Comme pour le chapitre précédent, les personnages ne m'apartiennent pas. (Et non, toujours pas!)

Sinon, merci pour toutes vos reviews!

Pour répondre à une question qui m'a étée posée, ceci est une DMHP, donc, à votre avis, qui était le Malefoy du chapitre précédent ? Le père, ou le fils ?

Sur ce, bonne lecture!


Chapitre 2: Le Bonhomme de Neige, le Vilain Petit Canard et la Maison Hantée

Les roues font crisser les graviers de l'allée. Enfin arrivé. Ce n'est pas trop tôt. Après avoir roulé toute la nuit, je suis fourbu. Je m'étire paresseusement.

Mon regard dérive sur la petite marmotte à ma gauche. Il n'a pas moufté (même pas bougé) de tout le voyage. A croire qu'il est habitué à dormir dans un espace de quarante centimètres carrés.

Comme je n'ai pas le courage de le réveiller, je le prends dans mes bras. Il se laisse faire.

Dis donc, il est bien léger, ce petit homme. Il va falloir le remplumer sinon il ne supportera jamais les récurrentes pertes sanguines que je vais lui faire subir. Ne vous méprenez pas, je ne suis pas un goinfre, cela siérait mal à mon image de Malefoy, mais, comme tout vampire que se respecte, je bois de manière conséquente.

Dans la fraîcheur de matin, je gravis les marches du parvis du manoir Malefoy, mon précieux fardeau bien calé contre moi.

Dobby nous ouvre, il semble surpris de me voir ainsi, un jeune homme dans mes bras, mais mon regard froid le dissuade de tout commentaire.

- Prépare une chambre, nous avons un invité.

Je baisse les yeux sur le petit humain, il dort, innocent, abandonné à mes griffes.

- Bien, Maître. Quelle chambre désirez-vous, Maître ?

Là, dans mes bras, il m'a l'air si jeune et si calme. Pourtant son attitude farouche d'hier montre bien qu'il a perçu la menace suprême que je représente.

- N'importe laquelle fera l'affaire.

C'est étrange, lorsqu'il ferme ses grand yeux soucieux et sauvages, on croirait presque que son visage est celui d'un enfant.

A la réflexion, je ne veux pas lui donner n'importe quelle chambre. Il lui faut une chambre spéciale. Quelque chose de lumineux, je le trouve un peu trop pâle. Quelque chose dans les étages, proche du ciel et des nuages, pour le dissuader de toutes tentatives d'évasion. Enfin, et ce point est non négociable, quelque chose le plus loin possible des quartiers de Blaise.

- Prépare la chambre bleue, celle dans mon aile.

- Oui, Maître.

- Où est Blaise ?

- Je suis là, Draco, fait une voix descendant des escaliers.

- Tu tombes bien, je te cherchais justement. Voici ma nouvelle dette de sang. Donc, pas touche, il est à moi. Me suis-je bien fait comprendre, cher ami ?

- Pour qui me prends-tu, Draco ? fait Blaise, faussement outré.

Puis il se penche sur mon petit brun. Je resserre subrepticement ma prise.

- Très bon choix. Je te reconnais bien là… Il est magnifique…

- Blaise… grondais-je.

- Je sais, je sais : tu as horreur de partager ! Et moi, j'adore te taquiner ! s'exclame-t-il joyeusement.

- Attends un peu d'avoir une dette de sang, on verra qui sera jaloux.

- C'est cela. Aller occupe-toi de ton petit protéger au lieu de me sermonner, répond-il par dessus son épaule en s'éloignant.

Je secoue la tête : il est ainsi depuis qu'il a goutté ce sang. Le sang influe sur notre humeur et celui-ci le rend encore plus gai qu'à l'habitude. C'en est presque insupportable. J'ai hâte de goutter celui d'Harry.

- Oh faite, Blaise, je crois que je l'ai un peu effrayé, alors ne le brusque pas.

- Un petit farouche ? Et tu es parvenu à l'attirer jusqu'ici ? Chapeau, mon ami.

- Crois-moi, ce ne fut pas sans mal.

(POV Harry)

J'ai froid. C'est une fraîcheur sèche et mordante, comme le vent de l'hiver, ou l'haleine de la mort. A moins que ce ne soit ce qui est autour de moi qui me fait frissonner : j'ai l'impression d'être étreint par un bonhomme de neige.

Des voix. Profondes. Dangereusement basses. Comme les grondements sourds du tonnerre. Je n'aime pas ça. Mes yeux, alertés, s'ouvrent. Et tombe sur un visage inconnu qui est bien trop prêt du mien.

Je saute sur mes jambes pour me mettre hors de porter, manquant de m'étaler par terre au passage : tout mon corps est pris de tremblements compulsifs. L'hypothermie me guette.

Je regarde autour de moi, cherchant quelque chose que je connaisse, quelque chose auquel me raccrocher mais je suis dans un lieu inconnu. Et sombre.

Instinctivement, je me positionne dans la seule tache de lumière que jette un œil-de-bœuf au centre de la pièce. Je sais que je me mets à la vu de tous, mais les rayons du soleil, bien que filtrés par le vitrail, semblent me réchauffer et me protéger. Autour de moi, tout est silencieux, un silence de cimetière seulement troublé par ma respiration erratique, et plongé dans une inquiétante pénombre.

Les seules choses qui brillent sont leurs yeux. J'en compte deux pairs. Il y a donc un autre inconnu.

Cela commence à faire beaucoup d'inconnues. Appelons 'x' le visage du bonhomme de neige, 'y' l'autre paire d'yeux et 'z' le lieu… Mais une seule inconnue m'est capitale : comment vais-je me sortir de cette galère ?

C'est embêtant, il ne me reste pas de lettre pour la nommer.

(POV Draco)

J'aurais du m'y attendre. Il ne s'était permis qu'un sommeil léger. Ou plutôt, le sommeil a eu raison de lui et maintenant, il émerge et ne reconnaît rien. Normal qu'il panique.

Le petit homme s'est immédiatement placé dans la lumière. L'instinct de survie je suppose. On dirait un ange tombé chez les démons.

Il tremble comme une feuille. Je n'ai jamais mis de chauffage ici puisque nous ne ressentons pas le froid nous autres. Je vais devoir quelque peu modifier mes habitudes, semble-t-il.

- Blaise, va-t-en. Et dis à Dobby d'allumer les chandeliers et les cheminées, tant que tu y es.

Je lui suis reconnaissant de sortir sans un mot. Entendre sa voix n'aurait fait qu'effrayer mon petit ingénu.

Après quelques instants, ce dernier pousse un infime soupir. Nous sommes sur la bonne voie.

- Harry ?

Silence.

- …Qu'êtes vous ?

Il n'a pas demandé « qui êtes-vous ? », ce qui aurait été infiniment plus simple, mais « qu'êtes-vous ? ». Perspicace, ce petit humain, peut-être un peu trop pour son propre bien.

C'est à mon tour de soupirer. Nous voilà arriver au cœur du problème. Inutile de tourner autour du pot.

- Je suis un vampire, répondis-je le plus calmement possible.

(POV Harry)

Cela ne me surprend même pas. Quelque part, cela me rassure même : c'est une explication logique à ma peur latente qui me tiens aux trippes depuis que je l'ai rencontré. Et puis, « vampire », n'est-ce pas juste le titre d'un meurtrier qui a une technique classifiée pour tuer ses victimes en les laissant exsangues ?

Au fond je le savais.

- Vous allez me tuer.

C'est une simple constatation.

Ma sérénité m'étonne. Mais, après tout, une fois expliqué, le fait ne fait plus si peur. A moins que ce ne soit parce que mourir ne me dérange pas tant que cela ? Alors, quitte à choisir, je préfère mourir de la main (ou plutôt devrais-je dire des crocs ?) de ce vampire plutôt que de la ceinture de mon oncle. Il me semble que cette mort-ci est plus nette, plus propre, peut-être même moins douloureuse et plus rapide.

(POV Malefoy)

Il est en état de choc.

Je vois son expression résignée, et elle m'effraie un peu. En cet instant, son visage doit ressembler au mien : il a perdu tout espoir.

- Non, je ne vais pas te tuer.

- Ah.

Il ne réalise pas.

- Et qu'allez-vous faire de moi ? Pourquoi m'avoir conduit ici si ce n'est pour me tuer ?

Voilà donc pourquoi il avait si peur de moi. Il est persuadé que je vais le tuer. Et pourtant, il m'a suivit, certes avec quelques réticences, mais il m'a tout de même suivit. Quel étrange petit homme que celui-ci.

- J'ai besoin d'un donneur de sang.

Je sors un papier plié de la poche intérieur de ma redingote et m'avance pour lui tendre, pas trop pour ne pas l'effrayer davantage. Il ne fait aucun mouvement pour le prendre. Pire, il se raidit. Mauvais calcul de ma part, je me recule. Il va vraiment falloir y aller tout doucement…

- Ce contrat, signé par Vernon Dursley, prend effet aujourd'hui et expirera dans trois jours. Il stipule que tu dois me servir exclusivement de ton sang. A moi et à moi seul. Personne d'autre n'y a le droit. Pas même Blaise.

- L'autre, le 'y'...

Sa voix n'est qu'un murmure et ses paroles me sont assez incompréhensibles. Il s'est affaibli.

- Oui, l'autre. Mais ne t'inquiète pas, Blaise te respectera, le rassurais-je.

- Me mordrez-vous ?

Je soupire.

- Oui.

- Quand ?

- Quand tu seras un peu plus en forme.

A cette réponse, il se détend, un peu. Mais vraiment un tout petit peu.

- Maintenant ces formalités réglées, je vais te conduire à ta chambre.

Mais à peine ai-je esquissé un pas vers lui qu'il se raidit à nouveau.

- Harry…

- C'est plus fort que moi.

Un pas. Il frémit. Un autre pas. Il reste immobile, tentant tant bien que mal de retenir ses tremblements. Encore un autre. Il s'interdit de bouger. J'ai l'impression d'essayer d'apprivoiser un faon effarouché.

Finalement j'atteins les escaliers.

- Suis-moi que je te montre ta chambre.

En gardant ce qui doit être pour lui une bonne marge de sécurité, il m'emboîte le pas. La crise est passée.

(POV Harry)

La chambre est magnifique. Certes, je n'ai pas beaucoup d'éléments de comparaison (en fait, aucun puisque j'ai toujours dormi dans le placard à balais) mais cela ne m'empêche pas de la trouver magnifique. Elle est aussi grande que le salon des Dursley, mais bien mieux décorée. En même temps, ce n'est pas bien difficile : la salle à manger est d'un jaune moutarde absolument ignoble et placardé d'une panoplie de photographies de Dudley à différent âge, autant dire à différent stade de son engraissement.

Mais cette chambre est revêtue de nuances de bleu tantôt sombre et profond, tantôt calme et rêveur. Le plafond est haut, garni de moulures. Il laisse pendre d'immenses rideaux de velours bleu roi qui entourent de grandes fenêtres à carreaux donnant sur un balcon.

- J'en conviens que la chambre te plaît, fait la voix du vampire (appelons un chat, un chat), resté sur le pas de la porte.

- Oui, beaucoup. Je vous remercie.

- Bien, dans ce cas je te laisse. Cette porte mène à la salle de bain. Il y a des vêtements dans la commode. Tu n'auras qu'à descendre si tu as faim.

Il referme la porte, puis s'éloigne. Je le sens s'éloigner car mes muscles se détendent peu à peu. Je ne sais pas ce qui m'a pris tout à l'heure. J'ai paniqué. Je suppose que cela faisait trop d'un coup. Après tout, je n'ai jamais quitté le 4 Private Drive, Little Whinging. En tout cas, ce manoir, tout comme la maison des Dursley, ne m'inspire pas confiance.

(POV Malefoy)

Je referme la porte tout doucement et le laisse récupérer tranquillement. Je retrouve Blaise dans la salle à manger, prenant son petit déjeuner, un bol de sang chaud, et lisant ce qui semble être une Encyclopédie.

- Alors, as-tu réussi à calmer ton jeune faon ?

- Oui, il se repose dans la chambre bleue, répondis-je en me servant négligemment un café et en feuilletant mon quotidien économique.

- Joli. Il est tout de même bigrement sensible.

- A qui le dis-tu.

- J'ai comme l'impression qu'il va te donner du fils à retordre, ce p'tit d'homme.

Nous restons un moment silencieux, chacun lisant, lui sirotant son sang chaud et moi fumant distraitement ma cigarette. Il faudra d'ailleurs que je pense à aérer la pièce.

- Que fais-tu aujourd'hui ? demande Blaise.

- Paperasse.

- Quelle vie passionnante tu mènes, mon cher Draco.

- Je pense également essayer de le mordre.

- Ambitieux, constate-t-il.

- Toujours.

(POV Harry)

Je regarde quelques instants le soleil finir de se lever sur cette nouvelle vie qui m'attend pour trois jours. Je soupire : que de changements en quelques heures à peine. De serviteur des Dursley, me voilà devenu donneur de sang d'un certain Malefoy que je dois servir « exclusivement de mon sang ». Que vais-je bien pouvoir faire de mes journées ? Je sais faire les courses, la cuisine, le ménage, le repassage… mais m'ennuyer, on ne me l'a jamais pas appris.

Mon regard parcourt la chambre et tombe sur une étagère sur laquelle sont soigneusement alignés, sur plusieurs étages, une multitude de livres. Je sens presque aussitôt mes yeux s'illuminer. Plus besoin de me creuser la tête, je sais à quoi je vais passer mes journées !

Requinqué par cette découverte, je me dirige vers la salle de bain qui est tout de nacre pavée, et de robinets dorés. Presque à regret, je me décide à déranger la perfection immobile et froide de cette pièce.

C'est étrange, je me suis toujours senti différent des autres, j'ai toujours été tenu à l'écart. Je suis l'anomalie, le vilain petit canard. D'ailleurs, les Dursley m'ont bien fait comprendre que si j'y étais resté dans l'accident qui a tué mes parents, cela ne les auraient pas dérangé plus que cela, au contraire… Cependant, ici, dans ce décors somptueux, sous ses vêtements cache misère, je me sens encore plus mal à l'aise, encore plus dissemblable. Au moins, chez les Dursley, j'avais une utilité, mais dans ce manoir, plus que jamais, je n'ai pas ma place. Face à tant de beauté, la laideur du petit canard apparaît encore davantage vilaine.

Je soupire, tentant de chasser ses sombres pensées. Lentement je commence à me dévêtir après avoir soigneusement fermé le loquet de la porte. Ce n'est que dissuasif, car je doute qu'un porte fermée arrêterait un vampire s'il voulait entrer. Il n'aurait aucun mal à la défoncer, vu sa carrure. Espérons que ce ne soit pas dans ses intentions.

J'ai ôté la chemise et arrive à l'étape douloureuse de mon effeuillage : retirer les bandes qui recouvre ma poitrine. Délicatement, je les défais et laisse tomber ces langues de tissu empourprées sur le sol blanc. Dans le miroir, j'observe les vieilles cicatrices et les mauvaises plaies encore saignantes. Mes yeux dérivent sur mon corps trop maigre, mes genoux noueux. Comme je suis laid.

N'en supportant pas plus, je détourne le regard et me glisse dans la douche. La baignoire m'a attiré un instant (je n'ai jamais été autorisé à prendre de bain chez les Dursley) mais elle est bien trop belle pour moi.

L'eau qui coule sur l'écrin blanc est un peu rougit par mon sang.

La serviette blanche et douce est maculée de rouge. Pourvu que le vampire ne la voit jamais. Je ne suis pas sur qu'il apprécierait.

La buée brouille le miroir. Tant mieux, je ne veux pas me voir.

Mon seul instant de joie est lorsque je trouve dans un des placards de quoi faire de nouvelles bandes et du produit désinfectant. Chez les Dursley, j'étais obligé de prendre de l'alcool à 90° pour ne pas que Pétunia s'en aperçoive. Elle aurait crié « Au voleur ! » et Vernon, pour me punir, s'en serait donné à cœur joie. Bref, avec l'alcool à 90°, ce n'était pas une partie de plaisir.

Il y a aussi d'autres bocaux sur lesquels je lis : « Bézoards en poudre », « Feuille de Napel séchées », « Armoise pure » ou encore « Poussoss ». Malgré ma curiosité, je ne me risque pas à les ouvrir. Qui sait quelles substances ces flacons peuvent bien renfermer ?

Je m'habille d'un pull en laine bien chaud (auquel je dois à nouveau faire un ourlet sur les manches). C'est qu'il fait un froid de canard dans ce manoir.

Décidé à affronter mes peurs, j'ouvre la porte de la chambre en un grincement sinistre et pointe le bout de mon nez sur un couloir sombre, froid et sentant le renfermé comme s'il n'avait pas vu la lumière du jour depuis des lustres. Prenant mon courage à deux mains, je m'y avance.

Les lattes du parquet couinent. Les armures qui jalonnent le couloir craquent. Il me semble que les tableaux me fixent avec une curiosité malsaine, que des souris courent dans tous les coins et j'ai même cru discerner une ombre au fond d'un couloir.

Je n'ai jamais été dans une maison hantée mais je peux assurer que celle-ci remplie tous les critères.

Enfin, j'aboutis par je ne sais quel heureux hasard au grand escalier recouvert d'un tapis de velours bordeaux en face de l'entrée. Mais pour y parvenir, il faut que je passe sous l'œil d'une gargouille qui n'a pas l'air commode. C'est un véritable parcourt du combattant ici ! J'ai vraiment l'impression qu'elle me regarde. C'est angoissant, et un peu fascinant aussi. Je m'approche et ma main, audacieuse, va caresser la joue de la bête de pierre.

A ce toucher, la tête massive vient se frotter contre ma main !… en un geste presque tendre ?

D'un sursaut je m'éloigne, complètement effrayé pour le coup. Aussitôt, la statue se pétrifie à nouveau. Ai-je rêvé où une gargouille vient d'apprécier ma caresse ?

Bien vite, ma curiosité maladive me reprend, l'emportant sur ma crainte et me pousse à retenter l'expérience.

Au grondement sourd (à moins que ce ne soit un ronronnement ? c'est difficile à dire) que la gargouille émet tandis que je la gratte derrière l'oreille, il n'y plus de doute possible : cette statue est bien vivante. On aura tout vu !

(POV Malefoy)

Soudain, nous relevons tout deux la tête de nos lectures respectives.

- Il semblerait que nous allons avoir de la visite, annonce Blaise.

En effet, quelques instants plus tard, de légers coups sont toqués à la porte.

- Entre Harry.

Il passe d'abord la tête dans l'entrebâillement de la porte, déglutit en nous voyant tout les deux, mais puisque nous n'esquissons aucun geste menaçant, il se décide à entrer.

Il s'est habillé d'un pull vert bouteille mettant en valeur ses magnifiques yeux et soulignant sa fragilité. Je le trouve adorable.

- Mignon…

- Garde tes distances, Blaise, sifflais-je.

Je tente vainement d'ignorer ma jalousie ainsi que le feu de désirs qui me dévore les reins.

- Je n'ai pas eu l'occasion de te présenter Blaise Zabini, un ami que j'héberge, repris-je avec un calme apparent. Blaise est un peu… en froid avec sa famille.

- C'est joliment tourné, commente sombrement celui-ci.

J'ai omis de dire que Blaise avait complètement rompu avec les Zabini à cause de leurs jeux quelques peu… sanglants sur les humains. Je m'abstiens également de révéler que ces us et coutumes sont courants chez les vampires et que je prends moi-même plaisir à participer à ces distrayantes chasses, de temps à autre.

(POV Harry)

Un grand brun. Les yeux chocolat rieurs. La peau caramel. Il me fait moins peur que l'autre. J'ai du mal à croire qu'il est un vampire, pourtant je le sens au creux de moi. Il ne faut pas se fier aux apparences.

- Je ne dirais pas « enchanté » car cela n'est pas tout à fait juste.

Je me rends compte, trop tard, de mon insolence. Ma réplique le surprend (moi aussi à vrai dire), mais finalement il part dans un grand rire chaud.

- Je dois avouer que c'est la première fois que l'on me salue ainsi ! Et bien Harry, pour ma part, je suis enchanté de te connaître.

Il se lève et viens me tendre sa main. J'hésite un instant à la prendre, mais son sourire confiant achève de me convaincre.

Et c'est avec stupéfaction que je le vois me faire un baisemain. Au secours ! A moi !

(POV Malefoy)

- Blaise… grondais-je.

Celui-ci sautille joyeusement à sa place, visiblement ravi de son effet. Le petit homme le regarde pensivement, puis ses grands interrogateurs yeux se posent sur moi. Il fronce les sourcils, regarde Blaise à nouveau et déclare ingénument à ce dernier :

- Vous m'êtes moins effrayant. Je ne comprends pas pourquoi.

Apparemment, ne pas savoir le préoccupe.

- Dis comme ça, c'est presque un compliment, fait Blaise, tout sourire.

- C'est parce que Blaise est moins puissant, raillais-je.

- Moins puissant, moins puissant… C'est surtout parce que je suis plus jeune que toi, grommelle-t-il.

- L'âge n'a rien à voir avec cela, Blaise. Reconnais-le, tu es trop joyeux pour faire un vampire acceptable.

Il n'aime pas que je lui rappelle cela. Il sait qu'il n'est pas assez cruel, sa famille le lui a assez reproché. Il n'a jamais voulu tuer d'être humain et se tient aussi loin d'eux que faire se peut pour ne pas être tenté. Il est en quelque sorte « irréprochable », si tant est qu'un vampire puisse l'être.

- …Excusez-moi de vous interrompre mais… Quel âge avez-vous ? demande timidement le petit d'homme. Tant de candeur me donne envie de n'en faire qu'une bouchée.

- Nous sommes née à l'époque victorienne, Harry.

(POV Harry)

…A l'époque victorienne ? Mais c'était il y a plus de deux siècles ! J'ai deux cent ans à ma gauche et deux cent autres ans à ma droite. Je me sens tout à coup tout petit, du haut de ces dix-sept ans que je n'ai même pas encore.

- Puis-je te confier un secret, Harry ? fait le grand brun en se penchant vers moi d'un air complice qui ne me dit rien qui vaille.

- Dites toujours, répondis-je en reculant d'un micro pas.

- Je ne suis pas un bon vampire parce que tout ce qui est horrible me fait effroyablement peur.

- Pour un vampire, c'est un peu embêtant.

- Je ne te le fais pas dire, approuve-t-il.

(POV Malefoy)

Je trouve mon petit ingénu et Blaise un peu trop proche à mon goût. Et surtout, je déteste être ignoré.

- Harry, installes-toi. Je suppose que tu as faim, déclarais-je pour ramener l'attention où elle devrait toujours être, c'est-à-dire sur moi.

- Un peu, avoue-t-il, l'air coupable, en s'asseyant un peu plus prêt de Blaise que de moi, ce qui ne manque pas d'attiser ma jalousie. Blaise ricane dans sa barbe inexistante.

Harry est MON donneur. A moi et à moi seul.

- Dobby ! appelais-je un peu brusquement. Mon petit brun sursaute. Je soupire, il faut que je me calme.

(POV Harry)

Une créature rabougrie, habillée d'une espèce de taie d'oreiller sale et miteuse dans laquelle on a du découper des trous pour laisser passer les bras et les jambes apparaît dans un « pop ! » sonore. Je ne suis visiblement pas au bout de mes surprises.

- Apporte un petit déjeuner à l'humaine à notre invité.

La créature lève ses yeux globuleux sur moi puis s'incline profondément jusqu'à ce que son nez touche le tapis avant de disparaître dans un nouveau « pop ! ». Cette attitude révérencielle me met mal à l'aise : je n'en suis pas digne.

- Dobby est mon elfe de maison, Harry.

Je regarde le vampire avec interrogation.

- Les elfes de maison servent les vampires, précise-t-il.

Après la gargouille vivante, l'elfe de maison. De mieux en mieux. Je n'en ai pas fini de découvrir ce monde.

La créature est déjà de retour, chargée d'un plateau argenté dans ses bras frêles. Je prie pour qu'elle ne fasse rien tomber. Elle le pose en tremblant devant moi et j'ai vraiment peur qu'elle ne renverse quelque chose. Je n'ai pas peur pour moi, mais pour elle, car je sais qu'elle sera punie à la moindre faute.

Et soudain, je comprends pourquoi cette pauvre créature me met mal à l'aise : elle me renvoie ma propre image. J'étais cet enfant trop maigre portant des plateaux lourds d'une effusion de nourriture que jamais je ne gouttais. J'étais habillé des vieux vêtements de Dudley, trop grands pour moi, déchirés et rapiécés de partout. J'étais leur elfe de maison.

Je regarde tristement la petite créature disparaître.

- Tu ne manges pas Harry ?

J'ai subitement envie de pleurer. C'est bête et portant, les larmes coulent d'elles même sur mon enfance bafouée par ces années de servitude.

(POV Malefoy)

Il est soudain bien silencieux, tête baissée, perdu dans ses pensées. Quelque chose ne va pas. D'un regard, je congédie Blaise. Je me lève sans bruit et m'accroupis prêt de lui.

Ses beau yeux verts fixent un point invisible et sont embués de larmes.

- Harry ?

Il couvre son visage de ses mains, comme honteux de me montrer sa faiblesse.

- Je suis désolé, murmure-t-il.

Son corps est secoué de sanglots muets. Je suis complètement désarmé. Que faut-il faire dans ce genre de situation ? J'aurais dû mieux étudier les cours de comportement humain.

Et puis les mots réconfortants, ce n'est pas ma tasse de thé. Alors je fais la première chose qui me passe par la tête et je le prends dans mes bras.

Ce qui semble être la bonne solution puisque les larmes finissent par se tarir. Par contre, cela a l'effet inverse sur moi : le sentir frémissant tout contre moi, inhaler son odeur délicieuse de vanille, entendre les battements de son cœur est loin de m'apaiser. C'est une enivrante torture à laquelle j'ai bien peur de succomber. Depuis hier, je me retiens de ne pas lui sauter dessus, depuis plus de douze heures je brime mes instincts, mais ma patience a des limites. C'était une erreur d'attendre.

- …Je suis désolé, répète-t-il, son visage enfouit dans ma veste.

- Tu n'as pas à l'être.

Ma voix n'est qu'un grondement et me surprend un peu moi-même. Elle effraie mon petit candide qui se détache un peu de moi, me scrutant avec appréhension. Il n'essaie même pas de fuir. Sage décision que celle-ci. De toute façon il n'a aucune chance. Il s'est figé, attendant mon prochain mouvement. Je dois lui expliquer maintenant et vite avant que la situation ne dégénère.

(POV Harry)

Ses yeux se sont considérablement assombris, ils sont maintenant gris de plomb, gris orage. Mon regard descend sur sa bouche où pointent deux triangles blancs. Ses crocs. Il va me mordre. Finalement, je n'y couperai pas.

- Je vais te mordre, ici et maintenant. Tant que je ne l'aurais pas fait, je te considèrerai comme une proie potentielle et je pourrais finir par te blesser. Comprends-tu ?

Je hoche la tête. Je l'ai écouté attentivement, retenant ma respiration. Je suis en apnée… Pourtant j'ai toujours détesté l'eau : je ne sais pas nager.

- C'est bien. Ne bouge pas. Pas de faux mouvement. Tournes la tête, commande-t-il.

Tout peut arriver. Et je suis à son entière merci.

Son souffle glacé se perd dans mon cou. Qui eu cru que les abysses étaient si froides ?

(POV Malefoy)

Je lèche sa peau douce comme la porcelaine pour la goutter et peut-être aussi un peu parce que ma salive à un effet analgésiant sur lui. Etrange, je n'ai jamais été aussi prévenant envers une proie.

Puis, n'y tenant plus, j'enfonce mes dents en lui. Aussitôt, son sang chaud vient mourir sur mes lèvres comme les vagues d'une soirée d'été viennent mourir sur la plage. Il est pur comme de l'eau qui jaillit de la source. Insouciant et enfantin comme le torrent qui serpente joyeusement sur les flans de la montagne. Sage et tranquille comme le fleuve. Fragile comme le premier flocon de neige de l'hiver. Un peu triste aussi, comme la pluie automnale. Il se laisse boire comme du petit laid. Néanmoins, je me réfrène comme je peux : je ne veux pas l'affaiblir.

Je rétracte mes crocs et lèche consciencieusement la plaie, cela l'aide à cicatriser. Cette douceur ne me ressemble pas.

Une unique pensée tourne furieusement dans mon esprit : « encore ».

(POV Harry)

Il me mord. Je me déconnecte de la réalité. Ma conscience se met en pause. Je comprends que je ne peux plus rien faire, je ne suis plus qu'une poupée de chiffon entre ses bras.

Je sens que mon sang se faire la malle, mais cela ne m'inquiète pas. Ma vue se trouble de flocons. Je n'ai pas peur : j'ai toujours aimé la neige, même si je n'ai jamais été autorisé à jouer avec comme les autres enfants. Les sons sont feutrés. Je regarde la neige tomber. C'est si beau.

Tout est blanc.

(à suivre)