaient faire leur habituelle sortie dans la ville pour profiter des lueurs et des animations de New-York. Mais Leonardo avait refusé. Encore. Et face à ce refus indiscutable, comme tous les autres jusqu'alors, les frères n'avaient eu d'autre choix que de se résigner. Encore.
Lassé de ce moment à quatre une nouvelle fois éludé et gâché par les caprices de l'esprit tourmenté de Léo, Raphael s'était enfermé dans sa chambre pour écouter sa musique rock tranquille, menaçant de mort quiconque essaierait de le déranger. Michelangelo s'était également résigné à retourner dans sa chambre pour lire et relire ses comics, sans un sourire et en traînant tristement les pieds jusqu'à son lit. Un pincement au coeur en comprenant que la soirée allait encore une fois se dérouler chacun dans son coin, Donatello avait décidé de se replier dans son laboratoire pour faire de nouvelles recherches, songeant qu'encore une fois il allait devoir s'occuper seul.
Tenant l'anse de son mug fermement, Donatello traversa le salon d'un pas morne et triste, sans pouvoir s'empêcher de jeter un oeil triste vers le dojo où Leonardo s'était reclus pour s'entraîner sans demander son reste à personne.
Comme si rien n'avait bougé. Comme si rien ne se passait.

C'était comme si son frère était séparé d'eux par un mur invisible...comme si l'aîné s'était lui-même enfermé dans une boucle temporelle et infernale, tel des cendres éteintes qui tournoient dans l'âtre froide d'une cheminée. Comme s'il était piégé dans un immobilisme apparent alors qu'en lui, les machinations dévastatrices d'un esprit blessé faisaient bel et bien son oeuvre...

Mais Leonardo avait beau barricader le coffre à triple tour, il avait beau tenter de garder un visage lisse et impénétrable, Donatello savait que quelque chose se passait en lui...quelque chose qui mourait petit à petit...

A vrai dire, Donatello était le seul frère auquel Leonardo s'était un peu confié pendant ces longs mois. Il ne se confiait pas à Raphael ni à Michelangelo par pure fierté : pour ne pas satisfaire l'un de sa faiblesse apparente et pour ne pas décevoir l'autre de cette même faiblesse.
Du fait d'être le troisième de la fratrie, Donatello avait un peu entre les deux âges et constituait la balance parfaite entre Raphael et Michelangelo : il n'était pas assez jeune pour avoir l'insouciance de son petit frère mais pas assez âgé pour prétendre à une concurrence avec l'aîné, comme le faisait Raphael. Donatello était intelligent, mais surtout, il était bienveillant et mature et c'est en cela qu'il aidait énormément Leonardo. Avec lui, Leonardo se sentait écouté, soutenu... Et quand il craignait de lasser Maître Splinter de ses jérémiades et de ses plaintes, c'était vers son frère ingénieur qu'il se dirigeait.
Peut-être aussi lui avait-il parlé ce jour-là pour ne plus répandre sa douleur auprès de Maître Splinter.
Car il avait beau parler à son père, ce dernier avait beau cherché à le rassurer, ses mots n'avaient su panser les blessures de son fils.

Quoi de plus douloureux lorsque l'on ne peut qu'assister à la souffrance de son enfant dans la plus totale impuissance..?


[ Trois mois auparavant... ]

" Léo...Frangin, parle-moi...s'il te plaît..."

Assis sur son lit, une jambe repliée sous sa cuisse, Leonardo leva ses yeux plissés et inexpressifs vers Donatello qui avait insisté pour entrer dans sa chambre et lui parler.
Tenant son katana qu'il nettoyait à l'aide d'un petit chiffon aux rebords effilés par le temps, Leonardo ne cessa d'astiquer machinalement la lame pourtant déjà propre, rétorquant avec froideur et calme en fixant son frère.

" A quoi ça servirait..? "

Puis, baissant le regard vers son arme, comme si elle seule méritait son attention, il murmura tel une sentence irrévocable entre ses lèvres sèches :

" Tu ne peux pas comprendre, ce que je ressens... "

Ces mots avaient eu le pouvoir de serrer méchamment la gorge de son frère. Après tout ce temps...ce mutisme prolongé et inexpliqué...c'était tout ce qu'il pouvait lui dire ? A cet instant, Donatello se sentit véritablement comme un étranger aux yeux de son aîné d'ordinaire si affectueux et tendre.

" Si tu me parlais, peut-être que je pourrais au moins essayer...? " lui avait timidement suggéré Donatello d'une voix douce, peu enclin à abandonner si facilement.

Leonardo avait détourné le regard mais sans protester, ce que Donnie prit comme un encouragement et l'incita à deviner :

" C'est notre affrontement avec Shredder...n'est-ce pas ? C'est ça qui te tracasse ? "

Oui...quoi d'autre ? C'était depuis ce jour-là que Leonardo s'était renfermé sur lui-même...qu'il restait dans sa chambre, dans son dojo...dans son coin, toujours seul...et ce depuis cette fameuse nuit d'orage qui avait arraché un morceau de sa carapace et de son âme.
Posant le katana qui s'enfonça légèrement dans la couverture bleue et moelleuse de son lit, Leonardo soupira profondément, les yeux rivés par terre comme s'il avait trop honte pour regarder son frère dans les yeux.

" Je suis sûr qu'il y avait un autre moyen de se sortir de ce combat...Je suis sûr qu'il y a quelque chose que j'aurais pu faire...m-mais je ne sais pas quoi..."

" On est tous dans le même cas, Léo. Mais Shredder était trop fort pour nous cette fois-ci... Tu ne pouvais rien faire..." voulut le rassurer aussitôt Donatello.

Mais l'aîné avait secoué la tête. Serrant méchamment les dents, Léo avait pris sa tête entre ses mains en tremblant légèrement, comme si son cerveau devenait trop douloureux à supporter.

" C-c'est justement ça qui me rend fou...J-j'aurais du faire quelque chose...C'est moi le leader... Et j'ai fait de mon mieux, j-je te promets que j'ai fait de mon mieux..."

" Je sais, Léo, on le sait tous... " voulut le rassurer une nouvelle fois Donatello en écarquillant maladroitement les yeux derrière ses lunettes lorsqu'il entendit la voix de Léo faiblir de la sorte, lui qui a toujours été solide comme un roc.

" M-mais j-je pouvais rien faire de plus...J'étais à deux doigts de le battre...m-mais j'ai beau retourner le problème dans tous les sens, je n'en arrive qu'à une seule conclusion: j'ai été faible...j-j'ai été un minable, même... "

Les larmes lui montèrent impétueusement aux yeux, sans même qu'il puisse les retenir. Ce simple fait lui serra un peu plus la gorge. Il n'était même plus assez fort pour retenir ses larmes. Lui qui ne pleurait jamais, cela faisait maintenant des jours et des jours où il ne pouvait plus retenir ses larmes... Et hormis ce jour-là, jamais il n'avait pleuré devant ses frères.

" Je me sens seul, Donnie... Seul avec ma douleur...si tu savais à quel point..."

Ces mots avaient eu l'effet d'un coup de poignard dans le coeur sensible de Donatello qui s'était rapproché et avait aussitôt posé une main douce et tendre sur l'épaule robuste de son grand frère.

" Mais non, Léo...Tu n'es pas seul... Nous sommes là... Nous sommes avec toi... "

Et pour appuyer un peu plus ses mots, il se pencha vers lui et le prit dans ses bras pour lui offrir un câlin des plus tendres et affectueux. Calant son menton sur son épaule tatouée, il serra les paupières pour ne pas pleurer à son tour alors que Leonardo évacuait son chagrin et ses larmes dans le cou écailleux et gracile de son petit frère, évacuant toutes les larmes que son âme avait ravalé pendant toutes ces années. La culpabilité. Le regret.
Quelle honte...quelle faiblesse il était...lui qui avait toujours voulu tout réussir, du début à la fin...
Oui, Leonardo avait fondu en larmes ce jour-là. Il n'avait plus dit un mot depuis mais chaque goutte de tristesse qui s'échappait de ses beaux yeux bleus valaient plus que tous les discours réunis.
Oui, il souffrait. Il se sentait seul. Seul avec sa peine et sa carapace abîmée qu'il portait sur son dos comme une honte ultime. Cette carapace arrachée qui lui rappelait chaque jour son échec. Cette carapace si lourde à porter qu'elle l'avait plongé dans une stase et un immobilisme tel qu'il avait l'impression de ne plus vivre.


Et voilà. Un prochain chapitre devrait arriver dans la semaine prochaine (et avec un peu de chance le prochain chapitre de "Des Ombres Dans La Nuit" avec).
En vous souhaitant une bonne semaine, j'espère que cette lecture vous a plu et vous dis à bientôt.