Chapitre 2 : Enquête sans issue
Deux jours après, profitant de la distraction d'un de ses professeurs, Astrea avait trouvé le moyen de se faufiler pour rejoindre ses deux meilleures amies, Anthea et Leana. Elles étaient liées depuis leur toute petite enfance et inséparables.
« Il y a eu un homme ici, tu es sûre ? », questionna Astrea.
Anthea acquiesça en secouant vigoureusement sa chevelure blonde.
« Oui et il semblerait qu'il ait échappé à nos lois et ait survécu à son séjour… »
Un fol espoir fit battre plus vite le cœur d'Astrea.
« Alors, c'est peut-être lui ! »
Leana secoua la tête.
« Non, les dates que nous avons réussi à glaner malgré les ordres de Hebihime, bien que très floues, ne correspondent pas… »
Astrea serra les poings.
« Raaah, encore un coup pour rien ! Mais qu'est-ce qui s'est donc passé pour que ma mère ne veuille rien me dire et surtout interdise qu'on me dise quoi que ce soit ! Je suis la fille d'un criminel mondial ou quoi ? »
Leana posa son carnet de notes.
« Si tel était le cas, ça expliquerait pas mal de choses. Hebihime est shichibukai, elle ne peut pas se permettre ce genre de choses, et elle perdrait son titre si cela venait à se savoir… »
Un sourire fendit alors les traits réguliers d'Astrea.
« Alors nous n'avons plus qu'à chercher dans cette voie… »
Plusieurs jours après…
La nuit était tombée sur le palais mais Boa Hancock ne dormait pas. Assise sur son lit, seulement vêtue d'une tunique diaphane, elle réfléchissait. La démarche de sa fille l'amenait à se remettre profondément en question. Avait-elle bien fait de ne rien lui dire ?
Avec les années, elle se rendait compte à quel point sa décision avait été égoïste. C'était elle qui avait absolument voulu un enfant et qui avait tout fait pour cela. Il n'en avait jamais rien su, elle ne l'avait de toute façon pas revu depuis treize ans et elle avait tout fait pour qu'il n'en sache rien. Elle ne savait même pas où il se trouvait, probablement quelque part dans le Nouveau Monde.
Devenir mère l'avait beaucoup changée, la faisant devenir moins individualiste et un peu moins égoïste. Jusque-là, jamais aucun homme ne lui avait donné cette envie de porter un enfant, et aucun ne l'avait fait depuis la naissance d'Astrea. Sa fille avait bouleversé sa façon de voir le monde, de ressentir les gens, même si elle avait gardé face à ceux de la Marine ses manières prétentieuses et insupportables pour donner le change. Ils ne savaient pas qu'elle avait eu une fille, elle avait soigneusement évité de prendre la mer avec les pirates Kuja dès que son état avait été visible et, vu qu'aucun homme n'était admis sur l'île, son secret était soigneusement gardé pour l'instant.
La naissance de sa fille avait comblé une partie d'elle dont elle ignorait l'existence, et ceci dès le moment où, après des heures de souffrance, elle avait croisé son premier regard. Alors elle avait su que tout cela en valait la peine. Mais, à présent, elle commençait à en douter quelque peu. Avait-elle si peu anticipé l'obstination de sa fille ? Elle avait vraiment de qui tenir et elle s'en rendait compte davantage de jour en jour.
Elle ramena la masse de ses longs cheveux derrière elle et eut un soupir. Elle se trouvait à la croisée des chemins et il allait falloir qu'elle prenne rapidement sa décision…
L'aube suivante trouva Astrea en train de courir dans la forêt qui entourait la ville principale de l'île. C'était quelque chose qui faisait partie de son entraînement et qu'elle faisait tous les matins. Cela lui permettait aussi de se retrouver seule avec elle-même pour réfléchir, et elle en avait besoin ces derniers temps. Toutes ses tentatives pour réunir des informations concernant son père se finissaient dans une impasse, et elle commençait à se demander s'il existait vraiment. Mais elle ne désespérait pas d'y arriver, et elle avait durci d'elle-même son entraînement pour devenir plus vite digne d'obtenir ses galons de guerrière et d'intégrer l'équipage de pirates.
Un peu plus loin, sur les remparts du palais, Margaret et Aphelandra regardaient courir la jeune fille. Elles la connaissaient bien et étaient chargées de quelques aspects de son entraînement. Ces temps derniers, elles la surveillaient davantage sans en avoir l'air. Elle n'aurait pas été bien loin vu que l'île se trouvait sur Calm Belt, mais on ne savait jamais…
Dans le port, le bateau des pirates Kuja se préparait à lever l'ancre pour une expédition au long cours à laquelle prendrait part l'impératrice. Cela ne lui était que peu arrivé depuis la naissance d'Astrea mais il fallait qu'elle conserve son statut à tout prix. Elle laisserait donc sa fille au palais sous la surveillance de Marigold alors que Sandersonia viendrait avec elle.
Quand la princesse rentra au palais après avoir couru, on lui fit dire que sa mère voulait la voir.
« Comme je te l'ai dit, je serai absente plusieurs semaines. Tu resteras ici avec ta tante Marigold, comme d'habitude. Tu as intérêt à ne pas l'ennuyer, sinon tu auras affaire à moi quand je rentrerai… »
La jeune fille soupira. Sa mère ne pouvait-elle varier son discours ?
« Que veux-tu qu'il arrive, maman ? Je ne peux aller nulle part et, de toute façon, je dois m'entraîner pour devenir encore plus forte… »
Une étrange lueur brillait dans le regard d'Astrea, et Hancock comprit.
« Tu es encore un peu trop jeune pour faire partie des pirates Kuja, Astrea… »
Les poings de la jeune fille se serrèrent et elle répliqua à sa mère :
« Mais je suis assez grande pour savoir qui est mon père ! Je veux savoir ! Dis-le-moi ! »
Ainsi le moment de la confrontation directe était arrivé. L'impératrice pirate croisa les bras et regarda sa fille dans les yeux.
« Non, Astrea… », dit-elle très calmement, sans ciller.
La jeune fille perdit son calme.
« Mais qu'a-t-il fait pour que tu ne veuilles pas me dire son nom ? Était-ce un criminel ? », s'écria-t-elle.
La jeune fille n'était finalement pas tellement loin de la vérité, mais Hancock ne céda pas.
« Tu n'as pas besoin de savoir qui il est. Tu es une amazone, les amazones n'ont pas de père ! », dit-elle d'une voix coupante.
Son ton se radoucit quelque peu.
« Ne cherche pas à savoir, tu te ferais plus de mal que de bien, crois-moi…tu es ma fille, de cela tu peux être sûre, et je suis fière de toi, ne l'oublie jamais ! »
Elle s'approcha d'elle et lui déposa un baiser sur le front avant de sortir, Salomé sur les talons. Astrea resta là, interloquée, ne comprenant pas la réaction de sa mère mais plus décidée que jamais à en savoir plus…
A suivre…
