Traces

Harry était en ce moment même dans une ancienne salle de classe de Poudlard où l'on avait entreposé les affaires de l'appartement de Snape. Il avait demandé le droit à McGonagall de venir fouiner un peu, prétextant qu'il trouverait peut-être des documents intéressants qui pourraient l'aider, et elle avait dit oui un peu à contrecoeur.

En réalité, il cherchait des papiers parlant de sa mère.

Il avait examiné au peigne fin le coin où l'on avait entreposé les livres, mais il n'avait rien trouvé.

Des livres de potions. Il ne trouvait que des livres de potions.

Il abandonna sa chasse, s'assit sur le lit à baldaquin de Snape et observa ces ruines abandonnées d'une vie.

Mais était-ce une vie ?

Des papiers jonchaient le sol. Apparemment, personne n'avait fait aucun effort pour établir une once d'ordre dans ces décombres poussiéreux. La bibliothèque, beau meuble ancien du dix-huitième siècle, était posée, branlante et de travers, sur un monceau de livres d'une part et un sol nu de l'autre, et tout laissait présager qu'à la moindre pichenette, elle s'écroulerait.

Les chaises et les fauteuils étaient empilés les uns sur les autres, regroupés dans un coin de la pièce, et même le lit de son professeur n'était pas stable : il était posé sur un sol jonché de fioles et d'instruments divers, ayant à première vue une grande valeur, mais jetés ici négligemment. Un petit coucou dont l'heure s'était arrêtée à 9h piles tordait encore sa tête en dehors de la boîte, et son bec à moitié ouvert lui donnait un air lugubre et figé comme dans un dernier cri. Harry frissonna.

Il n'avait rien trouvé qui parlât de sa mère, pas même une carte postale, un mot, rien. A croire que Snape avait tout brûlé quand il l'avait sue morte.

Il n'arrivait pas à se décider à partir. Il se sentait trop bien ici, en même temps que quelque chose le gênait. Et c'était ce quelque chose qui faisait qu'il n'arrivait pas à partir.

Il s'allongea sur le lit, se prit la tête dans les mains, et essaya d'arrêter de penser. Ça lui faisait du bien. Il fallait qu'il se repose, qu'il s'éloigne du bruit, des trop nombreux élèves qui l'attendraient dehors, il fallait qu'il s'éloigne de ce monde qui lui rappelait sans cesse Voldemort, son affreux pseudonyme « le Survivant », les Horcruxes, les Mangemorts…

Puis tout à coup, dans ces décombres abandonnés, dans ces traces de souvenirs qui avaient construit une vie, il sentit une profonde angoisse s'emparer de ses tripes. Il eut soudainement l'impression que les éléments se penchaient sur lui pour l'aspirer, tel un Détraqueur qui s'approcherait pour vous donner son baiser, que ces livres, cette armoire tremblante et ce coucou au cou tordu devenaient vivants, le narguaient, le cernaient, et il hurla.

Il voulut sortir de la pièce mais se prit les pieds dans les rideaux tombants du lit à baldaquin, rideaux qui eux aussi voulaient l'attraper et le livrer à ces choses qui voulaient l'aspirer, l'emporter.

Il se releva précipitamment et tendit son bras vers la porte, qui lui semblait hors de portée. Le lit grinça. Il atteignit la porte dans un élan désespéré et l'ouvrit, le cœur battant à tout rompre. Il jeta un dernier coup d'œil dans la pièce et il lui sembla que le coucou avait tourné la tête pour l'observer.

Il resta quelques secondes à quatre pattes sur le sol, pantelant, puis se releva avec beaucoup de difficultés.

Il n'était pas complètement remis de son affrontement avec Voldemort, et suite à cette cascade, ses membres douloureux avaient recommencé à l'élancer. Ça ne faisait qu'une semaine qu'il s'était « réveillé ».

Tandis qu'il se massait les côtes, il se mit à rire. Il se sentit tout à coup redevenir un enfant. Il avait été ridicule à se sentir oppressé dans cette pièce qui était tout à fait normale, rien n'avait bougé, il avait été tout simplement ridicule, lui, le « Survivant », à avoir peur d'un vieux coucou cassé dont la tête pendant lamentablement lui avait fait avoir des frissons. Il se retourna par hasard et découvrit Colin qui semblait l'observer ainsi depuis un bon bout de temps.

- Colin ?

- McGonagall m'a demandé d'aller voir si tout allait bien, expliqua-t-il en baissant les yeux. Tu restais là depuis un bon bout de temps, et on commençait à s'inquiéter légèrement.

- Ah... euh... Désolé, je ne me rendais pas compte, s'excusa Harry.

- Oui, oui, je comprends... Moi aussi j'ai envie de rester seul longtemps, des fois...

Ils ne parlèrent plus pendant ce qui leur sembla plusieurs minutes, puis Colin reprit la conversation.

- Pourquoi tu es sorti comme ça ?

- Hmmm ? Ah oui, c'est... compliqué. Tu vas sans doute te moquer de moi.

- Je ne me moquerai pas de toi, tu me connais, quand même. Ne dis pas de trucs bêtes.

- C'est juste que j'étais là-dedans, dit Harry en désignant du doigt la porte close, et tout à coup, j'ai... eu peur.

- ... Pourquoi ?

Colin semblait intrigué.

- Viens, je vais te montrer.

Harry entraîna le petit Gryffondor à l'intérieur de la pièce, sans aucune appréhension. Il s'était raisonné.

- Tu vois le vieux coucou, là ? lui montra Harry.

- Oui… Il est affreux, avec sa tête qui sort.

- J'ai eu peur de ça. Je croyais qu'il était vivant, dit-il en riant.

Colin esquissa un sourire.

Il resta un moment à regarder les entassements divers puis demanda à Harry ce qu'étaient toutes ces affaires.

- Ce sont les affaires de Snape, répondit Harry.

- Mais pourquoi sont-elles dans cet état ? Ils ne pouvaient pas les laisser dans son appartement ?

- Il doit être libéré pour le prof de l'année prochaine. Ils ont tout entassé là.

- Mais toi ? Tu faisais quoi dans les affaires de Snape ?

- Lui et ma mère étaient amis, dit avec un peu d'émotion Harry. Je recherchais des traces d'elle.

- Ah... Je comprends. Et ?

- Je n'ai rien trouvé, avoua Harry.

- Ah.

-...

- ...

- ...

- Mais si tu veux, je peux t'aider à ranger tout ça. Peut-être que tu n'as pas tout vu ? En mettant un peu d'ordre, nous devrions y voir plus clair.

- Ah, eh bien... Oui, je n'y avais pas pensé. Ça nous fera passer le temps, ajouta-t-il pour se donner contenance.

- Il faudrait commencer par remettre l'armoire d'aplomb, dit Colin avec un demi-sourire. Sinon, je crois qu'elle va finir par nous tomber dessus. Wingardium Leviosa !

Il déplaça l'armoire en prenant bien soin de ne pas abîmer les moulures sur le haut contre le plafond, puis la déposa sur une surface plane après que Harry eut enlevé les papiers qui gênaient au sol.

- Il va falloir rassembler ces tonnes de paperasse et tout mettre dans un coffre pour ne rien perdre. Ensuite, on pourra trier papier par papier pour voir s'il reste ici des traces de ta mère. Nous devrions aller chercher ça tout de suite, ces monticules de papiers vont nous gêner pour la suite sinon.

- J'admire ton sens de l'organisation, ironisa Harry en lui jetant un coup d'œil amusé. Je vais voir dans une salle à côté s'il n'y a rien qui puisse nous servir.

- Attends ! Reste là, je vais aller chercher un coffre dans la Salle sur Demande.

- Ah, oui ! Bonne idée. Tu te rappelles où elle est ?

- Devant la tapisserie de Barnabas le Follet, non ?

- C'est ça...

Colin partit, laissant Harry seul.

Il décida de continuer à ranger la pièce. Ça ne pourrait que le faire avancer.

Tandis qu'il soulevait le lit, il se demanda pourquoi ils rangeaient avec autant d'ardeur les affaires de Snape. Sa propre curiosité l'intriguait.

- Wingardium Leviosa !

Il souleva le lit.

Il voulait connaître le passé de cet homme curieux, qu'il essayait de ne pas haïr en écoutant Minerva McGonagall et Dumbledore –et dieu sait combien il avait confiance en eux !- mais n'arrivait toujours pas à excuser son professeur. Quand il le voyait, quand il lui parlait, quand il était en cours avec lui, il y avait quelque chose qui le gênait. Etait-ce de savoir qu'il avait aimé sa mère ?

Il fut tiré de ses pensées par un grand fracas contre le mur. Il leva les yeux. Il n'avait pas fait attention, et le lit avait violemment percuté le mur d'en face, se rompant presque en deux. Il le remit d'aplomb par terre et lui lança un Reparo. Il n'avait décidément plus la tête dans rien, il fallait qu'il se reprenne ou il finirait par mourir sans même s'en apercevoir. Il fit un petit rictus à cette pensée.

- C'était quoi ce bruit ? Tu as cassé quelque chose ?

- Je ne faisais plus attention, dit-il à Colin qui venait juste de pousser la porte.

Colin leva les yeux au ciel tout en déposant une caisse en bois sur le sol.

- Ça ne m'étonne pas...

Ils commencèrent donc à jeter les papiers qui jonchaient le sol dans la malle, vérifiant à chaque fois ce qu'ils étaient.

Ils « travaillaient » depuis peut-être cinq minutes quand Colin trouva un papier plus intéressant que les autres. Il le tendit à Harry : ce n'était qu'une carte postale de Narcissa Malefoy.

- Tu sais quoi ? dit au bout d'un moment Harry en se relevant.

- Non ?

- Snape n'aura pas mis les lettres de ma mère parmi tout le reste. Il était amoureux d'elle, expliqua-t-il à Colin.

- Ah bon ! Et ?

- Il les aura mises dans quelque chose de... Je ne sais pas, moi, un tiroir spécifique, une boîte... Pour ne pas risquer de perdre quelque chose.

- Tu oublies que tout a été défoncé, l'interrompit Colin.

- Ah... Tu as raison. Mais alors, il se peut bien qu'on ne retrouve rien... Il y a certainement des choses qui ont été perdues...

- ... Je ne sais pas quoi te dire.

- On va partir.

- ...

- On va partir. Cet endroit m'angoisse.

- D'accord.

- …

- Aïe !

Harry se retourna. Colin avait trébuché. Il baissa les yeux et vit le responsable du crime. Une petite boîte en fer forgé d'une curieuse couleur rose qui devait être auparavant sous le lit.

- Tu t'es fait mal ?

- Oui... Cette... Cette boîte...

Harry aida son ami à se relever puis s'intéressa à la boîte.

Il la prit dans ses mains. Elle était effroyablement lourde et dure, ses bords en fer étaient presque tranchants. Pas étonnant que le petit Crivey se soit fait autant mal en trébuchant dessus. Il essaya d'en soulever le couvercle mais elle lui tomba des mains, enfonçant une latte du plancher de la pièce.

- Tu veux que je t'aide ?

Colin était encore légèrement essoufflé.

- Je vais juste essayer de l'ouvrir, lui répondit Harry.

Il tenta de soulever le couvercle mais, de toute évidence, il était coincé. Il ne réussit qu'à se couper.

- C'est peut-être un sort ? lui suggéra Colin.

Harry le regarda intensément.

Bien sûr.

Il avait raison.

- Lily.

La boîte s'ouvrit.

- Je te laisse, dit précipitamment Colin.

Colin sortit de la pièce, laissant un Harry seul dont les yeux commençaient à se mouiller de larmes.

Il y avait un paquet phénoménal de lettres. Il prit la première.

« ... Cher Severus,

Je t'écris de Grèce où je passe des vacances...

Il fait beau et chaud, et je continue de penser que tu aurais dû

venir, le soleil aurait fait du bien à ta peau pâle, tu ne sors pas

assez, mon Sev...

J'ai rencontré la communauté sorcière d'Athènes, ce sont

vraiment des gens très sympathiques, beaucoup plus qu'en

Angleterre.

Je t'embrasse,

Lily ... »

« ... Bonjour Lily,

Je te rappelle que ma peau n'a pas besoin de bronzer... Je

resterai un éternel enfermé dans mes cachots avec mes

potions, personne ne pourra jamais me changer, même si pour

toi j'ai bien voulu essayer de le faire.

Je ne m'ennuie pas ici, à part de toi.

Severus ... »

« ... Salut Sev,

Je rentrerai en Grande-Bretagne le 16 et, si tu le veux bien, je

transplanerai directement chez toi, je n'ai pas d'autre endroit

où aller vu que mes parents sont partis en vacances.

A part si tu as de la compagnie chez toi.

Ta Lily ... »

« ... Ma Chère Lily

Tu sais bien qu'il n'y a jamais personne chez moi. Je n'ai

jamais eu d'autre personne que toi dans mes murs.

Tu me manques...

Je m'ennuie de toi. S'il te plaît, reviens vite, j'ai tellement hâte

de te revoir...

Severus ... »

Il y avait peut-être deux centaines de lettres comme celles-ci dans cette petite boîte rose en fer forgé. Harry les lut toutes.

Quand il arriva au fond de la boîte, ses yeux étaient tellement brouillés de larmes qu'il lui fallut cligner plusieurs fois des yeux pour voir cette autre petite carte.

C'était une carte toute blanche, sans fioritures, et sans autre écriture au dos (à part une adresse griffonnée à dans un coin que Harry reconnut être Godric's Hollow) qu'un

Je t'aime

écrit d'une main tremblante.

Harry relut plusieurs fois cette simple, cette toute simple carte qui lui arrachait son cœur.

Elle n'était pas signée, mais Harry reconnut sans peine cette écriture en pattes de mouche. C'était Snape.

Il regarda la date griffonnée en bas de la carte :

Le 29 octobre 1981.

Sa mère était morte le 31. Elle ne l'avait pas reçue. Il se demanda un court instant comment il l'avait récupérée, mais ça ne l'intéressait pas vraiment.

Dans un silence religieux, il déposa cette dernière carte, ce fragment d'une âme déchue au fond la boîte, et la recouvrit par toutes les autres. Après avoir réfléchi, il décida de laisser la boîte ici, et il s'arrangerait avec Minerva pour qu'on ne touche pas à cette salle de classe avant que Snape ne vienne chercher ses affaires. Elle comprendrait.

Quand il sortit, il était tellement chamboulé de tout ce qu'il avait lu qu'il ne remarqua pas que Colin l'attendait encore, assis le dos contre le mur. Il commença à marcher dans le couloir pour rejoindre la Salle Commune et le petit Crivey le rattrapa.

- Oui, parfaitement, je ne veux pas que l'on touche à ses affaires.

- Mais c'est impossible !

- Et pourquoi ?

- Eh bien, nous avions décidé de laisser les meubles au prochain professeur et de donner les livres à la bibliothèque.

- Eh bien, vous ne le ferez pas. Vous laisserez tout en l'état jusqu'à ce qu'il revienne.

- Mais il nous a dit lui-même qu'il ne tenait à rien !

- Il a oublié quelque chose, voilà !

- Apportez-le lui !

- Je ne sais pas où il habite !

- Moi non plus !

- ...

- ...

- Alors comment voulez-vous que je le retrouve ?

- Je ne sais pas !

- Mais enfin, c'est dément !

- Qu'est-ce qui est dément ?

- De vendre, de donner comme ça la vie de quelqu'un sans son avis !

Ils se levèrent en même temps.

- Il nous a dit qu'il ne tenait à rien !

- Il a oublié des choses, et je ne peux pas tout trier pour lui ! Il faut qu'il revienne et qu'il voie par lui-même !

- Et pourquoi tout à coup autant d'intérêt pour cette personne que vous disiez haïr ? C'est étrange, avouez-le, Potter !

- J'ai retrouvé des papiers qui me concernaient indirectement, voilà tout !

- Le professeur Snape va être content de savoir que vous avez fouiné dans ses papiers personnels !

- Il s'estimera heureux car grâce à moi, il les aura retrouvés !

- Vous êtes abominablement têtu, Potter !

La directrice sortit en trombe de son bureau et laissa Harry seul. Elle semblait l'avoir totalement oublié. Ou alors allait-elle chercher quelqu'un ?

Harry fit les cent pas dans la pièce, examinant cet inchangé bureau de Dumbledore. Il y avait la Pensine, l'épée de Godric Gryffondor, et l'éternelle boîte de bonbons au citron et de petits gâteaux sur la table.

- Bonjour, jeune homme.

Il se retourna, inquiet. La voix semblait venir de nulle part.

- Par ici, mon garçon.

Il s'approcha de l'origine de la voix et vit un tableau qui lui faisait signe d'approcher.

- Ah, euh... Bonjour, bafouilla-t-il.

Le tableau représentait Augustin Philadelia, et il était écrit en légende « chasseur de serpents ». Drôle de métier, pensa Harry.

- Tu cherches Severus ?

Harry acquiesça.

- Je veux bien te dire où il habite, mais à une seule condition. Je veux que tu enlèves d'en face de moi ce grossier personnage.

Harry tourna la tête et vit un certain Aristide Nyctalope qui les regardait d'un air courroucé.

- Il me hante tous les jours avec son énorme nez ! Il m'ôte la vie ! Je vous en supplie ! Personne n'a encore voulu le faire jusqu'à présent.

- Et toi ? Tu crois que ça m'amuse de te voir tous les jours comme ça, en face de moi, à te donner tes airs ? rétorqua Nyctalope.

- Mais... Pourquoi personne n'a-t-il voulu vous en débarrasser ? demanda un Harry dépassé par la furie des deux personnages.

- Ils ne prennent pas attention à nos « discours de tableaux », disent-ils.

Harry soupçonnait une quelconque supercherie de la part du chasseur de serpents mais il s'avança tout de même vers Nyctalope, qui hurlait qu'on ne le touche pas et qu'il tuerait quiconque oserait toucher à sa dorure exceptionnelle.

Mais, quand Harry fut près de lui et qu'il commençait à l'enlever, il lui souffla :

- Si vous me décrochez, il va vous faire pousser une trompe d'éléphant à la place du nez et des furoncles à la place des yeux.

Harry resta un moment à se demander quoi faire, interdit, puis décida de ne pas prendre en compte les paroles de Nyctalope. Il le posa par terre et, tandis qu'il recommençait à hurler, il retourna voir Philadelia.

- Merci, mon garçon, merci. Je ne supportais plus cette immondice. Mais j'espère qu'il va bientôt arrêter d'hurler.

- Et pour Snape ?

- Dites simplement « Impasse du Tisseur » lorsque vous utilisez le réseau par cheminées.

- Je vous remercie.

- Que sont ces abominables cris ? Qu'avez-vous encore fait, Potter ?

Minerva McGonagall venait d'entrer, se bouchant les oreilles.

- C'est l'Aristide qui pousse une crise de nerfs, intervint Philadelia.

- Mais... Mais pourquoi est-il par terre ? Oh non, je vous avais dit de cesser ces interminables affrontements !

Elle accourut près de Nyctalope et s'empressa d'aller le raccrocher. Ils se mirent tous les deux à hurler.

- Je vous en supplie ! Arrêtez ce vacarme ou je vous brûle tous les deux !

Face à la menace, ils cessèrent tous les deux et se regardèrent mutuellement d'un œil mauvais qui voulait tout dire.

- Ah, ces tableaux, soupira McGonagall. Ils finiraient pas nous donner plus de fil à retordre qu'avec les humains. En ce qui concerne notre conversation de tout à l'heure, je suis allée voir Rusard, et votre problème est réglé. Vous pouvez laisser les affaires de Severus dans cette salle sans qu'on y touche, ne vous inquiétez pas. On trouvera bien quelque chose pour loger le nouveau professeur.

- Je vous remercie, professeur. C'est très aimable à vous.

- Je suis désolée de m'être emportée tout à l'heure, dit-elle en serrant la main de son élève.

- C'était de ma faute. Euh...

- Oui ?

- Je vais partir pour essayer de trouver Snape.

- Le professeur Snape, corrigea-t-elle.

- Oui, pardon. J'ai son adresse.

- Vous l'avez trouvée dans ses papiers... personnels ?

- Pas du tout. C'est Philadelia qui me l'a donnée, dit-il en montrant le tableau du doigt.

- Philadelia ? Ne faites pas semblant de dormir !

- On m'appelle ? répondit une voix faussement ensommeillée.

- Je ne savais pas que vous étiez si au courant de ce qui se passe entre les murs. Vous savez bien vous informer.

- C'est à peu près la seule chose que je puisse faire dans mon existence de tableau, rétorqua-t-il.

- En tout cas, vous venez peut-être de sauver le monde.

- Ah ? De rien...

Il fit mine de replonger dans son sommeil factice.

- Quant à vous, Harry, reprit la directrice, nous lèverons momentanément les barrières de Poudlard pour que vous puissiez transplaner.

- Je crois que je vais plutôt utiliser la poudre de Cheminette, dit-il. Je ne suis pas encore très à l'aise avec le transplanage, et ce serait... fâcheux si je me retrouvais désartibulé.

- D'accord, mais êtes-vous sûr d'arriver là où vous voulez ?

- Je suppose qu'il n'y a pas autant de sorciers que ça dans l'impasse où il habite. Je crois qu'il n'y avait que lui et... Lily dans ce coin-là. Et je suppose qu'il a le réseau de Cheminette.

- Très bien, allez-y, alors. Prenez vos affaires et partez maintenant. Le plus tôt est le mieux.

Harry se tenait devant l'âtre de la Salle Commune. Il jeta un dernier coup d'œil à Colin, qu'il ne reverrait peut-être plus jamais et avec qui il avait noué quelques liens fugaces cette dernière semaine, puis il s'avança plus près du feu.

- Impasse du Tisseur ! dit-il en jetant la pincée de poudre dans les flammes. Il fut emporté dans un tourbillon mêlé de suie, de briques et de fumée puis se sentit retomber dans un conduit beaucoup plus étroit que les autres. Il sentit enfin le choc dur de l'arrivée sous ses pieds et s'écroula par terre, ses membres endoloris criant grâce. Il toussa, ayant oublié de fermer la bouche pendant son voyage, et leva les yeux.

- Vous a-t-on jamais dit de frapper avant d'entrer, Potter ?