Va pour le premier chapitre? Va pour le premier chapitre alors!
Mais avant, une petite séance de réponses s'impose:
Kirika: Prête? Avec des vivres, des armes et tout le tralala? Hahaha! On n'est jamais trop prudent. Geek et Otaku de surcroit? Je crois qu'on ne peut plus rien pour toi ;) Ceci dit, je ne connais pas Higurashi. Je clame mon innocence à ce niveau-là. En tout cas, merci d'avoir témoigné ton intérêt, en espérant que ce qui va te suivre, répondra à tes attentes. N'hésite surtout pas à donner ton avis à la fin de cette lecture :)
Amalia: Heureuse de voir que tu as retiré le voile de l'anonymat! Et je suis d'autant plus ravie d'apprendre que mes écrits te plaisent. Tu n'as pas besoin de t'excuser, comme je le dis toujours: "Mieux vaut tard que jamais". Haha! Merci de t'être annoncée, enchantée! Et j'espère que cette fiction te plaira autant que les autres.
mPulse: Oh, j'ai manqué à quelqu'un? J'en suis contente :D Contente que tu commentes parce que ça fait plaisir, crois-moi! La suite de Black Baccara, je l'avais parfaitement commencé et été jusqu'à la moitié. Mais j'avoue avoir été distraite par de la lecture, des jeux et d'autres écrits. Mais je le finirais, pour sûr! Lentement, mais sûrement :p Merci de tes encouragements et de ton commentaire!
Xreader: Salut à toi. J'avoue que je ne sais pas si je dois mettre cette fiction dans le genre romance ou non. Oui, à force, on le devine, je ne peux pas m'empêcher de faire du FLight. C'est plus fort que moi. Donc, il coule de source qu'il y aura un petit quelque chose. Mais si je n'ai pas mis la mention, c'est parce que cela restera en second plan et on ne tournera pas forcément exclusivement autour de leur relation. Enfin, je me comprend... Peut-être devrais-je le mettre, peut-être pas. Je verrais et au pire des cas, on pourra toujours me le signaler pour que je le rajoute plus tard ^^
Deklan: Haha, juste à temps avant que je poste. Bon timing! En espérant que ce que tu liras saura te conquérir. Merci pour la review!
Voilà voilà, j'ai fini. Pas la peine de râler, politesse oblige. Encore un merci pour tout ceux qui ont eu la gentillesse de commenter.
Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une bonne lecture qui je l'espère, vous sera agréable. (Ouh la, ça fait hôtesse de l'air!)
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« Qui comprend l'humanité recherche la solitude »
Hazrat Ali
Nautilus – la cité qui ne dormait jamais – réputée pour ses attractions, ses casinos, ses panneaux lumineux. La ville des mille lumières dont les chants ne cessaient ni le jour ni la nuit. Les buildings qui perçaient littéralement le ciel, donnant le vertige rien qu'en les regardant. Une foule mouvante comme les vagues de l'océan, toujours active et animée. Tel un cœur en bonne santé, la citadelle battait à un rythme fou face aux rêves de ces habitants et de leurs ambitions.
Aujourd'hui, Nautilus n'était plus. Sa musique s'était fait étouffer par le silence. La splendeur des lieux était devenue terne et fade. Les éclats de lumière ressemblant à un miasme d'arc-en-ciel s'étaient éteints. Pas une seule âme qui vive ne vagabondait dans les rues de cette ville fantôme et abandonnée. La vie ne respirait plus dans ses poumons. La cité était morte...
Petit à petit, Nautilus perdait de sa beauté, se dégradant dans son malheur solitaire. Plus aucune animation ne brûlait en son sein. Plus aucune chaleur n'animait le feu de son cœur. Avec la lenteur des jours, elle périssait dans le chagrin de sa civilisation perdue. La ville était destinée à tomber en ruine. Ses rues autrefois propres étaient aussi chaotiques après le passage d'un cyclone. Des voitures jonchaient ci et là, autant sur la route que sur le trottoir. Les magasins étaient vides et brisés. Et comme pour narguer la cité mourante, la nature s'appropriait de plus en plus de terrain, allongeant ses lierres et racines le long des réverbères, des murs, des arrêts de bus... Même le vent arrogant se permettait de voltiger fièrement en sachant pertinemment qu'il ne rencontrerait aucun obstacle.
Et pourtant, dans ces entrailles de bétons, un son répété résonnait. Un bruit de pas. À chaque fois que les chaussures frappaient le sol, le silence vibrait de colère. Au centre de ce mutisme de mort où seule la brise pouvait se vanter d'être l'unique chanteur des lieux, un individu marchait rapidement à travers les rues. Ce dernier ne prit pas la peine de s'avancer sur le trottoir et zigzaguait tant bien que mal entre les obstacles qui s'offraient à lui.
Il portait un jeans foncé où certaines parties étaient entaillées à cause des débris. Son débardeur blanc était recouvert par une chemise noire ouverte dont les manches avaient été retroussées jusqu'aux coudes, dévoilant ses bras d'une couleur mate. De sa casquette carrée dépassaient quelques rares et courtes mèches de cheveux aussi sombres que de l'encre. Réajustant la lanière de son sac à dos sur son épaule droite, il leva son regard d'un vert émeraude sur ce paysage désolé.
Sur ses gardes, le survivant inspectait toujours minutieusement son environnement avant de s'y aventurer. Ses pas étaient rapides et loin d'être hésitants. Une certaine angoisse rôdait toujours autour de lui, comme un mauvais pressentiment. Il se savait seul – ou presque – dans la cité qui désormais, dormait à jamais. Et pourtant, malgré le silence qu'il brisait et le calme qui régnait, ce dernier ressentait encore et encore la terrible impression d'être observé. Mais par qui ?
La vie n'existait plus à Nautilus. C'était des yeux invisibles de sa paranoïa qui le scrutaient. La ville qui assistait à l'unique spectacle chez elle. Et si on voulait pousser la fantaisie encore plus loin, peut-être était-ce les morts qui l'enviaient ou se désolaient de voir encore un vivant marcher sur leurs tombes. Quelle qu'en soit la cause ou l'origine de ce sentiment, cela rendait le rescapé terriblement nerveux.
- Allons-y, Bahamut, ordonna-t-il doucement, presque comme un murmure.
De derrière un taxi, un chien sortit de sa cachette et alla à la suite de son maître. La vitalité et la joie émanaient de cet animal qui remuait sa minuscule queue. Si cela ne tenait qu'à lui, il aurait bondi gaiement à la rencontre de son ami humain, mais il savait que ce dernier n'apprécierait pas cet élan bruyant d'affection. Non, ils devaient se faire discrets. Ce genre de jeu, le canidé y avait le droit lorsqu'ils étaient dans leur repère, en sécurité.
Un léger rictus en coin, le jeune survivant était ravi d'avoir son fidèle camarade pour lui tenir compagnie. Sans son rottweiler, il aurait succombé à la folie de la solitude. Et il ne fallait pas oublier que les instincts et les sens du chien s'avéraient parfois très utiles. Il pouvait détecter des odeurs intéressantes comme la nourriture ou encore les fuites de gaz. Son ouïe fine leur avait sauvé la mise à plusieurs reprises.
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Discrètement, les deux compagnons se faufilèrent dans ce qui semblait être les restes d'une petite supérette. Les chances de trouver des vivres étaient minces, mais qui ne tente rien n'a rien. À l'intérieur du magasin en ruine, les étales étaient pour la plupart renversées, certainement bousculés à l'époque des émeutes enragées et paniquées. Tout ce qui pouvait paraître comestible manquait bien évidemment à l'appel, mais le jeune rescapé ne baissa pas les bras.
Il était inutile de se fatiguer pour rien en bougeant les étagères. Sans plus attendre, le maître fit signe à son camarade de se lancer à la traque de nourritures. Bahamut fut tout excité de faire ses preuves et s'attela rapidement à son devoir. Pendant ce temps, son ami humain fouillait ci et là pour trouver n'importe quoi qui puisse s'avérer serviable. Ses recherches se résultèrent fructueusement avec quelques piles, des lampes torches, une boîte de clous, du ruban adhésif et autre babiole qui pouvait s'avérer nécessaire à certaines créations d'armes ou accessoires.
Tranquillement, le survivant longea le mur où une vitrine brisée et vide se dressait. Par le passé, des armes à feu et des munitions y étaient fièrement exposées. À présent, les pillards s'étaient bien sûr empressés de tout emporter jusqu'à la dernière cartouche. Même les tiroirs habituellement verrouillés avaient été dépouillés. Mais aujourd'hui était son jour de chance, songea-t-il lorsque sous un tas de débris en bois, il découvrit une petite bombe lacrymogène. Ce minuscule instrument de défense ne devait certainement pas être assez viril pour que les grosses brutes, qui s'étaient ravitaillées ici, y prêtent la moindre attention.
Soudain, Bahamut se mit à gratter sous une grande étagère en métal. Il avait flairé quelque chose d'intéressant !
Sans plus attendre, le jeune homme s'empressa d'aller rejoindre son compagnon. Usant de toute sa force – et il savait en posséder pas mal malgré sa fine, mais musclée corpulence – il souleva une partie du rayonnage. Lorsque ses yeux verts se posèrent sur quelques snacks, un large sourire satisfait se dessina sur ses lèvres. Dans la bousculade, les gens avaient fait plus de dégâts que de se procurer correctement chaque aliment du magasin.
- Bien joué, mon grand, t'es le meilleur, félicita-t-il en frottant affectueusement la tête de son chien.
Ce dernier, fier de sa prouesse, s'assit avant de relever bravement son museau. Alors que son maître rangeait le pactole dans son sac à dos, celui-ci ouvrit un petit sachet de biscuits avant de le lui en lancer un. Ravi de sa récompense, Bahamut savoura à peine sa pitance qu'il en quémanda déjà une autre.
Lorsque soudain, le rottweiler releva les oreilles avant de tourner sa gueule vers l'entrée du magasin. Immédiatement sur le qui-vive, le rescapé resta attentif à ce qui pourrait avoir attiré l'intérêt de son camarade à quatre pattes. Puis, ce dernier se mit à gronder doucement. Ce n'était pas bon signe, pensa le survivant qui se redressa à la hâte. Au même moment, il crut entendre des voix au loin et qui... se rapprochaient de leur position !
- Silence ! murmura-t-il doucement, mais avec autorité.
Les grognements cessèrent de suite. Puis, sagement, Bahamut suivit son maître qui se faufila vers l'arrière de la supérette. L'endroit n'était pas vraiment grand, pas plus qu'un petit kiosque de quartier en réalité. Les deux vagabonds décidèrent de se faufiler dans un placard à balais. Contre toute attente, celui-ci était entièrement vide. Si la situation n'avait pas été aussi pressante, le jeune homme aurait ri d'un larcin aussi ridicule. Délicatement, il entra dans le minuscule local où ils arrivèrent avec peine à s'y cacher tous les deux.
Des bouts de verres craquant sous le lourd poids d'un homme robuste se firent entendre. Lentement, les intrus pénétrèrent dans le magasin. Impossible de savoir combien ils étaient, mais par les rythmes différents de pas que le jeune survivant pouvait distinguer, il supposait qu'il y en avait deux. Néanmoins, il ne fallait pas omettre le fait que d'autres pouvaient attendre à l'extérieur, surveillant les arrières de leurs camarades.
Afin de s'assurer que son chien ne fasse rien d'inconsidéré pour le protéger, le jeune homme posa sa main sur la tête de ce dernier. Malgré son calme apparent, il ne pouvait empêcher son cœur de s'affoler et d'accélérer frénétiquement son rythme face à la tension qui montait. Ses battements étaient si forts et si assourdissants que le rescapé dut se concentrer afin de localiser les arrivants dans la salle. Même si son pouls faisait des siennes, il réussit néanmoins à contrôler sa respiration. Il devait faire attention, car sa nervosité pourrait faire réagir Bahamut qui ne songera qu'à une chose : libérer son maître de ses tourments. Et pour cela, il s'attaquerait immédiatement à l'origine de cette angoisse, les deux étrangers.
L'attente semblait durer une éternité alors que le survivant dans son placard avait amplement conscience que seules cinq minutes s'étaient écoulées. De toute manière, il ne faudra pas longtemps à ces individus pour se rendre compte qu'il ne restait plus rien d'intéressant dans le coin.
- Tu as trouvé quelque chose ? demanda l'un d'entre eux d'une voix rauque à cause de la cigarette.
- Non, que dalle ! répondit le second avec agacement.
Entendre ces paroles fit un drôle d'effet au garçon qui était embusqué à la place du balai. Cela faisait si longtemps qu'il n'avait pas entendu autre chose que le propre son de ses mots. Ce constat ne fit que le plonger encore plus dans sa solitude. Certes, Bahamut était un bon compagnon, peut-être même le meilleur. Mais il n'était pas très éloquent. Pourtant, s'il devait choisir entre un humain et son chien, son animal primerait largement devant son rival.
Pourquoi ne cherchait-il pas la compagnie de ses congénères ? De ses compatriotes ?
- Putain, j'ai la dalle, déclara l'un des hommes en grognant.
- Moi, j'ai envie de baiser comme un dingue, rétorqua sévèrement son ami avant d'émettre un rire glauque. La prochaine minette que je croise, je la sauterais jour et nuit jusqu'à la mort.
- Tu ne penses qu'à ça, Carlos.
- Dixit celui qui s'est tapé le cadavre d'une femme il n'y a pas si longtemps de ça.
- Son corps était encore frais et elle était plus que bandante comme nana !
Les deux hommes gloussèrent en se donnant des coups de coude moqueurs. Derrière eux, la porte du placard s'entrouvrit légèrement. Le jeune rescapé scruta discrètement les deux individus qu'il considérait désormais officiellement comme des porcs.
Celui sur la gauche, Carlos, était plus grand et plus costaud que son camarade. Il devait au moins faire un mètre quatre-vingt-douze alors que l'autre devait tourner vers les un mètre soixante-dix. Tous deux portaient des vêtements quelconques de citadins, certainement volés dans une boutique vu leur état presque neuf. Mais à voir les tatouages qui ornaient leurs bras, ils devaient être des ex-taulards qui avaient profité du chaos de l'épidémie pour s'échapper de prison.
- Excuse-moi d'aimer les hurlements de plaisir et non le froid cadavérique d'une morte, ajouta le plus grand des deux.
- Elles ne hurlent pas de plaisir avec toi, mais de terreur, ricana son camarade avant de se prendre un coup de poing dans la figure.
Sans avoir le temps de faire quoi que ce soit, il fut enseveli sous l'avalanche d'attaques de celui qu'il considérait comme son camarade. Très vite, il tomba à terre, tremblant comme une feuille, le nez en sang. Sa lèvre inférieure était fendue et ne tarderait certainement pas à enfler. Carlos le toisa de toute sa hauteur avant de lui enfoncer son talon dans l'estomac. Puis, il lui cracha à la figure. Recourbé sur lui-même, le blessé gémit douloureusement.
- Sois heureux que le petit Tim soit là, sinon ce serait toi que je ferais hurler de plaisir, ajouta mesquinement le vainqueur. Tu ne voudrais pas devenir mon prochain sac à foutre, Alan ?
Le vaincu frémit imperceptiblement, sachant parfaitement sous quel mauvais traitement passait le dénommé Tim. Maigrelet et efféminé, il ne faisait pas le poids face au puissant mastodonte qu'était Carlos qui avait trop souvent tendance à vouloir le voir comme une femme. Parfois, ce dernier le forçait même à porter une robe et pour pousser la folie encore plus loin, une perruque blonde. Intérieurement, Alan remerciait le ciel de ne pas être à la place de ce pauvre Tim. Mais il se disait également que dès que l'occasion se présenterait, il se vengerait de son « ami ».
Voilà pourquoi le maître de Bahamut préférait amplement la solitude à la compagnie des humains. Ces derniers étaient devenus des bêtes, plus primitifs que jamais. Sans foi ni loi, la plupart des rescapés de la terrible épidémie était prêt à tout pour leur survie et leur confort, également de tuer, de piller et d'abuser d'autrui. En ces temps chaotiques, la confiance n'existait plus. Un ennemi pouvait se cacher derrière le visage de chaque individu, homme comme femme. Une seule règle que tous devaient garder à l'esprit : chacun pour soi, Dieu pour tous.
L'homme qui se prénommait Carlos détacha son attention d'Alan et décida d'aller inspecter le magasin, le but premier de leur présence en ces lieux. Son ami resta à terre, prenant son temps pour reprendre ses esprits et de constater les dégâts sur son corps. Le tortionnaire de ce dernier se promena comme un coq entre les rayons dévastés, ne se dérangeant pas d'écraser tout et n'importe quoi sous ses grosses bottes en cuir.
Bahamut se tendit lorsque l'inconnu marcha près du placard. Même si son ami humain lui caressait gentiment le tête, son instinct lui intimait d'intervenir, d'éloigner la source de menace. Comme alerté par l'hostilité du chien, Carlos se tourna brutalement vers la porte qui dissimulait l'animal et le maître. Lorsqu'il fit un pas dans leur direction, tous les poils du jeune garçon se dressèrent. Tel un serpent vicieux, la peur s'enroula autour de ses membres, cherchant à le paralyser de son poison d'angoisse.
Tel un soldat embusqué, le jeune homme attendait le moment propice pour se jeter à l'assaut dans le cas échéant. Mais il se savait loin d'être un militaire, il n'avait même jamais fait l'armée. Non, son métier avant tout ce chaos était d'être un simple petit mécanicien pour voitures, mais il était plutôt spécialisé pour les motos. La guerre, il ne connaissait pas. Se battre, il l'avait appris dans les rues de son petit quartier quand il était plus jeune. Et tuer... Ce dernier évitait d'y penser même si ses mains s'étaient déjà baignées dans le sang d'autrui. Mais il ne le faisait pas par plaisir, seulement en cas d'extrême nécessité. S'il pouvait éviter de semer la mort, il était preneur.
Passant lentement la main dans la petite poche de son sac, le maître de Bahamut alla en quête de la bombe lacrymogène qu'il avait trouvée un peu plus tôt. Jamais il n'aurait pensé devoir en user aussi vite. Tant il était concentré sur le prédateur potentiel, il en oublia même de respirer. Son corps ralentit son rythme cardiaque au lieu d'accélérer de panique, comme voulant l'aider à préparer parfaitement l'assaut à venir.
- T'es vraiment qu'un gros con, grommela Alan qui se releva doucement.
- T'en as pas eu assez, fillette ? rétorqua Carlos en tournant le dos au placard afin de faire face à son interlocuteur, l'air arrogant.
Le plus faible des deux hommes détourna le regard et fit mine de chercher des ravitaillements. Son camarade, fier de sa position dominante, gloussa victorieusement avant de se mettre également à fouiller les lieux.
Finalement, au bout de cinq minutes, Carlos perdit patience et donna un coup de pied dans une petite caisse vide qui alla se fracasser contre le mur. Agacé, il grogna :
- Y a rien ici, on est en train de perdre notre temps ! On se casse !
- Mais on n'a même pas encore inspecté le fond de la boutique, intervint Alan qui évita de croiser le regard de son camarade.
- Rien à foutre !
Sans plus de cérémonie, Carlos quitta les lieux, certain que son ami lui suivrait. Et ce fut ce qu'il fit de peur d'être abandonné derrière, seul face à la solitude du monde. Certains, peut-être trop lâches, étaient bien trop effrayés à l'idée de se retrouver isolé dans cet univers désertique. Alors, ils choisissaient de suivre les plus forts, les plus dominants dans l'espoir d'une protection quelconque même si parfois, le prix était cher à payer. Parfois bien plus cher que l'amour propre.
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Attendant encore un peu, le jeune survivant pencha légèrement la tête hors de sa cachette pour s'assurer que la voie était libre. Aucun bruit ne se faisait entendre. Aucun signe de mouvement. Aucune vie.
Ne voulant pas faire de vieux os, le maître et son chien sortirent rapidement et discrètement du placard. Le plus sage serait de fuir très vite la zone afin de ne pas recroiser ces ex-taulards. Ils pouvaient toujours se trouver dans le coin ou encore décider de faire marche arrière. Un trop grand risque, surtout face à l'instabilité du dénommé Carlos.
Après s'être assuré que la rue soit déserte, le rescapé se faufila entre les voitures et les bâtiments. Il trottait pour pouvoir avancer vite, mais pas assez pour attirer l'attention. Sa main serrait fermement la lanière de son sac, là où se trouvait son petit butin qui allait le permettre de survivre un peu plus en ce bas monde.
Puis, soudain, le son d'une vitre brisée résonna entre les murs de la ville. Tendu, le maître de Bahamut leva le regard dans la direction du vacarme. À cet instant précis, une ruelle plus loin, il croisa les yeux bleu terne d'Alan. Ce dernier le toisait intensément, interloqué et surpris. Son visage avait déjà pris diverses couleurs à cause de ses blessures, il faisait peine à voir. Durant les quelques secondes de cet échange, le jeune survivant ne savait pas s'il devait prendre la fuite ou faire mine d'ignorer son observateur.
Mais l'attention d'Alan se tourna vers l'intérieur du magasin que Carlos devait certainement mettre sans dessus, sans dessous. Ce fut l'occasion pour le maître et son chien de s'éclipser sans plus de cérémonie. Pour ne pas se faire poursuivre, ils firent un détour en se glissant dans de petites ruelles isolées.
Le cœur battant encore la chamade à cause de la montée d'adrénaline, le jeune homme et son chien arrivèrent dans un quartier où une vingtaine de villas, toutes identiques les unes aux autres, s'y dressaient. Mais à présent, certaines d'entre elles étaient détruites, voire même entièrement brûlées. D'autres avaient été barricadées derrière des planches et autres objets pouvant empêcher une invasion. Malheureusement, cela n'avait guère servi aux familles qui avaient tenté de s'y abriter.
Après avoir vérifié autour de lui, le rescapé contourna une maison qui paraissait avoir du mal à tenir debout. Ses fenêtres étaient obstruées par diverses planches en bois, empêchant de voir à l'intérieur. Ci et là, certains creux abîmaient la belle palissade. Du toit, des tuiles s'étaient écrasées sur le sol.
Se rapprochant des deux petites portières qui menaient au sous-sol de la demeure, le maître de Bahamut sortit un trousseau de clés de sa poche. Le cliquetis du métal sonnait comme les cloches de la sécurité. Il ouvrit habilement et rapidement le cadenas qui scellait les lieux. Puis, très vite, après que son chien ait pénétré dans la cave, il s'y insinua à son tour avant de refermer derrière lui.
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L'eau froide sur son visage lui fit un bien fou. Posant les deux mains sur le lavabo, il se dévisagea à travers la glace, scrutant minutieusement son reflet comme s'il se trouvait devant un étranger. Il cligna plusieurs fois des paupières tout en prenant de grandes inspirations. Il était las et si fatigué.
D'un geste lent, il retira sa casquette, laissant une cascade de cheveux noirs retomber sur ses épaules. Puis, enlevant sa chemise et son débardeur, il dévoila son torse où un bandage durement serré l'entourait. Petit à petit, il la défit pour libérer sa voluptueuse poitrine. À nouveau, son regard croisa le sien dans le miroir.
Fang se retrouvait enfin.
Derrière ses vêtements amples se dissimulaient des courbes et des formes arrogantes et purement féminines. Sa peau halée était délicate et paressait si soyeuse qu'on se demandait si elle avait le goût de caramel. Sa belle chevelure corbeau entourait son visage fin, mais ferme, faisant ressortir avec beauté ses iris de jade. Loin de l'accoutrement masculin, on remarquait plus facilement la souplesse de ses traits faciaux, sensuelle et charmeuse.
Si Fang s'habillait de manière à amputer sa féminité, cela était dans un but bien précis. Un homme attisait beaucoup moins d'attention et d'intérêt qu'une femme. Et elle le savait par expérience. Si Alan avait su deviner qu'elle se cachait sous ce déguisement de mâle, il aurait sans doute avertis Carlos de sa présence à la seconde qui suivait. Ces animaux en rut n'auraient jamais laissé passer une telle occasion. La gente féminine se faisait tellement rare...
À une ancienne époque, la noiraude se serait certainement rebutée à se vêtir de manière aussi masculine. Même si son métier de mécanicienne et son style vestimentaire androgyne pouvaient y porter confusion, cette dernière mettait un point d'honneur à valoriser sa féminité. Une femme se devait de dévoiler toute la grâce que le Seigneur lui avait offerte, disait-elle souvent. Mais maintenant, les choses étaient bien différentes par rapport à l'innocence du passé. Désormais, c'était une question de survie.
Encore une fois, Fang passa de l'eau fraîche sur son visage. Si elle avait choisi ce repère, c'était parce que la tuyauterie fonctionnait encore. Elle ne s'y connaissait pas beaucoup dans ce domaine. Mais tant que cela continuerait de marcher, elle ne quitterait pas son antre pour trouver un nouveau refuge. Surtout qu'ici, la jeune femme avait minutieusement bloqué toutes les issues possibles. La seule porte de sortie et d'entrée était celle de la cave.
Sortant de la salle de bain, la noiraude attrapa un grand t-shirt au passage et l'enfila avant de jeter son large pantalon au sol. La nuit venant de tomber, elle alluma une petite lampe de camp. L'électricité ne passait pas dans la maison. Et dans la plupart des quartiers de la ville, c'était également le cas. De toute manière, même si elle avait pu, elle ne prendrait pas le risque de rameuter des intrus sur son territoire. Les humains étaient comme des insectes attirés par les lumières.
- Allez, mon vieux, c'est l'heure du dîner, déclara Fang avec un faux enthousiasme.
Bahamut remua de la queue et suivit sa maîtresse jusque dans la cuisine. Celle-ci déposa son sac sur la table de travail avant de sortir les quelques aliments qu'elle rangea dans le placard. Puis, elle prit une petite boite de conserve pour chat. Dans les supermarchés, les gens étaient tellement désespérés qu'ils avaient également dérober la nourriture des rayons animaux. Mais par chance, les anciens propriétaires de cette demeure – où qu'ils puissent être – avaient eu un petit félin de compagnie.
Déposant la pâté dans un bol, Fang le tendit à son compagnon qui se jeta dessus comme un affamé. Contente que celui-ci y trouve son bonheur, elle quitta la cuisine pour se diriger dans le salon. Certes, elle avait faim, mais pas encore assez pour devoir sacrifier le peu de vivre qu'elle possédait. La plupart du temps, dans ce genre de cas, la noiraude décidait d'aller se reposer. Dormir pouvait presque lui faire oublier les grondements de son estomac. Du moins, durant le temps où elle se trouvait dans le monde des songes. Mais il y avait une contre-partie à ce procédé.
S'affalant sur le long canapé, la jeune femme posa son avant-bras sur le front. Elle fixa un instant le plafond sans réelle pensée, perdue dans le silence de la ville. Lâchant un lourd soupir, elle éteignit sa lampe de camp afin de pouvoir conserver la batterie. Puis, elle ferma les paupières avec une certaine angoisse au ventre. Elle allait faire des cauchemars, elle le savait. Comme toutes les nuits depuis le début de cet enfer, elle n'avait même pas le droit au repos dans le monde des songes. Éveillée ou non, la noiraude devait perpétuellement combattre le supplice de cette vie.
Voilà pour ce premier chapitre, mes ami(e)s! Alors? Quelle est votre impression?
