Chapitre 2

Harry sauta rapidement de la table d'examen sur les genoux du professeur, s'éloignant de Jean qui venait de finir de le soigner. Il était mal à l'aise avec la jeune femme et il voyait bien que ça peinait cette dernière, mais il n'y pouvait rien. C'était plus fort que lui. Le professeur remercia Jean avant de quitter la pièce. Cela faisait maintenant une semaine que leur nouveau protégé était arrivé et si le jeune homme s'était habitué à Ororo et ne quittait que rarement Charles, il gardait ses distances avec Jean et donc avec Scott. Et cela inquiétait le professeur.

- Harry, appela finalement le vieil homme.

Le chaton leva alors la tête avant de la pencher doucement sur le côté dans une attitude clairement interrogative.

- Pourrais-tu m'expliquer pourquoi tu es aussi mal à l'aise en présence de Jean ?

Les oreilles d'Harry se baissèrent alors et pendant un temps il ne répondit pas, hésitant.

- Elle ressemble à ma mère, avoua finalement le jeune homme.

- Et tu ne t'entends pas avec ta mère ? demanda Charles avec curiosité.

Harry ne parlait jamais de sa famille ni de son passé.

- Elle est morte, elle s'est sacrifiée pour me sauver la vie et … de voir Jean… c'est… perturbant pour moi. Vous pourrez lui dire que je suis désolé. C'est juste… j'ai besoin de temps.

- Je comprends, je lui dirais, assura le professeur. Et ton père ?

- Mort.

Charles se tut alors, il n'aurait peut-être pas besoin de Cerebro finalement.

- Je suis désolé, murmura Charles en caressant doucement le chaton entre les oreilles. Je ne voulais pas raviver de mauvais souvenirs, je me demandais juste si tu avais encore de la famille qui pourrait s'inquiéter pour toi et que nous devrions prévenir.

- Non, je n'ai personne.

Le chaton se roula en boule sous le regard triste du professeur. Ce dernier prit alors la boule de poil avant de la presser contre son torse.

- Tu nous as nous, maintenant. Tu es en sécurité et peu importe ce qu'il t'est arrivé par le passé, personne ici ne te fera du mal. Je te protégerais.

Il sentit Harry se détendre dans ses mains avant de se mettre à ronronner doucement. Charles finit par le reposer sur ses genoux avant de prendre la direction de son bureau. En chemin, il contacta Jean et lui expliqua la situation. Cette dernière accepta alors de laisser un peu de temps à Harry pour se faire à sa présence. Le professeur la remercia en entrant dans son bureau.

- Dis moi, Harry. Penses-tu pouvoir prendre une autre forme que celle d'un chat ?

- Je ne sais pas, j'ai déjà essayé de me transformer en chien ou en oiseau, mais je n'ai jamais réussi.

- Peut-être parce que tu ne t'y prends pas de la bonne façon, proposa Charles avec un froncement de sourcil. Parfois, il faut beaucoup de volonté pour qu'un pouvoir mutant marche.

Harry sauta sur le bureau et s'étira, appréciant de ne plus avoir de bandage avant de se tourner vers le professeur.

-Peut-être, je ne sais pas, c'est vous le spécialiste des mutations.

- Oui, c'est vrai, répondit Charles avec un léger rire. On trouvera, ne t'en fait pas.

- Je ne suis pas inquiet, je me sens plus en sécurité sous cette forme, plus à l'aise.

Cette remarque fit apparaitre une étincelle de tristesse dans le regard du professeur. Qu'est-ce que l'enfant avait bien pu subir pour refuser de retrouver sa forme première ? Se secouant doucement, Charles attrapa doucement le jeune chat.

- J'ai beaucoup de paperasse à faire, pourquoi n'irais-tu pas voir Ororo?

- Je ne peux pas rester ici ?

- Si bien sûr mais tu risques très vite de t'ennuyer.

Harry pencha doucement la tête avec d'acquiescer, puis il se dirigea vers la porte du bureau. Il jeta un dernier regard en direction du professeur pour voir celui-ci l'encourager d'un sourire. Puis il s'engagea dans les couloirs de l'immense demeure. Il lui fallut bien une bonne heure pour trouver Tornade. Cette dernière était tranquillement en train d'arroser l'une de ses plantes. Harry l'observa un instant se souvenant du temps où c'était lui qui devait s'occuper de ça chez les Dursley. Sautant sur une étagère puis sur une autre, il s'avança vers le pot dont elle était en train de s'occuper.

Tornade, qui profitait du calme du manoir, sursauta légèrement lorsqu'elle vit qu'elle avait de la visite.

- Ne t'approche pas de moi aussi sournoisement, Harry, gronda doucement la femme noire avec un léger sourire montrant qu'elle n'était pas vraiment en colère.

Harry ne dit rien mais s'approcha de la main tendue pour se frotter contre elle en ronronnant doucement. Puis il s'écarta déambulant entre les pots de fleurs en faisant attention à n'en faire tomber aucun. Il était bien là, entouré du parfum des fleurs, juste derrière la vitre pour profiter du soleil. Oui, il était vraiment bien.

X

Il faisait chaud en cette fin d'après-midi, deux semaines étaient passées depuis son arrivée et maintenant, Harry déambulait dans les couloirs du manoir sans problème. Même s'il aimait passer du temps avec le professeur, il passait aussi du temps avec Tornade et n'était plus aussi tendu avec Jean.

- Harry, appela le professeur en entrant dans le domaine d'Ororo.

- Oui.

Le jeune chat sortit de derrière des pots de fleurs et s'approcha du bord de l'étagère.

- Je vais faire un tour dans les jardins, veux-tu m'accompagner ?

Le jeune homme ne se posa pas plus de question et sauta agilement sur les genoux de Charles, venant se frotter contre sa main.

- Je prends ça pour un oui, s'amusa le télépathe.

Il fit faire demi-tour à son fauteuil avant de se diriger vers la porte arrière et de sortir dans le jardin. Une petite brise vint ébouriffer les poils du chat. Mais ce dernier s'en moquait bien. Il n'était pas sorti du manoir depuis que le professeur l'avait trouvé et il avait bien l'intention de profiter de cette petite balade.

Le professeur les emmena en direction du lac et Harry laissa les souvenirs de son temps à Poudlard revenir à lui alors qu'il pensait aux bons moments qu'il avait passés avec ses amis au bord du lac noir. C'était le passé maintenant et depuis la fin de la guerre il n'avait plus de nouvelles d'eux. Qu'importe ! Harry se secoua doucement, il avait laissé cette vie derrière lui, maintenant, il était avec le professeur Xavier.

Un grondement sourd le sortit de ses pensées, relevant les yeux de l'eau miroitante, Harry se figea tout comme le professeur en avisant l'énorme chien qui se tenait devant eux. C'était un gros dogue crasseux et au vue de la bave qui sortait de sa gueule, il y avait de grande chance qu'il ait la rage. Harry se tendit en le voyant s'approcher d'eux. Sous sa forme actuelle, il ne pouvait rien faire et le professeur était tout aussi impuissant que lui. Il sentit alors la prise du professeur se faire plus serrée sur lui et lorsqu'Harry leva les yeux, il vit la détermination dans le regard du professeur et sut que ce dernier allait le protéger au risque d'être blessé lui-même. Il ne pouvait pas laisser cela se produire. Harry se dégagea des mains de Charles au moment où le chien s'élançait vers eux, puis il sauta du fauteuil et lorsqu'il atterrit sur le sol, il avait gagné quelques kilos en plus.

Charles lui n'en revenait pas, le chaton qu'il avait eu dans les mains quelques instants plus tôt s'était transformé en un puissant lion. Lion qui fit fuir le chien avec un puissant rugissement.

- Harry ? Appela prudemment le professeur.

Il vit alors le lion observer ses pattes et jeter un regard à son corps.

- Je… J'ai réussi.

Il lâcha alors un nouveau rugissement joyeux avant de s'approcher du professeur.

- Je ne pensais pas que…

- Dis moi à quoi tu as pensé avant de te transformer ? demanda doucement Charles.

- Je voulais vous protéger, je le voulais de toute mon âme, avoua Harry avant de venir frotter sa tête contre les jambes du professeur.

- Et qu'as-tu ressenti juste avant ta transformation ?

Charles put alors voir le lion se figer comme s'il venait d'avoir une révélation.

- J'ai pensé à ce que vous aviez fait pour moi ces derniers temps et ce qui en a découlé, le respect, la sensation d'être protégé, d'être accepté… d'être aimé, ajouta-t-il dans un murmure mental.

Harry se rapprocha un peu plus du fauteuil lorsqu'il sentit les mains du professeur caresser sa crinière.

- Au moins maintenant on sait que tu peux prendre d'autres formes. Il ne nous reste plus qu'à déterminer s'il y a des formes que tu ne peux pas prendre.

Le jeune fauve acquiesça vivement, avant de jeter un regard en direction du manoir. Le professeur n'eut pas à lire ses pensées pour savoir ce que son jeune protégé avait en tête. Avec un léger sourire et ne se souvenant pas de la dernière fois qu'il avait joué un tour à quelqu'un, Charles reprit la direction de l'institut, Harry marchant à côté du fauteuil.

Lorsqu'ils entrèrent dans la cuisine, Jean était en train de se servir un verre de limonade. Le professeur jeta un regard en direction d'Harry avec un sourire qu'il essayait difficilement de contenir. Le jeune fauve s'avança alors, prit une profonde inspiration et lâcha un rugissement puissant.

Jean sursauta à ce bruit et laissa tomber son verre qui se renversa sur la table sans se briser. La jeune femme se tourna vivement vers l'origine du bruit avant de se figer en voyant le lion et surtout le professeur l'observer avec un léger sourire. Un bruit de course résonna alors et Scott débarqua dans la cuisine, prêt à se servir de son pouvoir, Tornade sur les talons.

Tous étaient stupéfaits en voyant le lion, Scott se rapprocha de Jean alors que cette dernière essayait de calmer les battements de son cœur. Tornade, elle, comprenant ce qui venait de se passer hésitait entre être en colère contre le fauve ou amusée par le petit tour qu'il avait joué. Jean, elle, sembla avoir retrouvé ses esprits et se tournait vers Harry avec un froncement de sourcil furieux.

- Pardonne-nous, Jean, temporisa le professeur en s'avançant aux côtés d'Harry.

Charles passa une main dans la crinière du lion et celui-ci émit un étrange bruit qui pourrait s'apparenter à un ronronnement.

- Ne lui en veux pas trop, demanda le professeur par télépathie, je l'ai laissé faire lorsque j'ai compris qu'il se sentait suffisamment à l'aise pour cela.

Jean fronça les sourcils avant de soupirer de défaite en comprenant le point de vue du professeur. Puis elle s'approcha d'Harry et celui-ci la regarda sans tension ni appréhension. Jean s'agenouilla alors devant lui avant d'attraper le fauve par la peau du cou.

- Ne recommence jamais ça avec moi.

Harry pencha alors la tête sur le côté.

- Ca veut dire que je peux le faire avec les autres ?

Le professeur eut un léger rire qu'il dissimula en toux sous le regard suspicieux de Scott.

- Est-ce qu'il va rester comme ça ? demanda le jeune homme. Parce qu'il risque d'effrayer les élèves.

- Pour le moment, répondit le professeur, nous devons encore trouver un moyen pour lui d'utiliser ses pouvoirs avec moins d'effort et de voir s'il peut prendre d'autres formes.

Ororo s'approcha à son tour et tendit ses mains vers Harry, ce dernier se dirigea vers la femme noire sans la moindre hésitation, laissant cette dernière enfouir ses mains dans la crinière fournie d'Harry.

- J'ai toujours voulu faire ça, avoua la jeune femme avec un large sourire.

Harry la laissa faire un instant avant de s'écarter pour s'approcher de Scott. Le jeune homme se tendit légèrement en voyant le fauve si près, mais il laissa néanmoins Harry se redresser et poser ses pattes avant sur ses épaules.

- Non, Harry, ordonna doucement le professeur en entendant les pensées de celui-ci. Les lunettes de Scott sont la seule chose qui tient son pouvoir en échec alors il vaut mieux que tu évites de lui lécher le visage.

Harry ne montra aucun signe qu'il avait reçu l'avertissement du professeur, mais il se contenta de frotter doucement sa tête contre celle de l'autre homme avant de rejoindre le professeur. Ce dernier resta silencieux le restant de la soirée, essayant de voir comment il allait pourvoir aider Harry au mieux.

X

Le lendemain, Harry ouvrit les yeux et eut un grondement proche du ronronnement. Il était bien là, allongé près du professeur, au chaud avec un estomac plein. Il était prêt à se rendormir lorsqu'une main vint effleurer ses moustaches. Avec un grondement vaguement menaçant, Harry décala sa tête, mais la main revint encore. Il ouvrit alors les yeux, plongeant dans le regard du professeur.

- Debout, Harry, ordonna doucement le vieil homme, nous allons avoir du travail aujourd'hui.

Le fauve se leva alors, sautant en bas du lit avant de s'étirer, laissant le professeur se redresser et s'installer sur son fauteuil avant de rejoindre la salle de bain. Laissant le vieil homme à ses ablutions, Harry ouvrit la porte et descendit rapidement pour sortir dehors et répondre à l'appel de la nature (la litière dans la salle de bain était beaucoup trop petite pour un lion de sa taille). Lorsqu'il revint à l'intérieur, Jean était déjà en train de préparer le petit déjeuner. Harry lâcha un feulement pour ne pas la surprendre et reçut une caresse et un morceau de bacon en remerciement.

- Il faudrait que tu te trouves une forme qui te convienne et qui soit un peu moins grosse, remarqua alors Jean en sortant un poulet du frigo pour le donner au fauve.

Harry s'empara de son petit déjeuner et le tint entre ses pattes avant de le dévorer. Le professeur arriva à ce moment-là. Il salua Jean et caressa Harry qui émit un grondement de salutation. Ils prirent leur petit déjeuner dans le calme puis Charles guida Harry dans son bureau.

- Bien, commença le professeur, maintenant que l'on sait comment tu te transformes, on va voir si tu peux prendre d'autres formes.

Harry pencha la tête sur le côté avant d'acquiescer, il ferma donc les yeux et essaya d'imaginer un chien tout en ayant à l'esprit le sentiment de sécurité qu'il avait au manoir. Malheureusement, rien ne se produisit et le jeune homme gronda de frustration.

- Essaye de redevenir un chat, proposa alors le professeur.

Et une petite minute plus tard, le lion laissait place au chat noir que Charles avait sauvé.

- Bon, approuva le vieil homme, au moins maintenant tu sais le faire sans être sous le coup de l'urgence. Parfois les mutants ne peuvent utiliser leur pouvoir que dans certaines circonstances et il leur faut des jours voire des mois pour les utiliser sur une base plus régulière. Toi tu ne sembles pas avoir ce problème.

Il observa Harry passer du chat au lion et du lion au chat de plus en plus vite.

- Alors pourquoi je ne peux prendre que deux formes ?

Charles fronça les sourcils à cette question.

- Eh bien… j'ai déjà côtoyé une métamorphe lorsque j'étais plus jeune et elle m'avait dit qu'au début elle n'arrivait pas à prendre une forme qu'elle ne connaissait pas bien. Essaye de prendre la forme d'un animal que tu connais.

Harry hésita un instant avant de se concentrer sur le seul animal qu'il connaissait sur le bout des doigts, les chouettes. Charles sursauta lorsqu'au bout de cinq minutes, une chouette blanche apparut à la place d'Harry.

- Remarquable ! s'exclama le professeur sortant Harry de sa concentration.

Ce dernier ouvrit alors les yeux et observa son corps avec une certain tristesse, Hedwige était morte pendant la guerre et il n'avait jamais pu la remplacer.

- Et en même temps cela attire forcement d'autres questions. Comment as-tu pu prendre la forme d'un lion ?

Harry étendit ses ailes et les battit expérimentalement. Il aimerait bien pouvoir revoler, mais pas sous cette forme là, ça ne lui rappelait que de mauvais souvenirs.

- Harry ?

La chouette sursauta doucement avant de se tourner vers le professeur.

- Comment as-tu pu prendre la forme d'un lion ?

- Le lion était le symbole de ma classe lorsque j'étais à l'école, j'imagine que c'est pour ça, l'emblème du lion était brodé sur nos vêtements alors je le voyais tous les jours.

- C'est une possibilité, oui, approuva le vieil homme.

Harry reprit sa forme de lion avant de s'approcher du fauteuil et de poser sa grosse tête sur les genoux de Charles. Ce dernier réfléchissait, Harry allait avoir besoin d'autres formes autant domestiques que plus sauvages.

- Comment vais-je faire pour apprendre d'autres formes ? demanda Harry.

- Etant donné ton état actuel, je ne vois qu'une seule solution. Suis-moi.

Le professeur roula jusqu'à une salle semblable à la salle commune de Griffondor. Il y avait des canapés et des fauteuils un peu partout ainsi que d'autres meubles qu'Harry n'arrivait pas à identifier. Le professeur, lui, s'avança vers une grande armoire qu'il ouvrit, dévoilant un grand écran plat. Il alluma la télévision et mit une chaine… sur un documentaire animalier. Harry eut alors un reniflement avant de prendre place dans le canapé et de s'installer confortablement. Quelque chose lui disait qu'il allait passer beaucoup de temps devant la télévision.