Il se racla la gorge, avant de tenter un brin de conversation, alors que je regardais avec dépit Londres défilée devant mes yeux, ayant ramené mes pieds sur le siège, le menton reposant sur le mont que formait mes genoux.
- Ton voyage s'est-il bien passé ?
- Plutôt... Répondis-je, toujours les yeux à la vitre.
- Pas trop long ?
- C'est pas la mort 3h ! Répliquai-je.
- Hum oui, j'imagine... je heu...Joyce s'est occupée de ta chambre. J'espère qu'elle va te plaire. On t'as acheté un ordinateur portable, j'y ai mis la connexion internet, heu... tu heu... as déjà utilisé ce genre d'outil ?
Je tournai mes yeux un peu ahuris vers lui.
- On est pas des extraterrestres en Islande tu sais, on sait très bien ce que c'est et les écoles sont à la majorité équipé de l'ADSL, et à la maison on en possédait un.... Répliquai-je calmement.
Il rougit un petit peu, se sentant bien con et tenta un mince sourire, auquel je ne répondis pas.
- Oh heu bien... je t'ai inscrite dans ton école avant hier. C'est la première fois qu'ils ont une élève qui vient d'Islande. S'amusa-t-il.
- On va croire que je vis dans une grotte avec pour compagnie un ours, que je chasse pour manger et que j'ai un troupeau de loup, c'est ça ?
Il rigola.
- Pourquoi tu dis ça ?
- Expérience, la dernière fois que je suis venue ici...
- Oh ! J'pense que les jeunes de ton âge ont une autre mentalité !
- Sûrement ! Dis-je en reportant mon attention sur ce paysage déprimant.
Le trajet parut durer une éternité et il n'osa plus m'adresser la parole, je fus heureuse d'apercevoir un parc.
- C'est le Holland Park ! Me précisa-t-il.
- Ah...
- On est pas loin. Tu pourras y venir. On habite dans le quartier Ouest de Kensington maintenant.
- Ah...
- C'est sympa et très calme, ça devrait te plaire !
On tourna dans une rue et je vis cette fois défiler des maisons plus grandes que celles que j'avais vues avant. Une verdure dite de décoration, pour faire genre, des arbres tout le long de la rue. Chaque maison, à l'entrée, avait un bout de jardin, tous plus parfaits les uns que les autres. Le ciel était gris depuis que j'étais arrivée ici. Tout à coup, il s'arrêta et se gara dans une allée.
- On est arrivés ! Dit-il dans un large sourire.
Il coupa le contact et enleva sa ceinture de sécurité. Je fis de même, pris mon sac à mes pieds. Il ouvrit le coffre pour sortir mes bagages. Je sus tout de suite quelle était notre maison, quand une jeune femme sortit de celle-ci, le sourire jusqu'aux oreilles : grande, brune, yeux noisettes, chevelure éclatante, maquillage raccord parfait, son petit pull col roulé blanc, son pantalon coupé droit de même couleur et ses petits talons lui donnant des airs d'actrice.
- Ah, enfin vous voilà ! Dit-elle en ouvrant le petit portail et en s'avançant, elle sourit tout en me regardant de la tête aux pieds.
- Krista, tu n'imagines pas à quel point je suis heureuse de t'accueillir chez nous !
- Heu...bonjour ! Prononçai-je lentement et avec hésitation, ne sachant que faire de tout cet enthousiasme agaçant qu'elle m'envoyait en pleine figure.
- Chérie, tu montres à Krista sa chambre, le temps que je ramène ses bagages ?
- Oh heu, oui bien sûr ! Suis-moi ! Sourit-elle.
A contrecœur, je me mis à la suivre, remontant la petite allée tracée en dalles noires.
Cela me changeait complètement du cottage que nous avions avec maman en Islande. Cette maison-là paraissait trop grande pour 3 personnes, en pierre grises, dotée d'un étage, c'en était un peu effrayant tant elle paraissait solide et indestructible. Le bruit de la porte noire en bois massif me ramena à moi, lorsqu'elle s'ouvrit.
-Tu viens ?
Je lui adressai un petit sourire poli en la suivant. Je déglutis en traversant le petit hall et nous débouchâmes sur le salon. Il faisait bien 3, voire 4 fois le nôtre, décoré dans des tons blancs, touches de bleu nuit par-ci par-là, grande cheminée, mêlant architecture moderne et ancienne. L'écran plasma ne paraissait pas servir et faisait juste office de décoration, la chaîne Hi-Fi pareil. « Pourquoi tout ce tintouin juste pour écouter un disque ou regarder un film ? » me dis-je en moi-même. Je tournai le regard sur le côté, je la vis s'engager dans les escaliers, eux aussi en pierre. « Où est-ce que je suis tombée ? » Je montai les marches, elle était déjà dans le couloir qui avait un avantage, celui d'être large.
- Alors ici, c'est notre chambre! Me dit-elle en l'ouvrant.
J'y jetai un rapide coup d'œil. Baldaquin, fanfreluches, on voyait que c'était féminin.
- On continue... la salle de bain d'amis...
Une salle de bain d'amis ?
- Nous avons deux chambres d'amis ! Continua-t-elle toute souriante. Et puis, pour te laisser un peu d'intimité, j'ai emménagé ta chambre au fond !
Elle se dirigea rapidement vers celle-ci. Elle souffla un grand coup.
-J'espère qu'elle va te plaire...
Elle croisa les doigts dans un sourire exagéré auquel elle rajouta une grimace -_-' « Tuez moi toute de suite ! » Elle ouvrit la porte et là, j'ai cru que j'allais mourir. Ma chambre faisait peut-être 4 fois celle que j'avais en Islande. Je lui souris, pour la rassurer. « My God, qu'est-ce que c'est que ça ? Elle est grande et... grande ... Des tons fuschia et blanc, elle aurait pu se contenter d'un blanc neutre !» Un mur flashait en fuschia, juste en face du grand lit deux places, où des coussins tout aussi flashy étaient disposés. Contre celui-ci, un vaste bureau, l'ordinateur portable y siégeait, ainsi que quelques éléments de décorations. Juste à côté, j'étais contente, il y avait beaucoup d'étagères pour ranger les livres et les CD. Elles étaient encastrées dans le mur et encore vides. Dans un coin, une chaîne hi-fi avait été installée. Près du lit, je reconnaissais mes cartons.
- Ça te plait ? Demanda-t-elle inquiète.
Je mens ou je ne mens pas ? Je mens.
-Oui, c'est... très bien ! La rassurai-je.
Je regrettais la petitesse de mon ancienne chambre et la chaleur qu'elle dégageait, ainsi que son intimité. Sa porte donnait directement sur le dehors, pas de clôture, on s'y baladait libre. Joyce respira comme soulagée.
- Ici, tu pourras ranger tes vêtements, j'espère qu'il y aura assez de place !
Elle fit coulisser une grande porte encastrée là-encore, qui faisait face au lit. C'était même trop, je n'utiliserai même pas la moitié de ce truc.
- Heu... et tu as une salle de bains personnelle !
- Ah !
-Ce n'est pas bien ? Paniqua-t-elle.
- Oh heu, si, si, c'est très bien ! Dis-je rapidement pour qu'elle se calme.
- Ah, ta chambre était-elle aussi grande en Islande ?
- Non plus cocoonée... Dis-je avec une pointe de regret.
On entendit des bruits de pas et de souffrance ; mon père sûrement :
- Alors ta chambre te plait ?arriva-t-il à dire complètement essoufflé, posant les bagages et s'accoudant à l'encadrement de la porte.
- Oui, c'est bien. Répondis-je un peu perdue.
- Je suis content que ça te plaise !
- Nous allons te laisser t'installer Krista ! Je t'appellerai à l'heure du dîner ! Me fit Joyce.
Je fis oui de la tête et les laissai sortir. J'avais une horrible envie de pleurer, en regardant tout cela autour de moi, envie que ma mère revienne, qu'elle me ramène en Islande, chez nous... Je n'aimais pas, mais pas du tout être ici. J'en avais rien à fiche que ça soit cher, grand ou beau ! C'était tellement artificiel et mort. Je m'allongeai sur le lit et fermai les yeux. Très vite, je me mis à imaginer que j'étais en Islande à Reykholt, village natal de mes grands parents, où je suis allée pendant les vacances : ses grands espaces, ses vallées s'étendant sur plusieurs kilomètres, son champ de lave, ses cascades, son calme, ses légendes. Je me mis à sourire. J'avais l'impression de flotter, l'odeur des arbres, de l'herbe humide des fins d'hiver, le vent frais qui vous balaye les cheveux et vous fouette le visage, courir sans savoir où l'on va, pas d'obstacles, pas de limites...
-Toc toc, Krista !
Mon monde s'évapora comme une traînée de fumée dans l'air. J'ouvris les yeux, me redressai sur mon lit et la vis à la porte.
-Le dîner est prêt, nous t'attendons en bas ! M'informa-t-elle.
Je lui fis un mince sourire. Elle referma la porte. J'allai dans la salle de bain, blanche immaculée et le grand miroir qui surplombait le lavabo me renvoya mon reflet : quelques cernes, mes cheveux avaient la même couleur que ceux de ma mère, quoi qu'un peu plus foncés, j'avais aussi les yeux gris, un peu plus foncés que les siens. Je souris. On dit souvent que je lui ressemble, mais c'est loin d'être vrai, ma mère était la beauté la plus pure et la plus naturelle qu'il m'ait été donné de voir. Les larmes me vinrent. Je secouai la tête, passai une main rapide dans mes cheveux, qui ne voyaient qu'un à deux shampoings par semaine et après le lavage : un peigne, mais ça restait rare... ils se contentaient de mes doigts. Pas de maquillage : je ne me maquillais jamais. Je tenais à préserver ma peau de tous ces produits dont, de plus, nous ne savons pas vraiment de quoi ils proviennent. J'étais un peu pâle cependant, mais venant de là où je viens, c'était assez commun. Je me passai un peu d'eau sur le visage, m'essuyai, éteignis toute les lumières. J'essayai d'effacer ma tristesse, en descendant, Joyce était aux pieds des escaliers.
-Tout va bien ?
- Oui, oui !
Je la suivis. Nous traversâmes le salon et arrivâmes à la cuisine, vaste et équipée, qui faisait face à une salle à manger dressée de manière tout aussi moderne. Mon père était dehors. Une baie vitrée donnait sur le jardin. « Hallelujah, il avait ça ! Un jardin. » Il discutait au portable, ça avait l'air sérieux. Il me vit, ajouta quelque chose et raccrocha. Il entra, referma la baie vitrée et remonta ses manches pour pouvoir laver ses mains. Je m'assis à la table qui pouvait facilement accueillir 10 personnes.
- J'espère que tu vas aimer ce que je t'ai préparé Krista ! Me dit Joyce.
- Oui ! Joyce voulait te faire plaisir et y a passé du temps ! Dit mon père.
Je ne faisais que des petits sourires en signe de réponses.
- Dis-moi, Krista c'est très jolie... c'est Islandais ? Me demanda-t-elle en apportant la nourriture.
Mon père s'installait en bout de table, j'étais à sa gauche.
- Oui... c'est islandais...
- Très jolie prénom !
- Merci...
Quand je découvris ce qu'elle avait préparé, je fermai doucement les yeux. L'odeur ne trompait pas. Elle prit mon assiette et m'en servit... Un plat à base de viande. Elle reposa toute fière son assiette devant moi. Je jetai un coup d'oeil à l'assiette, puis à mon père qui écarquilla les yeux et sembla se souvenir de quelque chose. Je repoussai doucement l'assiette.
- Heu... je croyais l'avoir spécifié... et j'en suis désolée... mais je ne mange pas de viande... Dis-je l'air vraiment désolé, car elle s'était donné du mal.
Elle parut triste.
- Oh, je suis désolée Krista ! Me dit-elle
- Ce n'est pas grave, j'pensais que mon père vous l'avait dit...
- J'ai complètement oublié de te dire que Krista était végétarienne. C'est de ma faute, je suis désolé ! S'excusa mon père.
- Je vais te préparer autre chose Krista !
- Non non ! Ne vous dérangez pas pour moi !
- Mais si, si !
Elle se précipita à la cuisine. Je me lèvai de table.
- Ça va aller, je n'ai pas très faim de toute façon... j'vais monter me reposer...
Elle me regarda l'air triste.
- Tu en es sûre ?
- Merci, c'est très gentille, mais ça ira !
Je me dirigeais vers la sortie de la cuisine.
- Bien ! Finit-elle par dire.
- Bon appétit et bonne soirée ! Dis-je poliment avant de partir, de traverser une fois de plus ce salon et monter dans cette chambre, qui n'était pas la mienne finalement, m'écroulant sur
le lit, mouillant chaudement l'un des oreillers de larmes avant de m'endormir.
Je me réveillai en pleine nuit, jetai un coup d'oeil au petit réveil sur la table de chevet : 1heure du matin. J'avais besoin de respirer. Je sortis du lit : pas de porte qui mènait au dehors... pas de Fred qui venait se blottir tout contre moi lorsque je n'arrivais pas à dormir. Je pris la veste que j'avais délaissée quelques heures plus tôt, sortis de la chambre et descendis à pas de loup jusqu'au salon et le traversai en silence. Une fois à la cuisine, j'ouvris la baie vitrée et sortis pieds nus. Lorsque mes pieds entrèrent en contact avec l'herbe froide et humide, un bref frisson me traversa. Je fermai les yeux et respirai le peu d'air frais qu'il m'était possible d'avoir. Je levai les yeux, espérant apercevoir un ciel étoilé, mais rien... qu'un ciel couvert. Une larme perla sur ma joue... « Je veux rentrer chez moi. » Je me blottis dans ma veste et essuya ma joue.
-Krista ?
C'était mon père. Je me retournai brusquement.
- Que fais-tu dehors à une heure pareille ?
- Heu... je n'arrivais plus à dormir...
- Rentre, il fait froid, tu es pieds-nus en plus ! Dit-il en s'approchant, il me regarda l'air triste.
- Tout ça ne te plait pas, n'est ce pas ! La maison, la chambre, Londres...
Il avait tout deviné. Je fis une grimace.
- Pas vraiment non...
- S'il te plait, comprends-moi... j'ai envie de te connaître, de passer du temps avec toi... tu es ma fille...
- Fallait-y penser il y a 17 ans, quand tu nous a abandonnées... Dis-je dans un soupir las.
Je passai mon chemin, tête baissée et rentrai à l'intérieur où l'atmosphère était plus chaude. Je remontai dans ma chambre et me rendormis en position fœtale, triste.
[ . . . ]
Au matin, ce n'était pas le même soleil qui me réveilla. Celui-ci était brusque et désagréable. La grande fenêtre éclairait toute la pièce de long en large. Je me levais, m'assis sur mon lit, me frottant légèrement les yeux.
- Toc toc ! Ah tu es réveillée !
Encore elle, elle avait décidé de ne pas me lâcher.
- Bonjour . Dis-je la tête au bord de l'explosion.
- Tu as passé une bonne nuit ?
- Hum oui... Mentis-je.
- Tant mieux, j'ai préparé le petit-déjeuner, tu descends ? Espéra-t-elle enthousiaste.
- J'arrive... Soupirai-je pour m'en débarrasser quelques instants.
Je descendis au bout de quelques minutes. On était samedi aujourd'hui. Arrivant à la cuisine, je fus assaillie par tout un tas d'odeur qui se mélangeaient.
- Assieds-toi !
Je m'exécutai et fis des yeux ronds en voyant la table.
- Alors, je ne savais pas trop ce que tu mangeais, enfin je veux dire... j'ai regardé un peu sur Internet ce qu'on mangeait au p'tit déjeuner en Islande, mais bon, je me suis dit que peut-être toi tu n'avais pas ces habitudes, alors j'ai fait autre chose... Dit Joyce.
Elle continuait de blablater sur ce qu'elle avait préparé. Effectivement, elle avait fait des recherches : poissons, fromages, fruits étaient d'un côté, ça me fis rire... et de l'autre côté, au moins 4 sortes de pains, des viennoiseries, 4 confitures différentes, thé, lait, café, voire chocolat, une corbeille de fruits, des yaourts, des pancakes ... Je n'en revenais pas.
- Merci, c'est gentille de t'être donné tout ce mal. En Islande, c'est vrai que l'on mange du poisson et du fromage le matin, mais c'est par rapport au climat : il fait très froid et on doit bien manger. Ici, je n'ai pas besoin tout ça . Déjà en Islande, je n'en consommais pas le matin...
- Oh, j'ai fait fausse route ! Désolée, j'pensais avoir bien fait !
- Non, non, c'est très bien... juste pas adapté, le reste est bien...
- Dis-moi ce que tu manges le matin !
Je lui fis un autre sourire. La pauvre... Je m'emparai d'un fruit.
- Le fruit, c'est bien vu ! La rassurai-je. Elle me sourit. « Le pain aussi! » Rajoutai-je.
- Bien ! Sourit-elle.
- Mais les pancakes, les viennoiseries, le yaourt... Je fis une grimace.
- Oh, ok, je note ! Tu manges quelque chose de particulier qui n'est pas sur cette table Demanda-t-elle, attentive.
- Hum... flocons d'avoine avec un peu de lait !
- Je vais faire des courses cet après-midi, j'y penserai. Je te laisse prendre ton p'tit déjeuner. Je vais prendre une douche !
- D'accord !
La pauvre, elle se donnait un mal fou pour que je sois bien. Mais, je pense qu'elle sentait que, malgré que je sois là physiquement, mon esprit était ailleurs. Je reposai le fruit, bus un verre de lait et me levai pour partir.
- Krista, tu devrais manger quelque chose !
Mon père faisait son entrée, genre « il s'inquiète pour moi ».
- Je n'ai pas faim...
- Tu n'as rien mangé depuis que tu es arrivée à Londres, hier...
- Ne t'inquiète pas pour moi, je suis une grande fille. Quand mon estomac aura faim, je le nourrirai !
Je passai la porte et remontai dans la chambre, où trônaient désormais sur le lit divers vêtements colorés, de formes différentes, des accessoires... « Qu'est-ce que c'est que tout ça ? »
Voilà qu'elle repassait par ma chambre.
- J'imagine que tu ne portais pas ce genre de choses en Islande !
- Heu non ! Mais on s'habille aussi normalement tu sais. J'ai des vêtements normaux dans mes valises...comme vous... juste que je vais laisser les vestes et les manteaux un peu plus imposants dans un coin de l'armoire...
- Ah Décidément, je ne fais que des bêtises ! Culpabilisa-t-elle.
Oui, tu m'étouffes un peu, mais à part ça
- Oh non, c'est très attentionné, c'est juste que ce n'est pas mon style... Dis-je pour sauver l'affaire.
- Je comprends !
Elle entra et s'assit sur le bord de mon lit.
- Je me disais que tu pourrais venir faire les courses avec moi cette après-midi. Tu sortirais et découvrirais un peu les alentours...
- Heu... j'ai hum... mes cartons à défaire... Dis-je en pensant avoir trouvé un échappatoire.
- Je comprends... Tu as besoin de quelque chose ? De produits de beauté ou autre ?
- Juste d'un autre shampoing, celui que j'ai vu dans ma salle de bain est nocif pour l'environnement. Pense à regarder les étiquettes !
- Ah heu, d'accord ! Ton père m'a dit que tu étais très concernée par le sujet. Je changerai tout ce qu'il y a dans la salle de bain alors ! Dit-elle aussitôt.
Pourquoi voulait-elle en faire toujours des tonnes ?
- Je vais prendre une douche et me changer... Lui dis-je.
- Alors, je te laisse. Je vais sortir toute la journée. Tu es sûre que tu ne t'ennuieras pas ?
- Non, non! Je fis un grand sourire pour la persuader de partir.
- Alors à toute à l'heure !
- Oui....
Elle se leva et s'en alla. Je me levai aussi et je respirai enfin ! A peine quelques minutes plus tard, c'était au tour de mon géniteur d'entrer. Ils s'étaient passés le mot pour m'embêter ou quoi ?
- Je vais travailler aujourd'hui. Je venais te souhaiter une bonne journée !
- Merci...
Peut-on me foutre la paix maintenant !
- Pendant que j'y pense, tiens !
Il me lança quelque chose que je rattrapai du bout des doigts : un portable neuf, qui lui aussi avait l'air assez cher. Je tentais quelque chose. Aïe ! M*rde ! Qu'est-ce c'était ? Je peinai à revenir à l'écran normal.
- Tu as...
- Oui, j'en avais un en Islande, même si je ne l'utilisais que très rarement !" Le coupais-je, « et qu' il n'étais pas aussi "avancé" que celui-ci ! »
Il rougit.
- Ah heu, bien ! J'y ai mis les numéros d'urgence, mon portable, le portable de Joyce aussi, le téléphone de mon bureau, mon bipeur. N'hésite pas, si il y a le moindre souci !
- Oui, je t'appellerai si je n'arrive pas à épépiner ma pomme ! Ironisai-je.
Il ne sut que répondre. Il allait dire quelque chose, mais se retint et tourna les talons. Qu'est-ce qu'il croyait cet hypocrite ? Qu'il pouvait me balancer à la poubelle, attendre que ça soit recyclé et me réutiliser après ? Bah non monsieur, ça ne fonctionne pas comme ça ! Autant j'avais de la compassion pour Joyce, autant, lui je m'en contre-fichais !
Après ma douche, plus un bruit, j'étais seule. Je soupirais pour la ènième fois et pris la décision de ranger mes affaires. Je commençais par les bouquins et les CD : 2 cartons de taille moyenne, bourrés de CD, ceux de ma mère y étaient et nous écoutions à peu près les mêmes choses. Quand elle achetait un disque, c'était pour nous deux et vice-versa. De même pour les bouquins, quoi qu'elle était une plus grande lectrice que moi. Ceux-ci faisaient bien 4 grands cartons et je n'avais pas tout ramené. Je les rangeai minutieusement, entassai les cartons vides et m'attaquai à ceux que je préférais : mes souvenirs. J'eus un grand sourire en voyant au sommet de l'un d'eux le drapeau Islandais que Grand-mère m'avait offert avant de partir. Je le pris et le dépliai avant de l'étaler sur le lit. Je l'accrocherai au mur ensuite avec 2 ou 3 poster de paysages islandais : mon sourire grandit. Puis, je tombai nez à nez avec une boîte remplie de photos, et là, mon sourire fut à son paroxysme, si je peux dire ça comme ça : Fred !, Ludvik... mon Ludvik... Le voir sur ces photos fit s'accélérer mon cœur... Hum, j'avais envie d'entendre sa voix...Leur voix à tous... J'avais envie qu'on me parle en Islandais ! Je fis défiler les photos. Certaines plus idiotes que d'autres, les rires, les souvenirs et ma mère... Je les caressai une à une. Qu'est-ce qu'elle est belle, ma p'tite grand-mère, mon grand-père... Une partie de ma vie était dans ces cartons et l'espace d'un après-midi, je fus avec eux en Islande. Les heures défilèrent vite. Le mur qui prolongeait le bureau fut jonché de photos... au-dessus du lit : le drapeau Islandais ; cadre photo de ma mère sur le bureau, de moi et mon Ludvik. Les affiches des paysages au-dessus du bureau. La pièce semblait m'appartenir un peu plus qu'hier, mais je continuais de regretter mon cottage islandais, mes vallées et mon chien.
- Coucou, je suis rentrée !
La porte était grande ouverte et Joyce y apparut.
- Oh et bien, je vois que tu t'es occupée cette après midi ! Dit-elle regardant avec émerveillement les paysages accrochés au mur.
- Heu...oui...
Elle me sourit. Elle avait plusieurs sacs dans les mains.
- Tiens ! Je t'ai acheté quelques petites choses... pour remplacer les produits de ta salle de bains et heu... quelques fournitures pour quand tu iras en cours Lundi !
J'avais presque oublié ça ! Lundi j'allais en cours, dans un nouveau lycée....
- Oh et, j'oubliais... je reviens...
Elle sortit excitée de la chambre. J'en profitai pour ranger tout ça dans la salle de bains et jetai un coup d'oeil à ce qu'elle avait acheté. Ils y avaient des trucs dont je n'avais même pas idée de m'en servir. Je les rangeai dans un coin. Je n'étais pas quelqu'un qui prenait tout les matins des heures à me pomponner, mais j'assurais tout de même un minimum, je restais une fille.
- Krista ?
Je laissai ça, me rendis de nouveau dans la chambre et vis un ensemble étendu sur le lit.
- On porte l'uniforme en Angleterre, comme tu dois le savoir. Je suis passée récupérer le tien aujourd'hui. Tu en as d'autres de rechanges que je viens de ranger dans ton armoire !
C'était la meilleure celle-là, j'allais porter un uniforme ! Au soir, je l'avais jeté sur la chaise de bureau.
Le dîner avait été silencieux. Elle avait essayé de préparer un poisson à l'islandaise, avec son nouveau livre de cuisine. Elle avait l'air de trouver ça bon : pas moi et cela me déprimait, vu qu'il n'avait pas du tout le même goût que quand c'était ma mère ou ma grand-mère qui le préparait.
Avant d'aller me coucher, mon père passa pour me dire « Bonne nuit », truc qu'il n'avait jamais fait avant, vu qu'il était tout le temps occupé...
- J'peux entrer ?
- Pourquoi poser la question alors que tu es déjà à l'intérieur ?
Je rangeais quelques affaires. Il s'assit sur mon lit.
- Krista.... j'ai conscience que ce n'est pas facile pour toi, de quitter l'Islande et de venir vivre en Angleterre avec moi. Mais pourrais-tu me donner ne serait-ce qu'une petite chance ?
- Des chances, tu en as eu des tas ! Tu as préféré ne pas les saisir... et moi je me suis lassée... Dis-je en rangeant quelques vêtements dans l'armoire.
Il soupira.
- Tu sais quand on a m'a appelé pour me dire qu'Alda était morte, je...
- Je t'interdis de me parler d'elle !
- Krista ! S'il te plait....
- Non !
Il n'insista pas et se leva pour regarder, comme l'avait fait un peu plus tôt sa femme, les paysages islandais qu'arboraient le mur.
- J'ai toujours trouvé ce pays fascinant... magnifique !
Il se foutait de moi ou quoi ?
- Oui, c'est d'ailleurs pour ça que t'as choisi de te barrer, nous laissant seules avec maman... et aujourd'hui, comme ça, du jour au lendemain, tu t'es dis : « Oh tiens ! J'ai une fille et
si je décidais de m'en occuper et de faire ami-ami avec elle! »Répondis-je en colère.
C'était la première fois que je perdais mon sang froid depuis que j'étais arrivée ici, mais j'en avais marre de faire semblant... que tout allait bien... que j'allais bien... Il était confus et s'approcha de moi pendant que les larmes roulaient sur mes joues.
- Sors, s'il te plait...
- Krista !
Il fit un pas vers moi, je sentis l'émotion dans sa voix.
- Ne t'approches pas de moi ! Sors, j'suis fatiguée... j'aimerais dormir maintenant !
Il me regarda tristement et sortit sans un mot. Je balançai tout ce qu'il y avait sur le lit par terre, éteignis toutes les lumières, me roulai en boule sous la couverture et pleurai jusqu'à n'en plus pouvoir, jusqu'à me dessécher.
Deuxième chapitre : Mise en bouche. Notre Rpattz arrivera très prochainement ! !
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