Replies aux anonymes :

- tenshi : Ben, merci beaucoup, hein xD


Un autre update! Non, j'ai pas consommé quoi que ce soit, j'ai juste terminé mes fics un peu en même temps ^^ Voici la fin de cette légende-là, en espérant que ce chapitre apporte les précisions que vous souhaitiez :p (ça m'étonnerait lol)

DuncanHeart


Dans le château de Riku, dans la nuit où Sora dormit paisiblement…

- C'est plutôt gênant comme situation, commenta Axel, faussement compatissant.

Il ne trouvait pas cette situation gênante, il la trouvait tout bonnement hilarante.

- N'est-ce pas ?, soupira Naminé, assise à ses côtés dans la cuisine. Condamné à porter des robes à dentelles depuis un siècle.

- Un siècle ?, fit le roux, surpris.

- Dans ce genre de cas, c'est un siècle ou la mort (1).

- Pas de chance.

- N'est-ce pas ?

Axel fit claquer sa langue, agacé.

Naminé reprit sans relever le geste :

- Et toi, je suppose que tu dois regretter tes robes…

Surpris, le roux faillit tomber de sa chaise.

- Euh, oui…, murmura-t-il. Mes robes… mes vêtements… euh… mes… bijoux, mon visiteur mensuel…

La jeune fille en face cligna des yeux de façon explicite.

Là, il venait de perdre un point.

- Quel était ton ancien nom ?, fit Naminé en le fusillant du regard, suspicieuse.

Question de rapidité, Axel. Vite. Un nom, n'importe lequel.

- Kairi, répondit-il avec toute la conviction possible, en pensant à l'une des femmes qu'il avait connues.

- Kairi…, répéta la blonde, songeuse. C'est vraiment bizarre, n'est-ce pas… (puis elle se reprit :) Le mien était Roxas.


La marâtre, désormais maîtresse de tous les biens du forgeron, qui était, sans doute aucun, le plus riche du village, sous un masque de pleurs, étendit son influence sur les maisons alentour, par son triste pouvoir de persuasion.

En passant dans le hameau d'un pas conquérant, elle aperçut une vieille dame dans un coin, grelottant de froid. Incommodée par cette vision, la méchante femme lui ordonna de quitter les lieux immédiatement.

La vieille femme lui parla d'une voix aigue et désagréable à l'oreille :

- Si vous me laissez dormir dans cette auberge, madame, je vous promets de vous révéler un secret qui vous rendra aussi riche d'une reine.

Après une courte réflexion, la comparaison avec une reine la poussa à accepter la proposition. Car s'il existait une chose qui pût vaincre sa cruauté, c'était bien son attirance pour l'argent.

Installée devant une chope de bière qu'elle happa fermement, la vieille femme se métamorphosa en une fée splendide, visible uniquement par la marâtre. Ses grands yeux bleu marine, entourés de mèches rougeâtres, se fixèrent sur son vis-à-vis. Cette dernière avait déjà eu ouï des histoires de fées de ce genre.

- Ecoutez attentivement. Vous avez de l'ambition. Du culot. De la persuasion. Vous méritez plus que de contrôler un petit village comme celui-ci.

La tante de Sora buvait ces paroles qui distillaient un nectar très apprécié de son ego.

- Dans la forêt, continua la fée, se trouve un château protégé depuis les temps immémoriaux de la présence humaine. Dans une salle de ce château, couvert de fleurs rouges à épines bleues, il y a une trappe. Découpez les fleurs, réduisez-les en charpie, et entrez. Dans cette trappe, il y a un vieux lutin qui vous demandera de lui raconter une histoire. Tuez-le. Il tentera de vous amadouer. N'ayez aucune hésitation. Après sa mort, le lutin laissera échapper une pièce d'or incrustée de rubis de sa poche. Une voix vous demandera de la reposer sur le sol. Si vous voulez accéder au trésor, gardez-la au creux de votre main, et tendez celle-ci vers un mur de la pièce.

La méchante femme en face de la magicienne répétait silencieusement toutes les instructions qu'il lui était donné, pour ne point les oublier, en dodelinant la tête.

- Celui-ci s'ouvrira. Prenez garde à reculer de trois pas, sinon un éclair vous foudroiera pour vous mener directement en enfer.

La fée s'arrêta un instant, imperceptible pour un humain, pour observer la marâtre, qui n'avait même pas frémi au dernier mot de sa phrase.

- Vous serez entré dans un monde féerique. Vous devrez trouver un coffre de petite taille, gardé par une bête terrifiante accompagnée de charmants petits qui sont les siens. La bête est retenue pour des chaînes. Pour vous approprier le coffre, vous devez couper la tête de chaque petit et laisser s'échapper la bête. Ne vous souciez pas d'elle. Ensuite, ouvrez le coffre…

- Qu'est-ce qu'il y a à l'intérieur ?, demanda, impatiente, la tante de Sora.

La fée la toisa d'une façon si hautaine qu'elle s'interrompit. Mais elle garda une allure farouche.

- A l'intérieur de ce coffre, articula la magicienne, vous trouverez tout simplement… la Mort.

Si « enfer » n'avait rien changé à l'attitude de la marâtre, l'évocation de la Mort la raidit.

- Si vous réussissez à la convaincre, elle vous donnera les clefs de ce monde, termina la fée.

- A la convaincre de quoi ?, siffla son interlocutrice.

- Vous le saurez bien assez tôt, répliqua l'enchanteresse. Tout au long de votre périple, je vous protégerai ; ce couteau d'argent sera le don que je vous fais.

- REVENEZ ICI !, hurla la méchante femme.

Trop tard. La fée avait disparu et avait laissé sans compagnie la quasi-sorcière. Un long couteau argenté était posé à ses côtés, brillant d'une lueur étrange.


Plus loin, la fée, ayant repris l'apparence d'une mendiante, murmura :

- Tu aurais dû me laisser dans le froid, cruelle femme (2)… au moins, tu aurais pu faire preuve d'intelligence.

Elle leva les yeux vers la lune et sourit mystérieusement.


Naminé revint de la salle de bal, songeuse, son bol à la main. Au fond, les restes des fleurs dégageaient une odeur suave. Assise près d'une fenêtre dans la cuisine, Marluxia les regarda avec un semblant de tristesse. La blonde s'activait à jeter les fleurs fanées, nettoyer le bol, aller chercher quelque chose d'un côté, aller de l'autre pour prendre on ne savait quoi, tout mettre sur la table, écarquiller les yeux, se précipiter sur le buffet de droite, se jeter sur le buffet de gauche… L'ex jardinier eut très vite mal à la tête, et tourna la tête.

- La seule chose visible qui te soit restée de ta vie d'avant, c'est bien ton hyperactivité.

Naminé s'interrompit, et la fixa longuement avec lassitude. Marluxia changea de sujet :

- Où as-tu envoyé Axel ?

La jeune fille s'empourpra légèrement en entendant le dernier mot, et s'immobilisa enfin.

- Tu caches quelque chose, Roxas…

- C'est une fille…

- Tu lui as raconté toute l'histoire du château ?

- Non, répondit Naminé avec soulagement.

La dame aux cheveux roses l'examina avec suspicion. S'il avait répondu avec autant de détachement, c'était que le problème était ailleurs…

- Que se passe-t-il entre vous deux ?

Naminé baissa les yeux en tapotant distraitement la table.

- S'il m'attire autant quand je suis une fille, je pense que ce sera la même chose quand le sort se lèvera… enfin… si elle redevient une fille et que je suis un homme… je crois que-

- Je ne suis pas tout, mais j'ai compris l'essentiel, fit Marluxia avec un grand sourire. Néanmoins, espèce d'incorrigible romantique –car visiblement, ça aussi, tu l'as gardé-, je pense que tu devrais te montrer un peu plus réservé à son égard. Il vient juste d'arriver, et j'ignore si le sort agit sur…

- Il est dans la forêt à cueillir des mûres, coupa Naminé brutalement.

Roxas était troublé. Il ne voulait surtout pas entendre la fin de la phrase de Marluxia.

Ce dernier abdiqua, et décida de continuer sur la lancée de Roxas.

- Des mûres ?, répéta Marluxia, mi-amusée mi-intriguée. Je vois très mal quelqu'un comme lui aller ramasser gentiment des mûres.

- Il est censé le faire en tout cas. De toute façon, que ferait-il d'autre ?...

Elles se regardèrent avant de sortir en trombe de la cuisine.


Après avoir pris son petit-déjeuner avec le maître du château (petit-déjeuner au demeurant le meilleur qu'il ait avalé de sa courte vie), Sora fut installé dans un fauteuil moelleux près d'une cheminée. Avec Riku en face.

Autant dire qu'il appréhendait pas mal sa situation.

Néanmoins, Riku lui sourit gentiment. Enfin, aussi gentiment qu'on puisse faire avec des canines de la taille d'un demi cure-dent. Indécelables quand le lycanthrope fermait la bouche, elles ressortaient aussitôt qu'il entrouvrait les lèvres suffisamment longtemps.

Ils discutèrent de tout et de rien. Et deux jours passèrent ainsi, sans pratiquement sortir de la pièce. Sora prenait plaisir à parler avec l'argenté, d'autant plus qu'il semblait plutôt cultivé et le sidérait avec ses connaissances. Il espérait vraiment que ce soit la même chose du côté de son interlocuteur. Cet échange était plus pour lui que de simples paroles, c'était carrément un partage d'âmes, voire plus à certains moments…

Mais le fameux sourire de Riku disparut définitivement, avec une grimace, lorsqu'un jour, Sora aborda la question délicate de sa sœur.

L'argenté inspira lentement en fermant les yeux, les rouvrit, sembla se forcer à sourire. Jamais son interlocuteur ne l'avait vu aussi expressif.

- Disons que ce n'est pas pour cela que tu es ici…, lâcha enfin Riku, poussant l'impatience de Sora à son paroxysme.

- Comment ? Pas pour ça ?! Tu crois que si j'ai traversé la forêt pour arriver ici, ce n'était pas pour elle ?

Dans sa colère, Sora oubliait d'utiliser le vouvoiement. D'ailleurs, rares étaient les choses qu'il n'aurait pas balayées d'un revers à cet instant.

L'ex-loup marmonna quelque chose puis devint silencieux.

Le châtain faillit le foudroyer du regard pour le forcer à répondre, mais sa raison reprit le dessus. Très bien, il attendrait le temps qu'il faudrait pour que Riku donne plus d'explications.

- Ta sœur est morte.

Il n'avait pas à attendre si longtemps, finalement. Quelque chose se coinça dans sa gorge. Probablement sa langue, il n'arrivait pas à prononcer une parole. Puis lui vint l'idée que c'était faux, une méprise certainement de la part de…

- Ca s'est déroulé sous tes yeux, et tu n'as remarqué, asséna son vis-à-vis, à présent imperturbable.

La langue de Sora reprit sa place initiale et il répliqua :

- Mais… tu m'avais dit que tu l'avais faite prisonnière…

Plus il repensait à cet épisode dans la clairière, plus il sentait que quelque chose lui avait échappé…

Irina entre deux arbres. Irina agenouillée. Irina qui avait mal. Irina qui pleurait. La lumière se fit dans la mémoire de Sora, et il se mordit la lèvre.

Riku, l'ayant observé attentivement, conclut calmement :

- Elle était déjà à l'article de la mort à ce moment.

- Pourquoi ne l'as-tu pas sauvée ?

- …

- Pourquoi n'ai-je pas pu l'aider..., gémit Sora.

- Tu es tombé évanoui.

- C'était toi qui m'avais assommé ?

- …

Le châtain glissa du fauteuil et tomba sur le sol. L'argenté se releva et se pencha vers lui.

- Tu n'avais aucune raison de l'aider…

Les prunelles bleues se tournèrent vers lui avec effroi.

- Elle a essayé de te tuer. Et elle aurait réussi si elle n'avait pas trébuché et s'était écrasée sur un rocher. Elle a juste pu faire quelques pas pour tenter de regagner la lisière… elle t'a vu. Après que tu sois tombé, je l'ai traînée plus loin dans la forêt.

- Me tuer.

- En te laissant dans la forêt. Un autre loup que moi t'aurait dévoré tout cru. Si tu avais voulu soigner sa blessure, elle en aurait certainement profité de récidiver.

Le regard de Sora se fixa dans le vide et il murmura :

- C'était la seule personne qui avait été gentille avec moi…

- J'ignore si elle avait été influencée par quelqu'un. En tout cas, elle fomentait son plan à voix basse quand je passais dans la forêt.

Sora passa une main brûlante à son front. Riku lui caressa les cheveux et le châtain leva ses yeux avec étonnement vers lui.

- Et pourquoi étais-tu dans la forêt ? Pourquoi te transformes-tu en loup ?

Ce fut au tour du loup-garou d'être surpris pendant quelques secondes. Puis il soupira avec résignation, et il s'assit en face de Sora.

- Et pourquoi tu utilises ces fleurs rouges à-

- Je vais t'expliquer l'histoire de ce château, fit calmement l'argenté. Te l'expliquer ainsi que la raison pour laquelle tu es ici.

Son dos s'appuya contre le bas du fauteuil et son bras enlaça la taille du garçon aux cheveux châtains tandis qu'il commençait son récit, Sora essuyant discrètement ses yeux humides.

- C'était il y a une centaine d'années, parla Riku avec sa voix grave mais qui menaçait de se briser à chaque instant. A cette époque, mes parents furent tués par des brigands lors d'un voyage. Je ne possédais plus rien d'autre désormais que ce château abandonné. Mais bientôt, je soupçonnais ses habitants –à ce moment, nombreux, entre les serviteurs et les gens de ma famille- de me vouloir me prendre la dernière chose qui me restait. Par paranoïa, je les ai chassés et je n'ai gardé que deux personnes en qui j'avais encore un peu de confiance : ils s'appelaient Roxas et Marluxia.

Sora faillit l'interrompre mais Riku avait déjà repris :

- Notre vie était plutôt austère et monotone pour un garçon de mon âge, et je rêvais de retrouver ma fortune pour partir. Un jour, cependant, une grande femme très belle est venue frapper à notre porte. C'était Roxas qui la lui avait ouverte. Elle me réclama. Roxas étant quelqu'un de très méfiant, il lui a refermé la porte au nez. Elle refrappa. Cette fois, ce fut Marluxia qui vint. Il me semble qu'il a écouté ce qu'elle avait à dire, mais en fut trop effrayé pour la laisser me voir. J'avais vu les deux scènes. Alors, quand elle persista dans son entreprise, j'étais là pour lui ouvrir.

Riku secoua la tête avec tristesse.

- J'étais jeune, stupide, sans expérience et cupide. Elle s'appelait Kairi, elle était une princesse des fées. Elle me proposa de lui garder un petit coffret dans mon château. Elle m'a précisé clairement que si j'acceptais, elle me couvrirait de bonheur… c'était si simple, et ça me paraissait si ordinaire. Mes deux fidèles serviteurs tentèrent de m'en dissuader. Ayant une plus grande expérience de la vie, ils estimaient que confier cela à un enfant était dangereux. Furieuse, Kairi les transforma tous les deux en femmes, afin qu'ils souffrent de lui avoir manqué de respect. Devant tant d'emportement, j'aurais dû douter et fuir avant qu'il ne soit trop tard. Mais ma vanité en avait pris un coup en voyant qu'ils me prenaient pour un gamin, et je pensais qu'ils avaient ce qu'ils méritaient. J'ai donc accepté. Bien entendu, j'avais l'absolue interdiction de regarder ce qu'il y avait à l'intérieur du coffre, de tenter de le rechercher, de faire du chantage à Kairi. J'ai respecté ces conditions. Un an après que la fée ait caché son trésor, j'attendais toujours mon argent.

Le châtain blotti contre le conteur fronça les sourcils. Comment les gens pouvaient-ils autant attirés par des choses qui leur portaient malheur ? De plus, Sora avait gardé de l'enfance une hantise de tout ce qui était magique. Un souvenir fugace de sa naissance ? A cause de ces visions de cauchemar où sa tante se mettait à faire des messes noires le soir ? De ses menaces permanentes ?

- J'appris plus tard qu'elle avait été capturée par des villageois (Riku désigna de la tête le village natal de Sora, au loin). Craignant de voir mon salaire s'échapper, je me renseignais sur le lieu où ils la gardaient. Ces rustres l'avaient enfermée dans une cage de fer après l'avoir torturée pour la priver de ses pouvoirs magiques. Une nuit, je décidai d'aller seul la libérer. C'était une grave erreur. Je t'ai dit que le principal défaut de Kairi était d'être très colérique et rancunière, Sora.

C'était la première fois qu'il semblait parler à quelqu'un d'autre que lui-même.

- Ainsi, elle avait repris un peu de force, suffisamment pour pouvoir se venger. Quand j'ai ouvert la cage, j'ai pris la malédiction de plein fouet. Je me suis transformé en loup. Ayant des remords en me reconnaissant, Kairi me raccompagna dans mon château où je pus reprendre forme humaine. Néanmoins, j'étais très malade, et la malédiction m'aurait tué rapidement si elle ne m'avait pas préparée une décoction de fleurs rouges à épines bleues. Elle m'expliqua qu'étant dans un lieu habité par la magie –car bien sûr, elle l'avait utilisé pour protéger son trésor- j'étais dépouillé de toute transformation physique. Mais le sort, trop ancien, ne pouvait pas être inversé. La potion pouvait me garder en bonne santé quelques heures, voire quelques jours, mais j'étais toujours en danger. Kairi enseigna à Roxas et Marluxia la recette de la potion. Mais elle n'avait pas oublié sa vengeance. Elle m'a demandé… elle m'a demandé de…

Les yeux cyans fixèrent Sora avec insistance et ce dernier sentit un nœud se former dans sa gorge.

- Elle m'a demandé de veiller dans la forêt et… d'attirer un villageois ici. Il me remplacerait pour protéger le trésor. Je ne souffrirais plus de ma maladie et je serais très heureux. Je reverrais mes parents, et Roxas et Marluxia redeviendraient comme avant.

Riku ne racontait plus une histoire, il tentait de convaincre. De se persuader de quelque chose. Le bras autour de Sora se retira.

- A l'origine, j'avais voulu que ce soit ta sœur qui y aille. Je l'ai poursuivie et elle est tombée. C'est de ma faute. Puis tu es venu de toi-même…

- Si je vivais ici, ce serait toujours mieux que si je retournais au village…

- Non, fit fermement Riku. Je chercherais quelqu'un d'autre.

Un silence. Riku sembla guetter quelque chose.

- Mais je n'ai pas tout compris dans cette histoire…, commença le châtain.

L'aristocrate se leva et lâcha avec colère :

- Tu pourras demander à Axel un résumé de tout ce qu'il a entendu, n'est-ce pas ?

La porte du salon s'ouvrit brusquement sur un gémissement de douleur du roux, se tenant le nez.

Quelques secondes après, Naminé le poussa dans la pièce, hors d'elle, suivie d'une Marluxia plutôt décontractée.

- Immonde petite crapule !, s'écria la blonde en lui donnant des coups.

- Aïe ! Calme-toi ! Pitié !, fit Axel en essayant d'attraper les bras de son agresseur.

- Si Marluxia est encore là, où est passé Roxas ?

La voix de Sora stoppa le combat immédiatement.

Le roux eut un petit rire jaune et fit :

- C'est celui qui veut actuellement ma mort.

Naminé laissa retomber ses bras autour d'elle.

- Je ne veux pas te tuer, voyons, murmura-t-elle.

- C'est que tu ne me connais pas assez bien, alors, ironisa Axel.

- Justement, nous avons tous hâte de savoir ce que tu fais ici et qui tu es réellement, coupa Riku, glacial.

La jeune fille blonde et la dame aux cheveux roses étouffèrent un cri.

- Mais enfin, maître, c'est imprudent…

- Vous ne l'aviez donc pas invitée ?, interrogea Naminé, yeux écarquillés.

Sora se rapprocha un peu du lycanthrope. Ca sentait le roussi…

- Non, je suis venu tout seul, fit fièrement Axel. Là, t'as encore une raison d'essayer de me virer, Roxas.

- Pourquoi as-tu fait ça, Kairi ?, s'étrangla Naminé, qui était loin de plaisanter.

L'argenté frissonna à ce nom.

- Est-ce vous ?..., siffla-t-il.

Il semblait prêt à se jeter sur Axel, mais Sora le retint par le bras.

Le roux s'étonnait de la réaction de Riku. Il décida de mettre les choses au clair.

- Ecoutez… euh… je crois que je vous ai un peu menti.

- PARDON ?

Le hurlement de la blonde à ses côtés n'empêcha pas Axel de continuer.

- Je ne suis pas une fille. Je n'ai jamais croisé de fée bizarre. Pas vécu dans un château. Ni dans un village. Je me suis introduit ici quand j'ai vu les portes du château s'ouvrir. Je suis un voleur itinérant qui s'infiltre dans les châteaux pour gagner ma vie.

L'orateur surprit les regards meurtriers dirigés vers lui. Celui de Naminé était le plus féroce.

- Maintenant, que je vous ai tout dit, je pense que je vais tout vous rendre.

Axel était un as dans son métier. En un temps prodigieusement court, il sortit couverts d'or, nappes, petites tapisseries, clous d'argent, pierres précieuses, bagues, colliers, … de ses poches. Il quitta la pièce quelques secondes pour amener tableaux, vases, et même un gros diamant de la taille d'une orange. Enfin, il plongea la main dans sa poche pour extraire une rose qu'il offrit plaisamment à Naminé, non sans se prendre une gifle, qu'il reçut sans broncher.

- Impressionnant, lâcha Riku.

- C'est bien de l'avoir rendu déjà, chuchota Sora.

L'argenté eut un sourire légèrement attendri et Axel fit un clin d'œil au châtain.

- Je vais vomir, fit faiblement Naminé.

- Hein ?

- Je serais tombé évanouie si je n'étais pas un homme (3).

La blonde prit Axel par les épaules et le secoua sans ménagements.

- Tu t'en rends compte de l'incompatibilité que nous révèle ta déclaration, n'est-ce pas ?

- Comment ça ?, répondit le roux, étourdi par le traitement.

- Nous sommes deux hommes !

Axel eut un sourire narquois. Cette tournure de la situation lui plaisait infiniment plus qu'il ne se l'avouait :

- Ne t'inquiète pas, mon chaton, à mes yeux, tu garderas toujours ton charmant petit côté féminin.

- …

Finalement, Roxas s'écrasa sur le sol, ses jambes ne le soutenant plus.

Au même moment, la pièce fut baignée d'une lumière rouge. Toute trace de sourire avait disparu des visages de Riku et de Marluxia, et ils fixaient attentivement la fenêtre. La lune était devenue rougeâtre.

- Ca a commencé !, s'alarma la dame.

- Va-t-en, Sora ! Vite !

Tout le monde se précipita dans le vestibule. Au moment où les deux grandes portes se refermaient derrière la tante de Sora, elles furent recouvertes d'un feu magique. Impossible de retourner en arrière.


Entretemps, Roxas s'était éveillé dans le salon désert. Enfin, presque. Kairi se tenait devant lui, debout, le regardant avec un grand sourire mauvais.

- Ton seigneur n'a pas attendu ma venue. C'est donc toi qui recevras mes instructions.

Naminé recula, appuyée sur ses coudes, jusqu'à ce qu'elle sente le mur contre son dos.

- Elles seront simples. Il doit accompagner le jeune garçon aux yeux bleus dans sa quête. Et, sous aucun prétexte, l'abandonner. Est-ce clair ?

La blonde acquiesça, mais Kairi saisit tout de même son poignet et y laissa une marque rouge ronde.

- Tu sais qu'il peut y risquer sa vie, c'est pourquoi je préfère m'assurer que tu lui indiqueras ce que j'ai dit correctement.

Naminé se massa le poignet en foudroyant du regard l'enchanteresse, qui disparut.


- Encore toi pour tout gâcher !, siffla la marâtre en pointant du doigt Sora.

Elle sortit un couteau argenté, et, le brandissant devant elle, traversa avec un rire affreux le vestibule. Personne ne put voir où elle était allée. Naminé sortit avec panique du salon et se précipita sur Riku.

- Elle est revenue !

Riku haussa à peine les sourcils, sachant déjà de qui la blonde parlait.

- Il était temps que tout cela finisse. Le retour de Kairi n'est qu'une confirmation de ce que nous savions tous déjà depuis l'arrivée de Sora.

Le châtain se mordit les lèvres :

- Je suis désolé…

L'argenté le fixa avec gravité. Axel sentit l'atmosphère s'alourdir et coupa :

- Ca n'a pas d'importance. Allons poursuivre l'autre folle, tuer Kairi, sauver le monde, etc. ça sera déjà ça de fait.

Il se prit une gifle.

- Mais aïe !

- Tu ne peux pas arrêter de parler de ces choses-là avec autant d'insouciance, n'est-ce pas ?

- Naminé, si tu commences à tuer la mauvaise personne, je ne pense pas que nous nous en sortirons, soupira Marluxia. La priorité, c'est l'intruse qui a pénétré dans le château. Et je pense qu'avec toutes vos discussions stupides, elle est déjà loin…


La marâtre, guidée inconsciemment par la fée, monta les escaliers de l'aile est. Elle découvrit un long couloir où des statues tentèrent de l'arrêter, avant que la fée ne les détruise.

Une chambre se dévoila à ses yeux. Un sinistre spectacle pour les vêtements sensibles : une armoire éventrée étendue sur ce qui devait être un lit violet à baldaquin, avant que le matelas disparaisse et que des taches rouges suspectes n'en couvrent le sommier. Affaires ayant dû connaître un court vol avant de s'aplatir sur le sol, laissées au triste état de guenilles.

Et partout, des kyrielles, une profusion fantastique, un amas de fleurs rouges à épines bleues, étalées dans toute leur majesté sur toutes les murs de la chambre, leurs corolles se tournant vers la profane qui venait troubler leur repos.

Au milieu de la pièce, se découvrant à peine dessous l'union d'une robe à froufrous singulièrement moche et d'une chemise à jabot défraîchie, la trappe.

Se remémorant sans peine les paroles de la fée, la marâtre saisit son couteau et coupa méthodiquement les fleurs, leurs pétales tourbillonnant autour d'elle comme un ultime cri d'agonie (4). Après avoir commis son forfait, elle s'immobilisa un instant, savourant du regard la scène. Jusqu'à ce que son couteau lui brûle légèrement la paume de sa main.

Elle se dirigea, déterminée, vers la poignée de la trappe, qu'elle souleva...


- De quel côté est-elle partie ?, se lamenta Sora devant l'escalier.

Riku posa sa main sur l'épaule du jeune garçon avec compassion.

- Ah non ! Ca ne peut pas se terminer comme ça !, grogna Naminé, ayant repris ses instincts masculins.

Enervée, elle donna un coup de pied dans une des colonnes du château. Si la bâtisse trembla à peine, le cri de douleur de Roxas fut très éloquent.

Axel la regardait avec un petit sourire hésitant aux coins des lèvres, se demandant s'il devait se précipiter galamment à son secours, et se prendre une gifle comme récompense, ou se moquer ouvertement d'elle, et se prendre une gifle comme punition. Le regard noir de Naminé le fit hésiter d'autant plus à prendre une décision.

Son regard vert dériva et il fut surpris de contempler un… enfin, une… ou plutôt un… Marluxia pensif, les yeux fixés sur la boussole qui surmontait la salle de bal.

- Et si…, lâcha-t-il.

- Hm ?, l'interrogea brièvement Riku, yeux turquoise perdus quant à eux dans la masse de cheveux bruns en face de lui.

Marluxia se retourna vers lui.

- Une boussole, ça permet de connaître sa destination, non ?... (5)

- Qu'est-ce que tu veux dire ?, fit la jeune fille blonde, qui tenait son pied douloureux tout en regardant la jardinière, position qui, dans les grandes lignes, satisfaisait entièrement les yeux d'Axel en face d'elle.

- Et si Kairi avait changé un peu la destination indiquée par la boussole ?...

Riku écarquilla les yeux, se détachant de Sora, qui, lui, s'inquiétait mentalement de l'insistance du regard de Riku sur ses cheveux tout à fait banals.

- Tu plaisantes ? Cela signifierait qu'elle cherchait à tout prix à ce qu'on trouve son… trésor ?

Les yeux bleu marine se posèrent sur lui avec gravité.

- Cela ne serait pas le premier tour sournois qu'elle jouerait… (6) Je me demande même si elle n'avait pas prévu jusqu'à ta transformation…

Le lycanthrope ouvrit la bouche, estomaqué. Mais Sora, fronçant les sourcils, le secoua énergiquement.

- Allez, Riku, on n'a pas le temps pour ça ! Il faut y aller !

- …

Le petit brun ayant pris le contrôle des opérations, le groupe se dirigea vers le lieu indiqué par la boussole. La chambre de l'aile ouest du château.

Mais l'étrangeté de cette information n'était rien à côté du fait que Naminé, n'ayant miraculeusement pas vu que pendant un moment, le regard d'Axel cherchait autre chose que son visage, elle accepta avec reconnaissance l'aide du roux pour marcher, ce dernier levant les yeux au ciel avec un grand sourire extasié.


… et retint un petit cri de stupéfaction. Dans une pièce en pierre plutôt sombre, sur une chaise, selon les instructions de Kairi, une créature verte de la tête aux pieds, ornée d'une barbe blanche impressionnante, ronflait paisiblement. Ses petits bras aux mains vertes palmées étaient croisés sur un ventre rebondi, qui ajoutait un relief particulier aux habits fauves qu'il portait.

La marâtre décida de marcher discrètement pour ne pas le réveiller, mais son pied rencontra une dalle creuse, qui gémit.

Le lutin se réveilla en sursaut, à deux doigts de tomber de sa chaise. Voyant la scène, il se contenta de frotter ses yeux ensommeillés en murmurant à la dame en face de lui :

- Sommeil,

Seules les histoires me permettent de le récupérer,

Soupir vermeil,

Languissant des rêves derniers,

Sommeil,

Une histoire, s'il vous plaît.

La tante de Sora fronça les sourcils.

- Excusez-moi, j'ai passé cette période de fadaises, merci bien.

Elle sortit son couteau et le planta sans ménagements dans la poitrine du lutin.

Un sang vert, épais, jaillit à gros bouillons. La marâtre s'empressa de retirer sa main et son précieux couteau pour ne pas être salie.

- Sommeil…, murmura la créature.

Et tandis qu'elle lâchait son dernier soupir pour un sommeil éternel, une pièce dorée roula sur le sol dallé de pierres. Et la méchante femme sentit presque son cœur s'arrêter.

Elle saisit des bribes de phrases puis, dans cette pièce sans fenêtres pourtant, la trappe s'abattit sur le sol avec un bruit sourd. Un vent glacial transperça le corps de la meurtrière.

- « Repose-la… Repose-la… »

A ce moment, elle eut presque envie de lui obéir, mais son regard tomba sur les rubis incrustés dans la pièce, et son détermination doubla. Le vent étrange s'arrêta au bout de quelques temps, et elle reprit sa quête.

Tandis qu'elle tendait sa main gauche, où était fourrée la pièce, vers un mur sans distinction, son couteau serré dans sa main droite lui brûla la peau.


Sora frappa de son omoplate la porte, qui céda brutalement sous sa pression et l'envoya dire bonjour au plancher.

Le décor était sinistre, obscure et infiniment… triste. Riku remarqua les dépouilles piteuses des fleurs.

- Ainsi, il y en avait ainsi aussi ici… tu as peut-être raison, Marluxia…

L'argenté mit sa main sous son menton.

- … c'était prémédité depuis le début.

- Mais quelle… !

Tous remercièrent silencieusement Axel qui venait de poser une main salvatrice sur les lèvres de Naminé.

Sora s'appuya sur ses deux coudes afin de se relever, mais pendant cette action, ses yeux bleus tombèrent sur une planche de bois relevée.

- C'n'est pas une trappe, ça ?...

Mais ladite trappe se referma brutalement à ce moment, et les cheveux de Sora furent balayés un court instant par le courant d'air.

Le brun se remit sur ses deux pieds et tira de toutes ses forces sur l'épais anneau de fer qui ornait la trappe, sans succès. Même les efforts conjugués de tous les autres ne suffirent pas à faire trembler la cache.


Elle serra les dents malgré la douleur, et elle en fut récompensée. Les pierres du mur se détachèrent petit à petit, en tournant sur elles-mêmes, tel un puzzle. Soudain, un éclair apparut et la marâtre dut effectuer un roulé-boulé pour l'éviter.

Malheureusement, si celle-ci en réchappa, ce n'était pas le cas de sa main gauche, qui devint noirâtre et laissa échapper la pièce, qui s'enflamma dans les airs. Devenue incapable de maîtriser sa main brûlée, la méchante femme pensa tout de même, dans un élan d'optimisme, que cela aurait pu être la main droite de touchée, dans lequel cas elle y aurait perdu son précieux couteau, et non pas une jolie pièce qui ne lui servait plus à grand-chose.

Et elle se demandait bien où était l'enfer dans tout ça.

Près d'elle, invisible, Kairi serrait les dents mais se taisait.

Le couteau redevint brûlant.


- On… n'y arrivera… pas, soupira un Axel essoufflé.

Roxas était sur le point d'approuver vigoureusement ce point de vue (ce qui aurait été néfaste pour sa réputation), mais le cercle rouge dans son poignet devint violet et le tança sourdement.

Puis, brutalement, Naminé se retrouva collée par son poignet à la trappe. Avec un hurlement de rage, elle tenta de se détacher, allant jusqu'à frapper la trappe elle-même.

Marluxia la regardait avec stupéfaction :

- Ca veut dire quoi, ça ?

Le front du lycanthrope se plissa gravement sous les yeux anxieux de Sora.

- Hm… serait-ce un moyen de Kairi pour nous montrer comment faire ?...

- Quoi ?, fit Axel avec un air faussement scientifique. Ca voudrait dire qu'il faudrait qu'on se colle tous le poignet à la trappe, tout en tapant comme des aliénés le battant ?

- CE-N'EST-PAS-AMUSANT-AXEL !, cria Naminé, assortissant à sa délicate réplique un regard à fusiller une fourmi pygmée.

Le silence tomba, tandis que les secondes s'égrenaient inexorablement.

- Il y a un passage secret dans le château ?, fit Sora.

- Non, ne t'inquiète pas, mes ancêtres ne se sont pas autant interrogés sur l'architecture, ricana Riku. Ou plutôt, ils ont volé le château d'un autre seigneur et ont condamné les entrées extérieures pour plus de confort.

Un voile de déception se posa sur le visage du châtain.

- Pas d'autre entrée, donc…

Puis ses pupilles revirent le spectacle des fleurs écrasées. Riku se préparait à annoncer la retraite, tandis que Naminé s'énervait d'autant plus, quand Sora prit un pétale entre ses doigts.

- Est-ce vous qui les avez détruites ?

- Certainement pas moi !, protesta Marluxia.

- Hm…? répondit l'argenté. Non, pourquoi ? Tu as bien vu que nous sommes entrés en même temps ici.

Mais le roux filiforme s'était approché de Sora et gardait un air sérieux.

- Il a raison. Si madame sa belle-moman est passée par là, et que tout a été réduit en charpie avant qu'on arrive… (7)

Il laissa sa phrase en suspens, attendant que quelqu'un réponde, mais tout le monde le fixait avec des yeux énormes. Il leva les yeux au ciel.

- Bon sang ! La chose à faire, c'est de détruire ces fleurs pour rouvrir la trappe !...

- Quoi ?, laissa échapper la jardinière, avec un air apeuré. Les détruire alors qu'elles sont déjà à l'état de poussière ?...

- Quelqu'un a quelque chose pour allumer un feu ?, la coupa Axel.

Tout le monde lui répondit avec un geste négatif. Le roux ne se découragea pas, et saisit deux petits bouts de poutres, à l'origine incluses dans le lit à baldaquin défoncé, et commença à les frotter sous le regard abasourdi du reste du groupe. Il les fixa du regard de façon glaciale et dit seulement un :

- Et alors ? C'est quand que vous venez m'aider ?

Pour que les statues présentes se mettent à la tâche.

Au bout de cinq minutes infructueuses, Sora obtint une flammèche, qu'Axel saisit par le bout du bâton et déposa solennellement sur un cadavre floral.

Si ce combustible brûla de façon normale, il y eut une sorte d'explosion sourde, qui donna naissance à un immonde et gigantesque cercle de feu, qui inonda littéralement la chambre. Sora, Riku, Axel et Marluxia se mirent dos à dos, tremblants. Naminé les rejoignit en se massant le poignet d'un air apeuré, libérée du sortilège. Un grincement indiqua l'ouverture de la trappe, dans laquelle ils s'engouffrèrent sans hésiter.

- Tout de même, Axel, vous avez fait brûler toute la pièce, si ce n'est le château…, soupira Riku.

- Je croyais que vous détestiez cette vieille baraque ?

- …


A peine entrée dans cet endroit, le mur se referma derrière elle. L'herbe verte et fraîche s'étendait à perte de vue. La marâtre commença à avoir peur de cette sorcellerie, et il fallut que Kairi déploie tous ses pouvoirs pour la convaincre de continuer.

La tante de Sora chercha rapidement du regard le coffre. Mais les yeux tombèrent sur le monstre.

Un gigantesque taureau bipède, aux grands yeux jaunes, la toisait de toute sa hauteur. (8) Il tenta de s'avancer vers l'humaine, mais un cliquetis de chaînes signala à cette dernière qu'il était bel et bien enchaîné. Autour de lui, trois petits chats aux yeux noirs brillants se léchaient consciencieusement le pelage.

La mission était simple, et rapide à exécuter. Mais la marâtre elle-même s'avoua brisée de devoir supporter la vue des corps sanguinolents des chats, alors qu'elle n'avait éprouvé aucun scrupule à faire souffrir des humains, tandis que la Bête, libérée par le couteau, dévastait la prairie, qui se disloqua et fut couverte d'un ciel orageux.

Un vent brutal empoisonna l'air, et la Bête disparut dans un brouillard violet. Le sol se couvrit d'une matière gazeuse noire. La méchante femme vit juste le coffre tournoyer devant elle avec effroi.

Kairi réapparut brutalement à ses côtés, savourant sa victoire avec un sourire mauvais.

- Les clefs du monde…, murmura l'humaine. Vous me les avez promises…

La fée éclata de rire.

- A vous ? Oui, certes, je l'avais dit… si vous réussissiez à convaincre la mort.

- Et alors ? Je suis prête à l'affronter, fit la marâtre.

La rousse prit le couteau d'argent qui prit une teinte violet foncé.

- Cet objet est souillé par votre mauvaise âme… trop de crimes ont été commis… vous avez été attirée par la cupidité et obéi à mes ordres sans discuter…

- Mais…

- Je cherchais quelqu'un comme vous pour accomplir cette mission… oui, cette façon d'agir était la seule pour réussir à parvenir au coffre, fit Kairi à elle-même. Il me fallait quelqu'un pour se salir les mains à ma place…

- Mais… mais…, bredouilla la femme.

Les yeux bleus marine de Kairi eurent une lueur mauvaise.

- Et maintenant… allez discuter avec la mort, si vous le souhaitez…

Elle tendit le couteau à l'humaine…

- Tout en sachant…

Cette dernière le prit dans ses mains…

- Que ceux qui discutent le mieux avec la mort sont morts. (9)

Le couteau explosa. On ne revit plus jamais la marâtre.

Kairi saisit sa clé et ouvrit le coffre.


Sora rouvrit les yeux allongé sur le sol. Il avait l'impression de ne pas se souvenir des minutes précédentes. Ses yeux s'étaient ouverts sur du vide. Un grand brouillard noir. Sa main tâtonna sur le sol, qui était sableux.

Il se remit debout, où il put réellement voir où il était. En haut, un ciel noirâtre menaçant. Et en bas, cet étrange brouillard noir qui ne lui permettait pas de voir ses pieds. Il fouilla autour de lui à la recherche de ses compagnons.

Bientôt, il aperçut une tignasse argentée émerger, et il se précipita vers elle. En chemin, il trébucha sur un corps mou qui cria :

- Fichez-moi la paix !

- Excuse-moi, Naminé, fit le garçon, qui ne lui accorda qu'un regard.

Il heurta Riku, qui mit ses mains à sa tête.

- Sora… Sommes-nous toujours dans le château ?

- Je ne sais pas, dit le châtain, gêné.

- Hé ! Vous m'entendez ?, demanda la voix d'Axel.

- Relève-toi, crétin, et tu nous verras, grommela la blonde, énervée par son réveil brutal.

Le roux s'avança vers eux après s'être relevé, suivi de Marluxia. Ou plutôt, rectification pour Axel, il courut vers Naminé qu'il prit dans ses bras.

La blonde se mit à rougir comme une pivoine.

- Axel… lâche-moi…

- J'ai eu juste peur pour toi, pardonne-moi d'être aussi égoïste à te demander une embrassade.

Naminé referma ses bras vers lui, flattée.

Sora les regarda avec un sourire. Il échangea un regard avec Riku, qui se contenta de lui prendre la main avec tendresse.

- Bon, la situation est grave, les enfants, on fait plutôt ce genre de choses à la fin, soupira Marluxia.

- Surtout que pour vous, elle risque d'arriver plus tôt que prévu, ricana une voix féminine.

Tous se retournèrent. La jeune femme rousse se tenait debout, majestueuse et impériale avec sa longue robe rouge sang, un grand bâton à la main et un sourire narquois étalé sur son visage.

- Tiens, donc… la fameuse Kairi, remarqua Axel avec un air intéressé.

Elle lui lança un regard noir et il capitula. Riku fixa avec gravité la fée, en tout serrant son poing. Elle le regarda à son tour, sans rien dire. Sora les contemplait à tour de rôle, effrayé. A la fin, il n'y tint plus et dit :

- Que se passe-t-il ?

Il eut du mal à déglutir quand les yeux bleu marine le dévisagèrent.

- Où est la tante de Sora ? Et… où sommes-nous ?, continua Naminé d'une voix tremblante, surprenant le garçon.

- Vous n'avez plus à vous inquiéter d'elle, répondit la fée au bout d'un moment, agitant lentement son bâton. Quand au lieu où nous nous trouvons, … il se situe sous le château et a été crée artificiellement pour le trésor.

- Trésor ?..., murmura Axel. LE trésor qui est l'objet de toute cette passionnante histoire ?...

- Marluxia, Naminé, tuez-le avant que je ne le fasse moi-même, soupira Riku en se prenant la tête entre les mains.

- C'est bon, je me tais.

Mais Kairi avait reporté son attention sur le roux en lâchant :

- Que fait-il ici ?...

- Un voleur qui s'est introduit dans le château, avoua l'argenté.

La rousse jaugea une dernière fois Axel d'un regard froid avant de continuer comme s'il n'avait pas été là :

- La raison pour laquelle vous vous trouvez ici est que vous avez perdu, et que désormais vous vous soumettrez à ma sentence…

- Perdu ?!, cria Sora, yeux écarquillés. Qu'est-ce que vous racontez ?

- Vous étiez censé protéger le trésor de toute personne qui tenterait de s'en emparer… inclus moi-même. Or, vous êtes arrivés trop tard… vous n'aviez même pas pénétré , tu ne sais pas à quel point ton échec va menacer ton monde…, ricana Kairi.

Le châtain se blottit sur le torse de Riku en lâchant, glacial :

- Je me fiche totalement de ce monde.

- Comment ?, demanda Kairi de façon trop précipitée pour être assurée.

- Je ne vois pas en quoi son avenir m'intéresse, continua Sora en la fixant de ses yeux bleus, ses mains crispées contrastant avec la dureté de ses paroles. Personne ne m'y a aimé, je n'en aime ni la couleur ni le goût. Tous les gens que je connaissais ne me faisaient pas confiance, même les animaux étaient contre moi. Sauf depuis le jour où je suis entré dans ce château…

Le visage de la fée se radoucit et elle lança d'une voix mielleuse :

- Comme ça, tu aimerais y rester ?...

- Non, rétorqua fermement Riku en écartant légèrement le garçon d'elle.

- A quoi sert-il que tu répondes à sa place, Riku, répliqua-t-elle, sachant que tu vas mourir dans peu de temps. N'est-ce pas ?...

- Venant de ta part, il doit savoir à quoi s'attendre… rien de bon.

Soudain, Naminé, qui avait un air perplexe, se mit la main devant la bouche en étouffant un cri.

- La potion !

Les autres la contemplèrent avec étonnement, tandis que Kairi jubilait.

- Tu as oublié de la prendre aujourd'hui, Riku !

- C'est vrai, fit l'intéressé en regardant ailleurs.

Deux yeux vert émeraude se fixèrent sur lui.

- Je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi inexpressif à l'approche du grand départ, lâcha Axel.

- C'était prévu, lui rétorqua l'argenté.

Kairi eut un demi-sourire et persévéra :

- Donc, Sora, qu'en penses-tu si tu ne quittais plus jamais le château… ?

Le garçon jeta un bref regard vers le lycanthrope avant d'ouvrir la bouche.

- C'est non, Kairi, répéta Riku avec insistance, coupant son ami.

- Ri…, fit ce dernier en s'approchant de lui.

Les traits de la fée se contractèrent et elle lança, assemblant une boule de magie bleue dans sa main droite :

- Tu ne me laisses décidément pas le choix…

La magie fusa. Et toucha de plein fouet Sora, qui s'écroula.

L'argenté reçut le corps sur ses bras, hébété.

Kairi se pinça les lèvres, l'air ennuyé, et lâcha un « Et… ». Axel fronça les sourcils et s'apprêta à parler mais Naminé le retint. Ce fut Marluxia qui s'exclama très utilement :

- Sora !

Le lycanthrope guettait avec désespoir le moindre signe de vie du châtain. Mais le garçon restait inerte dans ses bras. La fée rousse soupira en semblant se détendre et déclara implacablement :

- Vous saviez que la fin était arrivée. Pour lui, elle n'a été que plus rapide. Il n'a gagné que quelques jours de sursis. S'il était devenu maître du château, comme je l'aurais souhaité…

- Lui aussi serait mort de cette maladie, fit Riku, ses larmes s'écrasant, de plus en plus nombreuses, sur les yeux de Sora qui ne cilla pas.

- La même maladie qui te ronge, Riku. La partie est terminée.

Le silence s'abattit quelques secondes, peut-être le temps d'un recueil, avant que Naminé ne demande, inquiète :

- Et… que va-t-il nous arriver, à nous ?

La fée balaya d'un geste les sous-entendus de la blonde :

- Je ne vous ôterai pas votre vie. A votre façon, vous trois (elle désigna Marluxia, Axel et Naminé) vous m'avez été utiles. Pour ceux-là par contre (elle insistait avec sadisme sur la condamnation de Riku et Sora) il est trop tard.

L'argenté gardait un air résigné et fatigué, en regardant Sora sans le détailler.

Le grand bâton qu'elle tenait à la main montra Axel, qui recula.

- Néanmoins, celui-ci restera au château.

- Co… comment ?, bredouilla le roux, pour une fois pris au dépourvu.

- Tu as eu tellement de mal pour entrer ici, il serait dommage que tu repartes aussi vite, sourit Kairi. Tu resteras donc ici comme gardien de ce château, avec d'autres personnes que je désignerais. Je t'expliquerais plus tard tout ce que tu as à savoir et à découvrir, car je dois m'occuper de…

Le bâton se tourna vers Marluxia, qui regarda Kairi avec défi.

- Maintenant que ta mission est accomplie, Marluxia, ton être n'a plus de raison d'avoir une substance sur terre. Choisis-tu le repos éternel ou la réincarnation ?

- La mort. Cent ans m'ont suffi.

Naminé ouvrit de grand yeux écartés et voulut crier quelque chose quand Marluxia se changea un bref instant en ce qu'il était réellement : un grand homme d'une trentaine d'années, d'aspect charmant, avec de longs cheveux roses effilés. Ses yeux bleu marine se tournèrent avec une lueur confiante vers celui qui l'avait soutenu toutes ces années, avant de disparaître, ainsi que son corps, dans un halo de fumée violet.

Les yeux bleus de Roxas laissèrent échapper quelques larmes tandis que Riku ne broncha pas.

- Marluxia…

- Il ne tient qu'à toi de le rejoindre, ou de commencer une autre vie, sans souvenirs de celle-ci, répliqua Kairi.

Naminé regarda Axel, qui gardait un visage fermé mais ne pouvait pas s'empêcher de faire briller dans ses yeux une étincelle d'espoir.

- Ne puis-je pas rester ici ?

- Non, répondit fermement la fée, en faisant bouger un brin son bâton.

La jeune fille aux longs cheveux blonds se changea en jeune semi-adulte, aux épais épis blonds mais ayant conservé ses prunelles bleues. Roxas se regarda de haut en bas avec stupéfaction, vérifiant que rien ne manquait (10), puis croisa le regard amusé d'Axel.

- Toujours aussi bien fait, à ce que je vois… la virilité n'est pas ton fort…

- Toujours aussi amusant, Axel, même en période de crise, à ce que je vois.

- Il suffit !, s'écria Kairi en agitant inutilement son bâton dans tous les sens. Mort ou réincarnation ? Vite ! Trois secondes…

Affolé, Roxas fixa le visage du roux comme s'il pouvait l'aider.

- Deux…

Axel baissa les yeux, tandis que la figure de son compagnon se décomposait.

- U…

- Réincarnation !

Et Roxas disparut.

FIN


(1) Ben oui, la Belle au Bois Dormant était censée rester 100 ans à dormir. 100 ans = 1 siècle, je ne vous apprends rien :D (enfin… normalement…)

(2) NAYRUUUUUUUUU ! TE VOILA PUNIE ! xD Bon, par contre, la phrase d'après ne t'est pas destinée lol –oui, ça date d'assez longtemps, mais bon, ça te fait travailler ta mémoire ;p-

(3) Ce qui ne l'empêchera pas de le faire plus tard… -vive les notes qui servent à rien-

(4) Poétique, hein… désolée, je viens de reprendre cette fic que j'ai abandonné pendant deux mois lol Mon écriture a quelque peu pâti, je pense xD

(5) Rare fois où Marluxia fait preuve d'intelligence dans une de mes fics.

(6) Rare fois où Kairi fait preuve de sournoiserie dans une de mes fics.

(7) Enième fois où mon intrigue est vraiment nulle xD

(8) Oui, c'est Darkside xD

(9) Argh, phrase pourrie (va se jeter)

(10) xD


J'AI TERMINNNNNNNNNNNNNNNNNNNNNE ! Je voulais la terminer depuis juillet…–par contre, honte à moi, j'ai pas révisé ma géographie du Château de la Belle et la Bête dans Kingdom Hearts, donc désolée pour les erreurs ^^-

C'est marrant, j'ai redémarré cette fic après deux mois au moment où tenshi m'a envoyé une review… c'était le destin xD Merci à tout le monde pour leurs reviews, et désolée de vous avoir fait attendre si longtemps u.u

J'aime mon Word : je marque « la mort » en majuscules, il me marque : « organiser une réunion », « envoyer un message », « entrer dans la liste des contacts » lol C'est le « organiser une réunion » qui m'a le plus plu xD

Reviews ? (c'est peut-être la fin de cette légende, mais pas celle de votre torture niak, niak, y'a un deuxième truc qui arrive derrière… naaaaaan, je vais pas spoiler xD en tout cas, ce qui n'est pas précisé dans ce chapitre le sera dans cette seconde légende, où vous apprendrez les plans que Kairi concoctait pour Sora, ce que sont devenus ce pauvre garçon et son loup-garou, ainsi que les destins respectifs d'Axel et de Roxas, le tout agrémenté de quelques personnages en plus. Et voilà ;p)