Une fois seule, Miranda s'effondra. Non seulement elle ne servait à rien mais en plus, elle ne pouvait s'empêcher d'être un poids pour les autres. Profondément déprimée, elle se mit à ranger ses affaires mécaniquement, ne s'interrompant que pour essuyer les larmes qui lui ravageaient les joues. Elle sortit de l'hôtel la tête basse si bien que Kanda ne put qu'apercevoir ses yeux rougis. « Non mais c'est moi qui attends et c'est elle qui pleure ! Et pourquoi, d'ailleurs ?? Pff, elle doit être fatiguée d'avoir passé la nuit dehors ; si elle fait ça pour me refiler son horloge, et bien c'est raté…rien à faire, moi…quel ennui, cette mission ! ». Il se détacha du mur contre lequel il était appuyé et prit la direction de la gare, laissant sa protéger se dépatouiller avec ses affaires. Ce trajet aurait pu le détendre si Miranda n'avait pas été Miranda. En effet, quel est le pourcentage de chance pour qu'une femme traînant une horloge et trois valises trébuche sur le seul pavé asymétrique de Londres, s'étale de tout son long sur le trottoir enneigé en catapultant ses bagages sur un samouraï excédé et laissant sa « seule véritable amie » dévaler une ruelle en direction de la Tamise ? Ce fut donc un Kanda passablement sur les nerfs (« Je hais cette ville, cette neige, cette mission ; j'aime pas faire la course avec les horloges et les plongeons dans les fleuves gelés ; je déteste tout le monde et je te maudis, Pousse-de-Soja… ») qui prit place de justesse dans le compartiment réservé à la congrégation, ignorant royalement les excuses larmoyantes que répétait inlassablement Miranda tout en s'asseyant sur la banquette opposée. Le train se mit lentement en marche et, malgré le froid polaire de la cabine qui les faisait frissonner tous les deux, le samouraï s'endormit rapidement, profitant du calme qu'il savait éphémère à proximité de cette femme. Curieusement, aucun incident ne vint troubler son repos, il n'y avait que le silence et cette douce chaleur…une douce chaleur ? Minute, comment cela était-il possible ? Mais encore dans la brume, il arrêta là ces considérations métaphysiques et replongea dans un sommeil paisible.
Ce fut l'annonce de l'entrée en gare qui le tira des bras de Morphée. Il commençait à se redresser quand il sentit un courant d'air glacé sur son épaule droite ; il baissa vivement les yeux et s'aperçut que sa compagne de voyage l'avait recouvert de sa seule couverture en laine et soigneusement bordé. Kanda resta quelques instants perplexe : pourquoi cette femme qu'il ne connaissait que depuis quelques heures et qui semblait être un véritable aimant à tuiles lui sacrifiait-elle son confort au lieu de profiter du bref répit que lui offrait son insondable maladresse. Il laissa son regard glisser vers la jeune femme, recroquevillée sur son siège, qui soufflait frénétiquement sur ses doigts tremblants, apparemment captivée par la buée qui, s'échappant de ces lèvres bleuies, formait de fugaces arabesques au contact de la vitre. Elle semblait si fragile…soudain, il plissa les yeux ; il n'allait pas commencer à s'apitoyer sur le sort d'une naïve doublée d'une empotée qui pensait encore que la gentillesse faisait tourner le monde. Et qu'elle n'essaye pas de le faire culpabiliser avec ses grands yeux aux cils perlés de givre qui le fixaient à présent, semblant attendre une parole de sa part. Elle n'allait pas être déçu si elle pensait recevoir des remerciements…
« - Vous devriez faire attention à vos affaires et ne pas les éparpiller à tout va. Déjà que vous avez des difficultés à ne pas vous perdre vous-même », lui dit-il d'une voix sèche quoique teintée d'ironie tout en lui tendant sa couverture d'un geste autoritaire.
Miranda plia l'échine sous la remarque et rangea sa couverture en silence avant de se lever pour sortir du train. Elle ouvrit la bouche, mais il fut plus rapide :
« - Taisez-vous et regardez devant vous, vous allez encore trébucher.
- Je…je suis désolée », souffla-t-elle.
Elle leva sur lui des yeux blessés et descendit sur le quai aussi rapidement que le lui permettaient ses bagages mais son regard profondément peiné persista un court instant dans l'esprit de Kanda : « J'ai peut-être été un peu dur…mais bon, en faisant cela, je lui rends service, il faut qu'elle apprenne que dans la vie, on ne peut compter que sur soi… .et puis de toute façon, ce n'est pas mon problème.»
Pendant que l'exorciste était aux prises avec sa conscience pour la première fois depuis fort longtemps, Miranda attendait sur le quai, tentant d'effacer sa présence en se tapissant dans l'ombre de sa précieuse horloge tout en murmurant laconiquement : « je suis une bonne à rien…je suis une bonne à rien… ». Le jeune homme brun apparut enfin et ils se mirent en marche silencieusement.
La fin du voyage se déroula sans anicroches. Miranda toujours deux pas derrière Kanda pour tenter de dissimuler sa démarche peu assurée et pour ne pas gêner celui qui avait déjà eu la bonté de venir la chercher. Kanda toujours deux pas devant Miranda pour pouvoir avoir la paix et pour essayer de faire abstraction de celle qui commencer à occuper un peu trop ses pensées à son goût.
Moi : Merci à ceux qui lisent et aiment mon histoire (clin d'œil à Masaari …). Je pense que je vais poster un chapitre par semaine et désolée pour celui-là qui est un peu court et pas encore très intéressant. L'intrigue devrait se mettre en place au chapitre suivant avec l'arrivée à la Congrégation surtout quand…
Lavi : Stop !! Non, mais tu ne vas quand même pas spoiler ta propre histoire !!
Moi : Oups…
