Petite précision : Chapitre 2 ! J'espère que la suite de l'histoire vous plaira. N'hésitez pas à commenter ! Kissu
Jungsu avait certainement dû mal entendre. Ce... Cet inconnu ? Des cours de théâtre ? Comme ça, là, d'un coup ? Alors qu'il venait de faire resurgir des images du passé que l'écrivain voulait à tout prix oublier ?
Il pouvait faire une croix dessus :
- Il n'y a pas marqué « agence » sur mon front. Au cas où vous n'auriez pas remarqué, je suis un peu occupé.
- Je sais, mais...
- Et pourquoi est-ce que je le ferai, hein ?
- Je vous paierai, bien sûr !
- C'est non.
Tout en poussant un soupir, Jungsu passa devant Siwon, tenant toujours Hye-Ri dans les bras. Cette dernière, ayant remarqué la présence du jeune homme, tourna la tête pour regarder son papa :
- C'est qui ?
- Un stalker. Ne le regarde pas.
- Je ne suis pas un stalker ! protesta Siwon.
- Ah parce que me suivre jusque devant chez moi et jusque devant l'école de ma fille, c'est quoi pour vous ?
- J'aimerai juste que vous m'écoutiez.
L'écrivain poussa un soupir, et s'arrêta, avant de se retourner vers Siwon. Oui, il était beau. Il était beau, charismatique, et aussi intimidant. Mais vraiment, qu'est-ce qu'il était agaçant, aussi, à le coller comme ça !
- Quoi ?
- Vous êtes un homme talentueux.
- Je l'étais.
- Non, je sais que vous l'êtes encore, corrigea Siwon. J'ai beaucoup d'admiration pour vous, et je sais que si vous me donnez des cours, je pourrai réussir cette audition.
- Vous voulez être acteur ?
Le jeune homme hocha la tête :
- C'est une audition pour une comédie musicale. Je suis en faculté de gestion-économie, et je n'ai pas le temps de prendre des cours en commun. Et maintenant que je vous ai trouvé, je sais que je peux réussir.
Pardon ? Jungsu devait sûrement halluciner. Ce type, devant lui, là, était en faculté ? C'était un étudiant ?
- Je ne suis pas un magicien, grinça Jungsu. Admettons que je vous donne des cours, il vous faudrait un minimum de talent pour y arriver.
Puis il jaugea son interlocuteur, avant de lâcher :
- De toute façon, en ce moment, n'importe qui avec une belle gueule peut passer. Quel âge avez-vous ?
- Vingt-et-un an.
Cette fois, c'était la goutte de trop. L'écrivain savait qu'il avait une réaction bien trop immature, mais savoir que son interlocuteur, si beau et charismatique, n'était qu'un gamin, l'horripilait. Il ne savait même pas pourquoi. Sans doute représentait-il tout ce que Jungsu n'était plus :
- C'est non, encore. Je ne suis pas non plus ton instrument.
Il venait de passer au tutoiement, désormais, jaugeant presque ce gamin de sept ans son cadet :
- S'il vous plaît, Leeteuk...
- Ne m'appelle pas comme ça !
Le ton brutal de l'écrivain sembla inquiéter sa fille, qui aussitôt, regarda son papa avec de grands yeux :
- Papa ?
- Pardon, Hye-Ri...
Poussant un soupir, Jungsu tenta de se calmer, puis répondit :
- Je m'appelle Park Jungsu. Leeteuk n'est plus, d'accord ? Tu auras beau insister, il ne reviendra pas.
- Je suis prêt à vous payer, les cours ne sont pas gratuits, je le sais, insista Siwon.
- Je ne veux pas de ton argent. Maintenant, laisse-moi.
Puis, sur ces mots, Jungsu reprit la route, tenant sa fille dans ses bras. Cette dernière, en revanche, pouvait clairement voir derrière lui, et se rendit compte que Siwon était en train de les suivre, encore. De ce fait, Hye-Ri ne se retint pas, et lui tira la langue, comme pour l'éloigner.
Et pourtant, le jeune étudiant ne sembla pas s'en formaliser, sourire aux lèvres. Il ne répliqua pas, mais continua sa route, comme si de rien n'était.
Mais leur manège n'échappa pas longtemps à l'écrivain. De plus en plus proche de la maison, il se retourna :
- Tu vas me suivre combien de temps ?
- Cette fois, je ne vous suis pas.
- Donc les premières fois, c'était bien ce que tu faisais.
- C'est à supposer, murmura Siwon. Mais là, je me rends chez un ami qui vit dans le voisinage. À la base, c'est pour lui que je suis venu.
Jungsu grinça des dents, puis arriva enfin devant chez lui. Tout en se retournant, il s'aperçut que Siwon s'était également arrêté. Quelle attitude agaçante !
- Qu'est-ce que tu attends ? demanda-t-il, nerveux.
- Je voulais juste vous dire au revoir.
Toutefois, le jeune étudiant ne s'arrêta pas là, puisqu'il s'approcha de Jungsu, jusqu'à le surplomber de sa hauteur. Il devait bien faire une tête de plus que lui, et l'écrivain s'en sentit intimidé. Par automatisme, et instinct protecteur, il passa une main dans les cheveux de Hye-Ri, même s'il sentait qu'il était sûrement le plus en danger.
Cette lueur dans les yeux de Siwon le mettait mal à l'aise, et il se mit à déglutir lorsque ce dernier approcha ses lèvres pour souffler :
- Je ne renoncerai pas.
Son souffle chaud caressa la joue de Jungsu, qui se mit à frissonner. Ravi de son effet, Siwon lui adressa un sourire, avant de le saluer, et de s'éclipser pour de bon.
L'écrivain, en revanche, était complètement figé. Il dut même attendre que sa fille tapote sa joue pour le réveiller :
- Papa ! C'était qui, ce monsieur ?
- Si seulement je savais...
Jungsu avait presque l'impression que quelqu'un d'autre se cachait derrière Choi Siwon. Et ça l'inquiétait presque.
Après avoir salué les parents de son ami, Siwon s'inclina poliment, enlevant ses chaussures, puis se rendit à l'étage, afin d'arriver devant la chambre de son collègue de faculté. Toquant à la porte, et n'obtenant aucune réponse, il s'invita tout de même.
Devant son ordinateur, Cho Kyuhyun, un jeune garçon aux cheveux bruns ondulés et aux yeux noirs, portait un casque, et tapait de façon virulente sur sa souris, tout en pestant sur tout ce qui se trouvait à sa portée :
- MAIS CREVE !
Levant les yeux au ciel, Siwon décida qu'il était temps d'intervenir, et s'approcha pour enlever le casque de son ami, qui écarquilla les yeux, comme arraché à son monde :
- Que...
- Ce n'est pas très poli de me faire attendre.
- Mais crève toi aussi !
Le geek de service mit son jeu en pause, se déconnectant du réseau, et se retourna pour arracher le casque des mains de son ami, qui ne fit que sourire d'avantage :
- J'étais en plein milieu d'une partie super importante, là !
- Avec toi, toutes les parties de Starcraft sont importantes.
- C'est de ta faute aussi ! Il fallait prévenir que, pour toi, « j'arrive dans cinq minutes » signifierait « tu vas poireauter pendant trois quart d'heure » !
- Désolé... J'ai eu un imprévu.
- C'est ça.
Kyuhyun sembla bouder, mais Siwon comprit que c'était un simple reproche, et non pas une réelle dispute. Doucement, il posa une main sur le crâne de son ami, et ébouriffa ses cheveux :
- Tu as l'air bien excité. Tu devrais te reposer un peu, ménage-toi, tu sors à peine de l'hôpital.
- C'est bon, je ne suis pas une petite chose fragile ! protesta Kyuhyun.
Siwon secoua la tête, et frotta les cheveux de son ami geek. Quelques semaines plus tôt, il avait eu un grave accident de voiture, dont il s'était sorti de justesse, et le jeune étudiant avait eu du mal à s'en remettre. Il était vraiment très proche de Kyuhyun, malgré les apparences, et le perdre aurait presque pu le détruire. Alors, sans même s'en rendre compte, il avait commencé à le couver, ce pourquoi il s'était aussi porté volontaire pour lui amener les cours.
Et puis, c'était la première fois qu'il venait enfin chez lui :
- Enfin, assieds-toi, maintenant que t'es là, murmura Kyuhyun.
Siwon s'exécuta, et prit place sur le lit, avant de sortir les documents plastifiés qu'il tendit à son ami :
- Tiens, voilà.
- Merci. Ça me manquait pas, tiens. Ce sont les notes de Seungho ?
- Oui, c'est lui qui m'a donné tes cours.
Après tout, s'ils allaient à la même université, ils ne suivaient pas les mêmes types de cours, Kyuhyun fréquentait un cursus informatique. Ils n'étaient ensemble que pour la gestion. Mais le geek sembla s'en contenter, et rangea rapidement les dossiers, avant de se tourner vers Siwon :
- Alors ? Pourquoi as-tu prit autant de temps ? Ta voiture a eu une panne ?
- Non, j'ai même réussi à me garer. Mais...
Le jeune étudiant ne semblait pas très à l'aise. Il n'aurait jamais pensé qu'un jour, il pourrait oublier l'un de ses amis, alors qu'il y tenait réellement. Surtout en sachant qu'ils avaient besoin de son aide.
C'était le fait d'avoir revu Leeteuk, après toutes ces années.
Non. Pas Leeteuk :
- Kyu.
- Oui ?
- Est-ce que tu connais Park Jungsu ?
- Qui ?
- Un brun qui vit dans le quartier, avec une petite fille.
Kyuhyun ne sembla pas réfléchir bien longtemps, et hocha la tête :
- Oui, je vois qui c'est. Sa gamine est venue jouer devant la maison, une fois. Pourquoi ? Tu le connais.
- On peut dire ça.
Une fois de plus, Siwon replongea dans ses pensées, ce qui n'échappa pas à son ami geek. Ce dernier se leva de sa chaise de bureau, puis appuya sur le front du jeune étudiant :
- Je ne sais pas à quoi tu penses, mais ça a l'air de te travailler.
- Kyu, dis-moi... Comment tu ferais pour convaincre quelqu'un de te venir en aide ?
- Ça dépend. Si c'est un ami, ça doit couler de source, non ?
- Oui, mais si la personne ne te connaît pas ?
- Tu demandes des services aux inconnus, toi ?
Siwon fronça les sourcils :
- Ce n'est qu'une hypothèse. Disons que c'est quelqu'un que tu connais, mais lui ne te connaît pas. Tu sais que c'est le plus apte à te venir en aide, mais il est sceptique. Comment fais-tu pour le convaincre ?
- Je lui montre ce que je vaux.
Le jeune étudiant arqua un sourcil, mais Kyuhyun ne tarda pas à s'expliquer :
- Je ne sais pas ce que tu lui veux. Mais prouve que tu as quelque chose, montre pourquoi il devrait t'aider. Attire son regard.
Le pire... C'est que ce n'était pas une mauvaise idée. Siwon remercia Kyuhyun avec un sourire, et décida de se consacrer à son ami. Il trouverait bien un moyen en rentrant chez lui, de toute façon.
- Tu regardes pas, hein !
- Hye-Ri, j'ai changé ta couche et je t'ai habillée. Ça fait que je t'ai déjà vue nue une centaine de fois.
- Regarde pas quand même !
Jungsu eut un petit sourire amusé, adossé au mur du couloir tandis que sa fille était en train d'enlever ses vêtements dans la salle de bain. Puis, lorsqu'il entendit le bruit de l'eau, il comprit qu'elle était enfin dans la baignoire, et mit sa main sur ses yeux, avant d'entrer :
- C'est bon ? Je peux enlever ma main ?
- Non ! Non pas encore !
Après quelques secondes, bien installée, la petite Hye-Ri donna enfin le signal :
- C'est bon !
L'écrivain continua de sourire, et recouvra enfin la vue. Doucement, il ramassa les vêtements de sa fille pour les mettre dans le panier à linge. Tant pis pour le collant. En revanche, il fut amusée de voir son bébé patauger dans la mousse du bain, cachant son corps nu :
- Dit donc, Hye-Ri, c'est pas fait pour jouer.
- Maiiiis !
- Tu ne me laisses pas le choix.
Après avoir déposé le panier à linge, Jungsu s'empara du gant de toilette, et ne laissa pas à sa fille l'occasion de s'échapper. Il prit son visage, et commença à frotter :
- Haaa !
- Arrête de gigoter !
Malgré ses menaces, le pauvre écrivain était désormais recouvert d'eau savonneuse, mais il s'en fichait bien. Après tout, c'était ça aussi, être père. Et puis, ce n'est pas comme si ses vêtements lui avaient coûté une fortune :
- J'aime pas !
- Tu as le visage tout crotté, qu'est-ce que tu veux que je te dise ?
Tout en frottant avec force, mais en essayant de ne pas faire mal à Hye-Ri, Jungsu effaça toutes les traces de terre et de boue, et se recula :
- Voilà, maintenant, tu peux nettoyer le reste.
Pour seule réponse, Hye-Ri tira la langue, et Jungsu s'empressa de la réprimander :
- On ne tire pas la langue, je te l'ai déjà dit, c'est malpoli.
Toutefois, son sourire ne devait sûrement pas être très convaincant. Tant pis, de toute façon, il était trop content qu'elle aille bien pour la gronder.
Une fois dans la cuisine, le jeune homme reprit la préparation du repas, terminant d'éplucher les légumes, avant d'entamer la viande. Néanmoins, la rencontre avec cet étudiant ne cessait ne le perturber. Il avait dit être un fan... Et il ne mentait sûrement pas. Mais à vingt-et-un ans... ça signifiait qu'il devait avoir à peine quinze ans, au bas mot, quand s'est produit le scandale. Et pourtant, il l'avait reconnu presque en un clin d'œil.
Alors qu'à l'époque, Jungsu était blond, et bien plus maquillé, avec un goût vestimentaire à en faire pâlir d'envie certains stylistes. Quelque part, en fait, l'écrivain se sentait presque... Flatté ? Et même si sa chute avait été terriblement douloureuse, il devait avouer que tout cet amour lui manquait.
Mais malheureusement, il n'y avait plus droit.
Alors pourquoi ? Était-il fan au point... De ne pas l'avoir oublié ? Il n'était pas comme ces jeunes filles qui changeait d'idole dés qu'un autre plus talentueux ou au physique plus avantageux faisait son apparition...
Oui, Jungsu ne pouvait se mentir, il était curieux. Mais de là, à donner des cours... ça faisait bien longtemps qu'il n'avait pas joué ou chanté quelque chose. Alors pas question.
Un peu plus tard, Hye-Ri sortit de la salle de bain, une serviette enroulée autour de son petit corps :
- J'ai fini !
- Attends.
Jungsu coupa le feu, puis alla vers sa fille afin de la sécher, frottant avec énergie. Et enfin, lorsqu'elle fut suffisamment prête, il lui prit la main pour l'emmener vers sa chambre, et lui sortit son pyjama :
- Tiens.
Hye-Ri garda toutefois la serviette, ne voulant pas que son père la voit nue, ce qui le fit soupirer, avant de quitter la chambre. Sa fille arrivait à un âge où elle devenait pudique, et ça le rendait presque nostalgique. Dire qu'avant, elle courrait nue partout dans la maison dés la sortie de la douche...
Mais bon, tant pis. Chaque évolution apportait son lot de richesse, et Jungsu était ravi de vivre toutes ces périodes avec son enfant. C'était tout ce qui comptait.
De ce fait, il ne fit que répondre :
- Je retourne m'occuper du dîner. En attendant, je veux que tu fasses tes devoirs.
- D'accord !
Jungsu eut un nouveau sourire, puis retourna à sa cuisine.
Une fois le dîner préparé, et installé sur la table, l'écrivain alla chercher sa fille :
- Hye-Ri, viens manger.
La petite se leva de son bureau, et suivit aussitôt son papa, attirée par la bonne odeur de viande sautée, et alla se laver les mains, avant de s'asseoir sur le coussin. Puis elle attendit le feu vert, que Jungsu lui donna :
- C'est bon, tu peux manger.
- Bon appétit !
Hye-Ri n'attendit pas pour prendre ses baguettes, et dévora la viande et le riz :
- Pas si vite ! sermonna Jungsu.
- Pardon.
- Et on ne parle pas la bouche pleine.
- Voui.
Ralentissant le rythme, la petite continua de mâcher. Mais une fois qu'elle eut terminé, Jungsu demanda, après avoir avalé sa propre portion :
- Tu as peur, pour la comédie musicale ?
- Non... Mais je sais pas comment faire.
- Comment quoi ?
- Les autres vont se moquer de moi. Et j'aime pas ça.
L'écrivain posa ses baguettes, et prit un verre d'eau, afin d'en boire une gorgée :
- Ma chérie, être sur scène, c'est s'exposer au regard des autres. J'ai eu peur, moi aussi, quand j'ai commencé. Mais après, j'en suis presque tombé amoureux.
- C'est vrai ?
- Bien sûr. Et tu sais quoi ? Je vais t'aider. Je ne sais pas encore comment monsieur Lee va adapter l'histoire, mais je peux t'apprendre quelques chansons d'abord, tu ne penses pas ?
- Oh oui, je veux bien !
- Je t'en chanterai une pour dormir, comme avant.
- Ouiiii !
Hye-Ri sembla ravie, ce qui mit un peu de baume au cœur de son papa. Il ne voulait mettre son art qu'au service de sa fille, et rien d'autre. Le reste du temps, il ne voulait pas y penser.
Il n'y avait qu'elle qui méritait son attention, après tout :
- Tu crois que le professeur sera content de moi ?
- Sûrement, marmonna Jungsu en fronçant les sourcils. Tu as vraiment l'air de l'apprécier, ce garçon.
- C'est pas un garçon ! C'est nul les garçons, d'abord, ils passent leur temps à se taper dessus, et ils sont pas propres.
- …
Jungsu ne savait même pas si sa fille plaisantait :
- Tu n'es pas mieux, parfois.
- Mais moi, c'est seulement quand on m'y oblige !
- Si tu n'aimes pas les garçons, avec qui vas-tu te marier, plus tard ?
- Bah avec papa ! Ou avec le professeur !
Bon... Peut-être aussi que l'écrivain plaçait la barre un peu trop haut, sa fille n'ayant que sept ans. Il était normal qu'elle tienne ce genre de discours. Néanmoins, Jungsu eut un sourire, et se redressa pour s'approcher de sa fille, qu'il prit dans ses bras :
- Ne quitte pas papa, alors, petite sauvage.
- Mééé !
N'étant pas contente du fait que son père l'ait empêché de finir sa viande, la petite protesta, et se mit à gigoter, ce qui amusa plus l'écrivain qu'autre chose. De toute façon, il était plus heureux ainsi.
Son rayon de soleil, c'était Hye-Ri.
Le lendemain matin, une fois prêt, Jungsu passa en revue la tenue de sa fille, voulant éviter une histoire de tâche comme la veille. Mais cette fois, Hye-Ri avait mangé correctement, heureusement.
Habillé plus sobrement, avec un pull-over bleu marine et un pantalon de sport, Jungsu enfila son imperméable, et prit la main de sa fille :
- Tu n'as rien oublié ?
- C'est bon !
- Allons-y alors.
Fermant la porte derrière lui, Jungsu prit le chemin habituel de l'école. La veille, il avait rechanté devant son enfant. Il ne l'avait pas fait depuis longtemps, et l'exercice semblait lui avoir plu. Au moins, elle était sûrement un peu plus motivée pour tenir son rôle.
Sa bonne humeur venait d'atteindre un nouveau stade.
Jusqu'à entendre une voix derrière lui :
- Nae mal deureo jullae amu maldo haji malgo na sashireun neomuna buranhae
(Peux-tu entendre mes mots ? Ne dis rien pour l'instant)
Nega eobneun haru eotteohke gyeondilji jeongmal molla
(En réalité, je suis si inquiet…Comment puis-je vivre sans toi chaque jour ?)
Uri kkeutshi aniraneungeol ara
(Je sais que ce n'est pas encore terminé)
Naega eobneun binjarie honja apa uljineunma
(Mais ne pleure pas à cause du vide que j'ai laissé)
En entendant ce chant, Jungsu se figea. Reconnaissant la voix, il se retourna, Hye-Ri tout aussi surprise.
Siwon se tenait là, à genoux. Même de cette façon, il restait élégant, c'en était presque déroutant. Mais le pire, pour l'écrivain, était sûrement sa voix. Elle était suave, grave, et surtout, belle. Non, l'étudiant qui se trouvait devant lui n'était sûrement pas un mauvais chanteur, c'en était même tout le contraire.
Mais... Pourquoi avoir choisi cette chanson ?!
- Naege boyeojwottdeon ne sarangeul gieokhalge geu nugudo daeshinhal su eobneun
(Je me souviendrai de l'amour que tu m'as donné. Personne ne peut te remplacer)
Dan hanaeui sarang nae gaseum gipi neol dama dullae
(Cet amour unique, je le garderai au fond de mon coeur)
Orae gidarige haeseo mianhae
(Je suis désolé de te faire attendre si longtemps)
Nae pyeongsaenge hanappunin neoneun jeongmal teukbyeolhan geol
(Dans ma vie, il n'y a que toi de si extraordinaire)
- Siwon...
Le jeune étudiant s'arrêta, regardant Jungsu dans les yeux, alors que ce dernier déglutissait. Il ne savait pas où se mettre, et Hye-Ri sembla froncer les sourcils, de son côté :
- Tu chantes bien, mais t'es un stalker !
- Hye-Ri !
- Désolé, Jungsu. Je sais que je ne viens pas au bon moment.
- C'est l'heure qui te trouble, toi ? C'est la première fois que je vois quelqu'un reprendre une de mes chansons pour me jouer la sérénade en plein milieu de la rue...
Il était presque en train d'en rougir, et espérait que personne ne les avait vu. Mais loin de s'en déplaire, Siwon ne fit qu'afficher un sourire, et s'approcha :
- Only U... C'est une de mes chansons préférée.
- Pourquoi l'avoir chantée ici ?
Jungsu sentait son cœur battre à une vitesse folle, et les souvenirs commençaient presque à refaire surface. Il serra un peu plus fort la main de sa fille, comme si elle était le seul moyen dont il disposait pour se protéger :
- Pour vous montrer ma valeur. Je suis plus que déterminé à vous montrer ce dont je suis capable, pour que vous me preniez comme élève.
- Je... Je croyais que tu voulais être acteur.
- C'est une comédie musicale, je vous l'ai dit. Comme pour votre fille. Apprenez-moi, comme elle.
- Dit donc...
- Ah non !
Hye-Ri s'accrocha à la jambe de son père, et toisa Siwon du haut de son mètre dix :
- C'est mon papa, pas le tien !
Jungsu poussa un soupir, et frotta les cheveux de sa fille, avant de regarder Siwon :
- Je suis occupé. Je suis en retard pour rendre mes pages, et en l'occurrence, je m'occupe déjà de la comédie musicale de ma fille.
- Je suis prêt à apprendre en même temps qu'elle.
- Parce que tu penses que passer une audition, c'est le même niveau de travail qu'un spectacle scolaire ?
- Laissez-moi juste tenter ma chance.
L'écrivain arqua un sourcil. Siwon semblait tellement motivé qu'il en était mal à l'aise. Et puis, il était vrai qu'il avait une voix magnifique... En tant qu'artiste, Jungsu s'en voudrait toute sa vie si un tel talent se perdait. Et par sa faute, en plus, parce qu'il était prêt à parier que, pour Siwon, c'était lui ou personne, vu sa motivation :
- Bon... On va en discuter plus tard, d'accord ? Laisse-moi juste déposer ma fille.
- C'est d'accord !
Le jeune étudiant avait vraiment l'air ravi, vu le sourire éclatant qu'il affichait. Et Jungsu ne put s'empêcher de remarquer les petites fossettes qui s'étaient creusées. Ce gamin avait vraiment tout pour lui, c'était sûrement un vrai tombeur.
Poussant un soupir, Jungsu s'approcha de l'école, puis se tourna vers Hye-Ri :
- Sois sage, d'accord ?
- Tu vas rester avec le stalker ?
- On va juste avoir une discussion de grands.
- Je l'aime pas. En plus il est moche.
L'écrivain fronça les sourcils, ne s'attendant sûrement pas à ça :
- Voyons, il n'est pas moche du tout, où vas-tu chercher ça ?
- Il est pas beau, je trouve. Le professeur est mieux.
En même temps, Donghae et Siwon n'avaient absolument pas le même type de beauté, et surtout, Hye-Ri semblait adorer le premier, et détester le second, alors... D'un autre côté, il se voyait mal expliquer ça :
- Ne t'en fais pas, je m'occupe de tout. Allez, vas-y, où tu vas être en retard.
- Oui !
La petite fille embrassa la joue de son père, puis se précipita vers l'entrée de l'établissement, sous le regard bienveillant de son papa.
Mais une ombre derrière le fit revenir à la réalité :
- Alors pour votre fille, je ne suis pas beau ?
Jungsu sursauta, et se retourna, se rendant compte que Siwon était derrière lui, à quelques centimètres à peine. Il allait vraiment tuer ce gamin !
- T'es obligé d'apparaître comme ça?! Et oui, tu n'as pas l'air de lui plaire.
Et pourtant, un sourire restait dessiné sur les lèvres du jeune étudiant :
- Mais pour vous, je le suis ?
Le rouge grimpa bien vite aux joues de l'écrivain, qui fronça les sourcils, et tenta de camoufler sa gêne par la froideur :
- Sans plus. Bon, si tu veux discuter, suis-moi.
Jungsu dépassa le jeune étudiant, afin de reprendre le chemin de son domicile. Siwon le suivit docilement, mais ne put s'empêcher de frémir, sachant qu'il verrait sûrement l'intérieur de la demeure de celui qu'on appelait autrefois Leeteuk.
Et qu'il serait seul avec lui.
