Salut tout le monde ! On est maintenant parti pour la seconde année et… bon, vous savez tous qué pasa dans cette année, lol. Dans la logique, je devrais pouvoir assurer l'envoi d'un chapitre chaque week-end (vendredi soir, samedi ou dimanche, ça, j'en sais rien) mais je ne peux cependant rien certifier vu que j'ai qd même mes cours à bosser et d'autres petites choses, donc tout ce blabla pour dire que j'essaierai de maintenir le rythme mais je ne peux rien promettre. Allez, je vous laisse à votre lecture.

NB : bon, normalement, si vous êtes là, c'est que vous avez lu la première année (et le grand prix de logique revient à … !) Ce que je veux dire c'est que jusqu'à la troisième année, je ne vais pas me lancer dans une intrigue rocambolesque à suspense intense etc… Pour le moment, je me contente de suivre une « histoire de vie ». La donne changera juste pour la quatrième année, dans laquelle j'ai prévu une véritable intrigue dont j'ai déjà commencé à poser les fondements dans la première année. Tout ça pour dire que ce n'est pas la peine de me faire remarquer que ça manque de suspense, c'est normal ! Le but de ce que j'écris n'est pas de vous faire vous casser la tête mais juste de vous faire suivre une évolution (je l'espère agréable, mais alors là… :-S lol)

II Y A UN DEBUT A TOUT - II

Chapitre 1 : Le peintre comédien

Dans un salon aux allures inquiétantes, un enfant regardait fixement une femme aux cheveux ébène et à l'élégance royale passer lentement ses doigts sur un signe inscrit dans le bois d'une table par la force du feu. Un pâle sourire malveillant fit se retrousser ses lèvres fines et elle se contenta de lever la main en direction de son fils pour lui permettre de se retirer. Dignement, Sirius tourna la poignée et referma consciencieusement la porte derrière-lui.

A peine sa mère hors de vue qu'il oublia sa prestance et porta la main à sa bouche. Le teint verdâtre, le corps secoué de hoquets, il se précipita vers les toilettes et rendit son déjeuner sans cérémonie. Des larmes de rage coulaient sur son visage alors que ses poings serraient le bord de la cuvette comme pour l'arracher, le corps tremblant. Il se sentait sale, il pouvait presque voir la pourriture de sa famille s'insinuer de plus en plus en lui et il se dégoûtait. Furieusement, il s'essuya la bouche et les yeux puis alla chercher un parchemin dans sa chambre avant de descendre dans la cuisine.

C'était le seul endroit où il était assuré d'un minimum de tranquillité. Les elfes ne se souciaient guère de lui et, à cette heure-ci, Kreattur se trouvait dans les étages, il ne reviendrait dans l'office que d'ici deux heures.

James lui avait envoyé sa lettre par l'intermédiaire de Falke. Si la chauve-souris ne pouvait porter des charges aussi conséquentes que celles des chouettes, il fallait lui reconnaître une discrétion à toute épreuve et, depuis un mois que les deux garçons correspondaient à minimum trois lettres par semaine, jamais ses parents ne s'étaient rendus compte de rien.

Dans son dernier courrier, James lui annonçait que ses parents avaient accepté que lui et leurs deux autres amis viennent passer les deux dernières semaines de vacances à La Sérénité. Modéré, Sirius lui avait répondu qu'il leur fallait encore trouver un stratagème pour que ses parents le laissent quitter la demeure familiale, ce qui était une tentative plutôt vouée à l'échec, sauf s'il décidait de filer à l'anglaise durant la nuit – ce qu'il était d'ailleurs prêt à faire.

Mais James présentait une imagination assez débordante dont avaient fait les frais les soixante centimètres de parchemin que son ami tenait actuellement dans les mains – Falke se reposait encore dans la chambre de Sirius après son voyage éprouvant. Sceptique, Sirius lisait les diverses propositions de faux enlèvement, d'attaque d'hippogriffe, de création d'un « faux » Sirius ou encore d'utilisation d'une potion de sommeil pour que ses parents ne se réveillent pas avant la fin des vacances, en se disant que si son ami ne manquait pas d'imagination, le réalisme lui faisait en revanche singulièrement défaut.

Il reposa le parchemin en laissant son regard vagabonder dans la cuisine, où s'affairaient les deux autres elfes de maison de la demeure. Il en vint à songer à La Sérénité, ou plutôt à Cuizto, l'unique elfe des Potter, et à la manière dont ses maîtres le traitaient. Au départ, Sirius avait été très surpris qu'on puisse accorder de l'intérêt à un elfe de maison – et en ce qui concernait Kreattur, il n'avait pas changé d'avis – mais il réalisait soudain que les deux autres elfes avaient peut-être la même faculté que Cuizto à sourire, à rire et à conseiller parfois.

- Fanforde ? appela-t-il d'une voix lointaine.

La jeune elfe qui s'affairait aux fourneaux abandonna immédiatement sa tâche pour bondir auprès de son jeune maître, la tête basse.

- Maître Sirius a besoin de quelque chose ? demanda-t-elle d'une petite voix craintive.

- Comment es-tu arrivée ici ?

Le garçon regardait dans le vague, plus attentif à ce que répondrait l'elfe qu'à ses réactions, aussi ne remarqua-t-il pas le léger sursaut de surprise qui la parcourut, ni ses grands yeux étonnés qui se posèrent lentement sur lui.

- Fanforde a été offerte à sa naissance par la famille de sa mère, répondit-elle avec hésitation, peu habituée à raconter son histoire à un sorcier.

- Tu n'as pas connu ta mère alors ?

- Non monsieur.

- Elle te manque ? Tu aurais voulu la connaître ?

Fanforde était maintenant si ébahie de ces questions personnelles qu'elle observait Sirius, la bouche béante, sans trouver quoi répondre. Le garçon secoua la tête en fronçant les sourcils, semblant se réveiller.

- Oublie ça, tu devrais te remettre au travail ou tu vas avoir des ennuis.

Aussitôt, l'elfe retrouva ses esprits et se précipita vers ses casseroles, mais cela ne l'empêcha pas de lancer des coups d'œil furtif vers son jeune maître, tout comme l'autre elfe plus âgé, qui avait bien évidemment entendu la conversation.

Sirius fut interrompu dans une nouvelle lecture de sa lettre par la sonnette d'entrée. Posant son parchemin, il tendit l'oreille. Il était trop tôt pour que son père rentre et aucune visite n'était prévue aujourd'hui.

Les bruits de pas du maître d'hôtel résonnèrent dans l'escalier et le cliquetis des différentes serrures retentit lorsqu'il ouvrit la porte. Il y eut un échange de paroles – il s'agissait apparemment d'un homme – puis le serviteur fit entrer le visiteur et lui proposa de le débarrasser. Rassemblant ses souvenirs, Sirius tenta de trouver dans sa mémoire la voix de l'inconnu mais il dut se rendre à l'évidence qu'il ne la connaissait pas.

Intrigué, il attendit que les deux hommes aient monté les escaliers pour sortir de la cuisine. Pour que le maître d'hôtel le laisse entrer si facilement, il fallait qu'il s'agisse de quelqu'un qui était déjà venu, or sa mère les obligeait, lui et son frère, à être présents à l'arrivée des invités, quels qu'ils soient. Il s'avança dans le vestibule et examina la cape accrochée au portemanteau. D'une étoffe ocre soyeuse, le tissu était richement décoré de fioritures rouge sang dont les arabesques rappelaient vaguement des illustrations de caractères magiques chinois qu'il avait un jour vues dans un des rares livres qu'il avait ouverts de la bibliothèque de sa mère.

Il s'apprêtait à pousser son examen plus loin lorsque Kreattur descendit les escaliers.

- Monsieur Sirius est demandé par sa mère au salon, annonça-t-il.

- Je viens.

L'elfe le regarda avec suspicion, son regard allant de l'enfant à la cape, sûrement étonné qu'il obéisse aussi facilement. Mais la vérité était que ce visiteur intriguait Sirius avant même de l'avoir rencontré, aussi suivit-il sans rechigner l'elfe jusqu'au salon, où il le fit entrer.

Regulus était déjà présent, visiblement surpris et gauche – ce qui ne changeait pas de l'ordinaire, songea Sirius –, se tenant debout devant le canapé. Nocera Black était installée à la manière d'une reine dans le fauteuil qui se trouvait sur la gauche. Intérieurement, Sirius poussa un soupir de soulagement, pour les visiteurs importants et dont les apparitions n'apportaient jamais rien de bon, Nocera s'asseyait toujours à leur droite, sans doute pour prouver ses "bonnes intentions".

- Tu as mis du temps, remarqua sèchement sa mère.

- Kreattur doit se faire vieux, répondit poliment Sirius.

Nocera fronça les sourcils mais ne releva pas.

- Avance donc que je te présente.

Sirius contourna le canapé, duquel s'échappait des volutes de fumée, et se retrouva face au visiteur. Pour une fois, le garçon sentit toute sa verve et sa suffisance s'envoler en découvrant l'homme auquel il faisait maintenant face.

Élancé, un visage fin, des cheveux noirs coiffés en arrière, une petite moustache et des yeux gris perçant comme des pics de glace, le personnage avait un charisme et une présence comme Sirius n'en avait jusqu'alors vus que chez sa mère. Il était vêtu d'une robe de sorcier terre de sienne aux reflets châtaigne sur laquelle s'étalaient les mêmes idéogrammes que sa cape, en gris jaune, et une ceinture argent et marron ceignait sa taille, supportant le fourreau argent et sculpté d'un poignard ainsi qu'un autre étui, plus fin et ciselé, pour sa baguette magique.

L'impression de noblesse qui se dégageait de lui était accentuée par le cigarillo qu'il tenait à la main d'une façon nonchalante, son regard pénétrant posé sur Sirius.

- Alphar, je te présente mon fils aîné, Sirius. Sirius, salue ton oncle je te prie.

Il fallut un moment au cerveau de Sirius pour intégrer l'information apportée par sa mère. L'homme qui se tenait devant lui était Alphar Doissan, le frère de sa mère. L'identité du visiteur refroidit brusquement les impressions de magnificence de l'enfant et il soutint le regard de cet oncle qu'il rencontrait pour la première fois.

- Ravi de faire votre connaissance, mon oncle, dit-il d'une voix posée sans détourner ses yeux de ceux de l'homme.

Il sentait le regard impressionné que lui lançait son jeune frère et savait qu'il allait être puni pour son insolence, mais il n'en fut rien. L'oncle Alphar tira sur son havane et souffla lentement la fumée sans quitter son neveu des yeux puis hocha la tête.

- Tout le plaisir est pour moi Sirius, j'ai beaucoup entendu parler de toi.

Sa voix était claire et posée, pas un mot plus haut que l'autre, réglée comme du papier à musique. Il était bien le frère de sa sœur et Sirius s'inquiéta quelque part de ce que son retour pouvait signifier.

Ni lui, ni Regulus, ne connaissait vraiment cet homme. Ils savaient qu'il voyageait beaucoup à travers le monde, amassant une fortune considérable grâce aux diverses mines d'extraction d'éléments magiques qu'il possédait, et qu'il était veuf depuis plusieurs années, sa femme ayant été emportée par une maladie tropicale. Mais on parlait rarement de lui au 12 Square Grimmaurd, si ce n'était lorsque Nocera recevait une de ses rares lettres.

Sirius réalisa vite que la visite de son oncle était aussi impromptue à sa mère qu'à lui-même.

- Tu me disais que tu ne revenais en Angleterre que pour un temps limité, remarqua-t-elle en lançant à son frère un regard interrogatif poli.

- En effet, je passais surtout te rendre visite ma chère sœur.

Cette fois, Nocera plissa légèrement des yeux, son frère ne devait pas être le genre d'homme à se déplacer par pure politesse.

Un mouvement au pied du canapé fit baisser la tête de Sirius et il découvrit une elfe de maison qu'il n'avait jamais vue. Elle appartenait vraisemblablement à son oncle et le garçon resta un instant bloqué sur la créature. Il y avait quelque chose d'étrange chez elle, elle ne ressemblait pas vraiment à une elfe : ses yeux étaient plus petits, comme ses oreilles, elle semblait en revanche un peu plus grande que ses congénères et elle se tenait droite. Pendant quelques secondes, elle releva la tête, sentant sûrement le regard insistant du neveu de son maître, et leurs yeux se croisèrent. Sirius se retint à temps d'avoir un sursaut, ce regard n'appartenait définitivement pas à un elfe : il était pétillant, intelligent et, étrangement, narquois. La créature rebaissa la tête et Sirius oublia ses impressions étranges lorsque sa mère poussa une exclamation de surprise.

- Tu n'y penses pas Alphar !

Sirius n'avait absolument pas suivi la conversation et se demanda ce qui pouvait faire perdre à sa mère son calme.

- Il doit rester ici, continua-t-elle plus calmement, il doit poursuivre son apprentissage.

Le ton de Nocera était de ceux dont on ne peut contester les paroles, même Procyon Black se taisait lorsque sa femme employait cette voix-là… mais pas l'oncle Alphar, apparemment.

- Il aura autant à apprendre de ce voyage, déclara l'homme après avoir aspiré une nouvelle bouffée de fumée. Ma proposition ne souffre aucun refus, je tiens à ce que Sirius m'accompagne, nous en avions déjà parlé. L'année de son entrée à Poudlard, il était convenu qu'il vienne faire un voyage avec moi.

Sirius ouvrit de grands yeux, stupéfait. Il souhaitait l'emmener dans un de ses voyages dans le monde ? Pour quelle raison ? Quel était l'intérêt pour lui ? Et pourquoi sa mère refusait-elle s'il avait déjà été établi qu'il le rejoindrait ?

- Les choses ont changé, Alphar, dit sèchement Nocera, oubliant les faux semblants. Sirius ne peut quitter l'Angleterre en ce moment, c'est impossible. Lorsque nous avions parlé de cela, nous savions tous deux très bien que tu ne tiendrais pas cet engagement, alors que te prend-il, brusquement, de vouloir le connaître ?

- J'ai appris des choses assez intéressantes… Par ailleurs, mes raisons ne te regardent en aucune façon, à moins que tu n'aies l'audace de me contredire.

Pour la première fois, il tourna son regard vers sa sœur, alors qu'il avait jusque là fixé le feu, et Nocera se raidit, visiblement mal à l'aise. Ses deux fils n'en croyaient pas leurs yeux, ainsi, il existait quelqu'un capable de la faire plier ? Ça n'avait rien d'engageant quant à la nature de l'homme.

- Procyon n'acceptera jamais, lâcha-t-elle comme un dernier recours.

Son frère rigola à la mention de Procyon Black. C'était un rire dédaigneux et moqueur, un rire qu'on ne servait pas à un Black, jamais.

- Ton mari sait y faire en politique, mais ce n'est sûrement pas l'avis d'un Black qui me fera changer d'avis, j'aurai même plutôt tendance à lever ma garde et à faire front juste pour le plaisir, assura-t-il d'un ton narquois.

- Comment peux-tu parler ainsi de la famille de Procyon ?

Nocera s'était redressée et Sirius sentait poindre d'un instant à l'autre une crise de folie.

- Pourquoi ne le ferai-je pas ? Ton mari a dû s'en donner à cœur joie pour ridiculiser notre nom. Il est d'un nationalisme déplorable.

Sirius savait très bien ce à quoi faisait allusion son oncle. Si lui-même et sa sœur étaient nés en Angleterre, les Doissan étaient originaires de France. Ils étaient aussi puissants là-bas que les Black en Angleterre – le garçon s'était d'ailleurs demandé s'ils ne l'étaient pas plus, compte tenu du caractère de sa mère. Il ne comptait plus le nombre de fois où son père avait énuméré les "états de service" de sa famille et de celle de sa femme pour les comparer et en arriver à la conclusion que les Black étaient de loin les plus puissants. Nocera ne disait rien pour le contredire, elle semblait fière d'avoir été promise à la prestigieuse et noble famille Black et le pouvoir qu'elle y avait était sans aucun doute plus considérable que celui qui lui était accordé au sein de sa famille de sang.

- Par ailleurs, ce n'est pas ton avis ou celui de ton mari qui m'intéresse. Je suis certain que Sirius est assez grand pour décider.

Il se tourna de nouveau vers Sirius, qui fut pris de court. Devait-il réellement répondre à la question ? Un coup d'œil à sa mère lui indiqua que non, elle était prête à exploser. Alphar dut capter l'inquiétude dans les yeux de l'enfant, car il se leva tranquillement du canapé et le désigna à sa sœur.

- Tu me parais fatiguée, tu devrais te rasseoir.

Toute la colère et l'indignation de la femme se recroquevillèrent brusquement devant la taille de son frère. Il était grand sans être vraiment imposant, mais il avait cette aura charismatique qui faisait comprendre aux autres qu'il ne valait mieux pas revenir sur ses décisions. Il en revint à Sirius et réitéra sa question.

Ce n'est qu'à ce moment que Sirius réalisa qu'il lui donnait réellement le choix. Il avait la possibilité de quitter cette maison honnie pour une période indéterminée, mais dans le même temps, il ignorait ce que pouvait lui réserver cet oncle étrange et inquiétant. Il se pouvait que ce soit mieux qu'ici, comme il se pouvait que ce soit pire, mais peut-être serait-il plus facile de partir de chez son oncle avant le départ pour le voyage que du Square Grimmaurd…

- Ce serait un plaisir de vous accompagner, mon oncle, répondit-il en se souvenant les cours de bienséance de sa mère.

- Parfait, alors va faire tes bagages et prend tout ce dont tu as besoin.

- Maintenant ?

Les cris de la mère et du fils résonnèrent en parfaite unité.

- Tu veux nous le retirer jusqu'à la fin des vacances et tu ne nous laisses même pas…

- Ne me parle pas de la douleur des séparations et autres, Nocera, la coupa Alphar, pas avec moi. Pas plus toi que ton mari n'y êtes familiarisés. Je garderai Sirius jusqu'à la fin des vacances, je me chargerai de ses affaires et je le conduirai moi-même à King's Cross le jour de la rentrée. Si Procyon a des choses à redire, il me les adressera par courrier.

Il se tourna vers Sirius, le regard noir.

- Tu ne vas pas rester planté là toute la journée, lui lança-t-il. Quand je dis quelque chose, on l'exécute sans que j'aie à le répéter. Alors ?

Sans même chercher à le défier, il sortit, suivi de Regulus, et alla préparer ses affaires, encore un peu groggy de toutes ces informations.

- J'aimerai bien partir en voyage, moi aussi, grommela son frère en prenant bien soin de ne pas franchir le seuil de la chambre de son frère.

- On n'emmène pas les pleurnichards trouillards en voyage, répondit mécaniquement Sirius en jetant tout ce qui lui tombait sous la main dans une malle.

- Je ne suis pas… commença à s'énerver Regulus.

Mais Falke se réveilla à ce moment là et se laissa tomber juste devant lui. Il poussa un cri perçant et se réfugia dans sa chambre pour s'y enfermer.

Sirius arrêta aussitôt de faire ses valises et regarda la chauve-souris en se mordillant la lèvre. Il attrapa finalement du parchemin et une plume du nécessaire à correspondance et griffonna un mot à la va-vite.

Il y a du changement, je ne reste pas au Square Grimmaurd.

Pas le temps, je t'expliquerai mieux plus tard.

Sirius

Il plia le parchemin aussi petit qu'il put, l'accrocha à l'une des pattes de Falke et laissa la roussette sortir. Cinq minutes plus tard, il était de nouveau devant sa mère et son oncle, une grosse malle à ses pieds.

- Nous n'allons pas t'importuner plus longtemps, déclara l'oncle Alphar en appliquant un locomotor barda aux affaires de son neveu. A plus tard Nocera, ce fut un plaisir.

Sa sœur répondit poliment mais le cœur – si tant est qu'elle en ait un, grommela intérieurement Sirius – n'y était absolument pas.

Devant la porte, une calèche tirée par deux magnifiques chevaux noirs attendait patiemment son maître. Il commença par laisser monter Sirius dans l'intérieur luxueux et capitonné de velours noirs puis monta à son tour alors que la créature qui l'accompagnait prenait les rênes et enjoignait aux chevaux de se mettre en marche.

Sirius n'osait pas prononcer le moindre mot et préféra regarder le temps brumeux qui s'était installé au dehors, plutôt inhabituel pour la saison. Il distinguait à peine les immeubles alentours et, bientôt, ne vit rien d'autre qu'un écran grisâtre. Celui-ci persista quelques minutes puis s'estompa petit à petit, dévoilant, à la grande surprise du garçon, des arbres puis une forêt clairsemée alors que la calèche avançait à vive allure sur une route de terre sans que ses occupants aient à se soucier du moindre dérangement.

Le brouillard s'était maintenant totalement levé pour rendre à cette journée d'été le soleil resplendissant qui lui correspondait. Au détour d'un virage, Sirius fut ébloui par un de ses rayons et, lorsqu'il recouvrit la vue, ce fut pour découvrir un immense manoir du XVIIIème siècle qui se dressait face à un gigantesque domaine constitué d'une plaine d'herbe tendre malgré la sécheresse qui sévissait sur le pays depuis le début du mois de juillet.

Le hall d'entrée devait être aussi grand que le Square Grimmaurd d'après Sirius et il en oublia presque la présence de son oncle à ses côtés, occupé à observer la richesse qui s'étalait en ces lieux, les portraits accrochés aux murs l'observant de même.

- Métys, montre donc ses quartiers à Sirius et tu le mèneras ensuite au petit salon, déclara le maître des lieux.

- Bien monsieur, répondit l'"elfe" d'une voix presque ironique.

Alors qu'elle le menait à sa chambre, Sirius oublia d'examiner les couloirs qu'ils traversaient pour reporter de nouveau son attention sur la créature. A quelle race pouvait-elle bien appartenir ? Sa manière de répondre à son maître était plutôt surprenante et insolente, alors pourquoi Alphar Doissan la gardait-il à son service ?

- C'est ici que vous dormirez, annonça Métys en ouvrant une porte à double battant et en déposant au sol la malle qui les avait suivis.

Sirius voulut mieux observer les lieux mais la créature ne lui en laissa pas le temps et referma la porte avant qu'il ait pu entrer.

- Maintenant, il faut que vous alliez voir monsieur Doissan, déclara-t-elle, suivez-moi.

Surpris, mais n'osant pas contester, il la suivit de nouveau. Cette fois, il ne songea plus à observer quoi que ce soit mais plutôt à la conduite à adopter. Un sourire narquois apparut sur ses lèvres et il porta automatiquement la main à sa chaîne en argent. L'oncle Alphar, aussi dangereux puisse-t-il être, apprendrait comme les autres à quoi s'en tenir avec lui.

Métys pénétra la première dans le petit salon et le garçon la suivit, refermant la porte derrière lui. Il s'arrêta net dans le mouvement qu'il amorçait pour avancer dans la pièce en la découvrant.

Quatre immenses fenêtres laissaient pénétrer une lumière considérable dans le salon, permettant au soleil de caresser les tableaux qui y étaient exposés. Sirius n'avait jamais vu des tableaux semblables. Pour la plupart, il s'agissait de paysages d'Afrique mais d'autres avaient visiblement pour sujet l'Asie ou l'Amérique Latine. Des personnages autochtones vaquaient à leurs occupations dans les peintures, comme il se devait pour des œuvres sorcières, mais il y avait quelque chose en plus.

Sirius n'avait toujours connu que des tableaux aux couleurs fades, que ce soit chez lui ou à Poudlard, les œuvres étaient certes magnifiques, mais elles manquaient de vie, elles s'intégraient au décor sans vraiment venir le perturber, mais là… Les couleurs chaudes étaient lumineuses, les traits des personnages durs et dynamiques, leurs yeux pétillaient comme s'ils étaient réellement vivants.

Entre deux fenêtres, un guerrier africain muni d'un immense bouclier oblong et d'une lance le fixait intensément, faisant aller la pointe de sa lance de lui à la plaine sur laquelle il se trouvait. La légende indiquait « Guerrier Massaï ». Un peu plus loin, dans un tableau aux traits plus doux, une cueilleuse de riz asiatique s'essuyait le front d'un air un peu las puis lui adressait un sourire engageant et un clin d'œil avant de retourner à sa tâche, ses vêtements aux couleurs vives se détachant sur le vert tendre des cultures en terrasses.

Des scènes aussi diverses s'offraient aux yeux émerveillés du garçon dans les multiples cadres de bois noir, acajou, ocre ou aveline.

- Mes tableaux te plaisent, on dirait, remarqua la voix de son oncle, le sortant de sa contemplation d'un groupe d'indiens dans une fête traditionnelle aux couleurs chatoyantes.

- C'est vous qui les avez peints ? s'étonna Sirius.

- Tu t'attendais à des trophées de chasseur ? demanda l'homme avec ironie.

S'il devait être franc, Sirius aurait répondu que oui. Alphar Doissan avait la réputation d'un aventurier et s'il s'était attendu à quelque chose, c'était bien à trouver des têtes d'hippogriffes ou de licornes accrochées aux murs et certainement pas des tableaux représentant, qui plus est, des scènes de la vie moldue. Il préféra s'abstenir de tous commentaires et, tournant effrontément le dos à son oncle, poursuivit son exploration de la salle.

Un long moment, Alphar se contenta de le laisser découvrir à sa guise et ce n'est que lorsque Sirius posa sa main sur la poignée d'une petite porte qu'il reprit la parole.

- Il paraît que ton pouvoir fait honneur à la famille Black.

Le garçon se détourna immédiatement de la porte pour adresser un visage furibond à son oncle.

- Je ne ferai jamais rien qui puisse porter honneur aux Black !

Métys ricana mais Alphar ne lui fit aucun commentaire.

- Jusqu'à preuve du contraire, tu es pourtant un Black, répondit son oncle avec un sourire en coin assez désagréable.

- Ne vous inquiétez pas, depuis le temps que je la cherche, je finirai bien par la trouver, cette preuve, répondit Sirius.

Un autre silence s'installa durant lequel son oncle l'observa intensément. Sirius se demandait pourquoi il ne l'avait pas encore puni mais, d'après ce qu'il avait compris, son oncle n'aimait pas sa belle famille, c'était sûrement l'explication. Il arrêta de se faire des illusions lorsque l'homme se leva en sortant sa baguette et se prépara à recevoir le coup, quel qu'il soit, sans broncher.

Il ne pointa cependant sa baguette vers lui que pour lui désigner sa robe.

- Allez mon garçon, sors la tienne, que je vois ce que tu vaux.

- Vous voulez qu'on s'affronte ? s'étonna Sirius.

- Je veux savoir si ce qu'on dit est vrai. Sors la donc ou je risque de te blesser.

Prudemment, avec un regard suspicieux, il sortit sa baguette et se tint face à son oncle.

- Métys, tu donnes le coup d'envoi ?

Elle ne répondit pas mais lança quasi immédiatement un « Allez ! ». Sans se laisser prendre de court, Sirius leva sa baguette, lança le sortilège de Désarmement et… la baguette de son oncle lui atterrit dans la main. Celui-ci n'avait même pas amorcé un mouvement. Le garçon n'y comprenait plus rien, il s'était attendu à perdre face à cet homme qui semblait si puissant, mais il ne lui avait même pas opposé de résistance. Sa stupeur alla crescendo alors que Métys secouait la tête en soupirant.

- Tu es toujours aussi mauvais en duel, mon pauvre, déclara-t-elle d'un ton faussement dépité.

- C'est indéniable, acquiesça calmement Alphar, le regard dans le vague, semblant réfléchir. Je ne sais pas trop, qu'est-ce que tu en dis, toi ?

- J'en dis que ce petit a un sacré culot et qu'il ne paraît pas porter sa famille dans son cœur.

- C'est ce que je pensais également, répondit l'oncle avec un demi sourire.

A ce moment là, un changement fulgurant transfigura Alphar Doissan. Lorsque son regard croisa de nouveau celui de Sirius, il était rieur, avenant et amical, son sourire ne portait plus la moindre trace de la méchanceté propre à Nocera Black. Le garçon avait l'impression qu'un autre homme se tenait devant lui.

- Sirius, je sens que nous allons aussi bien nous entendre tous les deux que je me suis entendu avec ta cousine Andromeda.

La mention de sa cousine calma un peu le garçon mais il resta sur ses gardes, prudent.

- Je n'aurai jamais dû faire sa connaissance puisque, après tout, nous ne sommes pas apparentés, mais j'ai souvenir d'une soirée, alors qu'elle avait six ans, où elle m'a surprise par sa… différence. La raison pour laquelle je suis revenu, c'est que j'avais entendu dire que tu étais comme elle et que tu n'étais pas à la "hauteur" de la famille Black. Je suis d'accord en cela, tu es bien plus haut qu'eux, ajouta-t-il en lui adressant un clin d'œil.

- Alors… vous ne partagez pas leurs idéaux ? demanda Sirius, pas tout à fait certain de la confiance qu'il pouvait accorder à cet homme.

- Je ne l'ai jamais fait. Enfant, on me répétait ces doctrines de grandeur et je n'y croyais pas. Mais je n'étais pas aussi vif et concerné que toi, je me suis réfugié assez tôt dans la peinture et c'est d'ailleurs ce qui m'a révélé mon don.

- Il faut avouer que vous avez un talent incroyable, reconnut Sirius. Enfin, c'est pas comme si j'étais expert non plus, grimaça-t-il, mais j'aime vraiment ces tableaux.

- Pas besoin d'être expert Sirius, ton jugement a la valeur que tu veux bien lui offrir, ne l'oublie jamais. Par ailleurs, même les experts le reconnaissent mais je ne sais pas si j'ai vraiment de mérites. Vois-tu, je n'ai jamais été doué pour la magie, attaque, défense et tout le reste mais j'ai découvert que j'avais le don des peintres-magiciens. La plupart des peintres sorciers peignent puis donnent vie à leurs tableaux, moi, je les peints à vif. Les couleurs et les courbes vivent dés que je les couche sur la toile, c'est mon don, mon pouvoir. J'ai toujours eu des facilités pour l'animatio, donner la vie à l'inanimé, tout comme les métamorphomages sont doués pour la métamorphose et les visionnaires pour l'illusion.

- Les visionnaires ? demanda vaguement Sirius en regardant d'un autre œil les tableaux.

- Des sortes de voyants, mais il n'en existe plus aujourd'hui, ils avaient un pouvoir qui en dérangeait plus d'un… Mais bon, je ne vais pas non plus te faire un cours. Alors dis-moi, si tu me parlais un peu de toi ?

- Vous êtes sérieux ? s'étonna Sirius. Vous voulez que je vous raconte ma vie ?

- Je suis ton oncle, répondit simplement Alphar.

- Pas faux…

- Je vais vous laisser faire connaissance en ce cas, déclara Métys. Nous nous reverrons au dîner. Alphar, je m'occupe de préparer le voyage.

- Très bien Métys, je te remercie.

La créature sortie, l'homme capta le regard intrigué de Sirius.

- Le père de Métys était un gobelin et sa mère une elfe, expliqua-t-il.

- C'est possible ça ?

- Comme tu le vois, répondit justement son oncle. Métys n'est pas une servante, je tiens à te prévenir, nous entretenons des relations amicales très enrichissantes, alors ne t'avise pas de la traiter comme une moins que rien, ni personne d'autre ici d'ailleurs.

- Vous me prenez pour qui ? s'insurgea Sirius.

Son oncle ne répondit pas mais haussa un sourcil et le garçon grommela. Il finit par désigner la petite porte qu'il avait failli passer au début de leur discussion.

- Y'a quoi derrière ?

- D'autres tableaux, mais tu es trop jeune pour les voir.

Sirius le regarda avec étonnement.

- Pourquoi cela ?

- J'ai nommé ces pièces – car il y en a trois et j'en rajouterai sûrement par la suite – les miroirs d'illusion. Tu comprendras pourquoi lorsque je te les montrerai, peut-être l'an prochain, qui sait. Pour le moment, comme je le disais, j'aimerai que tu me parles de toi.

Et, installé dans un fauteuil, sous l'œil attentif et intéressé des divers tableaux et de son oncle, Sirius commença à parler.

(à suivre…)

Au départ, je comptais faire un seul chapitre sur « les vacances » mais vu que je me suis amusée à développer le perso de l'oncle Alphar… Y'aura d'autres chapitres en fin de compte. Ah oui, pour Alphar Doissan, bon, je sais que c'est pas très original, mais bon voilà quoi… Je pense que vu le perso, les Finistériens ne devraient pas trop m'en vouloir -)