2.
"Hush hush hush, here comes the bogey man
Don't let him come too close to you, he'll catch you if he can
Just pretend that you're a crocodile
and you will find the bogey man will run away a mile"
Ses enfants raccompagnés jusqu'à la chambre qu'ils partageaient, Severus s'immobilisa devant la porte restée entrouverte. S'étant accroupi pour déposer son fils à terre, il resta dans cette position qui bien qu'inconfortable, avait l'avantage de lui permettre d'être à la hauteur du petit duo au milieu duquel il se trouvait. Entourant la taille du frère et de la sœur, il les ramena chacun contre un flanc. Tous les deux posèrent alors une main sur son épaule et l'autre sur son genou en se penchant vers lui pour rapprocher leur visage du sien.
— Qu'est-ce que papa vous a dit sur les croque-mitaines ? souffla-t-il en les regardant tour à tour. Oui, Nicolas ?
— Qu'y sont très très méchants et qu'y dévorent les enfants qui sont pas sages et que après y'a plein du sang et des bouts d'peau partout et vous avez pas intérêt d'êt' pas gentils parce que d'voir nettoyer tout ça merci bien les enfants y'a pas écrit elfe de maison sur mon front qu'je sache !
— Oui, bon, euh… j'ai vraiment dis ça, moi ? Je ne m'en souviens pas…
— AH SI PAPA ! TU L'AS DIS !
— Merci, Bridget. Mon cerveau le réoubliera peut-être mais surement pas mes oreilles.
Le sorcier bougonna contre lui-même : une fois de plus sa madame-je-sais-tout de femme avait raison, il fallait vraiment qu'il arrête de mettre ce genre de choses dans la tête de leurs enfants. Surtout s'il devait continuer de toujours être celui qui en subissait les conséquences. Il se promit d'à l'avenir garder ce style de remarques pour leurs veilles de départ en week-end ou en vacances chez les Potter ou les Malfoy. Et sentit déjà monter en lui un plaisir sadique à la seule idée de ses deux miniatures hurlant après leurs oncles en pleine nuit.
— Ce que je voulais que vous me répondiez, c'est que les croque-mitaines sont des peureux.
— On va lui faire peur alors ? lança Nicolas, pour lequel la perspective ne sembla pas réjouissante.
— Exactement.
— Et comment on va faire ça ? voulut savoir Bridget, perplexe.
— Je vais vous montrer. Mais d'abord, on va le faire sortir de sa cachette, fit-il après s'être relevé. Allez, ne vous comportez pas comme des enfants… les pressa-t-il en remarquant qu'ils ne le suivaient pas tandis qu'il entrait dans le chambre d'un pas décidé, sa baguette à la main.
— On est des enfants, le coupèrent-ils d'une même voix mal assurée.
— Ne vous comportez pas comme des enfants normaux, reprit-il pour pouvoir compléter sa phrase. Je ne tolérerai pas que mes enfants soient aussi mauviettes que ceux des autres.
— Severus… intervint Hermione, contre les jambes de laquelle les petits se précipitèrent. Ne sois pas si dur avec eux, tu veux ? lança-t-elle en leur caressant les cheveux. On dirait ton père.
La comparaison le fit se crisper aussi surement qu'une douche froide. Néanmoins, il se détendit grâce à la réaction salutaire de Bridget. En effet, celle-ci jeta les épaules en arrière dans une attitude volontaire, saisit fermement le poignet de son frère et se tourna vers leur mère.
— Tu sais quoi, maman ? Papa a raison : on doit pas faire les chochottes !
— On est là pour vous protéger de toute façon, rappela Severus en tendant une main à sa femme qui s'avança jusqu'à lui pour y glisser la sienne et le laissa l'entrainer avec lui dans la chambre, les enfants à leur suite.
Nicolas déglutit péniblement et pointa d'un index tremblant le coffre à jouets remuant visiblement tout seul, comme agité de l'intérieur.
— On est sur que ce n'est pas un épouvantard ? chuchota Hermione à l'oreille de son mari.
— Aucun doute là-dessus, lui assura-il dans un murmure. Et je pense même que c'est Borzy.
— BORZY ?! s'exclamèrent d'une même voix leurs progénitures horrifiées et déjà en train de reculer.
— Mon amour, il y a forcément erreur puisque je t'avais demandé de lui dire d'arrêter ça. Et tu l'as fait, hein ?
Il l'avait fait. Et avait même obtenu gain de cause. Sauf qu'une mauvaise main le lui avait fait perdre, pas plus tard que la veille. En y repensant, il suspecta le croque-mitaine d'avoir triché sur cette foutue partie. Occupé à en revoir mentalement le déroulement à la recherche du moment où il s'était fait avoir, il suivit machinalement sa femme quand, l'attrapant par le bras, elle le tira à l'écart des petits pour lui parler en privé.
— Non mais je n'y crois pas, tu as ENCORE parié le droit de faire une nouvelle fois peur aux enfants ?!
— Enfin… tu sais bien que c'est la seule mise qui les intéresse, mon cœur. Et puis…
— Oh s'il-te-plait, épargne moi ton couplet sur ta difficulté à trouver des adversaires à ta taille au poker !
Lorsqu'elle retourna sur ses pas, il la suivit sans prononcer un mot, conscient qu'il valait mieux éviter d'aggraver son cas maintenant qu'il avait été confondu.
— Bien, je vais ouvrir ce coffre, souffla Hermione. Et dès que Borzy se montrera, vous imiterez tous les deux un crocodile pour lui faire peur, d'accord ?
— Comme ça ? demanda Nicolas qui tendit ses bras l'un au-dessus de l'autre devant lui et abaissa celui d'en haut sur celui d'en bas à plusieurs reprises en faisant s'entrecroiser les doigts écartés de ses mains chaque fois qu'elles entraient en contact.
— Faut aussi faire du bruit, comme ça : rrrrr, lui répondit Bridget en l'imitant.
— Oui. Et si jamais ça ne marche pas, je lui lance un sort, intervint Severus, prêt à intervenir.
Après que la sorcière l'ait ouvert, des mains pourvues de longues griffes acérées surgirent du coffre sur le rebord duquel elles s'accrochèrent. Bientôt, une tête informe se dressa entre elles et des yeux rouges brillèrent dans le noir. Encouragés par leurs parents, les enfants s'approchèrent de lui en se prenant pour des crocodiles et, dans un cri d'effroi, il bondit hors de sa boite et se précipita à l'abri sous un lit.
— Et voilà, ça commence… soupira Hermione en foudroyant son mari du regard.
