Histoire… d'une rencontre fortuite
Cela faisait un mois que Duo se familiarisait avec sa vie étudiante. Et le moins que l'on puisse dire, c'était que cela lui plaisait ! Il savourait sa liberté chaque jour, et il commençait à se faire des relations : il s'entendait super bien avec Quatre, qui sous ses airs angéliques cachait un caractère bien trempé. Trowa, qu'il tutoyait désormais, était un patron en or. Il faisait pleinement parti de l'équipe, dans laquelle il s'était parfaitement intégré. Son rythme était assez intense, entre ses cours, son travail personnel et le travail, mais il ne se plaignait pas. C'était ça qui lui plaisait. Il se sentait vivant.
Dans l'immeuble où il vivait, c'était un peu différent. Comprenant des appartements de toutes tailles, il côtoyait tous les profils : parents, jeunes couples, étudiants et même personnes âgées. Il revoyait de temps en temps son voisin, toujours aussi muet mais qui consentait à répondre à son bonjour. Très calme, il ne l'entendait jamais à travers la cloison qu'il savait mince. Il avait sûrement des horaires décalés, il le croisait souvent le soir quand il travaillait car ils rentraient tous les deux très tard.
Ce soir, il avait fini sa journée de travail. Il faisait nuit quand il repartit du boulot. Son vélo volait vers son studio où il était tout de même impatient de se coucher. Le bon côté des choses, c'est qu'il était tellement crevé qu'il dormait comme un vrai loir.
C'est seulement quand sa tête heurta le bitume qu'il comprit que quelque chose n'allait pas. La douleur vrilla d'un seul coup, lui coupant le souffle. Il entendit un craquement et sentit que son bras avait râpé violement le trottoir. Il mit du temps à retrouver assez ses esprits pour se redresser. Au vu de l'heure, il n'y avait personne dans la rue. Entrouvrant les yeux, il vit son vélo – ou du moins ce qu'il en restait – qui gisait dans un bien piètre état à côté de lui. Il avait dû se faire heurter par une voiture… et celle-ci ne s'était visiblement pas arrêtée.
Il eut beaucoup de mal à se remettre debout. Il était dans un sale état : son jean avait souffert de la chute, et son blouson était déchiré au niveau de la manche. Il sentait un liquide chaud et collant couler de son front. Lorsqu'il posa son bras gauche à terre, il ne put retenir un cri et le recroquevilla contre lui par réflexe. Bon sang, il allait bien falloir qu'il rentre. Dans son malheur, tout n'était pas noir : l'immeuble était en vue. Il n'en avait guère pour longtemps. Il marcha alors, clopin-clopant, vers son appartement. Une fois n'est pas coutume, il prit l'ascenseur pour se ménager un peu. Le miroir lui renvoya une image effrayante de lui : tout sale, les cheveux emmêlés, il vit la traînée de sang couler le long de sa joue, ainsi que son entaille au front. Il pria pour que sa mère ait pensé à lui laisser une trousse à pharmacie au studio, pour nettoyer tout ça.
Devant sa porte, il chercha ses clés, retenant des soupirs de douleurs. Ce fut là qu'il remarqua que la poche avant de son sac à dos s'était déchiré dans sa chute. Et merde. Son portefeuille s'était fait la malle… et sa clé aussi. Il s'adossa contre sa porte désespérément close et se laissa glisser par terre. L'esprit embrouillé, il n'arrivait même plus à réfléchir correctement. Bon sang, mais comment allait-il rentrer chez lui ? Merde, il avait mal partout, et il voulait plus que tout une aspirine contre ce mal de crâne envahissant.
La lumière se fit soudainement dans le couloir. Duo, qui ne s'était pas rendu compte qu'il s'était assoupi, poussa un gémissement de mécontentement. Ouvrant l'œil, il vit son voisin – celui qui est muet - les yeux écarquillés, le fixer d'un air curieux.
- Que fais-tu par terre ?
Alléluia, il n'était donc pas muet ! Duo se rendit compte que ce n'était probablement pas le bon moment pour faire connaissance mais bref, il allait faire avec.
- J'ai décidé de tester le confort du sol.
Bon, le Duo sarcastique était de sortie. Il ne pouvait pas s'en empêcher. En même temps, à question conne, réponse conne. Il vit cependant le rictus retenu de son voisin. Ca allait, il n'était pas trop coincé visiblement.
- Hum. Je vois ça. Et sinon ?
- Tu connais l'histoire du gars qui a perdu sa clé … ?
- OK. Et pour le reste ?
Il le vit le regarder de haut en bas. Effectivement, il n'était pas beau à voir.
- Je sais pas trop. J'ai dû me faire renverser par une bagnole…
- Tu as dû ? reprit le voisin, souleva un sourcil.
- Eh t'es drôle, toi ! Par derrière, et dans le noir j'ai vu que dalle ! Et vu ce qu'il reste de mon vélo, j'ai juste fait une déduction. Déjà bien que j'ai réussi à me traîner jusque là… Et je me suis rendu compte que mes clés et mon portefeuille s'étaient fait la malle ! Eh mec, t'aurais pas une aspirine là ? J'ai le train qui passe en boucle dans ma tête, et ça fait pas du bien.
Son voisin s'approcha et s'accroupit devant lui pour se mettre à sa hauteur. Il semblait le regarder rapidement et répondit :
- C'est pas une aspirine qu'il te faut, mais un médecin.
- Pour des bleus ? Non mais et puis quoi encore, protesta Duo.
- Et ça, c'est un bleu ?
Il appuya franchement sur le poignet que Duo tenait fermement contre lui, le faisant hurler de douleur :
- Mais ça va pas, SADIQUE !
- Fracture du poignet pour le sûr, commotion cérébrale, points de suture… Tu dois aller aux urgences. Constata le voisin.
- Parce que Monsieur est médecin peut-être !? Cria Duo, encore très endolori.
- Interne seulement.
- Ah ?
Duo se tut alors. Il avait l'air d'un imbécile maintenant. Et sa tête qui lui jouait des cymbales en sourdine ne lui facilitait pas la tâche.
- Je t'emmène, reprit le voisin.
Voulant protester de nouveau, Duo ne réussit à sortir qu'un chapelet de borborygmes incompréhensibles et se laissa faire.
Son voisin le souleva, tel un poids plume, pour l'aider à le mettre debout. Il ne put retenir un gémissement alors qu'il sentait que tout son corps lui criait son désaccord le plus total. Duo était incapable de comprendre où il allait. Il se laissa porter, ne pouvant plus protester. Son sauveur, conscient que le jeune garçon devenait de plus en plus un poids mort, tenta de le secouer un peu :
- Eh. Faut que tu m'aides un peu. Ne t'endors pas.
- O…oui.
Duo se secoua la tête, mais c'était pire. Désormais il avait juste l'impression que son cerveau s'était retourné à l'envers. Et ça tanguait sévère en face de lui.
- Je vais vomir.
- Essayes de te retenir. On arrive à la voiture.
- Je vais vomir.
- OK.
Ils s'arrêtèrent au niveau d'un caniveau, où Duo put sortir la bile qui le gênait depuis tout à l'heure.
- On dirait que tu as pris une bonne cuite. Railla le voisin.
- Ouais… J'ai juste pris un trottoir mais ça doit ressembler. Répondit Duo, sur le même ton.
Ils montèrent dans la voiture, et Duo posa son front contre la vitre, profitant des balancements de la voiture. Il se sentait nauséeux, il avait mal comme si le train lui était passé dessus et en plus il était juste en train de suivre un parfait inconnu qui pouvait très bien être en train de le mener en bateau.
Pourtant, il se retrouva bien face aux urgences, après 10 minutes en voiture. Il se dit avec amertume qu'il n'avait pas encore beaucoup visité le coin. Finalement, il fallait bien commencer quelque part…
Son voisin l'entraîna avec conviction vers les portes coulissantes de l'entrée des urgences. Ils se retrouvèrent dans une salle d'attente bondée, pleine de misère et d'odeurs particulières. Duo ne se sentait pas à son aise mais il n'avait guère le choix. Son voisin lui trouva une place puis se présenta à un guichet, d'où une infirmière lui ouvrit :
- Tiens, Heero ? Tu n'avais pas fini ta journée ?
- J'ai amené quelqu'un qui a besoin de soins rapidement.
- Ah bon ? Tu fais des heures sup' ? Fit l'infirmière, le sourire enjôleur. OK, ramène-le en box 3, on va tâcher de s'en occuper.
- Il doit passer une radio.
- Tu sais quoi ? Je vais te laisser faire, tu sais par où aller ? Conclut la jeune fille.
- Hn.
Ledit Heero tourna alors les talons et retourna chercher son pitoyable paquet, lequel avait profité de son absence pour piquer du nez sur le blouson malodorant de son voisin de droite. Levant les yeux au ciel, il le secoua légèrement puis lui prit le bras, le guida dans la jungle du service. Duo, totalement stone, se laissa conduire, docile.
Il ne se rendit pas bien compte de ce qui se passait autour de lui, si ce n'est qu'il se faisait manipuler dans tous les sens, que ça faisait un mal de chien, que ça sentait le médicament et le vieux, et que son voisin s'appelait Heero.
C'était pas si mal pour un comateux.
Une fois installé dans le box, il commença à revenir un peu à lui :
- On est où, là ?
- Toujours aux urgences. Tu vas te faire plâtrer et suturer.
Duo grimaça : ça ne lui plaisait pas plus que ça mais s'il le fallait…
- Ecoute… je… je te remercie, tu m'as été d'une grande aide. Tu me connais pas pourtant mais tu m'as ramassé quand même. C'est vraiment gentil.
- Hn.
Ah ? Le muet est de retour.
- Tu n'es pas obligé d'attendre, tu dois être lessivé de ta journée et je t'en rajoute une couche.
- Et tu rentres comment après ?
- ben, je prendrais le bus, j'arriverais bien à …
- Avec quel argent ?
Ah oui, son portefeuille.
- Bah à pied sinon.
- C'est à 30 minutes à pied. Tu ne seras pas capable d'y aller avec ta commotion.
Il n'y mettait vraiment pas du sien, celui-là.
- Ben j'en sais rien. Ecoute, là j'arrive pas trop à réfléchir.
- C'est pour ça que je le fais pour toi.
OK. Son voisin était gentil. Mais il était aussi EXTREMEMENT sûr de lui.
- Bon, je ne discuterais de rien ce soir. Fais comme bon te semble.
Un médecin se présenta au box, commençant par suturer Duo au front, tout en discutant avec Heero, qu'il semblait très bien connaitre. Duo avait vraiment l'impression de servir de démo au jeune interne, qui observait attentivement le médecin faire.
- Il va falloir que je vous garde en observation cette nuit, constata le médecin.
- Non… Non, je vais rentrer chez moi. Protesta Duo.
Pas moyen qu'il reste là.
- Vivez-vous à plusieurs dans votre logement ?
- Non. Je suis tout seul.
- Vous avez une légère commotion. Il faut être sûr que celle-ci ne va pas vous poser de problème et qu'elle va se résorber correctement. La surveillance est indispensable pendant les prochaines 24 heures, et principalement cette nuit.
- Je me sens mieux, docteur, vraiment, tenta Duo.
- Ils disent tous ça ! Plaisanta le médecin. Mais c'est pour votre bien, si je vous demande de rester ici.
- Je peux le garder cette nuit, si c'est possible.
Le médecin se tourna vers Heero, un peu étonné :
- Toi, Heero ?
- Je commence plus tard demain matin, je pourrais le surveiller cette nuit et je connais les précautions d'usage.
- En effet, ça peut se faire.
Duo tenta de s'indigner mais ils ne laissèrent même pas parler.
- OK, il peut sortir dans ce cas-là. Mais au moindre doute, tu le ramènes !
- Hn.
- As-tu besoin d'un arrêt de travail ? Questionna le médecin en regardant Duo.
Duo fixa le médecin, trouvant sa question saugrenue, puis percuta alors qu'il travaillait maintenant. Il secoua la tête :
- Non…non je m'arrangerais avec mon boss.
Il espérait qu'il pourrait quand même continuer à travailler.
- D'accord. Mais reviens me voir si tu en as besoin.
Duo consentit alors.
- As-tu ta carte vitale que je puisse faire ton dossier ?
Duo plissa les yeux : de quoi lui parlait-il donc ? … Mmmmm ah oui, ça devait être cette carte verte que sa mère lui avait fait faire. Mais elle était dans son portefeuille, comme le reste de ses papiers.
- Mon portefeuille a dû rester sur le trottoir, docteur. Je… je n'ai plus rien sur moi.
- Bon. Je vais te faire une feuille. Par contre, …
- Je vais faire l'avance des frais.
- ? Mais Heero… couina Duo, encore plus perdu.
- Tu as un moyen de paiement peut-être ?
- …. Non.
- Tu me rembourseras. Je sais où tu habites.
Le petit sourire en coin qu'il arborait acheva de rassurer Duo. Décidément, ce mec était bizarre, mais il se sentait en confiance.
C'était donc plâtré, suturé et bandé que Duo sortit des urgences, accompagné de son voisin. Il n'en revenait de ce que celui-ci avait osé faire, et sans même lui demander. Mais en même temps, il lui était reconnaissant de lui avoir éviter cette nuit à l'hôpital, même si celle qui se profilait ne serait sans doute pas meilleure.
- Hey, Heero. Je n'ai pas de lit à te proposer dans ma piaule. Comment tu veux faire ?
- Moi, j'en ai un. Et je dois bosser cette nuit. Je viendrais te réveiller toutes les heures.
- ça va être sympa…
Il avait oublié aussi qu'il avait perdu ses clés. Sa question était bête, il n'aurait même pas pu rentrer chez lui. Il prit une grande bolée d'air en sortant dehors. L'air de l'hôpital était toujours aussi mauvais. L'air froid et vif le fit tousser. Il était très tard, la nuit était déjà bien avancée.
- Tu ne vas pas bien dormir mais c'est indispensable.
OK. C'était rassurant. Il regarda pour la première fois son sauveur de plus près. Plus grand que lui de dix bons centimètres, celui-ci était vraiment beau. Un teint mat, une belle gueule, des yeux légèrement bridés, il devait être métis. Ce qui pouvait expliquer aussi cette tignasse brune indisciplinée qui ornait le dessus de sa tête.
Arrivés dans la voiture, Heero demanda :
- Où s'est passé ton accident ?
- Sur la 3ème avenue, au niveau de l'arrêt de bus je dirais. C'est un peu flou dans ma tête. Réussit à dire Duo, qui recommençait à partir dans les vapes.
- OK.
Duo ne calcula même pas le trajet. Il sentait ses nerfs retomber d'un coup et l'épuisement le gagner. Les anti-douleurs qui lui avaient été attribués ne devaient pas arranger non plus. Il sentit la voiture s'arrêter un moment et il appela :
- Heero ? Tu fais quoi ?
- Restes-là.
Il vit sa silhouette fondre dans la nuit, puis revenir au bout de 5, 10, 15 minutes ? Il ne savait guère.
- Heero ? Fit la voix endormie de Duo quand il sentit la voiture bouger.
- C'est bon. Je te ramène.
Duo ne chercha pas à en savoir plus. Un engourdissement général l'empêchait de réfléchir correctement et il s'assoupit.
Rapidement, il sentit Heero le secouer et l'aider à se lever. Il se laissa entièrement faire comme une marionnette. Ils montèrent les deux étages dans l'ascenseur, et ils arrivèrent devant l'appartement. Duo sentit qu'il le guidait vers sa chambre, et dans un sursaut il réussit quand même à ne pas le laisser le déshabiller. Il était très pudique. Il lui prêta un jogging comme pyjama et il rentra avec bonheur dans les draps.
Heero observa son jeune voisin : il n'en revenait pas de ce qu'il avait osé faire ce soir. Ce n'était pas dans ses habitudes d'aider la veuve et l'orphelin car il veillait farouchement à sa tranquillité. Mais il fallait croire que son futur métier déteignait sur lui. Il ne l'aurait tout de même pas laissé sur le palier, alors qu'il était quand même sérieusement blessé. Et puis, même s'ils étaient voisins, Duo s'était toujours montré respectueux et distant. Il ne faisait pas partie des gens envahissants. C'était un bon point.
Bon, il devait se remettre au travail. En 6ème année de médecine, il commençait son internat cette année. Et cela exigeait encore beaucoup de travail. Il n'avait pas besoin de beaucoup de sommeil, une vraie force pour lui. Il remonta sa montre, pour qu'elle l'alerte toutes les heures, et commença à bûcher.
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La nuit avait effectivement été terrible. Heero réveilla Duo toutes les heures, avec la précision d'une horloge suisse. Il l'examinait rapidement, le faisait bouger un peu puis le laissait tranquille. Même si ce n'était pas long, c'était juste atroce quand le besoin de sommeil était aussi important.
L'odeur de café qui se diffusait dans l'appartement acheva de réveiller parfaitement le dormeur. Il ouvrit un œil et vit qu'il était l'heure de se lever, s'il ne voulait pas être en retard en cours. Son cerveau, parfaitement réveillé cette fois, se demandait encore comment il allait faire : plus de clé donc plus de fringues et plus d'argent, ça s'annonçait mal. Pour l'heure, il devait se mettre debout et aller saluer son sauveteur d'un soir.
Il crut qu'il n'y arriverait pas. Les anti-douleurs avaient cessé de faire effet. Sa douleur au poignet et à la tête, c'était déjà une chose, mais si tout le corps s'y mettait, c'était autre chose ! Il avait l'impression d'avoir été broyé tellement les courbatures étaient présentes. Il tenta de s'étirer doucement pour en réchauffer quelques-unes, puis se redressa au bord du lit.
- ça y est, tu as fini de faire le clown ?
Duo sursauta : il ne l'avait pas entendu entrer :
- Mais je ne fais pas… Oh, et puis zut, si tu veux te moquer, je t'en prie !
- Un café ?
Duo le regarda, surpris puis déclina :
- Non, merci. Je n'ai pas encore commencé.
Ce fut au tour de Heero d'être surpris. Il le regarda comme s'il lui manquait une case – ce qui était probable vu le choc - puis il comprit :
- Ca viendra.
- Pour le moment, je suis tout neuf dans le monde des études ! On verra si je vais loin !
Heero s'avança et commença à l'examiner de nouveau. Duo se laissa faire sans broncher et attendit patiemment qu'il eut fini :
- Alors, Docteur ? Fit-il d'une voix taquine.
- Tu te remets bien. Tes pupilles sont normales, je te conseillerais de rester tranquille aujourd'hui, si tu peux.
- Je n'ai qu'un cours ce matin, ça devrait aller. Et puis il va falloir que je fasse mes démarches pour mes papiers… et mes cl… oh !
Il se releva aussi rapidement qu'il le put et reprit son jean, enfin le torchon qui lui avait servi de jean, et fouilla fébrilement ses poches :
- Yatta !
- Hn ?
- J'avais complément oublié que j'avais mis mes clés dans mes poches de pantalon ! Je suis au moins sauvé pour ça…
Ce n'était pas une petite victoire. Duo était soulagé.
- Il va falloir que je retourne ramasser mon vélo. J'espère qu'il est réparable… soupira t'il.
- N'y songes même pas. Je l'ai mis dans la benne à côté.
- ?
- J'y suis retourné hier soir, sur notre retour. Je voulais voir si ton portefeuille ne se serait pas égaré sur le trottoir. Je n'ai rien trouvé. Fit-il sur un ton d'excuse.
- Mais tu n'y es pour rien, guy. Franchement, je te remercierai jamais assez, t'as été trop cool.
- Hn.
C'était pas un bavard mais Duo était ravi : son voisin avait vraiment le cœur sur la main.
- Ecoute, je suis désolé de t'avoir embêté, et je vais retourner à ma petite vie. Je pense bien à ma dette, je repasserai dès que je peux, c'est promis.
- C'est pas à la minute.
- Je vais laver ton jogging avant de te le rendre quand même. Je te ferais un petit paquet.
- Hn.
Duo prit alors ses piteuses affaires qui traînaient, son sac et sortit de l'appartement.
- Merci Heero ! A très vite !
En fermant sa porte, Heero songea que ce garçon était vraiment étrange. D'aucun en aurait profité pour se la couler douce sous couvert de l'accident, mais lui voulait plus que tout aller en cours. Il regarda l'heure, pesa le pour et le contre, puis rouvrit la porte alors que Duo allait rentrer dans son studio :
- Hey ?
Duo se retourna, une nouvelle fois surpris :
- Oui ?
- Tu veux que je te dépose ? Je pars dans 10 mn.
Un grand sourire lui répondit :
- Ce serait trop cool ! Ok, j'arrive dans 10 minutes !
Une fois dans son studio, Duo se hâta comme il put. Il commença par reprendre un anti-douleur, histoire de tenir le coup puis se rendit dans sa salle de bain. Une fois sur place, il se rendit compte qu'il avait une tête à faire peur :
- Je ne vais jamais pouvoir sortir comme ça… se murmura-t-il d'horreur.
Le gros pansement à la tête l'empêcha de se laver les cheveux. Il se contenta de les brosser, pour au moins enlever la saleté. Il se contenta d'une queue haute, qu'il eut mille misères à faire avec son seul bras valide. Un débarbouillage en règle et il retrouva visage humain. Ôtant ses vêtements, il s'habilla comme il put, revêtant un jean avec un tee-shirt quelconque. Il prit son sac, puis sortit dans le couloir. Heero l'attendait déjà :
- Prêt ?
- Yes !
Heero le déposa devant la fac, après un trajet silencieux mais néanmoins confortable pour Duo. Il le salua en le remerciant puis se dirigea vers son amphi. Quatre ne put empêcher un cri d'horreur quand il le vit :
- Mon Dieu, que t'est-il arrivé ?
- J'ai fait du tambour avec ma tête.
- Nan mais sérieux ? Tu es affreux !
- J'ai dû mal croiser une voiture, j'ai rien vu, c'était hier soir.
- Comment tu es rentré ?
Duo lui raconta toute l'histoire :
- Tu as eu de la chance que ton voisin t'ait ramassé. Aujourd'hui, les gens sont si égoïstes, constata Quatre.
- Oui, je le sais. Il va falloir que je le remercie, je sais pas encore comment.
- Tu lui offres ton corps ?
Duo piqua un fard :
- Non mais ça va ! Je suis pas un lapin moi !
Sous ses airs angéliques, Quatre était lui un redoutable séducteur. Duo l'avait constaté rapidement lors de leurs premières sorties. Jamais avec le ou la même, Quatre ne cherchait que les aventures d'un soir. Même s'il s'était montré surpris de sa bisexualité, Duo n'en avait que faire. Peu importe, ça ne changeait rien dans leur relation. Et il savait que Quatre lui en avait été reconnaissant, quelque peu échaudé de relations passées qui s'étaient éteintes juste à cause de cela. Quatre le poussait de son côté à faire ses premières expériences, mais Duo pour le moment n'avait jamais ressenti l'envie ni le besoin d'une relation avec quelqu'un, « juste pour voir ». Il était bien comme ça, libre. Et sa virginité à 17 ans, il s'en battait les …
- Attends, c'est un super cadeau ! Tu es une vraie bombe, et en plus t'es vie…
- Ouais, bah on va pas en faire un fromage, Quatre. Et c'est quand même pas un prix que je mets à disposition !
Le professeur interrompit alors cette conversation gênante à son entrée dans l'amphithéâtre.
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Duo déambulait parmi les tables avec aisance, si bien qu'aucun client n'aurait pu deviner qu'il avait un plâtre au bras gauche.
Depuis deux semaines, Duo avait juste raté une soirée de travail. Trowa, voyant son état, avait refusé de le faire travailler, pour lui laisser un repos. Il avait inversé le planning pour ne pas se retrouver embêté, mais il avait tout fait pour que Duo puisse continuer à travailler quand même. Malgré son accident, celui-ci s'était montré motivé et avait réussi le challenge haut la main. Quelques douleurs lui rappelaient qu'il tirait un peu sur la corde mais il était jeune Il s'en remettrait.
Il avait rendu ses affaires à Heero ainsi que son argent. La procédure pour récupérer ses papiers était en cours, mais cela avait nécessité un peu de temps. Face à l'administration, Duo avait compris que parfois, la liberté se payait cher.
Ce soir, le bar était animé. Une troupe d'étudiants avait débarqué, réquisitionnant toute une partie de la salle. Solveig et Duo furent envoyés aux commandes, pour assurer le service. Le natté eut alors la surprise de voir une tête connue, un peu à l'écart du groupe :
- Tiens ? Heero ?
- Hn ?
- Salut ! Ça fait longtemps qu'on ne s'était pas croisé, dis-moi ! Constata Duo, ravi de le revoir.
- Salut.
- Oh mais c'est l'occasion ! Fit Duo, en se tapant le front.
- Hn ?
- Je voulais absolument trouver un moyen de te remercier ! Laisse-moi t'offrir un verre !
- Si ça t'amuse.
Heero se frotta les yeux. Décidément, en plus de s'être fait lamentablement embarqué par ses camarades d'étude, il tombait sur le bar de la ville où travaillait Duo. Bon, ç'aurait pu être pire mais il rêvait de sa soirée tranquille, qu'il jeta définitivement aux oubliettes.
- Hey, boss ? Interpella Duo à l'encontre du barman.
- Oui, Duo ?
- Je peux prendre ma pause maintenant ?
- Kenny vient de finir sa pause donc pas de souci. Un problème ?
- Non pas du tout ! Tu sais, je t'avais raconté que mon voisin était venu à mon aide quand je me suis ramassé l'autre soir…
- Hum hum …
- Eh bien, il est là ! Je lui dois bien un verre.
- Montre. Fit Trowa, curieux de voir sa tête.
- A la table, là un peu à l'écart des étudiants. On dirait un ours.
- Ah ok ! Beh il est plutôt pas mal ton ours. Constata Trowa, dans un petit sourire.
- Hein ? Ah, peut-être, en tout cas, il est pas bavard ! Tu peux me faire un cocktail s'te'p' ?
- Ok ! C'est parti pour 2 cocktails
Trowa n'avait pas son pareil pour faire de délicieux cocktails. Lui et Duo n'avaient pas tardé à s'entendre, ils étaient déjà presque comme larrons en foire, mais ce dernier n'oubliait pas que c'était aussi son patron. Un fois les cocktails sur le plateau, Duo s'en empara avec une dextérité à faire pâlir un serveur professionnel, et se dirigea vers son nouvel ami :
- Je ne t'ai pas trop fait attendre ? S'enquit Duo, en arrivant à la table de Heero.
- Non.
- Alors, quoi de neuf ?
- …
- Okaaaay, fit Duo, un peu déçu. Bon en même temps je débarque moi, mais tu voulais peut-être pas voir ma tronche et profiter de tes potes…
- Non. T'inquiètes pas. Y'a juste rien de neuf.
- On peut dire que t'es pas bavard, toi. Bon, en même temps, c'est pas gênant, on me dit que je parle pour deux. Ca doit être dû au profil enfant unique, je me suis souvent fait des conversations à moi-même…
- ….
- Oui, c'est pourri, je sais mais j'ai fait avec ce que j'avais, c'est-à-dire, moi. Bon, vraiment je te l'ai déjà dit mais tu m'as tiré d'un bien mauvais pas la dernière fois. J'espère pouvoir te rendre la pareille une autre fois.
- On verra. Tu t'es bien remis ?
Pendant que le serveur l'abreuvait de paroles, Heero observa davantage son vis-à-vis. Sa plaie au front ne serait bientôt plus qu'un souvenir : les points étaient tombés et il restera sans doute une fine trace blanche. La dernière fois qu'il l'avait vu, il n'était pas en super état. Là, habillé ainsi, tenue noire assez près du corps, coiffé élégamment d'une grande queue basse, le parfum délicat et un peu envoûtant, Heero se rendit compte que cela faisait certainement trop longtemps qu'il n'avait pas eu d'aventure. Il lui faisait envie.
Il se demandait ce que ça ferait de coucher avec lui. De profiter de ce corps appétissant. Il se rendit compte qu'il avait dû parler à voix haute car Duo le regardait, un peu interloqué :
- euh, t'as dit quoi là ?
- Rien, pourquoi ? Répondit-il d'un ton sûr pour cacher sa gêne.
- Ah ? J'ai cru voir tes lèvres bouger et comme la musique est un peu forte, j'ai pas entendu.
- non, je n'ai rien dit.
Ouf, sauvé. En plus, Duo lui avait déjà dit qu'il était encore mineur. Pas de ça pour lui, il ne voulait pas de problème. C'est vrai qu'avec ses études de médecine, cela ne lui laissait guère de temps pour ses loisirs et ses relations. Cela lui convenait parfaitement, il avait du mal à s'attacher. Pourquoi fallait-il que son voisin réveille en lui des envies de ce genre ? Il choisit de chasser ses mauvaises pensées.
- Heero, c'est la fin de ma pause. J'étais ravi de discuter avec toi ! A la revoyure !
- OK.
Duo s'éclipsa rapidement et Heero le suivit un moment du regard. Puis, voyant que ses collègues de médecine ne faisaient pas attention à lui, il disparut discrètement pour retourner dans son appartement.
Duo soupira en le regardant partir, presque comme une fuite. Il l'avait certainement importuné. Il ne se rendait pas toujours compte que sa présence pouvait être envahissante. En même temps, il ne lui avait pas opposé un refus ferme non plus, et l'avait laissé parler. Il était sympa quand même.
« Quel étrange garçon… »
A suivre...
