Alors voici la suite en espérant que cela vous plaira. Le début peut être désarçonnant car il pose les personnages. Peu à peu cela s'imbrique….

Merci pour les Reviews.

Quelque part aux États-Unis, 7 mars

Cela faisait des jours qu'il voyageait dans ce camion à travers ce pays qu'il ne connaissait pas. Il aurait dû écouter Umé quand elle lui avait dit de rester, quand elle l'avait supplié et même quand elle avait pleuré serrant dans ses frêles bras Ran leur fils. La moisson n'avait pas été bonne, comme celle de l'année dernière et encore celle d'avant. Il ne comprenait plus la nature. Les anciens disaient que c'était une période de sècheresse. Il y en avait eu durant l'histoire semblait-il mais pas des comme ça, foi de mémoires d'hommes. Il voyait sa famille mourir de faim à petit feu. Il avait encore une vache qui donnait un peu de lait, mais pour combien de temps ? Il avait tout vendu, tout ce qui n'était pas nécessaire, vital au quotidien. Avec l'argent il avait acheté trois sacs de riz, du fourrage. La veille il avait serré contre lui Umé, lui avait embrassé les paupières qu'elle gardait closes cachant ainsi la perlée de larmes. Lui promis qu'il reviendrait. Elle l'avait traité de menteur. Lui promis de lui écrire tous les jours. Elle l'avait traité de menteur. Lui expliqua qu'il gagnerait de l'argent et ainsi pourrait subvenir à leurs besoins. Le seul besoin qu'elle avait était d'être auprès de lui. Il était fort, sérieux et rieur par moment. Elle l'avait aimé tout de suite. Il n'avait cessé de penser à elle dès le premier regard. Elle était douce et humble.

Le voilà maintenant à travers ce pays si différent. Il y avait un trou dans la toile qui couvrait l'arrière du camion. Il y eu beaucoup de bruits, de voitures, de maisons colorées puis un immense désert brulant. Cela ne se terminerait jamais pensait-il. Il avait suivi Lee jusqu'à Beijin ou Pékin comme disent les occidentaux. Pourquoi avoir le besoin de donner un autre nom à une ville qui en a déjà un ? Curieux. Il ne connaissait rien au monde. Il n'était jamais sorti de son village. Cela ne l'intéressait pas. Il aimait aller à la cascade du Dragon. A chaque fois qu'il avait un souci c'était là qu'il se rendait. Ses inquiétudes s'envolaient à chaque fois. Et à chaque fois il trouvait la solution plus apaisé que jamais. Mais là comment allait-il faire loin de sa cascade ? Comment allait-il trouver la solution à ses soucis ? Lee s'était moqué de lui quand il lui avait fait part de ses inquiétudes quant à ce périple. Lee était sûr que cela marcherait. Lee lui disait qu'il deviendrait immensément riche et pourrait acheter de la soie et des bijoux à Umé. Lui il voulait juste que sa famille ne meure pas de faim et rentrer très vite chez lui. Malgré l'appréhension il avait suivi Lee. Le Dragon ne l'avait pas aidé quand il était venu le voir. Il était pourtant resté longtemps sous la cascade essayant d'apaiser son esprit. Mais il n'avait trouvé que le silence. Il préférait croire que le Dragon s'était tut pour ne pas lui dire au revoir.

Il se souviendrait sans nul doute toute sa vie de cette période à Beijin. Entassé dans un immeuble vétuste. Six par chambre, un water et un lavoir pour chaque étage. Ils étaient trente par étage. Il fallait bien s'entendre et surtout se faire respecter. Il l'avait appris à ses dépens. Souriant comme à son accoutumé, confiant il avait laissé son sac dans la chambre. Quelle ne fut pas sa déconvenue quant à son retour il vit le contenu de son sac éparpillé sur le sol et la moitié de ses affaires disparue. La rage qu'il l'avait étreint quand il ne retrouva pas la photo de sa famille fit comprendre à tous qu'il n'était pas de ceux qu'il fallait sous-estimer. Xiu qui pensait que sa taille et sa musculature pouvait réduire au silence n'importe quel vaillant, s'en mordit les lèvres quand il lui demanda de lui rendre ses affaires. Xiu jouait avec la photo écornée et avait accroché la broche sculptée par Umé à sa chemise. Xiu voyant ce frêle homme se mit à rire de plus belle à gorge déployée. Le silence se fit dans l'immeuble quand Xiu tomba à terre frappé en plein visage par un paysan en rage. Tous le regardèrent et comprirent que cet homme, aussi doux, souriant, était fort et peut-être même plus fort qu'ils pouvaient l'imaginer. C'est à partir de cet instant que tous le laissèrent tranquille. Que tous s'étonnèrent qu'il ne fasse pas usage de sa puissance pour faire sa loi et prendre un tribu aux nouveaux venus. Tous les autres avaient agi ainsi d'années en années, mais pas lui. Alors il n'y aurait plus de tribu, ni de racket, enfin jusqu'à ce qu'il parte. En effet, tous savait qu'il était là en transit. Il voulait aller avec son ami Lee dans ce pays aux milles richesses, avec sa décadence visible devant toutes les portes. Lee lui avait montré des photos et des films au cinéma. Lee disait qu'il fallait mieux connaître ce pays et apprendre la langue avant d'y aller. Mais Lee avait retenu les mots phonétiquement et pour lui les sonorités étaient étranges.

Une nouvelle fois, ils étaient tous secoué par la rudesse de la route. San Francisco lui plaisait bien avec ces maisons colorées et ces avenues tellement larges qu'avec le soleil brulant on aurait pu y voir des langues d'eau rendant la ville presque flottante tel un mirage. Mais Lee lui avait dit qu'il avait entendu qu'à l'Est il y avait plus de richesse, plus de chance. Il ne voulait pas rester seul alors il avait suivi Lee. Neuf jours qu'ils voyageaient dans ce camion et ils n'en pouvaient déjà plus. Chaque jour on leur disait qu'ils étaient bientôt arrivés mais cela continuait. Bientôt. Encore un jour et ce sera terminé.

Paris, 8 mars

Il faudrait un jour que tu apprennes à conduire...

Je te signale que j'ai passé mon permis haut la main.

Au bout de combien de fois ?

Assez pour pouvoir t'emmener au travail.

Et le plancher tu comptes le mettre quand ?

J'ai les pédales, j'ai pas besoin de plancher et puis en été c'est pratique, j'ai pas chaud aux jambes.

Et moi je fais comment ? Je continue à mettre les pieds sur le côté ? Non sérieusement Gabi tu devrais mettre un plancher à ta Deuche antique.

Promis je te mettrais une planche en bois comme ça Môssieuuuuuu pourra poser ses pieds délicats.

Ils t'en seront éternellement reconnaissant.

Il aimait beaucoup Gabi, depuis toujours, depuis leur enfance et peut-être même plus. Il ne saurait dire. Ils s'étaient rencontré un soir d'été, un soir où il avait une nouvelle fois fugué de cette demeure qu'il exécrait. Avant, il vivait avec sa mère près d'un parc où tous les deux aimaient flâner. Elle lui avait raconté que c'était dans ce parc qu'elle avait rencontré son père. Si beau, si séduisant, au sourire charmeur. Elle lui disait qu'il lui ressemblait. Gabi revenait d'un anniversaire et était déguisée pour l'occasion. Un ange dansant autour d'un réverbère en pleine nuit. Il avait cru d'abord à un tour de son imagination. Ils étaient devenus amis d'un seul regard. Inséparables au grand désespoir de sa tante guindée qui regardait d'un mauvais oeil cette amitié. Elle jurait que cela l'entrainerait sur un mauvais chemin. La mère de Gabi était coiffeuse mais de temps à autre vendait ses charmes aux clients. Au dessus du salon « Chez Doris » se trouvait l'appartement aux mille couleurs, véritable caverne d'Ali Baba. Il adorait venir ici et quand il ne se sentait pas bien s'y réfugiait avec l'approbation de Doris.

Les années ont passé mais rien n'avait pu ébranler cette amitié. Bien au contraire, elle ne fit que s'en renforcer par les coups du sort. Il était battu par son oncle qui se mit comme devoir de le corriger et le mettre sur le droit chemin et de faire en sorte que la tare de son misérable frère ne se propage pas et ne devienne pas contagieuse. Elle perdit sa mère à l'âge de 14 ans et fini dans un foyer. Ils étaient séparé, loin l'un de l'autre ils s'écrivaient se promettant à chaque lettre de se retrouver. Il ne recevait aucune lettre de Gabi mais il se doutait que son oncle ou sa tante les interceptaient. Il postait ses lettres en cachette en n'oubliant pas d'indiquer à chaque fois que les lettres étaient volées par ses geôliers. A 16 ans elle obtint son émancipation avec son diplôme de coiffeuse en poche. Il était en pension, trop têtu pour se soumettre. Alors il était éloigné pour être dressé. Elle ouvrit son propre café « Au Gabi». Il revint diplômé, embauché par une librairie « Armanda ». C'est en allant au parc de son enfance qu'il vit le café et entra sans hésiter. Il l'a vit là souriante, ses yeux verts et ses cheveux noirs attachés en chignon qu'il n'avait jamais oublié. Il s'était demandé tout à coup s'ils sentaient toujours le printemps aux fruits acidulés. Elle le vit dans l'embrasure de la porte, les yeux marines, les cheveux un peu trop long à son goût, un léger sourire sur les lèvres, toujours aussi retenu pensait-elle. Ils ne sont plus jamais quittés depuis ce jour.

Il emménagea chez elle, trouva rapidement son espace. Pour lui s'était d'une évidence mais ne voulait rien lui dire. C'était écrit quelque part. Il ne lui disait rien des sentiments qu'il avait même durant les nuits où elle venait le rejoindre dans son lit. Ils faisaient l'amour entre amis disait-elle. Juste pour passer le temps en attendant de trouver chacun l'âme sœur. Lui l'avait trouvé mais pas elle. Ce n'était pas grave.

New York, 10 mars

Il aimait retrouver le calme de son appartement, loin du tumulte de son travail, des photographes, des fans hystériques. Il était l'égérie d'une grande marque de cosmétiques, du dernier parfum Dior. Il a été un mannequin comme un autre jusqu'au jour où il fit cette photo pour le book d'un ami. Une pose entièrement nu, de dos, les cheveux relevés en chignon par ses mains, le visage au trois quart, la bouche entr'ouverte, en noir et blanc, le regard vers le bas. Une pose très sensuelle. Il s'était beaucoup amusé avec ces clichés. Son ami cherchant du travail comme photographe montrait à qui voulait ce qu'il savait faire. Et c'est là que tout changea pour lui. Une maison le contacta. Puis une autre. Une troisième. Cela n'en finissait jamais. De contrat en contrat, il menait une vie de stars loin des préoccupations qui traversent les vies de gens ordinaires. Plus de soucis financiers mais plus d'amis non plus. Tous étaient là à cause de son aura, de ce qu'il pourrait leur donner. Il n'avait plus d'ami. Il était seul. C'était son calvaire.

En avançant dans le long couloir d'entrée afin de se rendre dans son salon de marbre, un sourire se dessinait sur ses lèvres. Il voyait posé sur la table ronde au milieu de la pièce le bouquet aux 30 roses rouges baisers. « Il n'a pas oublié ». Il ne savait pas de qui il pouvait s'agir mais chaque année il recevait un bouquet de trente roses rouges pour son anniversaire. Il avait essayé de savoir qui pouvait être cet inconnu mais il changeait de fleuriste, n'avait jamais le même physique, l'écriture des cartes étaient différentes, il payait en liquide. Lui était dans la lumière et cet inconnu préférait l'ombre. Il s'était souvent demandé ce qui se passerait s'ils se rencontraient. Peut-être était-il un psychopathe ? Il s'en moquait. Au moins sa mort, serait à l'image de sa vie. Tragique. Pourquoi ne voulait-il pas le sortir de là ?

Il pris les roses dans ses bras et d'un pas félin se rendit dans sa chambre. Il enlevait tous ses vêtements, s'allongeait nu sur les draps de soie et arrachait à pleine main les pétales des roses rouges et les coulait sur son corps. Il s'enivrait de leur odeur, embrassait de pleines poignées, se caressait avec. Chaque année s'était le même rituel. Amoureux. Désespérément amoureux d'un inconnu qui restait dans l'ombre.

New York, 11 mars

Mal rasé, l'oeil morve synonyme d'une nuit trop courte (encore une de plus), un café fumant à la main, il regardait le corps sur le sol qui ressemblait à une étoile. L'image le fit sourire. Peut-être un peu trop car d'un coup tout le monde le regardait bizarre. Il n'en avait cure. Toujours la même chose et cela durant depuis plusieurs mois. Trois cadavres. La même méthode. Il désossait ses victimes avec une grande méticulosité tel un chirurgien hors pair. Laissait un message. « bon anniversaire ». Il y eu « te souviens-tu ? » puis « es-tu fier de moi ? » et maintenant ce « bon anniversaire ». A qui pouvait bien être destiné ces messages ? Selon le psychiatre expert en tueurs en série, c'était certainement pour sa mère. Il ne violait pas ses victimes que cela soit avant de faire joujou ou post mortem. Peut-être ne pouvait-il pas jouir sexuellement ? selon l'hypothèse du docteur es. Mais en tous les cas, et de cela il en était sûr, cela devait bien le faire triper. Cela devait être particulièrement jubilatoire pour ce malade. Méticuleux, jusqu'au moindre détail. Il ne laissait aucune trace. Aucune empreinte. Pas la moindre tâche de salive, de sperme, de sueur. Rien. Il vit le directeur de l'hôtel, suant, à la limite de l'évanouissement. Il craignait pour sa clientèle, pour les rumeurs, la réputation. Pourtant, tout le monde connaissait la réputation de l'Antarès. Hôtel pour les milliardaires, les hommes d'affaires fortunés. On pouvait tout y avoir si on y mettait le prix et tous les clients de cet hôtel pouvaient y mettre le prix sans difficulté.

dites-moi c'était quel type de client ?

Le directeur le regardait inquiet allant de son précédent interlocuteur et ce flic mal réveillé.

que... je ne comprends pas...

ma question est simple... quel client était-il ? Il les aimait blonde, brune... préférait les hommes... la coc...

non, non... rien de tout ceci... qu'êtes vous en train de suggérer ? Notre établissement...

c'étaient quoi ses demandes ?

Aucune... Le directeur s'épongea le front voyant les sourcils de l'inspecteur se froncer. « Il ne sortait que peu de sa chambre. Il demandait juste que ses repas lui soit emmenés dans sa chambre. Il travaillait beaucoup. Toujours sur son ordinateur. Il ne descendait que le soir pour aller au bar de l'hôtel. Il prenait une prune. Toujours. Sur ces cinq jours, il prenait toujours la même chose. Même pour les repas. Limande au beurre avec du riz, en entrée une salade verte avec des tomates cerises et des olives noires... oui oui... olives noires à la mode grecque... il y tenait beaucoup et en dessert un moka avec un café noir très serré sans sucre et sans lait... très noir... presque à la turc... Aucune demande ».

Comment est-il venu ?

En taxi je crois... oui oui en taxi... un drôle de type.

Drôle de type ?

Je l'ai déjà vu amener des clients ici où venir les chercher. Il trouve toujours le moyen de leur donner sa carte pour que les clients l'appelle pour se rendre à l'aéroport ou pour qu'il leur serve de chauffeur pour les sorties.

Pourquoi drôle de type ?

Et bien...comment vous dire ? Il est sympathique mais il a un quelque chose de bizarre. Vous savez c'est un peu comme les chats, c'est tout mignon, cela ronronne et vous met en confiance et quand vous voulez le caresser il vous griffe. Sympathique mais je ne lui ferai pas confiance.

Quelle compagnie ?

Il est indépendant.

Son nom ?

Je ne sais pas mais peut-être que Monsieur Ferguson a pris sa carte ?

Comment n'y avait-il pensé de lui-même ? Le manque de sommeil ou encore cette prise de tête avec Camélia. Il regarda sur la table, sur le lit, dans le tiroir, fouilla avec délicatesse la valise... rien. Son portefeuille. Mais où est le portefeuille ? Un des enquêteurs lui tendit un sac fermé hermétiquement où il se trouvait. Il l'ouvrit et éparpilla le contenu sur la table qui trônait au milieu de ce qui servait de salon à la suite de luxe. Une photo d'une fille gothique l'air revêche. Des tickets de caisses provenant de France déduit-il en voyant « Paris », une carte d'un restaurant Indien, et... à enfin... la carte jaune de taxi avec un numéro de téléphone 555-8763 et un nom Angi Rossi.