Chapitre second :
Le lycée est sombre à cette heure, il y a encore quelques professeurs finissant leur paperasse, exténués par une journée trop longue. Et au milieu de tous ces trentenaires, il y a nous deux avec nos propres pensées, les pensées de notre génération. Un frisson me parcours alors que le vent se met à souffler, je sens Castiel déposer une veste sur mes épaules et le regarde, près à m'énerver mais il me sourit encore, avec une tristesse presque blessante. Je ne dis rien, me contentant de hocher la tête puis de la détourner, je ne comprend plus son comportement.
Nous sortons de l'enceinte de l'établissement en silence, il semblerait que nous soyons tout les deux dans la même état d'esprit : perturbé. Jusque là, j'avais toujours pu cerner Castiel dans son idiotie, à vrai dire je l'ai toujours compris et envié. Moi même j'aurais aimé être comme lui, me comporter comme je le souhaite plutôt que de satisfaire mes parents mais il semblerait que je n'ai pas autant de cran que cet idiot...
Je jette un œil sur l'heure en m'arrêtant à un croisement, Castiel part à droite, je dois continuer tout droit. Nous nous regardons un moment puis je retire la veste et la lui tend, il ne sourit plus, je n'en ai moi-même plus la force ni l'envie. Pourtant, je vais enfin me débarrasser de sa présence mais je n'arrive même pas à entrouvrir les lèvres pour le saluer. Mon mutisme semble l'alerter, il prend précipitamment sa veste sans me regarder et marmonne un « Salut » avant de partir ou plutôt de s'enfuir. Je reste immobile un moment, me surprenant à guetter son retour, espérant presque qu'il ai oublier de m'insulter et qu'il revienne juste pour ça. Je secoue la tête et reprend le chemin, décidément, je suis bizarre ce soir et ça me trouble un peu.
J'ai toujours été franc avec moi, je ne mens qu'à ceux qui peuvent être influencé par le fait que je ne suis pas ce que je montre ; autrement dit : je mens à tous le monde sauf à ma personne. Quel égocentrisme...
Je rentre chez moi, retire mes chaussures puis entre dans le salon, mes parents m'accorde un regard jusqu'à ce qu'il comprenne que je ne suis pas Ambre, mais bel et bien Nathaniel, leur fils et non-pas leur petite fi-fille adoré. Ça me dégoutte, mais je commence à m'y habituer, je n'ai jamais été le favori, encore moins depuis la naissance de ma sœur. Je monte dans ma chambre et m'assoie à mon bureau pour potasser mes cours puis m'arrête, il manque quelque chose. Je n'ai pas à attendre longtemps pour me rendre compte que mon ordinateur portable a de nouveau été « emprunté » par ma chère et précieuse sœur, quelle joie de lui être utile contre mon grès. Bien, pas de scandale familiale, je m'en passerais donc ce soir.
Après deux heures de travail, je sens mon ventre crier famine et y passe ma main en soupirant, je n'ai pas pu me concentrer plus de 10 minutes, chaque cours me rappel l'une des interventions de Castiel et il se trouve qu'une fois qu'il apparaît dans mon esprit il n'en part plus. C'est incompréhensible. Je me relève et sors de ma chambre pour tenter de trouver de quoi manger, mes parents et ma sœur sont déjà à table. Cela fait longtemps que nous ne mangeons plus ensemble.
