Et oui ! Déjà (et encore) une autre ! J'évacue le stress du blocus en écrivant.

Bonne lecture !

--

Série: Carmilla

Parents: Carmilla et Laura

--

-Maman, maman ! Mamaaaaaan !!!

Le cri de son fils fit sursauter Carmilla qui se coupa le bout de doigt avec son peleur à patates. Le sang se mit immédiatement à gicler.

-Merde, Thomas ! Ne fais plus ça.

-Faire quoi, maman ? demanda doucement le garçon en s'installant avec difficulté sur la chaise haute face à sa mère. Du haut de ses six ans, il était visiblement trop petit pour ce genre de sport haut niveau.

-Cuisiner des cupcakes, quoi d'autre ? ironisa la brune en se dirigeant vers l'évier pour mettre son doigt sous l'eau. Bon, je m'excuse… Tu sais bien que je n'aime pas le sang, Thomas. Ça me met sur les nerfs.

-Ah oui ! C'est vrai, ça ! Même que m'man dit que t'es une froussarde !

-Ah oui ? M'man dit ça ?

Le garçon acquiesça avec entrain, fier d'améliorer la communication au sein de sa famille. Sa mère l'observa un moment avant de sourire. Elle éteignit l'évier et pansa son doigt d'un sparadrap avant de rejoindre son fils à table et de continuer à préparer ses pommes de terre.

-Alors, qu'as-tu jugé d'assez important pour que ça vaille le coup que je me vide de mon sang ?

Thomas fronça les sourcils, pas sûr d'avoir saisi. Ses sourcils châtains broussailleux le devinrent encore plus et ses petites lèvres formèrent une moue bizarre.

-Pas compris…

-Quel est le problème ?

-Ah ! C'est 'milie ! Elle m'a dit un gros mot !

-Elle a dit un gros mot ou elle t'a insulté ?

-Elle m'a insulté, affirma Thomas en hochant énergiquement de la tête.

-Bon… Carmilla soupira avant de servir un petit sourire à son fils. Va la chercher, dis-lui que Laura l'appelle.

-Mais… m'man est pas en train de faire les courses ?

-Tu connais ta grande soeur, elle ne descendra pas si elle sait que je l'appelle. Allez, fonce.

Le petit châtain acquiesça, sauta de sa chaise et partit en courant chercher " 'milie". Carmilla sourit. Ce petit était vraiment comme Laura, sans aucun doute. Son incapacité à se taire trop longtemps, son énergie débordante, son grand coeur irraisonnable. Quand à Émilie, elle était le portrait craché de Carmilla. Autant au niveau caractère que physique. Leur répartie terrible, leur humour noir, leur côté sombre, indifférent… explosif. Émilie était exactement comme Carmilla, enfant. Heureusement, si elle suivait le schéma de sa mère, ça irait en s'arrangeant. La dernière étape pour définitivement la calmer sera "tomber amoureuse". Bon… sachant que Émilie n'avait que treize ans, Carmilla avait encore le temps de s'acharner.

-Maman… ? Je croyais que c'était m'man qui voulait me voir.

-Il paraît que tu as insulté ton petit frère, Émilie ?

La jeune fille haussa les épaules. Sa mère lui fit signe de s'asseoir, se donnant l'air le plus autoritaire possible. Émilie obéit et se posa sur le siège le plus opposé. Carmilla lui jeta un regard entre deux coups de peleur.

-Tu connais la règle, n'est-ce pas ?

-Oui.

-Cinq euros à chaque fois que tu insultes ton petit frère...

-Oui.

-Tu es descendue avec l'argent ou tu espérais que je te pardonne ?

-J'espérais rien.

-Mais tu n'as pas l'argent ?

-Dans ma chambre.

Carmilla soupira à nouveau et offra un nouveau regard à sa fille.

-Quel gros mot Thomas a-t-il mérité et pourquoi, cette fois ?

Émilie fit mine de ne pas vouloir répondre mais l'air sévère (mais toujours souriant, ce qui était étrange) de sa mère l'en dissuada assez vite. La jeune fille murmura alors sa réponse sans articuler.

-Je n'ai pas entendu, répète un peu ?

-Gros débile...

-Gros débile ? Waw, quelle transcendante insulte. Et pour quelles raisons ?

-Parce que c'est qu'un gros débile !

-Tu as bien préparé ton argumentaire, à ce que je vois. Autre chose ?

-Je veux voir mon avocat.

Carmilla se retint de rire. Elle ne réussit que partiellement car sa réponse fut accompagnée d'un grand sourire.

-Tu vas devoir te débrouiller toute seule, pour le coup, ma belle.

-Je dois descendre cinq euros, alors ? Pour de vrai ? C'est un peu cher. Tu sais bien que c'est la crise.

-En effet, sourit une nouvelle fois Carm'. Essaye de voir le positif, ça ira directement dans le pot commun.

-Mais, imagine... et si Thomas l'a vraiment méritée, son insulte ?

-Alors tu devras descendre cinq euros.

-Non, tu comprends pas... s'il l'a vraiment, vraiment, vraiment mérité ? Je suis sûre qu'on peut voir le prix au rabais.

Le terme utilisé par sa fille fit sourire intérieurement Carmilla qui se força à nouveau à garder ça discret.

-Ah bon ? Je ne vois pas comment, personnellement.

-Deux euros ?

-Cinq euros.

-Deux et demi ? C'est un bon compromis entre zéro et cinq, ça !

Carmilla se força à garder sa voix neutre et non amusée.

-Cinq.

-Trois ?

-Toujours cinq.

-T'es sûre ? Pas trois ?

Quelle persévérance...

-Sûre et certaine, ça fera cinq euros.

-Quatre ?

-Cinq.

-Allez, s'il-te-plaît !

-Cinq...

-Quatre et demi ? C'est mon dernier mot !

Carmilla fit une pause dans ses patates et, lassée, elle observa sa fille. Celle-ci la regardait avec de grands yeux suppliants, elle faisait battre ses paupièrs à un rythme effrayant et ses lèvres formaient une moue étrange. La pauvre, elle fournissait tellement d'efforts...

-Bon, c'est d'accord. Va pour quatre-et-demi.

Émilie eut d'abord l'air super contente,- elle avait gagné !!!- puis elle réalisa que ce n'était pas vraiment le cas. Ses yeux s'assombrirent immédiatement et une grimace de colère déforma ses traits.

-Ce n'est pas juste !

Carmilla eut une Xème fois envie de rire. La persévérance de la gamine aurait pu mettre à bout n'importe qui, mais pas elle. Non, Carm' trouvait simplement la situation extrêmement cocasse. Elle était aussi très curieuse de savoir ce qu'elle allait encore pouvoir sortir sa fille. Et oui, elle avait le recul nécessaire pour ça.

-Comment ça, "ce n'est pas juste" ? On vient à l'instant de faire précisément ce que tu voulais ! Baisser les prix.

-Tu n'aimes même pas cette règle ! C'est m'man qui y tient tellement.

-Nous sommes un couple. Ses décisions sont les miennes et inversément.

-Alors prends la décision de ne pas me punir ! C'est tout simple !

Cette fois-ci Carmilla rit ouvertement.

-Bien essayé ma jolie.

-Allez... je sais que tu détestes cette règle. Tu trouves que les insultes renforcent le caractère ! Que ça aide à apprendre que le monde n'est pas bisounoursé !

-Je... comment sais-tu ça ? Tu étais censée être au lit quand j'ai eu cette discussion avec Laura.

Émilie sembla un instant déstabilisée, pas sûre de quoi répondre. Elle finit par faire un geste de main dans l'air comme si c'était sans importance.

-Ce n'est pas ça le sujet. Je te parle d'indépendance, moi ! Prends ta place dans ce couple, laisse ta marque, affirme-toi ! Tes opinions valent ceux de m'man, il faut que tu croies en toi ! Je suis prête à t'aider dans cette démarche. Faisons la première étape ensemble ! Je te soutiens de tout coeur.

-Qu...?

-Ton avis compte ! Toi, tu comptes ! Tu trouves que j'ai le droit de dire des gros mots ? Alors vas-y, fonce ! Punis-moi pas !

-Ne me punis pas, la corrigea automatiquement Carmilla.

-Oui, c'est ça ! Toi et moi, nous sommes pareils. On a besoin d'avoir un impact sur les choses ! On a notre mot à dire !

Émilie était essoufflée. Elle observa attentivement sa mère, guettant une réaction. Celle-là finit enfin par arriver: Carm' sourit.

-Merci pour ton beau speech, Luther King. C'était très inspirant, je t'assure. Bon, en attendant... tu reviens avec tes cinq euros avant le souper ?

-Et, merde !

-Celui-là sera gratuit, c'est cadeau. Monte vite avant de sortir d'autres méchants mots.

Un grand sourire aux lèvres, Carmilla observa sa fille quitter la pièce en râlant, les pieds raclant le sol.

C'est le moment que choisit Laura pour arriver, deux sacs de course plein les bras.

-Tu t'es disputée avec Émilie, m'chou ? demanda-t-elle distraitement en déposant les sacs sur la table de la cuisine.

-Elle s'est plus disputé avec moi qu'autre chose, si tu veux mon avis, sourit Carmilla en accueillant avec plaisir les lèvres de sa compagne pour un doux baiser. Tu as passé une bonne journée ?

-Tu parles, la caissière du magasin m'a encore engueulée pour rien. Je comprends pas son problème, à elle...

-Moi non plus.

-Et toi ?

-Tu dis à nos enfants que je suis une froussarde ?

-Euh... je vais aller voir Émilie, hein ? Merci pour le repas, tu gères, ma poupée.

Sur ce, elle prit la fuite. Ses pieds claquaient déjà contre les marches des escaliers alors que Carmilla la rappelait.

-Laura ! Laura, c'est trop facile, ça ! Reviens !

Il était trop tard.

Amusée, Carmilla secoua sa tête de droite à gauche et soupira, avant de se remettre à peler ses patates. Elle passa encore cinq bonnes minutes à sa tâche avant de voir apparaître des cheveux châtains ébouriffés de l'autre côté de la table.

-Thomas...

Le garçon passa sous la table et vint s'accrocher affectueusement à la jambe de sa mère.

-Ça va, maman ?

-Oui, Thomas.

Content, le petit garçon serra encore plus la jambe de Carm' contre son torse.

-Thomas...?

-Oui, maman ?

-Veille à ne plus être un gros débile, la prochaine fois que tu es près de ta soeur.

-Okay... au fait, maman: qu'est-ce que ça veut dire "débile" ?

Une énième fois ce jour-là, Carmilla eut envie d'exploser de rire. Elle ne se retint pas, cette fois.

--

Votre avis, votre avis, votre avis !