Coucou !
Voici le chapitre 2. Dans lequel nous allons parler de Sakuya et Kyoshiro, de féminisme et d'appartement. Bonne lecture :)
Sakuya est une fille toute douce, toute souriante. Mais franchement pas débrouillarde. Elle a manqué de se prendre un poteau -c'est son pote Kyoshiro qui l'en a empêchée au dernier moment- et a presque renversé son plateau au réfectoire. A part ça, elle a l'air gentille.
Kyoshiro, c'est un peu le même profil. Souriant, avenant, chaleureux. Il parle de ses p'tites étoiles dans les yeux, comme si c'était un critère de poids. J'ai pas très bien compris.
-Et elle, c'est Tokito, conclut Kaya, on est en arts ensemble.
-Oh, une artiste ! s'exclame Sakuya toute heureuse.
-J'espère que t'es moins perchée que la plupart des gens de ta promo, taquine Kyoshiro.
J'avoue que quand j'ai vu leur dégaine... beaucoup rentrent complètement dans les clichés des artistes drogués, paumés, baba cool.
Au fil de la conversation, j'apprends que Kyoshiro est en études de pharmacologie et Sakuya en Histoire. Je comprends qu'ils ne sont pas seulement potes, ils sont ensemble en fait. Beeeeuh, encore un couple. Ce monde est rempli de couples, c'est pas possible !
Ca ne m'étonne vraiment pas que ces trois-là soient amis. Ils partagent un enthousiasme commun face à toutes les choses de la vie. Un comportement qui m'échappe un peu, je dois dire. Oui, bien sûr, moi aussi je suis heureuse, parfois. Mais eux, ils ont quand même le don de se réjouir d'un rien. Un petit rayon de soleil, une jolie fleur qui vient de pousser, une petite promotion sur un truc cool... un rien les enchante. Remarquez, c'est pas trop mal, d'être aussi positifs.
Finalement, ce drôle de trio m'a un peu contaminée, avec leur enthousiasme à tout épreuve. Et c'est dans cet état d'esprit que je rentre le soir.
Je me dis que rien n'entachera cette belle première journée. Pas même la tête de zombie d'Hishigi. Ce dernier est en train de remuer un liquide violet lorsque j'entre. Il me salue d'un signe de tête et reste très concentré sur sa mixture. Je n'ose pas le déranger. Un bon point : l'appart n'a pas encore explosé. Mais ça signifie que ça pourrait arriver et, perso, je préférerais que ça arrive lorsque je ne suis pas là. Mais bon, je suppose qu'on ne peut pas grand-chose face au destin. Je ne peux que croiser les doigts !
Les jours succèdent aux jours. Plus j'apprends à la connaître, plus je trouve Kaya sympathique. On est assez différentes, tant sur le plan physique que psychologique. Ses longs cheveux bruns souvent ramenés en une désinvolte queue-de-cheval contrastent avec mes cheveux blonds coupés courts. Elle a des yeux sombres -presque avec des petites étoiles dedans, comme Kyoshiro ! Comme décrit précédemment, un enthousiasme face à toute chose que je n'ai jamais eu. Une aura des plus sympathique et la superbe capacité à totalement se ficher du regard des autres. Chez moi, au contraire, on essaie toujours de bien faire, faire au mieux, pour garder la face et faire bonne figure. Le milieu des bonnes familles... Que ce soit mon cousin Shinrei ou moi, nous avons tous les deux été élevés dans cette optique. Et, bien que, d'une certaine manière, nous ayons tous deux cherché notre émancipation, des années d'éducation, ça reste.
Je pense que, de mon côté, je me suis émancipée grâce à ma façon de jurer. Je n'accorde pas beaucoup d'attention au regard d'autrui dans ces situations-là si j'ai envie d'insulter le type qui vient de me bousculer, je le fais, non mais. Ma mère a un peu trop tendance à se scandaliser dans ces moments-là, d'ailleurs.
Mais, en dehors de ça, j'essaie de faire bonne figure. Rester digne. Droite. Forte. Une sorte de monde où on ne montre pas sa faiblesse. Où on résiste aux attaques sans craquer.
Kaya, c'est un peu l'inverse. Elle rit si elle a envie de rire. Elle boude si elle a envie de bouder. Et je pense qu'elle pleure si elle a envie de pleurer. Une sorte de grande sensibilité qu'elle ne cache pas et qui fait du bien à voir.
A mesure que le temps passe, j'apprends à la connaître. J'apprends à connaître Sakuya et Kyoshiro. Et j'apprends à aimer ce nouvel endroit.
-Oh Tokito ! Ce soir, après les cours, l'AEF organise la première réunion de l'année ! On va y aller avec Sakuya et Kyoshiro, comme tous les ans. Tu viens ?
-L'AEF ? je répète dans ton dubitatif, derrière ma planche de dessin.
Nous sommes en train de travailler sur la nature morte et, postés en cercle devant une table remplie d'objets hétéroclites, sommes tenus d'en dessiner au moins quatre avant la fin du cours. Qu'est-ce que ça me barbe, comme sujet ! Je préfère les choses qui reflète plus d'émotions. Plus d'action. Plus d'engagement. Dessiner une théière, y'a pas plus embêtant.
-Oui, l'Association Etudiante Féministe !
Là, mon crayon arrête de dessiner les contours de la théière et je regarde Kaya, l'air surpris.
-C'est quoi c'truc ?
Les luttes féministes ne me sont pas étrangères. J'ai un peu lu sur le sujet. Mais j'avais pas entendu parler de l'AEF.
-Une assos étudiante, comme toutes les autres. On organise une réunion par mois qui dure deux heures. Il y a un thème par réunion, parfois des intervenants extérieurs. C'est surtout un temps de débat, de discussion, d'échange sur des questions de société. Ca fait trois ans qu'on en fait partie, avec Sakuya et Kyoshiro ! C'est hyper intéressant. Puis généralement, on essaie de mener au minimum une grosse action collective par an. La première réunion de l'année est aussi l'occasion de chercher de nouveaux adhérents. Tu viens ?
Je regarde encore une fois mon amie, d'un air surpris. Puis finalement, je me laisse convaincre. Pourquoi pas aller jeter un coup d'oeil ?
On ne va pas dire que l'amphithéâtre soit bondé. Sakuya et Kyoshiro sont déjà là. A part eux, il n'y a aucune tête que je connais.
Sur le tableau est projeté le thème de la soirée. « Les hommes et le féminisme. Les hommes dans le féminisme ».
Vaste sujet.
-Oh ouais ça va être tellement cool ! s'exclame Kaya sous le sourire de Sakuya.
Nous nous installons juste devant le couple, histoire de pouvoir facilement discuter avec eux. Kyoshiro explique que y'a une super ambiance dans cette assos et qu'on y apprend plein de trucs. Ca a révolutionné sa manière de penser, de voir les choses et d'aborder les situations quotidiennes. Les gens sont sympas, ouverts et t'as toujours l'impression d'être le ou la bienvenu-e.
Hm
Je veux bien le croire. Mais j'aime pas le mot féministe. C'est étrange, hein ? Mais ça sonne presque comme un gros mot. Pourtant, face à l'enthousiasme de mes trois nouveaux amis, je ne dis rien. Puis le sujet dérive, d'une berge à l'autre.
On finit par parler McDo, Brésil, soja, conscience écologique.
Puis ils m'interroge sur comment c'était dans mon université, avant. Je hausse les épaules :
-Comme partout, je suppose. Y'avait des idiots comme des gens biens. Puis voilà.
Je sais pas trop quoi répondre d'autre. C'était ni mieux ni moins bien. L'université en soi n'était pas trop mal. Mais ce qui me pesait, c'était surtout d'être toujours chez mes parents, à portée de surveillance, dans un endroit où tout le monde me connaît, où je connais tout le monde.
-D'ailleurs, tu vis où ? T'es loin de la fac ?
-Oh euh... pour le moment je suis chez un ami de mes parents (je cache le fait que l'ami en question est vraiment trop étrange). Mais je ne compte pas y rester trop longtemps, faut juste que je trouve un appart.
Mes interlocuteurs se dévisagent un court instant sans rien dire. Quoi, ils sont en train de me plaindre intérieurement ?! Oh la pauvre fille, elle n'a pas encore trouvé de logement stable... J'me passerais bien de leur pitié !
-J'ai des amis qui cherche un ou une coloc, avance alors Kyoshiro.
Mes antennes se mettent subitement en action.
-Ils sont cinq dans un grand appartement. C'était moi, le sixième colocataire mais depuis peu, on a emménagé ensemble avec Sakuya.
Tous les deux se regardent, se sourient, amoureusement. Beeeeurk.
-Oh mais oui ! s'exclama alors Kaya. Tokito pourrait parfaitement faire la sixième colocataire ! Excellente idée !
Eh, oh, on m'a demandé mon avis, à moi ? Non, il me semble pas.
-C'est... quel genre, tes colocs ?
-Ils sont très gentils, je t'assure ! C'est une coloc hyper bonne ambiance. Je leur parlerai de toi, je crois qu'ils n'ont pas encore trouvé leur sixième personne. Sans doute qu'ils voudront te rencontrer pour voir si le courant passe bien. Te laisse pas déstabiliser par eux au premier abord. Je sais qu'ils peuvent paraître bizarres. Mais, franchement, sont vraiment cool.
Ouh, là. Ca commence bien.
Te laisse pas déstabiliser
T'es sûr qu'ils sont bien, ces colocs ? Je tiens pas tellement à me retrouver vivre avec cinq fous-furieux...
Néanmoins, d'un autre côté, c'est pas comme si j'avais énormément de choix. A voir suivant le loyer et l'aspect de l'appartement. Mais ça ne me coûte rien d'aller frapper à cette porte.
-Ouais, d'accord, j'veux bien les rencontrer.
Reviews ? :)
Dans le chapitre suivant, nous parlerons d'entretien, de saké, de secrets et de questions étranges.
