Voici le chapitre 2, dans la foulée.

Bonne lecture !


Wendy était prisonnière. Elle avait eu beau s'évertuer à secouer les barreaux de sa cage, elle n'avait pas réussi à en venir à bout. Elle regardait désespérément le ciel, guettant un signe salutaire, un signe de ses frères.

Elle était aussi jeune que lorsqu'elle avait quitté la maison. Elle resterait éternellement jeune, éternellement prisonnière. La jeunesse apparente de son bourreau la glaçait d'effroi. Neverland tremblait sous le joug de son incontestable maître et souverain, ignorant encore que ce dernier serait rattrapé un jour par la mort.

Wendy ne pouvait compter que sur la compassion de certains enfants perdus qui venaient lui porter à manger et restait parfois échanger quelques mots avec elle.


Emma était en train de taper un mail à l'intention du Daily Mirror afin que le journal publie le portait d'un disparu. Encore. Elle achevait son mail lorsque quelqu'un arriva au poste. Elle leva les yeux de son écran.

- « Je ne trouve pas Frederick, annonça Kathryn en larmes. Je ne sais pas où il est. Il est parti à...

- Calmez-vous, dit Emma. Reprenez votre souffle. »

La respiration de Kathryn se fit moins anarchique. Elle essuya ses larmes d'un revers de main. Emma prit une feuille et un crayon et l'écouta faire sa déposition.

- « Il se serait pas parti de lui-même ?, demanda la Shérif.

- Non, s'offusqua Kathryn. Il n'est jamais rentré de son travail. J'ai déjà été à l'hôpital mais il ne l'ont pas trouvé. Il a juste...

- ...disparu » compléta Emma.

Elle nota scrupuleusement la déclaration de Kathryn mais son esprit se focalisait sur cette même tournure que tout le monde employait. « Disparaître ». Comme s'ils s'évaporaient tous...par magie.

Daniel était vivant. Il était dans un avenir construit par l'Evil Queen. Il était dans un lieu qui n'existerait bientôt plus. L'histoire se réécrivait. Les souvenirs de chacun se modifiaient.


La reine Abigail se retirait souvent dans les jardins. Elle évoquait son amour des fleurs, son désir de grands espaces. Pourtant elle restait souvent dans les jardins, même lorsque l'air se faisait glacial et que les arbres avaient abandonné leur parure de feuilles et de fruits.

Elle s'asseyait toujours dans la roseraie. Elle ne se plaignait jamais de l'assise peut confortable, de l'ombrage parfois embêtant qui empêchait le soleil de la réchauffer. Elle le retrouvait toujours pour profiter de sa compagnie, jusqu'à ce que le soleil se cache et qu'il soit dissimulé à sa vue.

Le chevalier Frédérique l'attendait toujours au même endroit. Il brandissait encore son épée comme lors de son dernier combat. La Reine Abigail embrassa la joue du chevalier dans un énième au revoir torturé et silencieux. Ses lèvres réchauffèrent temporairement la joue de son défunt amant dont le destin était désormais scellé dans l'or. Elle sécha ses larmes et partie rejoindre son époux, le désormais roi de leurs deux royaumes unifiés : le roi James.


Regina avait fourré ses mains dans les poches de son long manteau noir. Elle voyait les tentes de dessiner à travers les arbres et un mince filet de fumée s'envoler vers le ciel. Elle vit Robin tenter d'apprendre à Roland à tirer à l'arc. L'arme était faite d'une petit morceau de bois et d'une cordelette. Robin montrait à son fils comment bien aligner sa flèche et apprendre à viser.

Roland tira sa flèche et leva son petit poing en signe de victoire. Sa flèche venait d'atteindre une souche, un peu plus loin. C'était la première fois que sa flèche se plantait dans quelque chose au lieu de tomber piteusement au sol.

- « Bravo, tu t'améliores !, le félicita Robin en lui ébouriffant les cheveux.

- Je serais aussi fort que toi !

- Même plus.

- Oh, c'est Regina ! », s'écria Roland en la voyant venir vers eux.

Il courut à sa rencontre, enjambant avec habilité les branches mortes et autres racines qui jonchaient son parcours. Il se jeta aux jambes de Regina qui le prit dans ses bras et déposa un baiser sur sa joue.

- « Tu m'as vu quand j'ai tiré ?, demanda-t-il avec enthousiasme.

- Oui, tu deviens un véritable archer.

- Un jour, je gagnerais la main de mon amoureuse comme Papa a fait avec Maman. »

Regina lui offrit un faible sourire en réponse. Elle reposa Roland et lissa son manteau.

Robin se racla la gorge.

- « Tout va bien ?

- O-Oui. Je voulais juste savoir comment tu prenais la nouvelle.

- ...Bien. Je ne m'y attendais pas, avoua-t-il à demi-mot.

- Moi non plus, se justifia Regina d'un air coupable. Je ne voulais pas te mettre dans une telle situation.

- Que vas-tu faire ? »

La question était ardue. Mettre Robin à l'écart n'était qu'une mesure provisoire. Regina savait que cela ne pouvait durer éternellement.

« Je ne sais pas. »

Sa réponse était vague mais elle avait le mérite d'être sincère.

- « S'il n'était pas mort, tu ne serais jamais venue vers moi, n'est-ce pas ?

- Je... On ne peut pas savoir, dit-elle dans un murmure presque inaudible.

- Tu as le droit de passer du temps avec lui, tu n'as pas à t'en sentir coupable » dit Robin dans un triste sourire.

Il ne mentait pas. Par ailleurs, abandonner Regina aux bras d'un autre demeurait quelque chose de douloureux et d'irascible. Il ne pouvait pourtant pas interférer dans ses choix.

Cette dernière le remercia. Ses sentiments étaient embrouillés entre ceux que la mort n'avait jamais vraiment taris et ceux qu'elle commençait à ressentir.


Elle avait sauvé une fille dont le cheval s'était emballé. Le roi Léopold, reconnaissant, lui avait demandé sa main. Elle avait voulu refuser mais sa mère avait parlé pour elle et accepté.

Daniel n'était pas là. C'est ce que la jeune Regina se répétait sans cesse. Elle avait longtemps pleuré, ne cessant de penser que sa mère avait tué leur histoire d'amour. Il l'avait abandonné. Elle était seule. Elle n'avait plus rien à perdre désormais.

Cora n'avait jamais rien tenté contre son père. Lui-même ignorait où sa fille aurait fui, il était sauf. Pourtant, sur un autre cours du temps, le vrai danger pour sa vie aurait été sa fille. Au nom d'une malédiction et de son bonheur, il avait dû sacrifier son cœur.

Avec le concours de Rumpelstilskin, elle envoya sa mère de l'autre côté du miroir. Elle éloigna sa mère de sa vie, tout comme cette dernière avait éloigné Daniel de la sienne.

Cora sombra dans le Pays des Merveilles duquel elle deviendrait la souveraine sanglante et tyrannique.

Le Ténébreux plissaient ses yeux jaunes de ravissement : tout se déroulait comme il l'avait prévu.

- « Je pourrais t'enseigner un moyen d'obtenir tout ce que tu désires ?

- Lequel ?, demanda Regina en posant une main sur sa coiffeuse.

- La magie. »

La Ténébreux vaqua dans la chambre royale et solitaire.

- « Je ne veux pas devenir mauvaise.

- Oh mais loin de moi cette idée, ricana Rumpelstilskin en tressautant d'exication. N'as-tu pas l'envie d'obtenir enfin satisfaction ?

- Si, bien sûr, admit la jeune Regina. J'estime simplement ne pas avoir besoin de la magie pour se faire. »

Loin de s'abandonner aux paroles obscures de Rumpelstilskin, Regina préféra emprunter un tout autre chemin. Elle pouvait être libre et elle ne laisserait pas passer cette chance.

Regina monta sur Rocinante et partit vers la forêt. Les arbres tendirent leurs branchages afin de la cacher. Elle ne daigna s'arrêter que pour permettre à sa monture de se reposer. Elle caressa l'encolure de son destrier, le félicitant et le remerciant de bien vouloir la porter. Pendant que le cheval buvait l'eau claire de la rivière et Regina décida d'en faire tout autant. Elle s'accroupit et but quelques gorgées d'eau fraîche. Elle entendit les pièces de sa bourse de cuir tinter. On était en train de la lui subtiliser.

Alerte, elle se redressa et eut simplement le temps de voir une cape sombre s'enfuir parmi les arbres. Elle se saisit d'une branche au sol et monta habillement sur Rocinante qui rattrapa la silhouette encapuchonnée avec une aisance déconcertante. Regina brandit la branche qu'elle tenait fermement et l'abattit sur le crâne du voleur. Ce dernier s'écrasa, face contre terre.

La jeune femme descendit de cheval. Ses bottes s'enfoncèrent quelque peu dans le sol meuble. Rocinante continua quelques foulées, emporté par son élan puis revint au pas vers sa maitresse qui, pour le moment, ne prêtait pas attention à lui. Elle leva de nouveau la branche au-dessus de sa tête prête à frapper.

La silhouette se redressa. Le voleur tendit son bras dans sa direction. Regina interpréta ce geste comme hostile et abattit de nouveau la branche sur son assaillant dans un bref cri de peur. L'homme ôta sa capuche et porta les mains sur sa tête.

- « Avez-vous perdu la raison ?!

- Comment osez-vous ?!, hurla Regina à son tour. C'est vous qui m'avez volée !

- Vous êtes la nouvelle reine, non ? Alors c'est vous la voleuse des pauvres.

- Cela fait de vous le voleur des riches ?, railla Regina.

- Exactement » déclara l'inconnu.

Il épousseta sa cape, ôtant ses mains de sa tête et dévoilant ainsi son visage. Ses cheveux étaient un peu longs et les deux coups successifs que lui avaient assénés Regina n'avait pas su parfaire sa coiffure. Il passa une main dans ses cheveux blonds. Ses yeux étaient du même vert que le feuillages des arbres. Son visage était anguleux et on voyait déjà sa barbe naissante. Il ne devait être guère plus âgé qu'elle. Et même si elle lui reconnaissait un visage plaisant, elle était plus touchée par son arrogance.

- « Rendez-moi ce que vous m'avez pris, ordonna la brune.

- Pourquoi ? Vous avez de l'argent au palais.

- Je cherche à fuir alors donnez-moi ma bourse, cracha-t-elle plus durement.

- Une jeune dame ne devrait pas être si hargneuse, lança-t-il taquin.

- Que voulez-vous ? Que je vous fasse une révérence ? » fit-elle dédaigneuse.

Il rit et Regina serra d'autant plus fermement la branche. Il s'approcha d'un pas et lui tendit la main :

- « Si vous voulez fuir votre palais doré, je veux bien vous accorder l'hospitalité.

- A qui ai-je affaire ?, demanda-t-elle en regardant avec méfiance cette main tendue.

- Robin Hood, my lady.

- Pourquoi devrais-je vous faire confiance ? Vous m'avez volée. »

Il ravisa sa main tendue et lui tendit finalement la bourse de cuir dont Regina se saisit vivement. Elle n'en restait pas moins sur ses gardes.

« Le mal est réparé, déclara Robin. Si vous fuyez les riches, alors vous êtes l'ami des pauvres. »

Bien que réticente à cet homme arrogant, elle était forcée de reconnaître qu'une n'était pas mal venue. La brune trouva refuge auprès des joyeux compagnons du voleur des riches. Léopold lança des gardes à sa recherche. Il était inadmissible qu'une femme refuse les avances d'un souverain. Et Regina devint une reine hors-la-loi et l'Evil Queen ne vit jamais le jour.

Elle se prit d'affection pour ce sauveur des pauvres. Bien qu'encore sous le coup de la disparition de Daniel, elle se laissa charmer par cet homme qu'elle trouva, avec le temps, charmant. Elle était enfin heureuse, persuadée d'avoir trouvé l'amour, le bonheur, sa liberté.

Robin épousa Regina. Il ne rencontra jamais Marianne. Il ne la sauva jamais du shérif de Nothingham. Lady Marianne resta l'épouse malheureuse d'un tyran. Jamais elle n'aura eu la joie de croiser la route de Robin, de l'aimer. Jamais elle n'eut la joie de mettre au monde l'enfant adorable qu'est Roland. Dans cette vie là, elle eut la chance de demeurer en vie et non tuée de la main de l'Evil Queen. Mais une longue vie de souffrance était-elle enviable à une courte vie de bonheur ?


Notes :

Je posterai le chapitre 3 mercredi mercredi prochain