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Hey les gens ! J'espère que vous allez bien :)
On se retrouve aujourd'hui pour le chapitre deux de cette fanfiction, en espérant qu'il vous plaira ! :)

Bref, bientôt la fin des vacances pour moi :( Et le bac blanc de Français qui m'attend !

N'hésitez pas à me laisser une review pour me dire ce que vous en avez pensé, ça m'aidera beaucoup à m'améliorer !

Bref, je vous laisse à votre chapitre ^^

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Chapitre II : Geek.

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Octobre 2002, St-Étienne.

Les couloirs de l'établissement étaient remplis de monde, de plein de gamins qui se bousculaient dans tous les sens à l'entente de la sonnerie de fin des cours. Parmi eux, Mathieu soupira, se laissant transporter par le mouvement de foule jusqu'à la sortie de son collège. D'un signe de main, il salua le groupe de garçon avec qui il trainait durant les récréations, et se retourna pour avancer dans la rue. Il faisait frais, et le vent soufflait faisant voler les feuilles mortes et les mégots dans les airs. Il devait être dix-sept heures passé, il faisait déjà presque nuit à cette époque de l'année. Mathieu enfouit ses mains dans ses poches en soupirant, et se dépêcha d'atteindre la grille qui entourait la propriété de son établissement scolaire pour prendre son vélo qu'il avait cadenassé à la bordure. Ses mains tremblantes à cause du froid, il soupira légèrement et ouvrit son cadenas pour le ranger dans son sac à dos noir, avant de jeter ce dernier sur ses épaules.

Il se releva et prit son vélo avant qu'une main forte ne le retourne pour le plaquer contre le grillage, faisant grimacer le jeune homme. Mathieu soupira légèrement, apeuré, levant la tête pour regarder le jeune garçon brun aux tâches de rousseur qui le martyrisait. C'était Marcus, Marcus et sa bande qui l'oppressaient sans cesse, qui oppressaient tout le monde.

« Alors écoute moi bien Mathieu, demain je veux 20 balles.

-Je sais pas si...

-Oh ?! Tu m'écoute un peu ?! Ça va mal se passer pour toi sinon. »

Le petit châtain cessa de protester et hocha rapidement la tête, évitant de croiser leurs regards, honteux. Plusieurs personnes s'étaient rassemblées autour d'eux, le jugeant du regard, pouffant en le voyant dans un tel état de soumission. Marcus ricana et le lâcha, avant de le pousser par terre. Mathieu tomba dans une flaque de boue en couinant de douleur, soupirant et tremblant de peur.

« Bah alors ! Faut apprendre à tenir sur tes jambes, le nain ! » s'exclama une jeune fille avant de s'éloigner.

Des éclats de rire retentirent alors que la foule se dissipait, et serrant les dents pour ravaler sa honte et ses larmes, il se leva rapidement en enfourchant son vélo, pédalant rapidement pour fuir tout ça. Le vent balayait son visage, il empreinta des petites ruelles sombres et peu fréquenté avant d'arriver dans un quartier résidentiel. Plusieurs de ses voisins le saluèrent, mais il ne répondit pas, regagnant immédiatement son chez lui. Il sauta de son vélo qu'il rangea dehors, posé contre la façade de sa maison, avant d'entrer. Personne n'était là, pas même Nicolas. Il ferma la porte d'entrée avec un soupir de soulagement, retirant ses godasses pleine de bout, les laissant trainer dans le couloir. Son pantalon était encore mouillé et plein de terre, collant à sa peau, et il grimaça en se dépêchant de monter les escaliers pour aller se changer.

Son père était au travail, sa mère surement aussi. Il était en troisième, Nicolas n'était par conséquent plus avec lui : son frère avait entamé sa première année de lycée et terminait les cours à dix-huit heures. Ce dernier qui avait toujours été un élève remarquable, ne manquait pas de se venter auprès de son frère pour les bonnes notes qu'il ramenait, contrairement à lui. Mathieu n'avait jamais été un élève assidu, au contraire, il ne fichait rien et se contentais du strict minimum, arrivant par je ne sais quel miracle à garder une moyenne convenable. Il préférait s'amuser, il en avait besoin, surtout après toutes ces journées de cours à vivre l'enfer.

Il grogna en se regardant dans le miroir, retirant son pantalon sale qu'il jeta sur la chaise devant son bureau. Les cours avaient commencé depuis à peine plus d'un mois, et il était déjà la risée de tout le collège, la victime des plus forts. En grandissant le jeune garçon s'était beaucoup renfermé, il avait un groupe "d'ami" ou du moins de connaissance qui partageaient ses passions telles que les jeux de rôle, avec qui il trainait durant les interclasses. Il était ce qu'on appelle "un geek" : quand il rentrait de l'école le soir, au lieu de faire ses devoirs, il s'installait devant son pc et jouait à World of Warcraft toute la soirée, jusqu'à tard dans la nuit. Il bâclait son travail à faire pour le lendemain, se dépêchait de manger son repas du soir, se lavait en vitesse, tout ça pour pouvoir jouer plus longtemps. Au début, il jouait seulement jusqu'à l'heure du couché à vingt-deux heures, puis au fur et à mesure, ses nuits se sont raccourcies et il ne dormait désormais que quatre ou trois heures par nuit. Qui pouvait bien l'en empêcher ? Son père, quand il était là, ne faisait pas attention et se fichait de ce qu'il faisait, et sa mère ne s'occupait plus vraiment de lui : ses fils étaient grands, Emma jugeait qu'elle avait fait sa part du travail et pouvait maintenant se concentrer sur sa carrière professionnelle et sociale. Les deux parents surveillaient leurs notes, essayaient de savoir s'ils n'avaient pas de problème en cours ou avec d'autres enfants et c'était à peu près tout.

Il soupira et se mit en caleçon, jetant son sac à dos sur le sol avant de s'installer rapidement sur la chaise face à son bureau, allumant son ordinateur. Il lança le jeu, jouant en multijoueur pendant un certain temps, son casque sur ses oreilles, s'énervant contre ses alliés.

« Allez ! Occupe-toi d'Arthas ! Allez ! Mais bordel, j'te dis qu'on doit tous être sur lui ! » vociféra-t-il en cliquant frénétiquement sur la souris de son ordinateur.

Malgré ses efforts et ceux de son coéquipier, ils perdirent contre le boss. Des grognements et autres plaintes se firent entendre dans le casque, et Mathieu fronça les sourcils.

« Bordel Sommet, c'est ta faute si on a perdu !

-Ouai, avec tes techniques de merde là !

-C'est pas ma faute, bande de noob ! Fallait m'écouter, j'avais une super stratégie, c'est à cause de vous qu'on a perdu, alors arrêtez de rejeter la faute sur moi, vous n'êtes vraiment pas gentils ! » se plaignit-il d'une voix nasillarde, plaintive et suraigüe qui ne lui appartenait pas.

Il sursauta et se tut, immobile et surpris par ce qu'il venait de dire. Ses amis IVL ne disaient eux aussi plus un mot, et le silence qui résonnait dans son casque était pesant. Il avait vraiment dit ça ? Pourtant il n'en avait pas eu envie, il n'y avait même pas pensé ! Et ce ton enfantin... qu'elle honte ! Il déglutit, et un des garçons avec qui il jouait demanda au bout d'un instant, incertain :

« Sommet ? C'est toujours toi ? C'était quoi cette voix de gamin ? »

Mathieu secoua rapidement la tête pour revenir à lui, et terriblement gêné, se racla la gorge avant de dire précipitamment de la voix la plus viril qu'il pouvait prendre à son jeune âge :

« Hum, je... rien, c'est rien, j'ai juste mué, je suppose ! Bon, j'dois vous laisser. »

Il se déconnecta, abandonnant ses compagnons de jeux, et s'éloigna rapidement de son bureau, allant se jeter sur son lit, soupirant en passant ses mains sur son visage. Heureusement que ça ne lui été pas arrivé ailleurs, devant des personnes qu'il côtoyait dans la vie de tous les jours ! Il ne devait parler de ça à personne, jamais ! Durant le reste de la soirée, il préféra jouer en solo plutôt qu'en multijoueur.

A dix-neuf heures trente, lui et sa famille se retrouvèrent à table comme tous les soirs. C'était un lundi, la première journée de la semaine était toujours la plus rude pour les deux étudiants, sans doute comme pour tout le monde. Paul avait travaillé durant la nuit, il était donc présent pour le repas mais exténué. Tête baissé sur son assiette, il écoutait les infos sur la petite télé au-dessus du frigo, alors qu'Emma questionnait leurs fils sur leurs journées.

« Je pense pouvoir gagner les élections des délégués, ma classe m'adore, et ils veulent d'un gars cool comme moi, pas d'un premier de la classe comme Arthur ou Béthanie ! » s'exclama fièrement Nicolas en enfournant une bouché de steak dans sa bouche.

« Tant mieux pour toi, mais si tu es élu, tu auras intérêt à prendre ton rôle au sérieux. » dit-elle sans sourire d'un ton sévère.

Paul leva les yeux au ciel en entendant sa femme. Plus le temps passait, plus leurs couple se dégradait : il n'y avait plus d'amour, c'était une évidence, et désormais ils étaient constamment en désaccord pour tout. Ils n'étaient plus que des colocataires, de simples connaissances, mais ce n'était pas plus mal comme ça. Ils se voyaient pour le dîner, partageaient le même lit, mais rien de plus.

« Laisse donc ce pauvre gosse tranquille, il peut bien s'amuser.

- Ça na rien à voir. Un délégué ne doit pas être élu parce qu'il est "cool" comme il le dit si bien. Il doit pouvoir défendre ses camarades et sa classe, être un bon porte-parole et savoir prendre des décisions.

-Il veut devenir délégué de sa classe, pas avocat. Alors calme-toi. »

Il était vrai qu'Emma, qui était devenue une avocate renommée, souhaitait voir un jour l'un de ses fils prendre la relève. Même si pour elle, le plus important était avant tout qu'ils fassent quelque chose qui leur plaise. Paul, lui, s'en fichait royalement. Ses fils pouvaient bien faire ce qu'ils voulaient du moment qu'ils n'emmerdaient personne. Emma roula des yeux mais ne dit rien : elle évitait les disputes au maximum, ne souhaitant pas s'engueuler avec son maris devant ses fils. Nicolas haussa les épaules et dit d'un air humble :

« Non, maman a raison, faut que je sois un minimum responsable.

-Tu parles, c'est de la connerie tout ça, t'auras juste à faire un discours un minimum potable pour le conseil de classe et c'est tout. Tu en penses quoi, Mathieu ? »

Ce dernier totalement avachi sur sa chaise, avalait sa viande sans la mâcher, mangeant rapidement. Il haussa les épaules, s'en fichant totalement. Il prit son verre en main et but longuement, sous le regard agacé de sa mère qui soupira. Elle aurait aimé le voir participer à la conversation, mais ne fit pas de commentaire là-dessus. Elle se contenta de le sermonner sur son comportement :

« Mathieu, mange doucement, tu vas t'étouffer. Et tien-toi correctement, on est à table. »

Ce dernier poussa un petit soupir mais hocha doucement la tête, se redressant pour manger convenablement. Contrairement à son frère, Mathieu n'était pas bavard du tout : il ne l'avait jamais été, mais plus il grandissait, plus il se refermait. Sans doute l'adolescence. Nicolas, lui, semblait parfais aux premiers abords : agréable et joyeux, cheveux châtains soyeux avec une musculature assez développée pour son âge, des yeux d'un bleu vif et perçant, avec un sourire d'ange. Il était un bon élève, faisait du sport, et Mathieu le détestait pour ça. S'ils s'entendaient bien lorsqu'ils étaient enfants, l'adolescence avait apporté plein de problème entre eux. Mathieu n'était pas laid avec ses cheveux châtain mi-longs et ses yeux bleus glacial, mais toutes les impuretés physique que la vie offrait à cet âge lui étaient tombées dessus, contrairement à son frère : en plus d'être gringalet, il avait des boutons et les cheveux gras. Il était bien trop fier pour l'avouer, mais il était terriblement jaloux de Nicolas.

Se souvenant de ce qu'il lui était arrivé plus tôt dans la journée, à la fin des cours, il releva la tête sur sa mère face à lui, assez anxieux de sa demande. Il n'avait plus dargent, il était totalement fauché à force de se faire voler depuis le début du collège, il devait trouver une solution. Ses parents lui donnaient par moment de l'argent de poche, mais il devait le mériter.

« Maman, j'aurais besoin d'un peu d'argent, s'il te plait.

-Qu'est-ce que tu comptes en faire ? Et de combien as-tu besoin ?

-Hum... de vingt euros pour manger à midi. »

Emma fronça les sourcils et releva la tête de son assiette pour observer son fils. Elle jeta un coup d'oeil à son mari pour essayer de savoir ce qu'il pensait de tout ça, mais ce dernier regardait la télévision, ses yeux bleus glacial fixés sur l'écran en grattant son bouc. Elle soupira légèrement et regarda à nouveau Mathieu avant de secouer la tête, l'air catégorique.

« Arrête un peu avec tes histoires, tu manges à la cantine à midi. Tu n'as pas besoin de cet argent. Je t'en donnerais quand tu aura une raison valable, une vraie. Et je veux des résultats, une bonne note à ton prochain contrôle de maths ! »

Les mathématiques, quelle plaie. Mathieu soupira légèrement, baissant la tête sur son assiette. Il n'insista pas, il savait que ça ne servirait à rien avec sa mère. Ne voulant pas subir d'autres questions, ou encore le regard moqueur de son frère, il se dépêcha de terminer son repas pour monter s'enfermer dans sa chambre et jouer à WoW jusqu'à tard dans la nuit.

Evidemment, inutile de préciser que la journée suivante ne fut pas de tout repos, ni des plus joyeuses.

Février 2003, St-Étienne.

Mathieu entra brusquement dans les toilettes, essoufflé, la porte de la pièce cognant contre le mur en un bruit sourd avant de se refermer. Tremblant, il se précipita devant le lavabo et rinça son nez dégoulinant de sang sous l'eau, en soupirant, essayant de calmer les battements de son coeur qui menaçaient de sortir de sa poitrine d'une seconde à l'autre. Il adossa son front contre le rebord froid de l'évier, reprenant doucement sa respiration, sentant son sang pulser rapidement dans les veines de ses tempes. Il venait de se faire coincer par Marcus et sa bande dans un couloir, et s'était mangée une droite. Il devait bien avouer être admiratif devant le coup de poing qu'il avait reçu, non franchement, ce mec était doué pour se battre. Et lui pour recevoir les coups, visiblement. Il ne s'était pas défendu, rien, et comme toujours il s'était enfuis mort de honte, face à une foule d'élève hilare. Et dire qu'il avait un rendez-vous avez ses camarades de jeux de rôles... tant pis, ils comprendraient pourquoi il n'avait pas pu venir.

Il renifla, observant son nez blessé dans le miroir, et soupira avant de prendre un mouchoir au distributeur, plaquant ce dernier contre sa narine gauche pour essayer de calmer les saignements. Il aurait bien aimé que tout ça s'arrête, évidemment, mais comment faire ? Prévenir le principal ? Pour passer pour un faible encore une fois, une victime qui ne sait pas se défendre ? Surement pas. Il n'avait plus que quelques mois à tenir, il aurait son brevet, irait au lycée où plus personne ne ferait attention à lui. Il était confiant pour la suite. En tout cas pour l'instant, il était tranquille, personne ne venait jamais dans ces toilettes là : il y avait les toilettes pour fille, ceux pour garçon dans le bâtiment même, et des toilettes mixtes tout au fond de la cours. C'était un endroit vieux, inquiétant, mal entretenu et qui puait. En hiver, comme en ce moment, il y faisait très froid. Le principal avait pour objectif de fermer ces anciens WC, mais heureusement pour Mathieu, ça ne s'était pas encore fait.

Il soupira en s'adossant contre un mur en carrelage blanc, gris à cause de la saleté, et ferma les yeux pour se détendre. Son nez lui faisait un peu moins souffrir, il avait eu de la chance sur ce coup. A travers le silence de la pièce, le jeune homme distingua soudainement des pleurs, des sanglots étouffés. Il se redressa hâtivement, presque apeuré, et essaya de reprendre contenance avant de se racler la gorge et de demander d'une voix qu'il voulait assurée :

« Y'a quelqu'un ?

-L-laisse-moi ! »

C'était une voix suraigüe et nasillarde qui lui avait répondu, une voix qui, sans qu'il n'en connaisse les raisons, lui disait quelque chose. Mathieu haussa un sourcil, et incertain, fit quelques pas afin de se trouver devant la quatrième cabine des toilettes, la dernière, la seule dont la porte était fermée. Enfin, presque fermée, disons entrouverte. Il ne savait pas pourquoi il faisait ça, pourquoi il parlait à cette personne, pourquoi il était en train d'ouvrir la vieille porte en bois peint en vert de la cabine, mais il sentait qu'il devait le faire, que c'était son devoir. Il aurait pu partir, il aurait sans doute dû : Peut-être était-ce la seule chose à faire, le seul pas qui pouvait lui éviter la folie.

Par terre, dans un coin de la cabine près du siège des toilettes cassé, se trouvait un jeune garçon recroquevillé sur lui-même, en position foetal. Il n'était pas bien grand, maigrichon, et à première vue il devait avoir son âge, mais Mathieu ne put pas distinguer son visage pour savoir si celui-ci lui était familier, étant donné que le gamin était dos à lui. Le petit châtain fronça les sourcils, détaillant ce gamin et sa solitude sous toutes ses formes, avançant vers lui d'un pas timide.

« Eh, ça va pas ? »

Il empestait la douleur, la frustration, la colère et la tristesse. Mathieu pouvait presque toucher sa solitude du bout des doigts tant elle était présente, elle emplissait la pièce, il se noyait presque dedans. Ce gamin au t-shirt rouge devait déjà être mort, englué dedans. Il était là, ses bras entourant ses genoux qui étaient ramenés contre son torse, se bousculant d'avant en arrière, son corps secoué par des tremblements, si bien que sa casquette grise semblait sur le point de tomber de sa tête.

« Tu ne te sens pas bien ? Tu as besoin d'aide, tu veux peut-être que... que j'appelle quelqu'un ? »

Mathieu savait qu'au fond, ce gamin devait être comme lui : seul, moqué de tous. Certes, son collège était grand, mais ce garçon ne lui disait absolument rien. Peut-être était-il nouveau ? Un nouveau qui aurait le trac, et qui serait venu se réfugier dans ces toilettes miteux en comprenant que personne n'y mettait les pieds. Le petit se mit à renifler bruyamment, sanglotant, murmurant de façon frénétique :

« Personne ne m'aime, je suis seul, tout le monde me déteste...

-Mais non, dis pas ça... Tu dois bien avoir des amis, de la famille ? Non ? » essaya de le réconforter Mathieu, mal à l'aise, posant une main sur l'épaule du gamin, qui ne réagit pas.

Tout le monde me hait, tout le monde me hait, je suis trop stupide, stupide ! Pourquoi personne ne m'aime, qu'est-ce que j'ai fait de mal ?! J'aimerais tellement qu'on m'aime... un câlin, juste un seul ! Pitié, aimez-moi, je ne veux plus être seul ! J'ai peur, j'ai peur d'être seul ! Le silence me tue, il me rend fou ! Je suis fou, totalement fou, faîtes quelque chose, par pitié ! Sauvez-moi ! Je suis ridicule, moche, con... c'est ça, c'est pour ça que tout le monde me fuit, que tout le monde se moque de moi ! Je suis collant, bizarre, pourquoi je ne suis pas normal ? Qu'est-ce que j'ai raté ? Je veux qu'on m'aime, juste qu'on m'aime s'il vous plait...

Mathieu étouffa un autre sanglot, sa tête entre ses genoux, alors que recroquevillé sur le sol de la cabine des toilettes, il se balançait d'avant en arrière. Il renifla, son corps secoué par un hoquet, et se redressa lentement pour regarder autours de lui. Où était le gamin ? Il n'y avait pas de gamin. Etait-il partit ? L'avait-il inventé ? Il devait être fou ! Il se souvenait de ce môme à la casquette, il lui avait parlé ! Mais il se souvenait aussi s'être enfermé ici pour pouvoir pleurer tranquillement... Peu importe, ça n'était pas important, pour le moment il voulait juste oublier tout ça. S'accrochant à la cuvette des toilettes, il se leva rapidement sur ses jambes tremblantes, et alla passer de l'eau sur son visage. Ses yeux étaient rougis et bouffis, il espérait que ça ne se verrait plus pour longtemps, les cours allaient bientôt recommencer...

Mai 2003, St-Étienne.

Il soupira en accélérant le pas, tenant fermement les lanières de son sac qui était sur son dos. Le soleil était haut dans le ciel, et tapait sur sa peau d'albâtre. Il venait de finir les cours une heure plus tôt que d'habitude, et avait terminé par deux heures de sport, ce qui pour lui, était un avant-gout de l'enfer : il était sans doute le plus nul en sport dans toute sa classe, et était toujours le dernier choisi lorsque l'on formait des équipes. Son t-shirt vert plein de transpiration collait à sa peau alors qu'il marchait à pas rapides, s'éloignant du collège pour rentrer chez lui. Il n'avait pas pris son vélo, étant donné que Nicolas le lui avait cassé. Quel frère génial, franchement.

« Oh, le nain ! Viens par là ! »

Il déglutit en entendant cette voix gutturale et agressive qu'il connaissait par coeur. Il aurait dû s'enfuir, partir en courant, mais pour aller où ? Il fallait au moins dix minutes pour rentrer chez lui, s'il se mettait à courir, Marcus le rattraperait en moins de deux. Il s'immobilisa, priant pour que tout ça finisse vite, pour que son tortionnaire décide de le laisser tranquille. Il se retourna lentement, Marcus était arrivé à sa hauteur, le toisant du regard. Pour son âge, Mathieu n'était pas très grand : un peu plus d'un mètre cinquante. Le brun face à lui était bien plus grand, beaucoup plus grand : un mètre soixante-dix, ou de quoi faire complexer le petit châtain sur sa taille.

Marcus était avec un autre ami à lui, un blondinet avec des yeux joueurs, une vraie tête à claque. Ce dernier fixait Mathieu avec un grand sourire, savourant la détresse de ce dernier, heureux d'être du côté des plus forts. Le grand brun demanda d'une voix calme avec un grand sourire vicieux :

« Alors, tu rentres pas en vélo aujourd'hui ?

-Dommage pour toi. » ajouta le blondinet, sautillant sur place en attendant ce qui allait se passer.

Mathieu déglutit, et essayant de garder son calme et un maximum de dignité, se tint droit en le regardant dans les yeux. Marcus haussa un sourcil, le blondinet se délectant toujours de leur position avantageuse, du rapport de force qui tournait en leur faveur. Le petit châtain se racla la gorge, et dit d'une voix calme :

« Quoi encore ? J'ai rien fait, j'veux juste rentrer chez moi. »

Marcus ricana et saisit Mathieu par le col pour le plaquer contre le petit muret d'une maison, une certaine agressivité dans le regard. Le blondinet continuait de sauter partout, visiblement excité et impatient, se délectant de la scène pleine de violence qui se déroulait devant ses yeux. Mathieu grogna en voyant ce sale môme, à peine plus grand que lui, sans doute encore en sixième. Il couina de douleur en se faisant plaquer au mur et soupira, tremblant, commençant à être mal à l'aise et apeuré. Il n'aimait pas cette situation, il se sentait en danger.

« Qu'est-ce que tu as fait ? Tu crois que je ne t'ai pas vu mater Coraline, en sport ? Trouve toi une autre meuf à regarder, Sommet, et te surestime pas : elle est trop bien pour toi, comme toutes les filles de cette planète, d'ailleurs. » cracha Marcus.

Mathieu rougit légèrement et détourna la tête, toujours plaqué au mur par les mains du grand brun qui tenaient fermement son t-shirt. Il était vrai qu'il avait laissé ses yeux se promener un instant sur la jolie Coraline dans sa tenue de sport, la copine de Marcus, mais rien de plus ! De toute façon, elle se fichait de lui, depuis toujours. Il n'espérait rien.

« Alors, t'as rien à dire pour ta défense, hein ?! Mais t'inquiètes pas, j'vais t'apprendre les bonnes manières, sale gosse. »

Mathieu ouvrit de grands yeux et secoua vivement la tête à l'entente de ces mots, son coeur tambourinant rapidement dans sa poitrine. Il aurait dû courir, ou au moins juste essayer... Il savait ce qui allait se passer, c'était évident, et ça ne serait pas la première fois. Mais avec un peu de chance, peut-être la dernière ? Le poing de Marcus s'abattit dans son ventre, il en eut le souffle coupé, et sans qu'il ne s'en rende compte, il se retrouva par terre, en position foetal. Les coups fusaient, dans son dos, son ventre, ses jambes, mais jamais le visage : ses parents, son frère ou des profs pourraient se poser des questions, sinon.

« Laissez-moi, s'il vous plaît ! Je veux rentrer voir m-ma maman ! Pourquoi vous êtes méchant comme ça ?! » supplia-t-il de la même voix suraiguë et nasillarde qu'il avait déjà emprunté lors d'une partie de World of Warcraft, quelques mois plus tôt.

Il avait totalement oublié cette voix, totalement chassé ce moment de son esprit. D'ailleurs, il était bien trop occupé à l'instant même pour s'en soucier : de toute manière, il n'était plus là. Il voyait la scène, impuissant, perdu au fin fond de son esprit, sans rien ressentir. Il ne comprenait pas ce qu'il se passait, ce n'était pas lui qui parlait, pas lui qui suppliait et recevait les coups ! Il n'était plus qu'un spectateur, et même si ça l'arrangeait, il était à la fois inquiet et intrigué par ce qu'il se passait. Qui était donc là, dans son corps ? Pourtant il ne s'en inquiéta pas plus longtemps, il était épuisé, comme s'il venait de vider une boîte de somnifère. Ses paupières s'alourdirent, il n'essaya même pas de lutter et s'endormit.

Marcus ouvrit de grands yeux en l'entendant, et éclata de rire, rapidement imité par son acolyte, ce petit sixième qu'il avait pris sous son aile. Sous leurs yeux, Mathieu pleurait à chaudes larmes, suppliant d'une voix enfantine. Se moquant totalement, Marcus lui donna un grand coup dans le ventre, avant de s'éloigner avec le blondinet, riant à gorge déployée :

« Allez, rentre voir ta maman ! »

Mathieu, ou du moins la personne qui contrôlait son corps, resta roulé en boule sur le trottoir contre le petit muret en pierre, sanglotant pendant plusieurs minutes. Quand Mathieu, le vrai, revint enfin à lui, il se redressa lentement en regardant les alentours, essuyant ses yeux humides et son nez plein de morve à la manche de son t-shirt. Plus personne n'était là, ni Marcus, ni le blondinet. Que s'était-il passé ? Quelqu'un avait-il vraiment pris le contrôle de son corps ? Il devait avoir rêvé. Il grimaça, son corps tout courbaturé, et se releva lentement, troublé par ce qu il lui était arrivé. Il ne voulait pas en parler, il ne devait en parler à personne. Il n était pas fou. Du moins, il ne voulait pas que les gens le pensent. Il ramassa rapidement son sac à dos qui était tombé pendant qu il se faisait frapper, et parti en courant chez lui, essayant d oublier cette journée.

Il ne comprit que plus tard que cette journée fut une des premières où il fit une crise de dédoublement de la personnalité, une des premières crises où il perdit connaissance pendant qu'un "autre lui" prenait totalement le contrôle de son corps pendant plusieurs minutes.

C'était le début de la maladie.

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Voilà, c'était le chapitre deux ! J'espère qu'il vous a plu, et que le prochain chapitre vous plaira aussi !

Review ? Ça me ferait très plaisir et m'aidera à m'améliorer ! :D

On se retrouve samedi prochain pour le chapitre quatre ! En attendant, bon week-end à vous ;)

Amour et licorne *^*

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