L'elfe maudite d'Eryn Vorn
Et voilà le deuxième chapitre. Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une bonne lecture à tous
Chapitre 2 :
Elle s'était accrochée à son cheval comme si c'était le seul lien qui la maintenait en vie. Ce dernier essayait de faire aussi vite que possible, mais à chaque fois qu'il accélérait l'allure, son amie glissait légèrement de son dos, alors il devait s'arrêter pour lui permettre de se remettre en place.
Après avoir parcouru un long chemin, il alla au pas dans l'espoir de trouver un des frères de son amie, qui serait sûrement d'une meilleure aide. Son cœur lui annonça qu'ils n'étaient plus très loin de chez elle, et, comme pour confirmer ce que son cœur lui soufflait, il arriva en vue de la cité. Alors Faeralag hennit pour alerter les elfes aux alentours. A l'entente de cet appel à l'aide, des elfes tournèrent la tête et ils virent le cheval approcher, portant le corps inerte d'Eäreda. Les dames elfes présentes furent tellement surprises qu'elles mirent leurs mains sur leur bouche tandis que Maeglin, l'apprenti du guérisseur, s'approcha en courant de ce corps inerte. Il observa un instant le corps de la jeune elfe avant de la manipuler avec d'infinies précautions, puis il s'adressa à Tauron qui s'était rapproché de lui pour lui apporter son aide.
« Va prévenir Eäreril au plus vite ! »
Il mit une main dans le dos d'Eäreda et l'autre sous ses genoux, et il lorsqu'il la souleva il remarqua quelque chose d'étrange sur le visage de la jeune fille. En effet, de fines lignes qui s'entrelaçaient étaient présentes au coin de ses yeux, tout près de l'arrête de son nez, et s'enfuyaient vers la racine de ses cheveux. Cette marque l'interpella.
« Tauron, s'il te plaît, déchire un pan de ma tunique et bande-lui les yeux.
- Pourquoi veux-tu faire ça ?
- Ne discute pas et fais-le ! »
Tauron avait sentit la pointe de panique dans cette dernière phrase, alors il obéit, déchirant un pan de la tunique de son semblable et appliquant ce ruban sur les yeux d'Eäreda. Une fois que ce fut fait, Tauron laissa Maeglin et partit dans une course effrénée vers la demeure d'Eäreril. Pendant ce temps, Maeglin portait la jeune elfe en avançant doucement, de peur qu'elle ne se réveille.
Tauron arriva en vue du talan du père d'Eäreda et s'époumona.
« Eäreril ! Tinawen ! Eäreril ! »
Il aperçut le père sortir de son habitation de bois, alerté par ses cris.
« Mais enfin, que se passe-t-il Tauron ? Pourquoi cries-tu de la sorte ?
- Votre fille…
- Il est arrivé quelque chose à Eäreda ? » le coupa le père de la jeune elfe.
La panique commençait à monter en lui et il posa ses mains sur les épaules de son interlocuteur, le pressant de questions.
Maeglin arriva aux abords de la maison avec la fille d'Eäreril. Il leva la tête une seconde pour apercevoir Tauron en compagnie d'Eäreril, puis concentra à nouveau son regard sur la jeune fille toujours inerte dans ses bras. Quand il entendit des pas précipités venant vers lui, il releva la tête et vit le père d'Eäreda approcher.
« Que s'est-il passé, par tous les Valar ? interrogea Eäreril.
- Je ne sais pas… On a entendu Faeralag hennir, et quand nous nous sommes approchés elle était sur son dos, inconsciente », raconta Maeglin.
Tinawen tendit ses mains vers le visage de sa fille.
« Je serais à votre place, je ne ferais pas cela, Tinawen… annonça l'elfe qui tenait sa fille dans ses bras.
- Mais enfin, pourquoi ? Une pointe de panique transperçait dans sa voix. Elle a été touchée aux yeux ?
- Non, c'est pire que cela… » A ses mots, la mère d'Eäreda, bouleversée, avança ses mains vers sa bouche.
- Venez, nous allons la mener dans sa chambre. »
Eäreril s'était retourné en prononçant cette phrase pour guider Maeglin jusqu'à la chambre de sa fille.
Les elfes entrèrent dans le talan et Tauron annonça qu'il allait chercher le guérisseur pendant que Maeglin déposait délicatement Eäreda sur son lit. Ce dernier prit ensuite Eäreril à part pendant que Tinawen s'installait auprès de sa fille.
« Je pense que vous ne devriez pas enlever le ruban de ses yeux...
- Mais enfin pourquoi ? Expliquez-vous, Maeglin !
- Je ne sais pas vraiment quoi en dire... Je pense que je vais attendre l'avis du guérisseur avant d'émettre des hypothèses qui pourraient n'être qu'erronées.
- Vous rendez-vous compte de l'état dans lequel nous sommes ?
- Je sais bien, mais je ne veux pas, s'il n'y a pas lieu, être annonciateur de malheurs… » finit-il dans un murmure.
A cette dernière phrase, Eäreril se tourna vers le lit pour regarder sa fille étendue, inerte. Non, ça ne pouvait pas être possible, et pourtant elle était bien là, dans ce lit… Eäreda gardait pourtant un air serein, ce qui réchauffa un peu le cœur de ce père, peiné par ce qui arrivait à son cher enfant.
Le guérisseur de la cité faisait l'inventaire des plantes sur son étagère quand il entendit des coups précipités frappés à sa porte. Sentant l'urgence de la situation, il abandonna ses plantes aux vertus médicinales pour aller ouvrir. Le guérisseur eut juste besoin de regarder Tauron pour deviner qu'il se passait quelque chose de grave, et il lui indiqua qu'il le suivait.
Ils marchèrent vite car la situation était urgente d'après les explications qu'avait eues le guérisseur de la part de son guide. Tauron lui raconta que son apprenti avait demandé de bander les yeux de la jeune elfe. Après avoir entendu cela, le guérisseur se mit même à courir jusqu'à la maison qui était à présent toute proche.
Quand Namo entra dans la chambre, il aperçut Maeglin s'approcher de lui.
« Ne t'inquiètes pas, Tauron m'a déjà fait un rapport détaillé de la situation.
- Alors, vous pensez à la même chose que moi ? demanda l'apprenti à son maître.
- J'en ai bien peur, malheureusement… Mais il faut que j'observe les marques avant de pouvoir énoncer mon diagnostic final…
- Attendez ! Que se passe-t-il ? s'énerva Eäreril.
- Je ne peux rien vous dire pour l'instant, il faut que j'examine votre enfant… »
A peine sa phrase finit que le frère aîné d'Eäreda arriva, faisant claquer la porte de la chambre de sa sœur. Il l'observa et aperçut le bandeau sur ses yeux.
« Que lui est-il arrivé ? demanda-t-il, surpris.
- Je ne peux rien affirmer pour le moment…
- Vous pouvez quand même me dire pourquoi ma fille porte des marques si étranges au niveau de ses yeux ! le coupa à nouveau Eäreril.
- Je… Je dois l'examiner avant de pouvoir vous dire quoi que ce soit… annonça prudemment le guérisseur.
- Allons, calmez-vous maintenant, cela ne changera rien à l'état de notre enfant ! Maintenant, sortez tous et laissez-les faire leur travail ! » exigea Tinawen en poussant tout le monde sauf le guérisseur et son apprenti vers le couloir, puis en sortant à son tour.
Toute la famille se mit alors à attendre dans la pièce principale du talan. Tinawen s'affairait pour préparer un peu de tisane. Elle ordonna alors à son mari de s'assoir et de boire. Ce dernier, trop inquiet pour riposter, lui obéit silencieusement. Ensuite, la mère apporta une tasse au reste des personnes présentes.
Après plusieurs minutes qui leur paraissaient des heures, Namo et son apprenti arrivèrent dans la pièce. Eäreril et Tinawen se précipitèrent vers eux. Ce fut le père d'Eäreda qui prit la parole le premier.
« Je vous en prie, dites-moi ce qui arrive à mon enfant.
- Je vais être malheureusement annonciateur de mauvaises nouvelles… »
Le guérisseur marqua un temps d'arrêt et observa le couple.
Tinawen avait pâlit sur les dernières paroles qu'avait prononcées le soigneur, mais son mari quant à lui n'avait pas réagit, attendant avec angoisse le verdict final. Le guérisseur regarda son élève avant de revenir sur les visages anxieux du couple.
« Je suis désolé, mais votre fille… est dans un état grave… Ce qui ne veut pas dire qu'elle ne se réveillera pas, car Eäreda se réveillera, j'en suis certain, même si je ne sais dans combien de temps… Tout ce que je peux vous dire, c'est qu'on a lancé une terrible malédiction sur votre enfant. »
Ses paroles eurent l'effet d'un électrochoc… Eäreril eut tout juste le temps de rattraper Tinawen car ses jambes lâchèrent face au choc qu'elle eut. Caliriand, le frère aîné de la jeune elfe, se leva et s'approcha de l'oiseau de mauvais augure. Il empoigna le col du guérisseur et se fit menaçant.
« Comment est-ce possible ? Il serrait les dents sous la colère.
- Je ne sais pas, mais elle a dû rencontrer un puissant magicien, car quelle que soit cette personne, elle lui a réellement infligé une terrible malédiction. »
Fandir et Maeglin eurent du mal à séparer l'ainé de la famille du soigneur.
« Allons Caliriand ! Maîtrise-toi ! » ordonna Fandir.
Ce dernier lâcha le guérisseur et sortit de la demeure pour se calmer. Le guérisseur prit à nouveau la parole.
« Il va falloir que vous soyez très prudents dans les jours à venir. Je ne sais pas encore les conséquences que peuvent avoir sa malédiction, mais je sais qu'elle réside dans ses yeux. Par conséquent, quoi qu'il arrive, ne lui retirez pas le bandeau et ne la regardez pas dans les yeux… Il s'arrêta un instant et regarda un à un tous les membres de la famille. Maeglin ou moi-même passerons une fois par jour afin de voir son état de santé. »
Il quitta le talan suivit de son apprenti afin de laisser la famille tranquille.
Les parents d'Eäreda préférèrent laisser leur fille se reposer dans sa chambre. L'après-midi sembla interminable pour Eäreril et Tinawen. En effet, leur fille dormait toujours et ne semblait pas vouloir se réveiller. Caliriand avait fini par se calmer et était revenu en milieu de journée. Il restait là, assis sans bouger, sans prononcer une seule parole, et l'heure du repas du soir arrivait. Son père prit alors la parole.
« Ta femme Elenwë doit t'attendre… Tu devrais rentrer auprès de ta famille. »
L'interpellé releva la tête vers Eäreril, le regard vide, ce qui donna un pincement au cœur à ce dernier.
« Non ça ira, je l'ai prévenue que je resterai ici un moment. »
Caliriand venait tout juste de finir sa phrase quand la porte du talan s'ouvrit sur son petit frère.
« Où étais-tu, Fandir ? interrogea sa mère.
- J'étais dans la forêt, un peu au nord d'Eryn Vorn. Pourquoi ? »
Le jeune elfe avait insisté sur ce dernier mot, pressentant un problème en voyant son frère ainé, le regard vide, et ses parents essayant tant bien que mal de dissimuler leur angoisse.
« Viens par ici… Nous avons quelque chose à t'annoncer… Son père ne savait pas comment lui annoncer la terrible nouvelle. Il… Il est arrivé quelque chose à ta sœur… »
Eäreril vit le visage de son jeune fils se décomposer à sa dernière phrase, et cela lui serra le cœ se leva sans dire un mot et alla s'assoir sur le canapé à côté de son grand frère pendant que ses parents lui révélèrent ce qui s'était passé.
Eäreda avait l'impression que cela faisait des années qu'elle avait dormit. Elle commença par étirer ses jambes jusqu'au bout des orteils, puis vint le tour de ses bras qu'elle étira jusqu'au bout de ses doigts. Une fois cela fait, elle sentit qu'elle n'était plus sur le dos de son ami Faeralag mais dans un lit. C'est à ce moment que tout lui revint en mémoire. Sa balade dans la forêt, sa rencontre avec Faeralag ainsi qu'avec l'homme vêtu de noir… Puis les paroles de ce dernier… Elle eut un frisson qui lui remonta toute la colonne vertébrale.
Elle voulut se frotter les yeux et rencontra un bout de tissu sous ses doigts. En y pensant, elle trouva cela bizarre. Eäreda se redressa et caressa le tissu jusqu'à l'endroit où ses doigts rencontrèrent un nœud. Habilement, elle réussit à défaire le nœud. Elle sentit un rayon de soleil lui caresser timidement le visage, annonçant que le jour se terminait. Elle hésita avant d'ouvrir les yeux, se posant beaucoup de questions par rapport à ce que l'homme avait appelé une « malédiction ». Eäreda se souvenait parfaitement de ce qu'elle avait ressentit alors. C'était comme si une décharge semblable à la foudre lui avait transpercé le corps, et avait paralysé ce dernier. Mais surtout, cette décharge était remontée jusqu'à ses yeux, et la douleur avait été indescriptible. Finalement, prenant tout son courage en main, la jeune elfe ouvrit timidement les yeux et regarda la pièce autour d'elle. Tout d'abord, les objets lui apparaissaient flous, puis petit à petit ils devinrent plus nets. Elle décida de se lever pour retrouver ses parents.
Eäreda ouvrit lentement la porte de sa chambre, et c'est alors que ses yeux croisèrent les prunelles de son père…
J'espère que ça vous avez aimé et rendez-vous pour le prochain chapitre
