CHAPITRE 1

Bella POV

Nous étions les meilleurs amis depuis pratiquement vingt ans maintenant. Tout avait commencé le premier jour de la rentrée à l'école maternelle. J'avais été malmenée par le vilain Mike Newton. Nous savons tous maintenant que quand un petit garçon embête une petite fille, ça veut dire qu'il est amoureux d'elle. Mais à cette époque, je n'avais aucune idée de la raison qu'il avait de m'embêter.

Mike est toujours, depuis ce temps-là, un problème pour moi. Sincèrement, je n'aurais jamais dû lui faire cadeau de ma virginité au bal de fin d'année du lycée. Si j'avais su qu'il me suivrait partout et tout le temps avec ce regard de pauvre chien battu, j'aurais été heureuse de rester vierge pour le restant de ma vie.

Quoi qu'il en soit, à la maternelle, donc, Mike m'avait balancé à la tête des cônes de pin alors que j'essayais de me planquer sous la cage des singes dans la cour de récréation, quand deux petits garçons vinrent pour me sauver.

Ils le poussèrent par terre et lui dirent d'arrêter ça tout de suite, lui demandant s'il n'était pas au courant que les filles avaient des poux et qu'il devait me fiche la paix s'il ne voulait pas les attraper.

Puis ils m'aidèrent à me relever, chacun me tendant une main et nous allâmes ainsi en classe. Nous étions devenus inséparables depuis ce moment.

Donc, maintenant, nous en étions là. Vingt-quatre ans, vivant tous les trois sous le même toit, alors que nous allions bientôt passer nos examens. Je les aimais, bien sûr, mais pratiquement comme s'ils étaient mes frères, enfin presque. Parce que je pouvais tout de même admettre que chacun d'eux avait joué un rôle important dans mes découvertes sexuelles à un moment ou à un autre de ma vie. Quel que soit mon ressenti à leur sujet, je ne pouvais pas renier cela.

Sacré bon sang, Dieu qu'ils sont sexys. Et ils n'y peuvent rien !

Et des dieux du sexe, en plus, n'oublie pas que tu en as la preuve maintenant !

Je n'avais jamais décroché d'aucun d'entre-eux depuis toujours. Jasper m'avait donné mon premier baiser avec la langue à 13 ans parce que j'étais curieuse.

Et Edward avait été le premier gars à mettre la main dans mon pantalon à 15 ans, parce que nous avions bu trop de Boone's Farm (un genre de cidre) et décidé que faire ça semblait être une bonne idée.

Ce que je venais de vivre avec eux deux était une sérieuse extension à mon expérience sexuelle jusqu'à ce jour. Et quelle expérience ça avait été ! Je n'avais jamais rien fait de tel auparavant. Je n'avais jamais été particulièrement prude, mais s'amuser à trois avec mes meilleurs amis était définitivement quelque chose de nouveau.

Jasper bougea légèrement dans son sommeil, rapprochant ses lèvres de moi. Je pouvais sentir son sexe contre ma cuisse. Je l'examinai en le détaillant : grand et mince, mais pas efflanqué, il était musclé. Il passait quatre fois par semaine à la salle de gym. Ces cheveux blonds ondulés tombaient dans ces magnifiques yeux gris. Pas bleu, pas vert : gris. Je lui disais toujours qu'il avait les yeux gris « confédérés »

Jasper avait une énorme culture historique et travaillait sur son Master d'Histoire avec comme spécialisation la Guerre Civile. Son visage était plein et il avait le menton pointu. Cela lui allait parfaitement bien et avec son nez droit et ses lèvres pleines bien dessinées, son visage était proche de la perfection, autant qu'on peut l'être.

Je l'avais toujours trouvé attirant. Mais je ne me permettais pas de penser à lui de cette façon. Il était Jasper et l'avait toujours été. Je n'avais jamais voulu d'une relation romantique avec lui, mais j'étais curieuse de ses prouesses sexuelles. J'avais entendu des rumeurs à son sujet de la part d'autres filles, ces huit dernières années, et j'avais toujours voulu savoir si elles étaient fondées. Et je savais maintenant, qu'en fait, elles étaient totalement justifiées.

Tellement, tellement vraies ! Et cette chose qu'il fait avec sa langue ? Encore bien meilleure que ce que Maria Esteban en avait dit !

Il n'était pas vraiment un coureur de jupons, mais n'en était pas loin. Il n'était jamais avec plus d'une fille à la fois, mais ce n'était jamais sérieux et ne durait jamais bien longtemps. Toujours est-il, qu'après avoir été meilleurs amis avec lui depuis si longtemps, je ressentais que cela aurait pu être une mauvaise idée que d'avoir été ensemble de cette façon particulière. Je l'aimais... Mais pas de cette manière.

Il était mon confident, le seul à qui je pouvais tout dire. Le détenteur de mes secrets, enfin... de presque tous mes secrets. Il ne connaissait pas le plus important d'entre-eux. Personne ne le connaissait d'ailleurs. Jasper avait toujours été le plus calme d'entre-nous, celui qui gardait les idées claires, l'analyste de nos arguments à Edward et à moi. Celui qui voyait tous les aspects d'une situation, la tête pensante et l'organisateur de notre trio. Je pensais qu'il était le ciment qui nous maintenait tous les trois ensembles.

Edward marmonna dans son sommeil et enfouit son visage plus profondément dans ma chevelure. Je tournai la tête pour le regarder et j'étais scotchée par sa beauté. Long et fin, Edward était mince, mais pas comme Jasper. Sa dépendance à la natation et à la course à pieds lui avait forgé un corps tonique et musclé.

Ressemblant à un dieu grecque, Adonis n'est rien à côté d'Edward !

La perfection, en tout cas pour moi : un visage fin avec une machoire carrée et de belles lèvres pleines qui formaient le plus beau sourire en coin que j'avais jamais vu. Des cheveux bruns-roux toujours en désordre qui seyaient parfaitement à la pâleur de sa peau. Il avait quelques taches de rousseurs disséminées sur le nez et les joues qui lui donnaient un air espiègle et gamin.

Ces yeux étaient d'un vert pâle lumineux, toujours brillants de curiosité et de passion. Quand il tournait son regard pétillant vers moi, j'en avais toujours un peu le souffle coupé. J'avais appris à composer avec les sentiments qu'Edward avait fait naître en moi, appris à cacher ce que je ressentais pour lui. Pour être tout à fait honnête, j'étais réellement amoureuse d'Edward, et cela depuis très, très longtemps. J'essayais juste très fort d'ignorer cet état de fait.

Je pourrais essayer et m'en fiche, pas vrai ?

Tu crois honnètement que tu le peux ?

Non, et en réalité, je ne le veux pas. Je le veux LUI, seulement LUI !

Ne souhaitant pas ruiner la dynamique de notre trio ou perdre son amitié, j'avais enfoui profondément mes sentiments au fond de moi-même, ne laissant connaître à personne leur existence. Il y avait cependant quelque chose entre nous. Parfois, lorsqu'il me regardait, je pensais qu'il pouvait ressentir la même chose que moi. Mais je ne m'étais jamais autorisée à y croire et n'avais jamais entamé quoi que ce soit en ce sens.

Tout ça parce qu'il te voit seulement comme l'inconstante et maladroite Bella et ne te verra jamais autrement qu'ainsi !

Edward était l'élément à tempérament passionné de notre groupe. Un pianiste. Il disait que son seul amour était la musique. Il était introverti, ne partageant que rarement ses sentiments ouvertement. Mais quand ça lui arrivait, vous saviez que c'était pour quelque chose qui avait vraiment une grande importance pour lui. Je suppose qu'on pouvait le classifier comme quelqu'un de lunatique, le musicien torturé type.

Il menait presque une vie monacale en ce qui concernait ses habitudes sexuelles. Jamais une seule relation sérieuse avec personne, préférant les coups d'un soir quand il avait besoin de se gratter là où ça le démangeait.

Mais bon sang, quelle affaire pour gratter la démangeaison ; sérieusement, je n'aurai jamais pu imaginer qu'Edward pouvait être ainsi. Il prenait les commandes par les gestes et par la voix. Je suppose que cela tenait à sa nature passionnée, en fait.

C'est toujours le plus calme d'entre nous.

Je n'avais jamais eu un petit copain sérieux. Ce qui pouvait s'en rapprocher le plus avait été Mike Newton, en terminale au lycée. Cela n'avait duré que trois semaines. J'avais couché avec lui seulement pour en finir avec ça : la virginité.

J'étais fatiguée d'être toujours vierge, sachant que mes deux meilleurs amis ne l'étaient plus, eux. J'avais acquis par la suite un peu d'expérience d'avoir couché avec quelques hommes, mais pas tant que ça, finalement.

Tout comme Edward, je suppose que « j'accrochais » quelqu'un quand ça me démangeait vraiment. Mais pour ce qui est des dix-huit derniers mois, ça n'avait été que moi et mon vibromasseur.

Ouai, j'étais dans un sérieux besoin d'une vraie queue. Et j'en avais obtenu deux !

Quoi qu'il en soit, pour ce qui me concerne, j'avais la tête dans les nuages. J'aimais les livres et voulais devenir écrivain. Toujours plongée dans mes petits rêves éveillés, j'avais raté beaucoup de ce qui se passait autour de moi. Quand je me concentrais sur le monde réel, je pensais être perspicace, j'essayais toujours de percevoir la réalité, les raisons cachées derrière les choses.

Ma capacité à me perdre dans mes pensées me rendait maladroite et je trébuchais et me cognais dans tout, à tout bout de champ.

Les garçons m'aidaient à garder les pieds sur terre et à voir la réalité quand j'en avais besoin. Nous nous soutenions les uns les autres et nous nous apportions mutuellement le meilleur de ce qu'il y avait en chacun de nous.

Après les évènements de cette nuit, je ne savais pas de quelle façon notre amitié allait changer.

Allions-nous parler de ça ? Je rougis rien qu'à l'idée de discuter avec eux de ce qui était arrivé.

Est-ce qu'on le referait ? Ne sachant pas vraiment comment cela allait affecter notre amitié, j'étais honnètement bien incapable de répondre.

Regardant le plafond, je soupirais et repassais dans ma tête les évènements de ces dernières heures.

Tout avait commencé d'une façon tout à fait innocente. Nous avions choisi de rester à la maison un vendredi soir au lieu de sortir au pub. Nous avions commandé des pizzas, bu quelques bières et joué à Guitar Hero pendant quelques heures avant que les choses ne commencent à changer.

Commencent à changer... C'est comme ça que tu définis ça, toi ?

J'avais botté le cul des garçons au jeu vidéo, comme toujours, et ça les gâvait pas mal. D'avoir été agacés comme ça, la testostérone était lourde dans l'air : Jasper jouait réellement de la guitare et Edward était un prodige au piano. Ma capacité à exploser leurs scores à ce jeu les mystifiaient complètement. Je n'avais pourtant aucun talent particulier en matière de musique et j'étais bien embarrassée pour comprendre comment je pouvais être bonne à ce jeu.

Parce que j'avais gagné ce soir-là, je devais choisir le film que nous allions regarder. Mon choix ne recueillait pas forcément l'assentiment des garçons. Mais pour que ça soit plus drôle pour eux, nous avions poussé plus avant le jeu en buvant pas mal. Je pense que c'est la combinaison du film et de la boisson qui m'avait amenée où je me trouvais maintenant : au lit, avec eux deux totalement nus.