Bella avait fini par perdre la notion du temps, comme s'il avait pris des allures d'infini. Elle marchait sans relâche. A tel point que ses jambes ne supportaient plus son poids et fléchissaient au moindre effort. Désormais, son esprit s'embuait et elle se sentait défaillir. Néanmoins ce n'était pas de la colère. Juste la fatigue qui prenait le dessus sur ses capacités intellectuelles. Ainsi tout son corps se trouvait en position de faiblesse. Peut-être faudrait-il qu'elle s'assoie, qu'elle se repose juste un instant. Prenant soin de mesurer la distance qui la séparait du sol, elle s'y allongea. Ironie du sort : elle pensa que c'était la seconde fois dans une période qu'elle aurait dit courte, qu'elle se retrouvait dans cette situation : étendue sur une surface recouverte de végétation. Elle trouvait ce calme ambiant apaisant. Au point de se laisser bercer et de sombrer dans la brume qui opacifiait sa logique, délivrant son subconscient et les doux rêves qu'il habitait.
Ses songes étaient emplis de bizarreries. De temps à autre des visages réussissaient à transpercer la texture nuageuse qu'étaient devenus ses rêves. Des visages tantôt familiers, tantôt inconnus mais toujours d'un réalisme hors du commun. Celui d'Alice revenait plus souvent que les autres, s'imposant à Bella tel le soleil transperçant le brouillard jusqu'à lors constant de son esprit. Alice était d'une beauté extraordinaire, presque pure. Ses cheveux de jais se balançaient doucement autour de son crâne comme si un vent que personne ne pouvait sentir, les agitaient. Ses lèvres charnues étaient d'un rouge presque surnaturel mais tellement belles à regarder. D'autres visages, plutôt disgracieux, si tant est que la race vampirique puisse l'être, se mirent à flotter autour d'Alice, comme pour étouffer sa beauté. La seconde d'après Alice avait disparût et Bella gisait sur le sol, en position fœtale.
Bella s'aperçu rapidement que son rêve si réaliste était peut être bien réel ! Ses pensées étaient confuses. Elle n'eut pas le temps de se remettre de ses émotion ni de s'interroger sur la signification de se songe étrange, car un visage monopolisait son champ de vision. Un visage étrangement beau qui appartenait sans doute aucun au sexe masculin, d'une pâleur extrême, presque translucide. Des yeux d'un vermillon à faire frissonner le plus courageux des hommes en ornaient le centre. Bella hoqueta de peur mais se repris avant que la main fraiche de cet être étrange lui frôle l'avant- bras.
S'interrogeant sur le parcours sinueux qu'exerçais le long doigt de l'inconnu sur son bras (dont la peau donnait un contraste assez marquant avec celle du vampire), elle entreprit de le suivre des yeux. Le doigt fin de cette mystérieuse créature suivait la marque de crocs qui se situait à la base de son poignet et dont le souvenir était encore douloureux. Une voix cristalline perça le silence devenu pesant, de la forêt ambiante : « Je me nomme Jared, et d'après ce que je vois ce n'est pas la première fois que tu as affaire à une créature de mon espèce. Comment te sens-tu ? »
Tant d'informations en une seule phrase ! C'en était surement trop pour mon cerveau engourdi car Bella resta bouche bée, les yeux vides de toute émotion. Pourquoi ne réagissait-elle pas ? Depuis la seconde où ses émotions l'avaient envahi, à son réveil, son but ultime avait été de trouver des nomades capables de l'aider pour détruire celui qui l'avait blessé irrémédiablement. Cette seule pensée suffit à la faire sortir de sa torpeur. Elle répondit aussitôt avec une ferveur mal contrôlée : « Enchantée Jared, je me nomme Bella. Malheureusement vous dites vrai, les vampires ne sont pas vraiment connus pour leur douceur en ce qui concerne leurs « proies ». Et si je puis me permettre la manière dont je me porte ne vous regarde en rien. Et je vous serais gré de ne pas me tutoyer, je ne vous connais ni d'Eve ni D'Adam. »
Un mélange de surprise et de patience traversa le visage divinement terrifiant de Jared. Cependant sa réponse fut froide : « Ma chère petite, à vue de nez il semblerait que mon âge me permette de vous tutoyer, ensuite, j'ai eu la bonté de ne pas vous tué alors que ma partie de chasse venait de débuter et que vous étiez inconsciente et donc une cible facile de ce fait il me semble légitime de vous demander comment vous vous sentez. Pour finir je vous certifie que je ne vous tuerez pas si vous m'accompagnez à quelques kilomètres d'ici. Je vous présenterais quelques amis. Vous n'avez cas m'autoriser à vous tutoyer et me raconter votre mésaventure vampirique pour passer le temps. Qu'en dites-vous ? »
Bella hésitât. Son expérience des nomades lui disait de prendre ses jambes à son cou mais son esprit de vengeance lui criait que cette chance ne se représenterait plus. Elle décida de suivre la voix intérieure qui faisait le plus de bruit. Elle agrippa la main tendue que le vampire lui avait précédemment tendue, se releva d'un bond puis d'une allure rapide (humainement parlant) s'enfonça dans la masse verdâtre de la forêt dense, au bras d'un vampire dont elle ne connaissait rien.
