Chapitre 2 : Mensonge

Naminé enlaçait avec tendresse son petit ami. Il avait 20 ans aujourd'hui. 5 ans qu'elle le connait. Et comme chaque nuit, il s'agitait dans le lit conjugal, murmurant et gémissant toujours le même prénom masculin. C'était énervant pour la jeune femme. Elle se sentait trompée. Mais elle lui pardonnait, car elle se pensait conçue pour cet homme blond.

« Roxas… Roxas… ROXAS !! Réveilles toi!

- Mmmmh…

- Roxas DEBOUT !

- Naminé … L'est quelle heure?

- 8h. Tu faisais encore ton cauchemar. »

Elle lui embrassa le front avec délicatesse.

« Mh… Merci Princesse »

« Princesse »… Il ne pensait jamais ce surnom. Jamais. Il ne l'aimait pas. Il devait faire semblant. Pour cacher son homosexualité. Sa blessure qui le tenaillait depuis 5 longues années.

« Roxas… Tu n'as pas l'air bien cette fois encore…

- Belle observation.

- Arrête l'ironie. Tu veux m'en parler?

- Tu ne peux pas comprendre.

- Bah… Vas voir Sora, il est déjà sur la plage à s'entraîner avec son… Jouet. »

En effet il était là. Il maniait la KeyBlade légendaire : Ultima. Elle semblait énorme, lourde et longue. Il dansait avec sa lame, la faisait scintiller sous les rayons du soleil, fendait l'air avec le tranchant de l'arme. Vision magnifique. Il était torse nu, sa poitrine musclée luisait sous la fine pellicule de sueur. Son pantalon noir descendait sur le creux de ses hanches, rendant la vision terriblement excitante. Mais comment désirer un homme qui n'est rien d'autre que son double ? Kairi était présente, dévorait son Homme des yeux. Elle était à l'affut de tout, et elle remarqua Roxas, qui restait distant, mâchoire à demi décrochée.

« Roxas, ça va ?

- Oui Kairi. J'aimerais parler à Sora, si ça ne te dérange pas. »

Ce dernier l'avait entendu, il vint en courant, ses cheveux bruns flottant au vent.

« Un problème frérot ?

- J'aime pas ce surnom. Mais oui, j'aimerais te toucher deux mots. »

Sora déposa un léger baiser sur la joue rose de Kairi, et s'éloigna avec son « frère », pour commencer une longue marche le long de la rive.

« Alors Roxas, tu as encore fais ton rêve?

- Euh en fait…

- Inutile de me mentir. Tu sais que je peux te déchiffrer sans peines.

- Pas faux. Enfin cette fois c'était plus clair. Je le voyais vraiment, je le sentais !

- Tu t'es agité comme d'habitude, et ta chérie t'auras encore retenu…

- Ce n'est pas…

- Ta chérie, oui je sais.

- Pour toi c'est plus simple, t'aimes cette femme. Mais moi je ne l'aime pas, c'est elle qui s'accroche. Tu sais bien ce que j'ai juré.

- Tu m'en veux encore?

- Non, je sais que c'est lui qui s'est sacrifié. Car il savait que sans toi, je n'existerai plus.

- C'est Naminé qui t'as expliqué ça ?

- Oui.

- Elle a bien fait. »

La marche se prolongea dans le silence. Sora se souvenait encore de la mort digne d'Axel : c'est en se battant contre une meute (oui une meute… on ne pouvait décrire autrement ce groupe immense de monstres) qu'il donna sa vie, pour protéger le jeune Sora, encore inexpérimenté. L'explosion souffla tous les ennemis, mais sa force fit disparaître de la surface Rafale de Flammes Dansantes. Cela avait tué intérieurement Roxas. Naminé le réconfortait grâce à ses visions du passé, ses bonnes paroles. Mais le blond ne pouvait pas se contenter de ça. Le manque affectif était là. Sora était le meilleur pour les confidences. Mais au fond, il savait que son homonyme ne lui confiait pas tout : en effet, en croisant Riku, qui s'entrainait également au maniement de son arme, il manqua de se dévisser le cou en admirant le spectacle.

« Tiens tiens Sora… Ca va pas si bien que ça avec Kairi en fait…

- Tais toi, c'est faux. »

La teinte de son visage le contredisait. Il était rouge brique à la vue d'un Riku à demi nu.

« Tu l'aimes, hein?

- Arrêtes tes conneries, il va nous entendre.

- Je la ferme uniquement si tu me racontes tout…

- ROXAS ! C'est quoi ce chantage?! »

Ils se regardèrent. Et éclatèrent de rire. Ils s'éloignèrent encore, arrachant la vision parfaite de Riku aux yeux de Sora.

« Vas y racontes, Sora, depuis quand?

- Y'a rien à raconter, et il s'est jamais rien passé.

- Je ne suis pas dupe.

- Dommage, j'aurais cru.

- Tut… Arrêtes. Sora, je t'ai toujours tout dit. Après tout, c'est dans nos gènes, non?

- C'est vrai. Mais je refuse d'y croire.

- C'est pas honteux d'aimer un homme.

- Je sais. Mais je refuse de faire souffrir Kairi, elle ne mérite pas ça.

- Elle est intelligente, je te rappelle.

- Roxas, vieux frère, je sais plus quoi en penser. Tu comprends… Tous les jours je…»

Il se mit à pleurer sur l'épaule de Roxas. Il criait à s'en déchirer la gorge. Jamais il n'avait vu un tel manque de retenu chez son compagnon.

« Calme toi Sora, ça va aller »

Trop tard. Riku venait déjà vers eux en courant, inquiété par le bruit.

« Alors les amis, on égorge un cochon?

- Arrêtes Riku, c'est Sora.

- Ah? T'arrives quoi?

- Rien du tout.

- Mh… Sûr?

- Je suis bien placé pour le savoir, non?

- Alors viens, je sais ce qui devrait te remonter un peu. »

Riku tendit sa main à Sora pour l'aider à se redresser. Ce contact infime suffit à le noyer dans le bonheur absolu.

« Viens te battre.

- Ahah… Tu sais très bien que je vais gagner.

- A mains nues. »

Ca, c'était une autre affaire. La musculature puissante des épaules de Riku laissait penser que sa force pure était redoutable. Il se vantait souvent, faisait rouler ses bras ronds sous les gloussements des filles présentes. Un homme magnifique, comme on en croise rarement. Il attacha ses longs cheveux blancs. Une véritable rivière de diamants aux yeux de Sora. Cela amusait Roxas de voir son ami en état de transe.

« Fais pas semblant de perdre, ou je te renie.

- Mouais… Ne me sous estime pas, Roxas. Je ne suis plus un gamin. »

« Gamin », le surnom amical qu'Axel utilisait pour définir son amant. Roxas réprima une larme, et se donna une claque.

« Ca ne va pas?

- Si t'en fais pas, file lui mettre sa dérouillée. »

Le battre? Le frapper? Déformer un visage aux courbes si parfaites à ses yeux? Sora n'y songeait même pas. Secrètement, il s'avouait que c'était l'occasion rêvée pour effleurer un corps si désiré. L'argenté le défiait, fermement campé sur ses jambes, s'amusait à faire craquer ses jointures.

« Tu veux un mouchoir Sora, ou on commence tout de su… »

Il n'avait pas eu le temps de terminer sa phrase. Une fusée brune et noire se jetait sur lui, et c'était abattue sur son torse, le plaquant au sol.

« 1-0 ma jolie, on continue? »

Sous son ironie, il savourait la position qui pouvait laisser songeur : assis sur le torse de Riku, jambes qui encadraient la taille. Le guerrier était surpris de se retrouver en dessous. Il n'avait pas pu réprimer des pensées trop malsaines à son goût. « Qu'il est beau » « Ses yeux… » « J'ai envie de toi » et autres se baladaient dans sa tête. Cela n'échappa pas à Roxas.

« Heu… Je vous laisse les mecs, j'ai des trucs à faire »

A d'autres. Il ne voulait pas gêner l'idylle naissante. Sora s'en doutait, il aurait fait la même chose.

« Mh… On termine Riku, ou tu t'avoues vaincu ?

- T'as gagné. »

Il se redressa visiblement à contre cœur.

« J'étais pas en forme, tu as eu de la chance.

- Arrêtes de te justifier, on croirait un enfant en faute.

- J'ai horreur de perdre, surtout contre toi.

- Je dois le prendre mal? »

Non bien sûr. Riku ne voulait pas faire de mal à cet être qu'il chérissait en secret.

« Riku, on va se baigner?

- J'ai pas de maillot.

- Moi non plus, et alors? J'en ai déjà vu d'autres.

- Regarde ailleurs, ça me gène. »

Sora était obligé de se retourner à contre cœur. Il n'aime pas être privé de la vue de son argenté. Surtout quand il savait ce qui se tramait : il était en train de retirer le peu de vêtements qui lui restait, et les laissa tomber sur le sable, ce qui provoqua un léger bruit mat. Mais aucun bruit d'eau. Il attendait quelque chose.

« J'ai pas envie de rentrer dans l'eau en premier.

- …

- J'aime pas le froid.

- …

- Fais pas le timide. Change toi et viens la goûter. »

Il devint d'abord livide, puis vira rapidement au rouge. Une chance inespérée. Il se retourna lentement : Riku était dans la même position de combat que précédemment. Il rigolait joyeusement, glissant un doigt dans son propre caleçon, jouant avec l'élastique.

« Allez, d'homme à homme, viens te battre. Le perdant aura droit à un plongeon gratuit dans l'eau.

- Quand tu veux, Riku!

- Déshabille toi avant. Et arrêtes de rougir une bonne fois pour toute, moi aussi j'en ai vu d'autres. »

A peine le temps de terminer, que le pantalon de Sora chuta au bas de ses chevilles. Il devait cacher ses formes sous ses mains, il ne voulait pas que l'on découvre une bosse qui commençait à être parfaitement visible. Après tout, un bain frais calmerait ses ardeurs.

« En garde, la brune! »

Tant pis pour ce qu'il laissait voir, il n'aimait pas ce genre de surnom féminin. Il se mit à genoux, tel un chat, pour bondir sur sa proie. Riku savait qu'il allait de nouveau se jeter sur lui. Et il n'avait pas envie de l'arrêter. Mais n'avait pas envie de perdre non plus. Sora chargea une nouvelle fois à la vitesse d'un boulet de canon. Non cette fois l'attaque rate. Un pas sur la droite permet d'éviter le projectile humain. Un autre permet de l'attraper par la taille et de le clouer au sol. Le tout en une fraction de secondes. Riku posa le pied sur le dos du vaincu, qui grinçait des dents, tant par l'indignation que par la honte.

« Sora, t'es bon pour faire trempette en premier.

- Oui je sais. Comment tu as fais ça?

- Tu es terriblement prévisible. Ce qui fait ton charme sans doutes. »

Il rougit de plus belle.

« Mon… Charme?

- Arrêtes de rêvasser, à la flotte! »

Pas le choix, il avait perdu. Son caleçon déchiré laissait voir une partie de sa fesse gauche, pour le plus grand plaisir de Riku. Sora plongea tête la première : l'eau riche en poisson était fraiche sans excès, parfaite pour nager. Il s'éloigna rapidement de la rive, plus qu'il ne devrait.

« Sora !! T'éloignes pas trop, les courants sont costauds dans le coin!! »

Il n'entendait rien, occupé à nager un crawl parfait. Cependant, l'avertissement était bien réel : ses jambes ne le guidaient plus ou il le voulait. La panique commençait à le gagner.

« Réfléchis Sora, t'es un grand garçon, y'a moyen de te tirer de là »

Non. Il n'y parviendrait pas. Pas tout seul. Il se croyait perdu quand ses forces le quittait petit à petit. Il aspira une dernière bouffée d'air, avant de se faire entraîner dans les profondeurs noirâtres de l'océan, comme si on le tirait par la cheville. Une force qui broyait chacune de ses tentatives de survie. Sora ne voulait pas mourir avant d'avoir pensé à tout une dernière fois. L'organisation XIII, sa bataille, ses amis, son amour pour Riku… Tout ce qui avait fait de lui un Homme à part entière.