Note : La journée d'Umino Iruka ne devait être qu'un One-Shot. Mais la fin ayant suscité pas mal d'interrogations – et l'idée me trottant dans la tête par la même occasion – je me suis retrouvée à écrire une suite. Tellement longue que j'ai du la couper en au moins deux parties (peut-être trois, je suis pas encore fixée) pour pouvoir publier. Il y aura donc au total trois (ou quatre) chapitres.
Qui aurait cru qu'un 'simple' palmier cacherait autant de choses ?
Note 2 : Si le premier chapitre était assez léger et amusant, les deux qui suivent sont beaucoup plus sérieux, presque sombres par moment. Attention, voici la face cachée de cette histoire.
Pendant ce temps, dans Konoha...
Petit rappel des faits : Dans la nuit de jeudi à vendredi, Naruto dépose un drôle de palmier dans le salon d'Iruka.
VENDREDI – 7h16
Mizu Shirazu n'était pas du matin.
Comme cela lui arrivait parfois, elle s'était réveillée tôt, refusant obstinément de regarder le réveil pour voir le peu de temps qu'il lui restait avant la pénible tâche qui consistait à se lever, préférant s'entortiller dans les draps en se rejouant la scène de la veille : en rentrant du travail, elle était passée devant l'un des terrains d'entraînement du village et avait eu tout le loisir d'observer un groupe de jeunes ninjas – torse-nus et en sueur – en plein exercice physique.
Elle se plaignait souvent à ses parents de vivre dans un village shinobi mais elle devait bien reconnaître certains avantages à la compagnie de beaux mâles rompus aux arts guerriers.
Ses béates rêveries furent brutalement interrompues par la sonnerie stridente de son réveil. D'un geste rageur, elle éteignit l'instrument de malheur, renversant au passage bijoux et bibelots sur sa table de chevet. Avec un gémissement d'agonie, elle replongea dans ses oreillers, bien décidée à se rendormir. Le simple impératif à devoir se lever suffisait à engourdir son corps de fatigue. Elle n'avait aucun problème à quitter son lit les jours de congés. Mais la perspective du travail au restaurant de viande grillée la rendait amorphe.
- Shirazu ! Ne traîne pas !
La chambre fut soudain inondée de lumière tandis que la voix sèche de sa mère résonnait à ses oreilles. La jeune fille grommela en rabattant la couverture sur son visage, plissant les yeux contre l'agression lumineuse.
Mais la couverture lui fut violemment arrachée.
- Dépêche-toi ! Si tu arrives encore une fois en retard, Suiji va vraiment finir par te renvoyer !
Sa mère quitta la chambre dans un tourbillon de jupes. L'adolescente enfouit sa tête dans ses bras. Un courant d'air frais traversa ses jambes découvertes et elle jeta un regard assassin à la fenêtre que sa mère avait eu la mauvaise idée d'ouvrir pour aérer, faisant entrer l'air froid du matin.
Avec un soupir de désespoir, Shirazu se résigna à se lever et à s'habiller.
Elle pouvait entendre sa mère s'affairer et marmonner dans le couloir. Son père était parti en mission depuis presque trois mois. Il n'était pas inhabituel qu'un chuunin doive s'absenter ainsi sur de longues périodes, mais après vingt ans de mariage, sa mère continuait à s'inquiéter, devenant chaque jour plus nerveuse, même si elle prétendait le contraire. Ce qui avait le don d'exaspérer Shirazu, qui camouflait alors sa propre inquiétude sous une nonchalance d'adolescente blasée.
- Ton petit déjeuner est prêt !
- Ça va, j'arrive...
La jeune fille se traîna jusqu'à la cuisine et s'affala devant son bol de lait. Coude sur la table et tête appuyée contre sa main, elle mâchait mollement ses céréales tandis que sa mère nettoyait le plan de travail, rangeait la bouteille de lait, pliait ses torchons, classait ses pots à épices, vérifiait le contenu du frigo... Une vraie psycho-maniaque...
Sa mère n'avait jamais vraiment compris le mode de vie ninja. Elle avait suivi son époux à Konoha, juste après leur mariage mais ne s'intéressait pas tellement au monde shinobi. Shirazu, elle, avait grandit avec des enfants de ninja et de kunoichi, certains appartenant à de prestigieux Clans, et malgré son jeune âge, elle avait parfois une meilleure perception que sa mère de la vie dans un village caché. Elle avait été particulièrement secouée d'apprendre qu'elle ne possédait pas une once de chakra et ne pourrait jamais intégrer l'Académie de Konoha. Tandis que tous ses amis faisaient leurs classes pour devenir genins, elle avait rejoint une école civile qui comptait à peine une douzaine d'élèves. Et quelque part, elle en voulait un peu à sa mère, de n'être qu'une banale civile dans un univers de super guerriers de l'ombre.
Shirazu sursauta lorsque sa mère surgit derrière elle et empoigna ses cheveux pour refaire sa queue de cheval.
- Maman ! se plaignit-t-elle.
Sans plus écouter les remontrances maternelles, elle souffla comme les adolescents savent si bien le faire, attrapa sa veste et sortit de la maison sans un regard ni un mot pour sa mère.
En remontant la petite allée de leur maison, elle enfila sa veste et se recoiffa en vitesse, maugréant contre sa mère et sa manie de vouloir tout contrôler. C'était elle qui avait insisté pour qu'elle travaille au restaurant de viande grillée, sous prétexte qu'elle devait apprendre la vie, les contraintes du travail et du monde adulte. Conneries, pensa-t-elle. Elle passait son temps dans la graisse de viande, à faire le ménage et la plonge. Si c'était ça ses perspectives d'avenir civil, elle préférait encore se barrer. Elle s'imaginait souvent partir à l'aventure avec un sac sur le dos et des rêves pleins les poches. Perspective nettement plus engageante...
Elle actionna la poignée du portillon qui marquait l'entrée de la propriété.
En plus, ils habitaient à la périphérie du village et elle avait une bonne demi-heure de marche à faire matin et soir pour aller au restaurant, raison pour laquelle, à son grand malheur, elle était obligée de se lever aussi tôt.
Elle poussa le portillon qui buta contre un obstacle qu'elle ne pouvait voir. Elle râla et poussa plus fort. La voie se dégagea brutalement et elle trébucha par terre, se retrouvant nez-à-nez avec un visage encrassé. Shirazu pesta mentalement en songeant à son pantalon neuf qui allait sans doute être tâché, puis son regard se focalisa sur la tête en face d'elle. Pourquoi y avait-il quelqu'un par terre, juste devant sa maison ?
Puis elle réalisa que c'était du sang qui recouvrait son visage, que la personne était étrangement pâle, ne portait que tee-shirt et caleçon et qu'il ne bougeait absolument pas. Pas un frémissement, pas un battement de cils. Et son regard était vide, blanc, mort...
Mort...
La jeune fille hoqueta et recula en battant des pieds, s'éloignant autant que possible du corps. De l'homme mort. Froid et immobile. La dépouille. Le cadavre. Là, juste en face d'elle.
Shirazu hurla.
VENDREDI – 10h28
La préparation du thé relevait du rituel sacré au yeux d'Uwasa Tenka. La vieille femme – elle n'avait plus aucun scrupule à se considérer comme 'vieille', elle avait quatre-vingt-deux ans et était fière de chacune de ses années – confectionnait son propre mélange, gardant jalousement sa recette secrète. Oh, bien des gens avaient tenté de lui soutirer des informations, des envieux comme le marchand d'aromates, des profiteurs comme cette garce du club de lecture, mais elle n'avait jamais rien lâché, pas même aux plus gentils, aux généreux, aux Amoureux du Thé, comme son voisin de palier, un instructeur de l'Académie, Umino Iruka.
Hé, Tenka avait été kunoichi dans le temps. Une sacré bonne kunoichi même. Certes, cela remontait un peu à présent, mais elle savait toujours garder un secret.
Elle mit sa préparation à infuser et sortit des gâteaux à la pâte d'amande qu'elle disposa sur la table de son salon. Elle attrapa deux tasses de son service à thé en porcelaine finement décorée, qu'elle plaça avec soin dans leurs coupelles assorties, à côté des petits gâteaux. Tenka vérifia l'infusion du thé et sourit en entendant toquer à la porte d'entrée. Elle déposa la théière au centre de la table et alla ouvrir.
- Oh, Kakashi-kun ! s'exclama-t-elle avec surprise. Je ne t'attendais pas.
- Uwasa-san, salua-t-il avec respect en s'inclinant devant elle.
- Allons, ne reste pas dans l'entrée ! Tu tombes bien, je viens juste de faire du thé.
Sans lui laisser plus de temps pour exposer le but de sa visite, elle le traîna jusqu'au salon et le fit asseoir. Elle s'installa à ses côtés et entreprit de servir le thé. Le jeune homme resta silencieux en la regardant faire le service avec un soin minutieux – on ne plaisante pas avec le Thé ! Mais Tenka pouvait deviner un sourire amusé sous son masque.
Elle reposa la théière.
- Et bien, je ne m'attendais pas te voir si tôt, Kakashi-kun.
- Pourtant, vous aviez prévu deux tasses de thé, remarqua-t-il, l'œil plissé.
Tenka fronça les sourcils d'un air impérieux.
- Je prévois toujours une deuxième tasse quand je bois mon thé. Il serait indigne de recevoir un visiteur sans pouvoir lui offrir de thé.
Ce gamin n'espérait quand même pas l'avoir aussi facilement ?
- Naturellement.
Kakashi hocha humblement la tête, mais une lueur de malice brillait dans son œil. Il voyait clair dans son jeu aussi bien qu'elle voyait dans le sien. Tenka sourit. Les conversations avec de bons shinobis lui manquaient.
Bien entendu qu'elle savait qu'il allait venir. Elle avait même une idée assez précise de la raison de sa venue. Elle n'était peut-être plus qu'une vieille kunoichi ayant quitté depuis longtemps le service actif, mais elle avait toujours ses deux oreilles pour entendre. Et même si les grands noms du village imposaient le Secret, elle savait toujours ce qui se passait dans l'enceinte de Konoha. D'autant plus quand il s'agissait d'un ninja retrouvé mort et dépouillé aux aurores.
Ils discutèrent un peu de choses et d'autres, une conversation banale à pleurer où il fut question de ses problèmes de dos, des escaliers qu'elle avait de plus en plus de mal à monter quand elle revenait des courses, de l'isolation de son appartement qui laissait vraiment à désirer... bref autant de sujets sans intérêt destinés à flouer les éventuelles oreilles indiscrètes. Pas que Tenka craigne d'être sous écoute, mais Kakashi-kun enquêtait sur une éventuelle taupe dans leurs rangs et le meurtre de ce matin leur interdisait de prendre le moindre risque.
- Et si tu me disais plutôt ce qui t'amène ? demanda finalement la vieille kunoichi.
- Et bien, je voulais seulement m'assurer que vous aviez bien réceptionné le thé que je vous avais fait parvenir, Uwasa-san.
Évidemment, il n'était nullement question de thé, mais ils n'avaient pas besoin d'autres signes pour se comprendre. Tenka avait surveillé la 'livraison du colis' durant la nuit et s'était assurée depuis qu'il reste à sa place.
- Bien entendu, le paquet est arrivé tôt ce matin. Tout est en ordre.
- Parfait. Je sais qu'il s'agit d'une variété de thé très rare, je ne voudrais pas que quelqu'un ait le malheur d'y goûter avant vous.
- Oh ne t'en fais, je ne laisserais jamais personne s'en approcher. Je n'hésite pas à partager un thé avec ceux que j'estime, mais mon meilleur thé, je le réserve à mon usage exclusif.
Kakashi hocha la tête. Il savait qu'il pouvait faire confiance à Uwasa-san. Sous ses dehors de vieille dame diminuée se cachait toujours la redoutable kunoichi qu'elle avait été. Il avait simplement tenu à la mettre en garde suite au meurtre de ce matin. L'espion qu'ils recherchaient depuis un moment s'était enfin mis en mouvement. Les chances pour que l'ennemi trouve cet immeuble – et le fameux 'colis' – étaient minimes. Mais autant jouer la sécurité.
Le jounin se leva et prit congé. Il avait une taupe à débusquer.
VENDREDI – 12h39
Mizu Shirazu fixait l'assiette sale dans ses mains, sans vraiment la voir.
Le visage de l'homme mort dansait devant ses yeux. Elle ne le connaissait pas, ne l'avait jamais vu avant aujourd'hui. Et même alors, il ne s'était écoulé qu'une poignée de minutes avant que sa mère ne la rejoigne, alertée par les cris, et ne l'éloigne du corps. Pourtant la jeune fille se souvenait de chaque détail du visage ensanglanté avec une précision presque chirurgicale. La ligne haute du front. Le bosselage du nez. Le pli de la joue écrasée contre les gravillons. La courbe du menton. L'angle de l'oreille entre deux mèches de cheveux.
C'est bizarre, les souvenirs.
Elle revoyait avec une acuité effarante la tâche de café sur le tee-shirt du mort, mais n'avait pas la moindre idée de comment le haut-gradé ninja et les ANBU étaient arrivés sur place. Elle visualisait parfaitement la bulle dans la flaque de sang près de la nuque brisée du corps, mais était incapable de dire comment elle avait fini à l'hôpital de Konoha, face à une membre de la cellule psychologique...
- Hé, Shirazu, ne reste pas plantée là ! rouspéta Suiji.
L'adolescente sursauta et s'empressa de se remettre à la plonge, sous le regard mécontent de son patron. Il n'avait pas tellement apprécié de la voir débarquer au restaurant à midi passé, en plein milieu du coup de rush.
Alors, elle baissa la tête et frotta plus fort l'assiette sale qu'elle avait entre les mains.
Suiji ne savait rien du cadavre de ce matin. En fait, personne ne savait rien à ce sujet. Top Secret. C'est ce que le haut-gradé ninja lui avait dit ce matin, dans le petit jardin de sa maison, tandis que les ANBU emportaient le corps. Mais Shirazu n'avait pas compris sur le moment. Elle était encore sous le choc et le visage du ninja la mettait mal à l'aise, presque entièrement camouflé par son masque et son bandeau.
C'était la femme de la cellule psychologique qui lui avait expliqué, plus tard.
Si le trajet jusqu'à l'hôpital de Konoha restait vague et brumeux dans ses souvenirs, elle se rappelait de son arrivée et des quelques heures passées en compagnie de la médic-nin. Celle-ci avait une voix douce et posée, par ses mots calmes et rassurants, elle avait permis à Shirazu de respirer à nouveau, comme si l'adolescente était restée en apnée tout ce temps sans en avoir conscience.
Ayant à nouveau l'esprit clair, une foule de questions s'étaient bousculées aux lèvres de Shirazu, sur l'identité de l'homme et les circonstances de sa mort, mais la psychologue avait refusé de lui donner le moindre détail. Et le ton s'était fait plus ferme lorsqu'elle avait insisté pour en savoir plus. Shirazu avait vu la kunoichi prendre le dessus sur le médecin.
Elle ne devait rien révéler de cette affaire. À personne. Sous aucun prétexte. Elle pouvait revenir à l'hôpital si elle ressentait le besoin de se confier, on lui apporterait toute l'aide nécessaire. Mais aucune information ne devait filtrer en dehors de la salle médicale.
C'était une question de vie ou de mort. La sécurité et l'intégrité du Village étaient en jeu.
Et sa mère, dans la pièce voisine, avait eu droit au même discours.
Alors Shizaru avait fait la promesse solennelle de ne rien dire. Elle avait resserré sa queue de cheval, rassemblé son courage, et était allée au restaurant de viande grillée. Elle avait accepté le savon de Suiji pour son retard et s'était mise à la plonge.
Les mains dans l'eau savonneuse, au milieu des piles d'assiettes, la jeune fille se demanda si la médic-nin n'avait pas volontairement forcé le trait pour s'assurer de son silence. Si elle n'avait pas cherché à lui faire peur pour qu'elle tienne sa langue. C'est probable, se dit-elle.
Mais, étrangement, Shirazu comprenait.
Les intérêts de Konoha passaient avant les états d'âme d'une civile adolescente.
Elle n'était pas sûre d'approuver, et elle appréciait encore moins. Mais elle comprenait. Elle avait beau n'être qu'une civile sans la moindre goutte de chakra, elle restait une habitante de Konoha. Elle avait vécu l'attaque de Kyûbi, même si elle n'avait que quatre ans à l'époque. Comme la plupart des civils, elle et sa mère avaient immédiatement été évacuées dans l'une des cachettes sécurisées du Village. Alors elle n'avait pas vu grand chose. Mais elle se souvenait parfaitement de l'attente angoissée et de l'inquiétude pesante, dans la cave bondée. Elle se rappelait les maisons détruites et les ruines désolées, là où avait eu lieu le combat.
Son père était un chuunin. Sa meilleure amie avait été promue genin deux ou trois ans plus tôt. Son ancienne nounou avait été kunoichi pendant la troisième guerre. Ses voisins étaient presque tous des ninjas. Qu'elle le veuille ou non, elle appartenait au monde shinobi.
Konoha était aussi son village, même si elle était civile.
Alors elle ne comprenait peut-être pas grand chose aux techniques de chakra, aux alliances avec les autres villages, aux mystères ninjas en général, mais elle pouvait bien garder un secret, si lourd soit-il à porter, pour le bien de Konoha. Non ?
VENDREDI – 17h23
Chat atterrit en douceur sur l'épaisse branche d'un chêne et donna aussitôt une infime impulsion de chakra dans la plante de ses pieds, se propulsant à nouveau dans les airs. Il fila à travers les frondaisons, les feuilles légères glissant contre ses épaules dénudées, comme si elles s'écartaient sur son passage. Il s'élança d'un frêne à un peuplier noir, effleurant à peine l'écorce brune à chaque bond. Ils étaient presque arrivés à Konoha.
Le vent sifflait à travers les trous de son masque d'ANBU.
Il aimait courir dans les arbres. Le jeune homme percevait la présence discrète de chaque tronc alimenté de sève, la vie qui bruissait et qui chuchotait dans la forêt au rythme lent et calme des hêtres, bouleaux et ormes.
La présence de Singe, à ses côtés, l'accompagnait comme une ombre silencieuse. Il était de ces coéquipiers que l'on connaît si bien qu'ils semblent être une extension de nous-même. Aussi, lorsque le rythme de sa course ralentit, Chat ne se retourna pas. Il bondit vers les hauteurs, se camouflant dans les feuilles d'un noyer tandis que Singe, plus bas, s'immobilisait totalement. Aux aguets, perché sur la branche d'un chêne, l'ANBU au masque de primate se laissa soudain tomber en arrière, évitant ainsi une volée de senbons qui se ficha dans l'écorce.
Malgré l'envie d'aider son camarade, Chat ne bougea pas immédiatement, attentif au moindre signe. Il repéra deux silhouettes dans les arbres, qui se précipitaient vers le point de chute de Singe. Qui pouvait bien les attaquer aussi près de Konoha ? Il attendit quelques secondes de plus, mais comme il n'y avait pas de mouvement, il redescendit doucement, se guidant aux bruits de l'affrontement qui opposait déjà son équipier et les deux ennemis.
Impacts de kunaï et sifflements d'armes de jets.
Les préliminaires. Sonder l'adversaire pour savoir à qui on a affaire avant de lancer la véritable offensive, à coup de jutsu et de techniques secrètes.
Toujours soigneusement dissimulé dans les branches, Chat observa les deux ennemis et reconnut l'insigne du Pays du Bois. Le premier était grand et élancé, le visage allongé, les cheveux bruns. Il arrosait Singe de senbons avec une précision mortelle. Ses aiguilles étaient possiblement empoisonnées, au vu des lourdes sacoches accrochées à sa taille. Le second était plus petit et trapu, nez tordu et cheveux gris coupés à ras, il était plus âgé. Il lançait ses shirukens avec un certain talent, et les deux ninjas acculaient peu à peu Singe.
Chat hésita.
Shinobi entraîné et ANBU depuis plus de vingt ans, Singe était parfaitement apte à se défendre. Cependant, le feu nourri auquel il était soumis finirait par percer sa garde. Il ne pourrait pas rester en position défensive longtemps.
Mais la tactique ennemie était incohérente. Ils devaient bien se douter que Singe n'était pas seul – surtout à proximité du Village. Pourtant les deux ennemis concentraient leurs attaques sur l'ANBU de Konoha sans se soucier de leurs arrières.
Conclusion, un troisième larron les couvraient.
Sans plus attendre, Chat oublia son coéquipier et ferma les yeux. La rumeur voulait que Senju Hashirama, dans le temps, pouvait parler avec les arbres. Histoire vraie ou fantasme illusoire, Chat en était, lui, parfaitement incapable. Mais, en se concentrant, il pouvait sentir. La sève qui coulait lentement sous l'écorce. Les branches qui craquaient sous leur propre poids. Les feuilles qui glissaient sous la brise. Ou sous le souffle rythmé d'une respiration humaine.
Chat se permit un faible sourire. Il était chanceux, cette astuce sensorielle ne fonctionnait pas toujours. Il quitta son poste.
Le troisième larron était une kunoichi, cheveux blonds en chignon, cicatrice sur le menton. Le symbole d'un clan cerclait son bras gauche. Chat ne reconnut pas la marque mais en déduisit qu'elle utilisait une technique spéciale. Logique alors qu'elle soit restée en retrait au début de l'attaque, attendant son heure pour achever l'adversaire.
Le jeune homme se glissa à terre, au pied de l'arbre sur lequel elle était perchée, et exécuta une série de signes avant de poser les mains à plat sur le sol. Un grondement résonna à ses oreilles, et la terre s'affaissa brutalement, déracinant le vieux chêne qui tomba en avant, emportant avec lui la kunoichi ennemie. Chat bondit aussitôt, sa lame dégainée. La femme contra avec son propre sabre, dans un fracas métallique. Elle était douée.
Douée, mais empêtrée dans les branches. Il n'allait pas laisser passer cette chance.
Chat enchaîna les attaques. Coup droit. Feinte. Estoc. Aucun répit.
Mais elle répliquait à chaque fois. Suite à un astucieux enchaînement, elle glissa sa lame contre le masque de Chat, manquant de le détacher. Déstabilisé à l'idée de découvrir son visage, le jeune homme bondit en arrière. Pensant que la kunoichi allait profiter de ce répit pour s'extirper de sa prison de branchages, il lança deux kunais qu'elle se contenta de dévier avec sa lame. Les pieds toujours piégés dans l'arbre, l'ennemie enchaîna une série de signes. Chat étouffa un juron. Elle se fiche bien d'être immobilisée si elle peut utiliser ses techniques.
L'ANBU rengaina son sabre.
Fin des préliminaires.
La femme du Bois effectua un dernier signe. Des piliers de terre jaillirent du sol et se ruèrent sur Chat qui explosa en copeaux de bois sous l'impact. La kunoichi eut un moment d'arrêt en contemplant les vestiges du clone. Le véritable ANBU surgit derrière elle, kunai à la main et visant la nuque. Elle se retourna au dernier moment et fut gravement blessée à l'épaule droite.
Chat sortit un deuxième kunai mais malgré sa blessure, l'ennemie signa à nouveau et les piliers de terre filèrent vers le jeune homme dans un grondement menaçant. Il contra en élevant un bouclier de bois autour de lui, dont il se servit ensuite pour repousser la terre de son adversaire.
- C'est toi ! grinça-t-elle. L'utilisateur du Mokuton.
Elle esquissa un geste pour se jeter sur lui mais fut incapable de bouger. Baissant les yeux, elle réalisa que les branches de l'arbre, où elle était empêtrée depuis le début du combat, entravaient solidement ses jambes. La kunoichi tenta de se libérer de l'étreinte acérée du bois, mais en vain. Le ninja de Konoha avait profité de sa position pour la piéger efficacement. Elle lui jeta un regard haineux.
L'ANBU l'observa brièvement. Était-il la cible de cette attaque ? Le Pays du Bois cherchait-il par cette offensive insensée à s'emparer de la capacité à maîtriser le bois ? Il était suicidaire de s'en prendre à un ANBU en étant si proche de Konoha...
La femme profita de sa brève distraction pour signer à nouveau. Chat prépara un nouveau bouclier de bois pour la contrer, mais des gerbes d'eau jaillirent de nulle part et le frappèrent de plein fouet. Presque assommé par le choc, il fut emporté plusieurs mètres plus loin par les flots déchaînés. Elle maîtrise le Doton et le Suiton ! La combinaison était assez rare et pouvait expliquer son intérêt pour la maîtrise du bois, qui résultait elle-même de la Terre et de l'Eau.
Signant à son tour, Chat stoppa le courant. Alors qu'il s'apprêtait à repartir pour poursuivre la lutte, il entendit une suite de sifflements aigus.
Un signal de Singe.
Il avait du revenir près du lieu de l'embuscade. Son équipier ne l'aurait pas appelé sans raison valable. Il devait être en difficulté. Chat jeta un coup d'œil en arrière. Il faudrait un peu de temps à la kunoichi pour se libérer de ses entraves en bois. Ça lui laissait une marge de manœuvre. Il remonta dans les arbres et ne tarda pas retrouver Singe et les deux ninjas du Bois. D'un regard, il jugea la situation.
Les fils tendus entre les arbres pour limiter les mouvements de Singe. Les notes explosives disséminées aux points stratégiques. Le piège était presque parfait, mais les deux shinobis du Bois étaient épuisés et salement blessés. Singe leur avait donné du fil à retordre, même s'il était à présent acculé dans leur traquenard.
Du haut de son perchoir dans les arbres, Chat lança deux kunais, tranchant certains fils et désamorçant une partie du piège. En même temps, il se laissa tomber sur l'un des ennemis – le grand brun – et roula au sol avec lui. Ils échangèrent quelques coups et Chat se dégagea le temps de faire de rapides signes, emprisonnant la cheville droite de son adversaire dans la terre. Il enchaîna un coup de coude dans le plexus solaire et une clef de bras pour immobiliser l'homme. L'ANBU attrapa un kunai et lui trancha la gorge.
De son côté Singe était aux prises avec le deuxième homme – le petit trapu – mais il ne semblait pas en difficulté imminente.
Chat n'oubliait pas la kunoichi. Il fit volte-face, décidé à la retrouver, mais se figea en découvrant l'enfer qui fonçait droit sur eux. Une avalanche de terre et une immense vague d'eau associées dans un cataclysme dévastateur. L'ANBU éleva une barrière de bois tout en sachant que ce serait pas suffisant pour stopper le déluge. Il ne savait pas où en était son équipier :
- Singe ! Mets-toi à l'abri ! hurla-t-il.
Avec un peu de chance, son camarade aurait le temps de se réfugier dans un arbre. Chat ne pourrait stopper qu'une partie du déferlement de terre et d'eau. Il n'était pas certain de s'en tirer mais c'était tout ce qu'il pouvait faire. Un claquement résonna en hauteur et le jeune homme releva la tête pour voir qu'un shinobi se dressait au sommet de son mur de bois.
Un ANBU de Konoha au masque de Bouc. Les renforts.
Le nouveau venu signa et lança une forte décharge de foudre sur le déluge provoqué par la kunoichi du Bois.
- Assures-toi que ta barrière tienne le coup ! cria Singe en passant à côté de lui.
Le masque de primate escalada prestement le mur pour rejoindre Bouc et lança une puissante attaque de Vent, qui se mêla à la Foudre et fit des ravages. Chat serra les dents et infusa ses dernières réserves de chakra dans sa barrière de bois, tandis que les éléments se déchaînaient de l'autre côté. Son mur était le seul rempart qu'ils avaient, le support depuis lequel Bouc et Singe pouvaient contrôler leurs techniques.
Ses jambes commencèrent à trembler. La mission qu'ils venaient d'achever avait déjà bien entamé leurs réserves d'énergie, à Singe et à lui. Cette attaque surprise, alors qu'ils arrivaient tout juste à Konoha, tombait mal. Le jeune homme appuya plus fort ses mains sur le bois, sentant les fibres végétales vibrer sous le flux de chakra qu'il projetait à l'intérieur pour les renforcer.
Tenir bon. Ne rien lâcher. Pour les siens. Pour Konoha.
La pression exercée contre sa barrière finit par décroître et Chat relâcha son effort. Singe et Bouc sautèrent à ses côtés, et il fit disparaître son mur, laissant apparaître une large zone de forêt entièrement dévastée. Des flaques d'eau boueuse clapotaient au pied de monticules de terre brûlée par la foudre. Un tronc déraciné avait creusé une profonde tranchée dans le sol, près d'un enchevêtrement de branches brisées.
Chat resta bouche-bée devant ce spectacle de désolation. Avait-il à ce point énervé la kunoichi pour qu'elle provoque pareil désastre ?
Du coin de l'œil, il perçut un mouvement sur sa droite, mais avant qu'il n'ait pu y prêter attention, deux silhouettes qu'il reconnut vite apparurent devant eux. Renard et Corbeau, deux ANBU avec lesquels il avait déjà fait équipe par le passé.
- Où est l'ennemi ? demanda Corbeau, allant droit au but.
- L'attaque est venue du nord, indiqua aussitôt Chat. Une kunoichi du Pays du Bois. Niveau Jounin. Elle maîtrise le Doton et le Suiton. Je l'ai blessée à l'épaule droite, mais elle peut encore signer.
Corbeau adressa un geste à Bouc et ils partirent tous les deux vers le nord. Renard se tourna vers les deux ANBU restants.
- Vous êtes blessés ? demanda-t-il.
- Je suis a court de chakra, sinon ça va, dit Chat.
- Idem, répondit Singe. Plus quelques plaies. Et je crois que j'ai l'épaule déboîtée. Et peut-être une ou deux côtes pétées.
Il frémit en se tenant le bras gauche, qui pendait inerte contre son flan.
- Donne-lui les premiers soins. Je me charge du prisonnier, décida Renard.
Chat se retourna avec surprise, avisant le ninja du Bois avec lequel Singe s'était battu, le petit trapu, l'air mal en point et sommairement attaché à un arbre.
- Bien joué, lança-t-il à son coéquipier, alors que Renard s'approchait du captif, et que lui-même examinait les blessures de Singe.
VENDREDI – 18h46
Chat referma la porte et remonta lentement le couloir du QG.
Il venait tout juste de finir son rapport. Remettre le rouleau concernant la mission effectuée avec Singe avait été assez rapide. Faire le compte-rendu oral de l'attaque qu'ils avaient subi au retour avait pris bien plus de temps. Ses supérieurs avaient posé de nombreuses questions. Ils semblaient préoccupés même si, en bons ninjas, ils le cachaient parfaitement. Mais Chat était un ANBU. Il avait été formé pour déceler les secrets.
Et il sentait qu'il y avait quelque chose derrière cette attaque du Pays du Bois. Envoyer seulement trois ninjas, si puissants soient-ils, pour une embuscade aux portes d'un village ennemi... cela n'avait aucun sens. L'un d'eux était mort des mains de Chat, le deuxième, fait prisonnier, avait été confié aux bons soins de Morino Ibiki, du Département Torture et Interrogatoire, et la troisième s'était enfuie aussitôt son attaque combinée lancée. Bref, un fiasco total du point de vue du Bois.
Sauf si l'attaque cachait autre chose...
Arrivé aux vestiaires, il fila droit aux douches, désertes à cette heure-ci. Il croisa son reflet dans un miroir au dessus d'un lavabo. Le masque félin était couvert de poussière, l'oreille droite était légèrement ébréchée et une tâche de sang ornait la joue gauche.
Chat ôta le masque et le posa délicatement sur le rebord du lavabo.
Tenzô observa son visage dans la glace et se trouva une sale tête. Il avait les traits tirés, et les cernes noires sous ses yeux assombrissaient son regard. La mission et l'embuscade sur le chemin du retour l'avaient épuisé et le vide laissé dans ses réserves de chakra engourdissaient chacun de ses muscles.
Le jeune homme était également inquiet pour Singe. Ce dernier avait perdu connaissance alors que Tenzô l'emmenait à l'hôpital. Les médic-nins assuraient qu'il se remettrait d'ici à quelques jours, que la perte de chakra, plus que ses blessures physiques, était responsable de son malaise. Mais les senbons empoisonnés retrouvés après l'attaque ne lui plaisaient pas. Bien entendu, les médecins en avaient été informés, mais certains poisons pouvaient être vicieux.
Le ninja se déshabilla en vitesse et se glissa sous le jet brûlant de la douche. L'eau chaude ruissela sur ses muscles tendus, emportant la poussière et le sang dans le siphon à ses pieds. Il s'attarda dans les sanitaires, profitant de la chaleur et du calme. Lorsqu'il sortit de la cabine, la peau de ses doigts était toute fripée. Tenzô se sécha rapidement et enfila une tenue civile : pantalon noir et tee-shirt beige orné du symbole d'Uzushio. Il n'avait plus qu'une seule envie : rentrer chez lui, avaler un morceau et dormir douze heures d'affilée. Au moins.
- Ah, Tenzô, t'es là ! s'exclama Yûgao lorsqu'il sortit des vestiaires. Deux blouses blanches te cherchent, ils sont dans le Hall.
Le jeune homme fronça les sourcils.
- Qu'est-ce qu'ils veulent ?
Sa camarade haussa les épaules, l'air de dire « Qu'est-ce que j'en sais, moi ? ». Elle le salua d'un signe de tête et prit le couloir menant à l'armurerie.
Tenzô soupira, se demandant vaguement s'il y avait un moyen d'éviter les scientifiques du Département Recherche et Savoir. Il ne les aimait pas. Leur travail était nécessaire à Konoha, mais les blouses blanches étaient... des rats de laboratoire. Cela sonnait affreusement stéréotypé, mais était assez proche de la réalité. Peu habitués au travail de terrain, ils faisaient des merveilles dans leurs ateliers, mais ne comprenaient pas grand chose au quotidien de ninja.
Résigné à faire un détour, l'ANBU passa dans le Hall, où il trouva effectivement deux hommes d'âge mûr vêtus de la fameuse blouse. Et qui se précipitèrent vers lui, dès qu'ils l'aperçurent.
- Chat ! ANBU Chat !
- Je ne suis pas service, grinça-t-il entre ses dents. C'est Tenzô.
Ils étaient encore dans le Hall alors il n'était pas vraiment nécessaire de garder son identité secrète à l'intérieur des murs du QG des ANBU. Mais c'était une question de respect. Surtout venant qu'une personne extérieure aux services secrets. On n'appelait pas un ninja de repos par son code ANBU. Pas plus qu'on ne nommait un ANBU en service par son vrai prénom. C'était Kakashi-senpai qui avait insisté pour qu'il prenne le nom de Tenzô dans la vie civile. Afin que son existence ne se résume pas au masque de Chat.
- Et puis, comment connaissez-vous mon nom de code ?
- Hum, nous avons eu accès à votre dossier, Tenzô-san, reprit le plus grand, quelque peu refroidi par le rude accueil du shinobi.
Le jeune homme les dévisagea. Celui qui venait de parler était mince, ses bras paraissaient étrangement longs et il portait des lunettes rondes. Son acolyte était plus petit, sa bedaine tendait le tissu blanc de sa blouse et ses cheveux bruns en bataille tombaient devant ses yeux.
Le Département R&S pouvait avoir accès à certains des dossiers secrets de l'ANBU dans le cadre de leur travaux. Ce n'était pas surprenant outre-mesure, mais Tenzô ne voyait pas ce que les blouses blanches pouvaient bien lui vouloir.
- C'est à quel sujet ? demanda-t-il, exaspéré. Je suis pressé...
- Hum, et bien, nous voudrions quelques précisions sur un rapport de mission datant d'il y a trois mois, reprit Binoclard en agitant nerveusement un rouleau de parchemin sous son nez. Vous avez effectué une mission d'escorte en compagnie de deux chuunins, Fugen Kenshin et Hakumei Len. Mission qui vous a amené, vous et vos collègues, à traverser le Pays du Bois.
- Comment savez-vous cela ?
- Nous avons recherché tous les rapports de moins de six mois concernant le Pays du Bois, affirma la blouse blanche d'un ton empressé.
Tenzô tiqua intérieurement. Pourquoi le R&S s'intéressait-il au Pays du Bois ? C'était aux ANBU et aux hommes de Morino Ibiki d'enquêter sur l'attaque de cet après-midi. Qu'est-ce que les blouses blanches avaient à voir là-dedans ?
- Vous êtes drôlement efficaces, dit-il d'une voix plus douce.
Il détendit sa posture et afficha même un sourire avenant. Les deux scientifiques parurent rassurés de le voir de meilleure humeur.
- L'attaque a eu lieu i peine trois heures, et vous êtes déjà sur le coup. Vous ne perdez pas de temps, continua-t-il, flatteur.
- L'attaque ? répéta le petit chevelu, parlant pour la première fois. De quoi parlez-vous, Tenzô-san ?
Ils s'intéressent au Pays du Bois, mais ne savent rien de l'embuscade dans laquelle Singe et moi sommes tombés, comprit Tenzô. Son intuition était donc bonne. Il y avait autre chose caché derrière cette attaque absurde aux portes du village. Il ne croyait pas au hasard.
- Rien d'important. Je me souviens parfaitement de cette mission d'escorte, dit-il en désignant le rouleau tenu par Binoclard. Pourquoi vous intéresser à une mission de rang C ?
- Et bien, votre rapport est incomplet. Lors de votre passage dans le Pays du Bois, vous avez quitté le groupe d'escorte pendant près de douze heures, sans donner la moindre nouvelle. À votre retour, vous n'avez rien dit à vos camarades chuunins. Et votre rapport n'indique rien de plus à ce sujet. Douze heures, dans un Pays ennemi, où on ignore ce que vous avez fait...
- Qu'êtes vous en train de sous-entendre ? demanda Tenzô d'une voix dure.
Les deux scientifiques échangèrent un regard inquiet. L'ANBU avait retrouvé sa mauvaise humeur. Le plus grand rajusta ses lunettes sur son nez et bredouilla :
- R-rien du tout ! Nous sommes seulement curieux de cette lacune et...
- Et vous avez trouvé judicieux d'interroger un membre de l'ANBU sur ses agissements en mission, alors que vous ne connaissez pas les détails de l'affaire ?
- Les d-détails de l'a-affaire ? répéta le petit chevelu – qui semblait doué pour faire de l'écho.
Tenzô soupira, agacé. Il ignorait si les blouses blanches remettaient vraiment son intégrité en doute ou s'ils étaient juste inconscients de la portée de leurs paroles. Ce qui ne valait guère mieux.
- Ce rapport, reprit-il, vous l'avez trouvé au Bureau des Missions, je suppose ?
- Euh... oui, c'est exact...
- Il s'agit d'un rapport sans accréditation, que tout ninja peut consulter. Ne vous attendez pas à trouver grand chose dedans. J'ai rédigé un second rapport, spécial ANBU, qui contient tous les détails de la mission.
Le regard des deux scientifique se fit intéressé.
- Mais n'espérez pas le consulter sans l'autorisation expresse de Sandaime, acheva Tenzô.
Le grand à lunettes sembla hésiter. Il consulta son collègue du regard, mais la masse de cheveux de ce dernier le rendait peu expressif.
- Nous aimerions ne pas perdre de temps en questions administratives... Hum, Tenzô-san, nous savons que vous avez été contacté par des ninjas du Bois au cours de cette miss...
- Yo ! Vous visitez le QG des ANBU ?
Hatake Kakashi apparut soudain devant eux, semblant sortir de nulle part. Il posa une main affectueuse – mais ferme – sur l'épaule de Binoclard.
- Vous devriez retourner au Labo du R&S, ajouta-t-il d'un air enthousiaste mais son œil droit était sévèrement arqué. Vous risquez d'attraper froid, dehors.
Le scientifique sembla se ratatiner sur lui-même.
- Ah... Euh, Hatake-san... Vous savez, nous devons récolter le plus d'informations possible en vue de l'étude du 'spécimen'...
- Raison de plus pour retourner au laboratoire. C'est dans un labo qu'on étudie, non ?
Le jounin avait l'air excessivement enjoué mais les deux blouses blanches ne s'y trompèrent pas. Le plus grand bafouilla des excuses que le petit chevelu s'empressa de répéter, et ils quittèrent tous les deux précipitamment le QG. Tenzô retint un sourire moqueur. Puis il se tourna vers son aîné, qui avait interrompu la partie pile au moment où les choses devenaient intéressantes.
- Vous n'êtes pas drôle, Kakashi-senpai... J'étais justement en train de les cuisiner.
- On ne peut même pas appeler cela de la cuisine... les scientifiques sont incapables de garder un secret, soupira-t-il, désappointé.
- Pourquoi le leur confier, alors ?
- Pas ma décision.
Intéressant. Quelqu'un avait décidé de révéler le 'secret' (quel qu'il puisse être) au Département Recherche et Savoir, contre l'avis de l'un des meilleurs jounins de Konoha. Tenzô pouvait facilement en conclure que les plus hautes strates du village étaient impliquées. Et le Pays du Bois était au centre de l'affaire. L'embuscade de cet après-midi n'était définitivement pas un hasard.
- Il faut que je te parles, dit Kakashi, soudain sérieux.
- Que se passe-t-il avec le Pays du Bois ?
- Pas ici.
Hatake lui fit signe de le suivre et Tenzô l'accompagna jusqu'à l'extérieur. Ils marchèrent un peu puis s'installèrent sur un banc près du parc qui jouxtait la Stèle des Héros. Le jeune ANBU avait oublié sa fatigue et son irritation, sa curiosité attisée par le manège de son senpai. Kakashi était un adepte des mystères et des mises en scène, mais il semblait se méfier du QG des ANBU, qui était pourtant l'un des lieux les plus sûrs de tout Konoha.
Ils restèrent assis un moment en silence, mais Tenzô préféra attendre que son aîné prenne la parole en premier. Il ne l'avait pas amené ici pour rien. Enfin, il fallait l'espérer.
- Il y a une taupe dans le Village, annonça calmement le jounin. Probablement infiltrée au sein des forces ANBU depuis plusieurs semaines.
Tenzô le fixa, stupéfait. Voilà qui avait au moins le mérite d'expliquer le culte du secret.
- Des pistes sur son identité ?
- Quelques unes.
- Le Pays du Bois ?
Kakashi acquiesça.
- Cela fait plus de sept ans que nos relations sont tendues avec eux. Mais la distance géographique entre nos deux Pays a toujours tempéré le conflit. Jusqu'à ces derniers mois en tout cas.
- Ma mission d'escorte, comprit Tenzô, il y a trois mois. Nous avons traversé le Pays du Bois.
- C'est exact. J'ai lu les rapports. Des shinobis du Bois t'ont approché et on essayé de te recruter. De faire de toi un agent double pour récolter des informations sur Konoha.
- Comme le fait la taupe que vous recherchez actuellement, nota le jeune ANBU.
Il soulignait une évidence, mais il ne voulait pas de non-dit avec son senpai. Pas à ce sujet, en tout cas. Kakashi se tourna vers lui, l'air vaguement amusé.
- Je n'ai jamais douté de ton intégrité, Tenzô.
Le jeune homme hocha la tête avec reconnaissance, mais ne put s'empêcher de se demander s'il n'y avait pas un soupçon de plaisanterie derrière cette phrase, en lien avec son passé dans la Racine et une certaine mission, qui avait changé le cours de sa vie. Les deux hommes se souvenaient parfaitement de ce jour, où 'Kinoé' avait eu pour ordre d'assassiner le détendeur du Sharingan.
- D'ailleurs, tu as finement joué sur ce coup-là, remarqua Kakashi. Faire croire aux ninjas du Bois que tu étais intéressé pour aller à la pêche aux informations, avant d'exécuter deux des trois shinobis qui t'avaient contacté. Joli score.
- Mais je n'ai pas appris grand chose, en fin de compte. Ils ont juste laissé échapper que leurs chercheurs essayaient, sans succès, de greffer du chakra sur un organisme vivant qui en était à l'origine dépourvu.
Le jeune homme baissa les yeux, sentant l'ombre d'Orochimaru planer sur son dos. Le souvenir du sannin ne le quittait jamais totalement. Grâce à lui, il était l'unique utilisateur du Mokuton, un avantage certain pour Konoha. À cause de lui, il resterait sa vie entière un 'spécimen' de laboratoire.
- Encore des fous furieux de l'expérimentation humaine... souffla-t-il à voix basse.
Kakashi ne fit aucune remarque, même s'il avait parfaitement entendu. La remarque ne lui était pas réellement adressé. Il reprit la parole après un temps de silence.
- Hakumei Len a été retrouvé mort, tôt ce matin, dans l'enceinte du village.
- Quoi ? sursauta Tenzô. C'était l'un des chuunins qui m'accompagnaient lors de cette mission d'escorte ! C'est l'œuvre de la taupe ?
- Probablement. Le deuxième chuunin, Fugen Kenshin, vient d'être placé sous protection. Tu peux également en profiter si tu le souhaites.
- Vous pensez que la taupe va s'en prendre aux autres membres de l'équipe d'escorte. Des représailles pour ce qu'il s'est passé il y a trois mois ?
- C'est une possibilité. Et cela explique l'embuscade dont Singe et toi avez fait les frais en rentrant de votre mission. La taupe a probablement révélé votre itinéraire de retour à ses complices, qui vous sont tombés dessus avant que vous n'atteigniez Konoha.
Tenzô resta silencieux un moment. Il savait qu'il n'était pas responsable de la situation. Il avait seulement accompli son devoir. Et s'il n'avait pas tué les deux shinobis du Bois, à l'époque, c'est eux qui l'auraient tué en découvrant qu'il n'avait pas l'intention de trahir son Village et Konoha ne serait pas resté sans rien faire face à une telle provocation. Dans un cas comme dans l'autre, c'était l'étincelle mettant le feu aux poudres.
Il se releva.
- Merci, mais je me passerais de la protection.
Kakashi sourit sous son masque.
- Le prisonnier que vous avez fait est aux bons soins d'Ibiki, mais il n'a pas l'air décidé à parler. La taupe n'en restera pas là. La situation n'est pas à prendre à la légère.
- Je suis un ANBU de Konoha.
- Je me doutais que tu réagirais ainsi. Sois prudent et garde l'œil ouvert !
Le jounin se leva et commença à s'éloigner.
- Kakashi-senpai ! Vous ne m'avez pas tout dit, pas vrai ? Qu'est-ce que les gars du R&S ont à voir là-dedans ?
L'aîné ne réagit pas, continuant calmement d'avancer.
- Quel est ce 'spécimen' qu'ils sont si impatients d'étudier ? continua Tenzô d'une voix très plate.
Hatake s'immobilisa. Il se tourna à demi et son kohai perçut une lueur indéchiffrable dans son œil droit. Les secondes s'égrenèrent lentement.
- Sandaime a mit fin à toutes les expérimentations humaines. Tu le sais bien, Tenzô.
Note : Bon, ce chapitre pose peut-être plus de questions qu'il ne donne de réponses. Mais ça viendra, patience. La fin est quasiment terminée, je devrais normalement poster à la fin du mois d'Août.
