Après une attente de cent cinquante milles ans, voici le second chapitre de cette fiction...que j'avais, je l'avoue, complètement oublié dans une coin de mon ordinateur.
Je promet d'être plus rapide à l'avenir !
Chapitre 2 :
- Je vous assure…ce n'était vraiment pas la peine de me raccompagner.
- Je n'aurais pas eu la conscience tranquille, si je vous avais abandonné dans cet état.
Et dire qu'il lui souriait si gentiment, en disant ces mots ! Anisa baissa la tête, honteuse de s'être donnée en spectacle et chercha la serrure. Il lui fallut quelque instants pour se souvenir que la porte s'ouvrait grâce à un digicode. Son père, celui qu'elle considérait comme tel, l'avait fait installé, depuis une semaine, car elle perdait systématiquement ses clefs…ainsi qu'à peu près tout ce qu'il était possible d'égarer. Un sanglot s'étrangla dans sa poitrine, lorsqu'elle songea à cet homme qu'elle venait de faire fuir.
L'appartement était plongé dans les ténèbres. Comprenant quatre pièces, sans compter les placards et le dressing, il était entièrement meublé dans un style sobre et moderne. Des larges canapé en cuir, fleurant bon le neuf, étaient disposés autour d'un home cinéma pour le moins colossal. Un idée de son père : elle ne regardait jamais la télévision. Les murs était pour la plupart couvert d'étagère, portant une multitude de livres et de rares photographies. Ca non plus, elle ne les regardait jamais. Le coin cuisine, tout en métal chromé, scintillait doucement, signe que, lui aussi, était neuf.
Se retournant, elle réalisa que son sauveur se tenait toujours dans le couloir et l'observait avec inquiétude. Avait-elle vraiment si mauvaise mine ? La question était stupide : elle savait de quoi elle avait l'air. De ce qu'elle était. Une morte. Il ne lui aurait pas proposé de la conduire à l'hôpital, si elle lui avait paru au mieux de sa forme. C'était tout de même courageux, pour un vampire végétarien, de vouloir se rendre dans un tel endroit. Pour son père, c'était bien sûr différent. Ce cher Yann était absolument infaillible, quoi qu'il en dise. Un sourire affleura sur ses lèvres pâles.
- Est-ce que vous voulez entrer ? Boire quelque chose ?
Il n'eut aucune réaction face à cette boutade, pourtant osée et le cœur d'Anisa se déchira, lorsqu'il accepta gracieusement son invitation. Au milieu de ce décor familier, sa ressemblance, presque indécente, avec celui qui hantait ses pensées était d'autant plus frappante. Elle qui croyait ne plus pouvoir souffrir d'avantage ! Carlisle fit quelques pas, dans l'appartement, avant de se figer brusquement et de renifler. Le parfum subtil de l'autre vampire imprégnait la moindre surface de l'étroit lotissement. Il adressa un regard perplexe et inquiet à la jeune fille qui le toisait d'un air désespéré.
- Mon père est absent… parti chasser, sans doute. Murmura-t-elle.
- Oh…
- Eh, je vois très bien ce que vous vous dites ! Il n'y avait aucun piège dans mon attitude. Je me sentais vraiment mal, je me sens toujours mal. Je me serai accrocher à n'importe qui et le hasard a voulu que ce soit vous…j'aurais pu tomber plus mal, non ?
S'il perçut le mensonge dans ces dernières paroles, il n'en montra rien. Non, elle ne se serait pas accrocher à n'importe qui. Anisa n'aimait pas les inconnus. Yann le lui reprochait d'ailleurs souvent, souhaitant qu'elle se construise une vie en dehors de lui. Sans doute pour se déculpabiliser, le jour où il l'abandonnerait. Dans cette optique, il l'avait inscrite de force à l'université et insistait pour qu'elle sorte avec des amis. Alors régulièrement, elle faisait semblant de répondre à une invitation et allait se promener seul, manger au fast-food...etc.
Quant à savoir s'il était dupe !
Son sauveur s'était rapproché de l'une des étagères et contemplait une photographie dans son cadre en acajou. Une Anisa souriante y posait. Agée de sept ou huit ans, elle était assise sur les genoux d'un petit homme à la peau pâle, aux cheveux couleur paille et au regard d'ambre clair. Ce dernier souriait d'un air tendre et vaguement attristé, en contemplant son enfant. Peut-être pensait-il au temps qui passerait inexorablement et à toutes les choses dont il ne saurait la protéger ? En tout cas, l'amour que contenait ce portrait sautait aux yeux.
- Ce n'était pas très prudent, tout de même…en connaissant ma nature. La tança doucement Carlisle.
- Je sais ce que signifie la couleur de vos yeux.
- Et supposons que je n'aie pas été apte de me contrôler ? Rassures-toi, je le suis tout à fait ! Mais qu'aurais-tu fait ?
- Dans l'état où je suis, je ne suis pas sûre que je m'en plaindrais.
Anisa se mordit la lèvre. Qu'est-ce qui lui avait prit de dire ça ? Enfin, avec un peu de chance, il la prendrait au sérieux. Elle ne voulait pas causer de chagrin à Yann mais ces derniers temps, elle avait tellement de mal à saisir le pourquoi de cette existence, de cette lente dégringolade vers…vers quoi, au juste ? L'enfer en avait peut-être assez d'attendre son âme. L'étreinte glacée du vampire se referma sur elle. Son cœur se rebella, à la dernière minute. Non, pas tout de suite ! Elle devait laisser un mot pour son père, lui dire qu'elle était désolée et qu'elle l'aimait. Elle ne voulait pas…
XXXXX
Carlisle s'écarta de la jeune fille, réalisant qu'elle s'était méprise sur ses intentions. Elle était si vulnérable, d'une minceur insoutenable, avec ses longs cheveux blonds et raides, son teint blafard et ses yeux aigue-marine. Certaines personnes possédaient une aptitude particulière à éveiller les instincts protecteurs de leur entourage, une sorte de don…mais c'était la première fois qu'il rencontrait un cas aussi extrême. Quand bien même elle ne l'aurait pas autorisé à la raccompagner, il l'aurait suivie pour s'assurer qu'il ne lui arrivait rien. Son téléphone portable vibra, dans sa poche. Il décrocha lentement, sans quitter Anisa des yeux.
- Carlisle, attention !
C'était la voix d'Alice. Un cri de rage retentit et un corps le heurta de plein fouet. Son assaillant était plus petit que lui, plus mince également, mais il exhalait une telle énergie, une volonté de le détruire si évidente…Un frisson étrange le parcourut, lorsqu'il agrippa la chevelure claire de l'autre vampire, une sensation de vertige qui manqua de lui faire lâcher prise. Anisa gémissait, souffrante. Etait-elle blessée ou simplement terrifiée ? Un nouveau vertige plus puissant le fit chanceler et il se retrouva à terre.
- Comment oses-tu ? Gronda son adversaire en le saisissant à la gorge.
Quelle sensation déconcertante ! C'était comme une lame, une vague glacée qui le balayait…tranchant les amarres qui le reliaient à son propre corps. Incapable d'esquisser le moindre geste, Carlisle reconnut le petit homme de la photo. Celui qui contemplait la fillette avec tant d'amour le toisait lui avec une rage terrifiante
- Non !
XXXXX
Deux bras pâles et minces jaillirent et s'enroulèrent autour des épaules de Yann. Anisa pleurait, accrochée à son dos et il n'osait plus bouger de peur de la blesser d'un geste coléreux. Le parfum délicieux de sa fille manqua de lui faire tourner la tête. Il fallait qu'elle soit devenue folle pour s'approcher de lui alors qu'il se battait. Tout ça à cause de lui ! Il resserra l'étreinte de ses doigts sur la gorge de son prisonnier. Comment était-ce possible ? N'était-il pas censé être mort, afin de protéger sa princesse ?
- Ce n'est pas lui, papa ! Il lui ressemble mais ce n'est pas Grégory !
Le souffle chaud et parfumé de l'humaine courut le long de son menton, ravisant la soif qu'il venait tout juste d'apaiser. Pourquoi fallait-il qu'elle lui fasse cet effet ? Après tout ces siècles d'existence, il avait trouvé la seule odeur à laquelle il lui fut impossible de s'insensibiliser. Il voyait le sang d'inconnus couler à flot, pratiquement chaque jour en tant que chirurgien…et il suffisait d'un contact avec l'enfant qu'il adorait pour qu'il se sente brûler de l'intérieur.
- Ce n'est pas Grégory !
- Quoi ?
- Calme-toi ! Regarde ses yeux, je t'en prie !
Il obéit, sourcils froncés. Le vampire allongé sous lui était dans un état second, comme endormi. Rien que de très habituel : il avait toujours eut le don d'anesthésier les gens. En général, personne ne s'en plaignait. Surtout à l'hôpital où l'on vantait son doigté et la douceur de ses mains. En effet, il lui suffisait d'effleurer une blessure, aussi douloureuse soit-elle, et de murmurer un mot de réconfort pour que le mal s'évanouisse. Lorsqu'il était en colère, par contre, cela pouvait prendre des proportions toutes autres.
- Tu vois, papa… ce…ce n'est pas lui…
Les traits étaient exactement les mêmes, la physionomie générale également…et même l'odeur qui venait compléter la sinistre illusion. Pourtant, Anisa disait vrai. L'homme qu'il avait agressé si sauvagement n'était pas Grégory. Mais qui alors ? Il n'y comprenait plus rien. Les doigts de sa fille vinrent se poser sur les siens, exerçant une douce pression. Il réalisa, avec un peu de retard, qu'elle tentait de lui faire lâcher la gorge de l'inconnu. Yann se redressa, renonçant ainsi à l'emprise qu'il avait sur les sens de son prisonnier.
Pff ! Pauvre Carlisle ! Ca lui apprendra à jouer les sosies ! D'un autre côté, il devrait bien s'entendre à Yann, une fois la situation éclaircie, non ? Surtout que je prépare un petit truc, une sorte de surprise qui viendra plus tard dans l'histoire, je ne sais pas quand.
