CHAPITRE 1

Avant toute chose, un petit mot. Vous êtes déjà quelques un(e)s à me suivre, je vous en remercie. Je remercie du fond du coeur Cersei, pour sa review. Tu m'as filé des frissons et une pression monstre, merci. Aurais-tu une adresse mail, que je puisse te répondre en privé?

Ce chapitre est particulier !J'ai besoin de planter le décor et Lunacy est quasi le seul personnage du chapitre. Cela entraîne beaucoup de prose et peu de dialogue, prenez ça comme un prologue plus approfondi, right? :)

!


Lunacy sortit de la berline noire et lissa d'un geste nerveux sa longue robe de soirée. Elle respira un coup sec, leva le menton, et grimpa les marches recouvertes d'un tapis rouge, ignorant le crépitement des flashs braqués sur elle. Elle tendit son invitation à l'immense portier qui la lui demandait, et s'engouffra rapidement dans le somptueux hall de la Bibliothèque Nationale, saisissant sans hésiter la coupe de champagne que lui offrait un serveur. Le plus dur restait à faire.

L'idée d'infiltrer la soirée de Charité organisée ce soir-là autour d'un bijou ancien lui était venue quelques jours plus tôt, quand elle avait réalisé en se réveillant combien sa vie était morne. En effet, elle avait quitté Gotham deux années auparavant pour satisfaire son besoin de liberté, mais sa vie solitaire l'avait condamnée à accomplir jusqu'à présent des actions médiocres. Elle cherchait donc un coup mémorable à monter, quand ses yeux s'étaient posés sur un article de journal. Un collier ancien, dont la légende voulait qu'il avait appartenu à Horus, le divin ancêtre des pharaons, avait été retrouvé et serai exposé durant une œuvre de Charité à la Bibliothèque Nationale. La pierre noire qui ornait le bijou avait même, selon la rumeur, des pouvoirs célestes. Mais ce qui avait séduit Lunacy était la valeur financière de la pierre. Elle ne comptait pas la revendre -durant son séjour à Gotham le Joker lui avait montré combien la cupidité était médiocre pour un vilain – mais voulait la dérober pour la porter. Elle aimait les trophées, et narguer la population en arborant un bijou volé serait grisant.

Mais le bijou était encore bien protégé, et le dérober ne serait pas simple. En un coup d'œil Lunacy repéra deux caméras de surveillance, trois vigiles et deux policiers, censés se fondre dans la foule, sans succès. Rien de bien compliqué, pensa-t-elle. Mais le bijou n'était nulle part pour le moment. Actuellement en sécurité dans une salle au premier sous sol, il ne serait présenté au public que quelques minutes pendant le discours du diplomate qui organisait la soirée, et serait remis sous clé dès le début de la vente aux enchères qui suivrait. Lunacy devrait donc agir dans ce laps de temps si elle voulait un minimum de témoins.

« Encore une heure à tuer. En espérant que je ne tue que ça, ce soir. » pensa-t-elle, sarcastique, avant de vider d'un trait sa coupe de champagne. Perchée sur des hauts talons, elle traversa ensuite la salle, ignorant les regards qui se tournaient vers elle, jusqu'aux toilettes. Elle salua d'un signe de tête une jeune femme cachée là pour téléphoner, et se pencha vers le miroir pour vérifier son maquillage.

Son allure féminine la surprenait toujours, lorsqu'elle s'habillait pour ce genre de mission. Elle, l'orpheline de l'Est, était plus coutumière du duo jean/baskets que de celui robe/talons. Au point qu'elle en oubliait parfois qu'elle était une femme. Une belle femme, si elle en croyait les hommes qu'elle fréquentait. Ses longs cheveux carmins, son teint pâle ou son mètre soixante-quinze, elle ne savait pas ce qui les attirait, mais elle savait en revanche ce qui les rebutait. Aucun homme n'est attiré par l'insoumission et l'indépendance, quoi qu'ils en disent, et elle en avait fait les frais. Pas que cela soit un problème pour elle, qui abhorrait l'idée d'une quelconque relation. Elle constatait, simplement. Tout comme elle constatait dans ce miroir qu'elle savait être féminine et sensuelle. D'un geste assuré, elle effaça un trait de rouge à lèvres qui dépassait légèrement, et se regarda dans les yeux.

Elle avait un pressentiment en ce qui concernait ses projets de la soirée. Pas nécessairement mauvais, mais elle sentait que les choses ne se dérouleraient pas comme elle l'avait prévu, d'une manière ou d'une autre. Mais c'était son premier gros coup seule depuis plusieurs mois. Un coup pareil ne se faisait pas seul. Il lui aurait fallu des veilleurs, des agents infiltrés dans la salle, une solution de repli reposant sur une doublure, il lui aurait fallu les plans complets du bâtiment et un chauffeur prêt à démarrer pour l'attendre quelque part, …

« Ca va, Mademoiselle ? »

Lunacy leva la tête vers la jeune femme qui avait raccroché et la dévisageait désormais avec méfiance. Elle secoua brièvement la tête et regarda à nouveau son reflet. Elle était pâle, et transpirante. Il fallait qu'elle se ressaisisse. Elle vivait pour l'adrénaline, elle ne devait pas se laisser submerger par un stress indésirable. Après tout, ne préférait-elle pas mourir pendant un coup énorme, que vivre dans l'ennui le plus total ? Elle passa une dernière fois sa main dans ses cheveux, et se redressa, lissant sa robe d'un geste brusque et relevant le menton dans un changement évident d'attitude. Elle était Lunacy Crack, elle allait y arriver !

La salle s'était remplie quand elle la traversa de nouveau. Un homme dont elle avait oublié le nom l'attrapa par la taille et la présenta à des amis comme Charlotte Eyre, un pseudonyme qu'elle aimait utiliser. S'intégrer à Chicago lui avait demandé de garder secrète au maximum son identité de criminelle, aussi avait-elle décidé de mener une double vie. Et étrangement, elle était convaincante dans le rôle de la jeune veuve éplorée. Quand l'homme la relâcha enfin, elle continua sa balade entre les gens, veillant à ne bousculer personne pour se faire la plus discrète possible. Mais cela ne semblait pas possible, pesta la jeune femme en regrettant d'avoir fait tant d'efforts pour son apparence. Elle regarda la grosse montre en or à son poignet et pesta contre l'heure qui n'avançait pas. Elle se perdit une seconde dans un souvenir que lui rappelait le bijou, un hold-up particulièrement risqué, et pensa avec un sourire que bientôt, elle aurait autour du cou le même genre de trophée.

Enfin, un maître d'hôtel invita tout le monde à s'asseoir autour des tables rondes et nappées de blanc qui étaient dans une grande salle voisine. Les gens s'installèrent bruyamment, mais quand un homme d'un certain âge debout sur une estrade tapa dans ses mains pour réclamer de l'attention, le silence se fit rapidement. L'homme s'éclaircit la voix et commença un discours que Lunacy n'écouta pas. Son attention fut cependant retenue quand elle entendit le nom du bijou qu'elle convoitait.

« Comme je le disais il y a quelques minutes, son nom est Nekhen. Nommer les bijoux d'une immense valeur est une habitude respectée depuis les prémices de la civilisation, mais Nekhen n'est pas un nom qui a été donné au hasard à la Pierre d'Horus. C'est dans cette ville antique qu'a été découvert le collier qui est désormais devant vous. » expliqua-t-il en désignant d'un geste de la main un homme qui poussait une vitrine. « Nekhen est, selon la légende… »

Mais Lunacy n'écoutait déjà plus. Ses yeux étaient rivés sur le bijou qu'elle était venue dérober. Le collier était encore plus beau en vrai que sur les photos qu'elle avait trouvées sur internet. Elle était à quelques mètres de la vitrine, mais elle pouvait sans problème distinguer le relief irrégulier et brut de la pierre qui ne brillait pas mais dont, au contraire, la surface mate luisait sous les projecteurs qui l'éclairaient. Lunacy sentait les regards de toute l'assemblée braqués sur la vitrine et elle sentit l'adrénaline serrer son ventre : il lui tardait de parcourir les rues de Chicago, son cou mis en valeur par le bijou. Mais elle devait se concentrer sur ses projets, et pour l'heure, ses projets se dirigeaient à nouveau vers l'étage inférieur. Avant qu'elle ne puisse réagir, les portes de la salle se refermaient sur le trésor et le premier objet d'une longue liste était proposé aux enchères. Maîtrisant ses gestes pour ne pas paraître suspecte, Lunacy se leva, s'excusa auprès de ses voisins de table et quitta la pièce par l'entrée principale, s'éloignant davantage de l'objet préhistorique.

Quand la porte de la salle se fut refermée derrière elle, elle abandonna tous faux semblants et attrapa dans l'élastique de son bas droit un petit pistolet qu'elle gardait toujours là, puis elle s'élança en direction des escaliers menant au sous-sol. Elle descendit les marches deux par deux, courant comme si elle ne portait pas de hauts talons, et ne ralentit qu'une fois arrivée dans un long couloir. Elle aperçu l'homme poussant le chariot avant qu'il ne disparaisse par la dernière porte, et elle se cacha rapidement dans l'embrasure d'une autre porte quand l'homme passa en sifflotant devant elle. D'un coup sec, elle l'attrapa par l'épaule gauche et abattit son coude droit au creux de sa nuque, le paralysant sur le coup. L'homme tomba lourdement et elle ne le retint pas dans sa chute, le bruit de son corps absorbé par l'épaisse moquette recouvrant le sol. Puis Lunacy se retourna et se dirigea d'un pas rapide vers la pièce où le collier était entreposé. Elle s'arrêta sur le pas de la porte, parcourant la salle du regard. Il n'y avait rien d'autre que la pierre, rangée dans un écrin et protégée par une cloche de verre faiblement éclairée. La voleuse repéra d'un coup d'œil une caméra de surveillance, et elle n'émit aucun doute quant à la présence d'une alarme connectée à la cloche de verre. Elle se maudit alors de n'avoir rien emporté d'autre qu'un pistolet minuscule et bruyant.

Elle allait devoir agir vite et cela ne l'enchantait pas. Elle ne savait pas encore comment elle quitterait la Bibliothèque, et n'était pas pressée d'en arriver à cette partie là de la soirée. Elle respira un grand coup, et, d'un geste, tira sur l'œil de la caméra en la désactivant, déclenchant dans un même temps une alarme sonore. Surprise, elle réagit au quart de tour et se servit de la crosse de son arme pour faire voler en éclat la cloche de verre. Elle arracha l'écrin contenant le collier de son support, ignorant le hurlement de la seconde alarme qu'elle venait de déclencher.

« Un vrai travail d'amatrice », pesta-t-elle en regagnant la sortie. Mais elle n'eut pas à regarder dans le couloir pour deviner que plusieurs hommes l'y attendaient, armés. Toujours calme mais l'adrénaline battant ses tempes, elle regarda à nouveau la pièce, s'intéressant cette fois au plafond. Une charpente métallique était accessible si on était doué en gymnastique, et un velux pourrait être sa porte de secours si elle s'y prenait bien. Elle tira en direction des vigiles puis claqua la porte et la verrouilla avant de grimper sur le meuble ayant abrité la pierre quelques instants auparavant. Les débris de verre crissèrent sous ses chaussures, et elle s'élança jusqu'à attraper une poutre de métal. Elle lança les jambes devant elle, déchirant dans un même temps sa robe sur toute la longueur des jambes, et s'accroupit sur la barre de fer. Derrière elle, les gardes tambourinaient sur la porte. Elle sauta jusqu'à attraper une seconde barre, et pris son élan pour balancer ses jambes en avant en direction du velux. Le verre explosa au moment où les vigiles défonçaient la porte et commençaient à tirer dans sa direction.

Lunacy protégea son visage avec ses bras et roula sur le toit, se taillant à plusieurs endroits avec les débris de verre qui tombaient encore autour d'elle. Ignorant la douleur et le goût du sang dans sa bouche, elle quitta ses chaussures, se redressa et courut jusqu'à sauter sur le toit voisin. Sous elle, elle entendait le brouhaha créé par son vol, mais elle ne regarda pas en arrière et continua de courir de toit en toit. Quand elle ne pu plus apercevoir le toit de la Bibliothèque Nationale, elle descendit de balcon en balcon jusqu'à la rue et courut jusqu'à l'appartement qu'elle occupait, sursautant au moindre bruit de sirène fendant la nuit.

Elle entra dans son salon, jetant l'écrin tant convoité sur le canapé, et se dirigea vers la salle de bains pour désinfecter ses plaies. L'étendue de ses blessures n'était pas importante et elle eut vite fait de nettoyer tout le sang sur son corps mais son cœur battait à tout rompre. Elle avait été inconsciente de se lancer sur un coup pareil toute seule. Elle aurait pu se faire tuer dix fois, ou pire, se faire attraper. Son besoin d'action l'avait amené à être imprudente, inconsciente et elle le regrettait désormais. Tout ça pour… pour quoi, d'ailleurs ?!

Elle s'approcha du canapé et s'y laissa tomber lourdement. Elle attrapa l'écrin, l'ouvrit, et observa le collier. Nekhen, fameuse pierre magique, hein ? « Elle n'est même pas belle », pensa Lunacy, toujours amère d'avoir du fuir comme une débutante. Sérieusement, que lui était-il passé par la tête ?! Avait-elle cru que le vol de cette pierre changerait sa vie, qu'elle allait la rendre plus attrayante ? D'un geste dédaigneux, Lunacy attrapa le bijou et le fit rouler entre ses doigts, comme pour confirmer son inutilité. Mais la pierre se mit brusquement à chauffer et à briller et un éclair fendit le ciel malgré la nuit sans nuage.

Le phénomène ne dura qu'une fraction de seconde, mais Lunacy aurait juré avoir aperçu sur le balcon la silhouette d'un homme vêtu d'une grande cape, et portant un casque surmonté de deux longues cornes.


Voilà. Je ne sais pas où je vais, mais j'y vais, je l'espère avec vous.
J'attends avec impatience votre avis sur ce chapitre/prologue. Impatience, et stress !

Prenez soin de vous,
Peace.