Chapitre 1 : My Sweet Melody

Je suis né un jour de pluie. Fait insolite lorsque l'on sait que je suis né en pleine période de grande sécheresse. Les gens qui me connaissent aiment à dire que c'était un signe de bénédiction divine. Comme si le ciel avait redonné vie à la terre tout entière au moment même où il me donnait la vie.

Ma mère est morte en me mettant au monde. Une femme exceptionnelle selon les dires de mon père. J'aurais aimé faire sa connaissance. Elle serait certainement fière de moi. De celui que je suis devenu. Je me suis toujours efforcé de donner le meilleur de moi-même. Je crois en toute modestie qu'aucune mère n'aurait pu rêver d'un meilleur fils que moi.

Mon père, lui, m'a toujours voué une admiration sans borne. J'ai beau avoir une sœur, c'est à moi que ses louanges ont toujours été adressées. Mon père. Un homme d'origine modeste mais courageux et aimant. Je suis le fils dont il a toujours rêvé. Il a d'ailleurs toujours adoré m'exposer partout où il allait.

Mon enfance n'a rien eu d'extraordinaire. Une enfance heureuse, comme bien des enfants. Je me souviens que j'aimais à jouer avec les autres enfants du village dans les champs de blé environnants. J'ai toujours eu énormément d'amis. J'ai toujours été un enfant sociable et joyeux. Un enfant insouciant à la peau brunie par les heures passées à jouer sous un soleil de plomb. Je n'aurais échangé mon enfance pour rien au monde.

Je me souviens que, en face de chez moi, il y avait cette énorme demeure sur plusieurs étages. Le plus grand bâtiment du village. Une maison qui contrastait vivement avec la modestie de notre petite maison familiale. Et je me souviens aussi n'avoir jamais vu personne en sortir. On aurait pu aisément penser qu'elle était déserte si une mélodie aussi enchanteresse que bouleversante ne s'en était échappée tous les jours, à vingt et une heures pile.

Un morceau de piano. Toujours le même. J'attendais toujours ce moment avec impatience, ouvrant grand ma fenêtre et me penchant au-dehors pour mieux me délecter de chaque note. Aujourd'hui encore je m'en souviens dans les moindres détails. Chaque note. Chaque variation. Je n'ai jamais rien entendu d'aussi beau et déchirant depuis. Ce morceau me hantera toute ma vie.

Je me souviens avoir passé des journées entières posté devant ma fenêtre. Des journées entières à guetter les volets désespérément clos desquels s'échappait cette sinistre et captivante mélodie. Je me souviens avoir prié pour avoir un signe. Pour apercevoir une silhouette, un signe de vie dans cette chambre faisant face à la mienne. Pour savoir quel être humain était capable de me toucher autant avec un simple piano.

Mais rien. Je ne voyais rien. Cela m'a rongé pendant des années. Jusqu'à ce que je finisse par le voir. Jaejoong. Kim Jaejoong. Dix ans plus tard, je me rappelle encore parfaitement de son visage. Son visage si pâle. Si irréel. Si beau.

C'était un soir de mars. J'avais tout juste onze ans. Un enfant du village m'avait raconté que le premier étage de la grande bâtisse était hanté par un esprit maléfique et que c'était la raison pour laquelle toutes les fenêtres étaient barricadées. Il avait également décrété que la mélodie que j'aimais tant était un appel aux forces de l'au-delà, ce qui m'avait paru totalement stupide. Cette musique ne pouvait décemment être la production d'un être maléfique. Mon âme d'enfant en était intimement persuadée.

Ce soir là j'avais donc soigneusement tiré la chaise de mon bureau jusqu'à la fenêtre grande ouverte et, enroulé dans une couverture, m'étais mentalement préparé à veiller toute la nuit, bien décidé à obtenir mon signe. Si personne ne se manifestait jamais en journée, il fallait que je m'assure que c'était également le cas la nuit. Un autre enfant du village m'avait expliqué que, lorsqu'on priait très fort pour obtenir quelque chose, on finissait toujours par l'obtenir. En bon enfant naïf et insouciant, je l'avais cru. Et le hasard fait décidément bien les choses.

Il devait être près de deux heures du matin. Je m'étais assoupi lorsqu'un grincement me tira de mon demi-sommeil. Immédiatement à l'affût, je bondis sur mes pieds et me penchai au dehors, tentant d'apercevoir quelque chose. Les vieux volets calfeutrés étaient en train de s'ouvrir. Pris d'une peur soudaine en repensant aux histoires de fantômes de mon camarade de jeu, je me baissai vivement, espionnant discrètement la scène.

Une créature se tenait à la fenêtre. J'étais à plusieurs dizaines de mètres mais la pâleur de sa peau et de ses cheveux me frappa. Mon ami avait raison et j'étais face à un fantôme. Le fantôme d'un enfant de mon âge. Ses longs et fins cheveux d'un blond presque blanc voletaient au gré du vent, donnant un aspect encore plus fantasmatique à sa frêle silhouette, et ses yeux d'un rouge intense fixaient le ciel étoilé. Loin de m'effrayer, cette vision me fascina. C'était le plus beau spectacle auquel j'avais pu assister.

A l'instant même où je le vis, je sus que c'était lui. Seul un être aussi magnifique pouvait jouer ma mélodie. A l'instant même où je le vis, je sus que nos destins étaient liés.

Je m'appelle Yunho, tu veux bien être mon ami ?