La lueur du jour s'infiltrait par les stores de sa chambre d'hôtel. Lovée dans sa couette blanche, notre jeune artiste entrouvrit les yeux. Le réveil sur la table basse indiquait 9 heures. Elle lâcha un bâillement ensommeillé, satisfaite du confort que ce lit lui avait procuré. Or, il était temps pour elle de se lever.

Elle se redressa lentement, la tête dans les vapes ; bien que son corps fût programmé pour toujours se réveiller de bonne heure, la jeune femme mettait toujours un peu de temps à entrer pleinement en activité. Le petit-déjeuner était prioritaire. Elle se saisit du téléphone puis appela le service d'étage, commandant un brunch pour se remettre d'aplomb.

Oh, elle n'avait pourtant rien de particulier à faire, ce jour-là… Sa tournée terminée, elle aurait droit à quelques jours de repos pour pouvoir se ressourcer. Se motivant, elle sauta de son lit puis se dirigea vers la salle de bain dans l'objectif de prendre la douche salvatrice de fin de soirée.


Pendant qu'elle essayait de trouver une tenue dans ses bagages, son repas arriva à bon port. Fait étonnant, sa valise était composée majoritairement de vêtements basiques d'un genre assez mixte. Quelques jupes et autres accessoires féminins se perdaient par-ci par-là, mais la star, malgré la superbe robe qu'elle portait la veille, n'était pas tellement soucieuse de son apparence. Ce trait de caractère avait maintes fois été utilisé pour lui donner un look androgyne lors de séances photos ou de tournages de clips. Sa voix, singularisée par un ton grave et suave, ne faisait qu'amplifier le mythe de Saber.

Elle s'était parée d'un jean retroussé, de petites chaussettes noires et d'une chemise à carreaux bleus, ses cheveux blonds tombant sur ses épaules. Il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour engloutir les œufs, le bacon, les pancakes et son jus d'orange pressé. Ses yeux verts d'eau se posèrent sur un petit bloc-notes qui reposait sur une commode. La jeune femme se permit de prendre une feuille tout en se saisissant d'un stylo, essayant d'écrire ; en vain.

Quelque chose la bloquait, et elle savait très bien de quoi il s'agissait. Arturia n'arrivait pas à faire abstraction des évènements de la veille. Cet homme insupportable ne lui sortait pas de la tête. D'habitude, la jeune femme n'était pas vraiment soucieuse des critiques, au contraire : elle s'en servait avec joie pour pouvoir se corriger plus tard. Mais la façon dont cet énergumène s'était comporté en compagnie des membres de son équipe…

Désormais en colère, elle fit une boule de papier avec ses notes et la jeta à l'autre bout de la chambre. Un soupir renfrogné sortit de sa bouche, tandis qu'elle laissa sa tête glisser contre le dossier de la chaise, regardant le plafond. Gilgamesh… ce nom lui disait vaguement quelque chose, en supposant qu'Irisviel ne s'était pas trompée. Car oui, non seulement il s'était permis de déblatérer ses sottises avec une arrogance significative, mais en plus, il ne s'était même pas présenté. Pour qui se prenait-il?! Aargh.

Soudain, elle se rappela : ce crétin avait pris le soin de lui laisser sa carte de visite. Pensait-il vraiment qu'elle allait le recontacter, malgré tout ? S'il y avait bien une chose qu'Arturia n'appréciait pas dans son corps de métier, c'était bien ce genre de personnalité égocentrique et mégalo. Néanmoins, elle se redressa d'un bond puis alla farfouiller dans sa veste de la veille, retrouvant l'imprimé. Le papier couché était d'un blanc immaculé, lisse et sans imperfection, tandis que la coupe était finement pelliculée d'un enrobage doré. Les lettres étaient grasses, creusées et écrites dans une Didone en pantone couleur or.

« GILGAMESH »

Son numéro et sa fonction étaient écrits en plus petit juste en dessous.

La jeune femme haussa un sourcil, inspectant la carte avec dédain. Puis d'un geste dégoûté, elle la laissa tomber au beau milieu de la table. Irisviel n'allait pas tarder à arriver.


« Arturia ! C'est moi. »

On avait frappé à sa porte. D'un pas enjoué, elle ouvrit à son manager et la fit entrer, ayant déjà fait venir un très bon thé. Elles s'assirent à la petite table en face de la télévision, branchée sur une chaîne de musique.

« Tu as su profiter d'une bonne nuit de sommeil ? demanda Irisviel, souriante.

- Oui, le lit était très confortable, répondit Arturia tandis qu'elle leur servait le thé. Irisiviel ne lâchait pas le téléviseur du regard.

- Ils vont bientôt parler de toi, regarde. »

Le top 20 s'était terminé sur un reportage flash montrant des images de leur concert de la veille. Le commentateur faisait ses louanges sur l'énorme succès qu'a rencontré la tournée tandis que la caméra montrait Arturia en gros plan, en train de monter dans les aigus.

« Tu es tellement télégénique haha ! Vraiment, on a fait du bon travail, s'exclama Irisviel, l'air déterminé.

- Haha… rigola d'un air forcé la femme aux cheveux blonds, toujours un peu gênée lorsqu'elle regardait ses passages télévisés – surtout lorsqu'il s'agissait de zooms exagérés sur sa tête. Ils voulaient voir ses pores ou quoi ?

- Tiens ? Ce n'est pas fini ? »

À l'écran apparut la devanture du bar dans lequel ils eurent fêté la fin du spectacle. La voix du journaliste allait de plus en plus vite, comme s'il ressentait une excitation de plus en plus forte à l'idée de révéler ce qu'il avait découvert durant cette soirée. Arturia fit de très grands yeux, choquée.

« C'est exclusif mesdames et messieurs, EXCLUSIF! Hier soir après le triomphe de l'artiste chevaleresque SABER, notre exquise chanteuse a été aperçue en compagnie du très célèbre auteur-compositeur-interprète et producteur américain GILGAMESH dans le Moonrise BAR à Londres ! Ces images nous sont parvenues par plusieurs témoins qui ont instantanément tweeté la scène qui se déroulait sous leurs yeux. »

La jeune femme était plantée devant l'écran, horrifiée, manquant de renverser le contenu de sa tasse. Les images étaient de piètre qualité, et le son tout autant ; cependant, l'altercation était là, l'attitude vaniteuse de ce Gilgamesh aussi. Sur ces images, Arturia était montrée sous son plus mauvais jour : énervée, renfermée et antipathique. Elle maudissait ces réseaux sociaux : cette réception était censée être privée !

« D'après les tweets, les deux célébrités étaient sur le point de passer un accord: Gilgamesh a-t-il repéré sa nouvelle muse?! Suivez donc l'actu et partagez-donc votre avis sur notre site internet, .com… »

Les deux femmes restaient bouche bée, tandis que la page de publicité était en train d'être diffusée. Soudain, Arturia, les nerfs à vif, lâcha d'une voix forte :

« Si ce mégalomane n'avait pas attiré l'attention de toute la salle, rien de tout cela ne serait arrivé.

- Les médias exagèrent toujours Arturia… »

Il était certain qu'avec sa popularité grandissante, elle allait devoir subir de plus en plus la pression médiatique. Mais tout de même, elle ne pensait pas que cette étape-là arriverait si vite.

« Arturia, tu dois m'écouter. Gilgamesh est le producteur qui règne sur l'industrie, à l'heure actuelle. L'intérêt qu'il te porte n'est peut-être pas une si mauvaise chose…

- Jamais je ne pourrai travailler avec lui. Il vous a insultés ouvertement, toi et tous les autres…

- Dans ce milieu, les personnes importantes telles que lui sont fréquentes. Pense un peu à toi… Malgré ce qu'il s'est passé, cela nous fait plaisir, qu'il t'ait repérée. »

Irisviel reprit une gorgée de sa tasse de thé puis s'empara de la carte de visite qui traînait sur la table. Elle la tendit à la jeune star.

« Gilgamesh est très influent, très riche. Tu devrais tenter de le contacter, pour voir au moins ce qu'il te veut.

- … »


En début d'après-midi, Irisviel était repartie, laissant Arturia seule avec son tourment. Ses yeux naviguaient de la carte au téléphone… Du téléphone, à la carte. Son manager avait le don pour assagir son esprit renfrogné et ce n'était pas la première fois qu'elle tentait de lui faire faire des concessions. La jeune femme était en réalité quelqu'un de très borné, avec des objectifs bien précis. Sa bouche se fendit en une mimique tremblante, à bout. Elle se mit à jurer.

« Et puis merde. »

D'un pas déterminé, elle attrapa la petite carte d'un geste violent avant de se diriger vers le téléphone, le regard assassin. Elle martela les pauvres touches de l'appareil puis porta le combiné à son oreille, son cœur battant à tout rompre. La sonorité s'étala sur plusieurs secondes… jusqu'à ce que quelqu'un décroche.

« Allo ? »

C'était bien la voix de cet imbécile.

« … Bonjour, c'est Saber à l'appareil. Lâcha-t-elle, quelques secondes d'hésitation plus tard. »

La voix masculine parut beaucoup plus enjouée. Sa façon de parler trahissait un immense sourire au coin de ses lèvres.

« Je savais bien que tu finirais par m'appeler, petite Saber. »