Chapitre II
J'entends les freins de la locomotive qui s'arrête. La nuit est tombée depuis longtemps déjà. Les lumières sont allumées dans notre compartiment et fait s'envoler des ombres dansantes sur les murs rouge bourgogne de notre wagon. Je décide alors de m'activer et de descendre de ce fichu train. Je ne suis pas la seule qui ait eu cette idée vu le nombre d'élèves qui s'entassent devant la porte.
Bien décidée de quitter ce lieu hostile à mon égard, je décide de jouer des coudes et des pieds si cela est nécessaire pour ne plus être étouffée par les autres. Je vois la sortie, mais la masse de gens ne se dissipe pas. Personne ne semble sortir, mais je me sens de plus en plus emprisonnée par cette foule. Je commence alors à paniquer, les autres m'écrasent, quelqu'un me marche sur le pied, je ne connais personne parmi tous ces inconnus. Tranquillement, ma respiration se saccade. Personne ne remarque mon changement d'émotion, ma poitrine me fait mal, les larmes me montent aux yeux, je veux plus que tout quitter cette espace si restreint. Les autres m'emprisonnent, je cherche mon air, j'ai les jambes qui tremblent. J'ai peur de tomber et qu'elles ne peuvent plus me supporter, je pris le ciel pour que ça n'arrive pas. Je me retourne, des étudiants me poussent et me collent sur les autres devant moi. Désespérée, je repars d'un pas de course vers la cabine où mes sœurs étaient restées. Les larmes aux yeux, je ne regarde plus où je vais, je veux seulement partir loin d'ici, loin de tout ce monde. Je cours de toutes mes forces, quand je me retrouve par terre sans savoir comment je suis arrivée là ; j'ai le bras endolori et les genoux éraflés. Ma respiration ralentit et ma poitrine fait moins mal, mais mes yeux coulent toujours. J'ai l'impression de me donner en spectacle car un jeune homme me regarde et se penche vers moi. Je ne veux pas qu'il me voit ainsi. Je ravale ma dignité et j'essuie mes yeux du revers de ma manche. Je me relève sans prendre le temps de prendre la main qu'il me tendait pour m'aider à me relever. Je viens d'arriver, et déjà, je me fais honte. Je me relève du haut de mes escarpins noirs que j'avais spécialement choisi pour cette journée quelque peu inoubliable. Il me fixe de ses yeux vert émeraude, son regarde est hypnotisant, mais je ne me laisserai pas faire. Je le regarde une dernière fois, puis je tourne les talons et repars vers le compartiment où mes sœurs m'attendent sûrement.
Je repars en marchant cette fois, et non en courant. Il m'attrape le bras au dernier moment et me demande :
- Tu es nouvelle ? Je ne crois pas t'avoir déjà vue ici.
- Heu… oui, je suis nouvelle.
Après cette réponse bête et plutôt froide, je décide de me reprendre et de jouer un peu avec lui. Après m'avoir vu les larmes aux yeux et trébucher comme une idiote, ce garçon ne doit pas avoir une très grande estime pour moi. Je décide d'inverser les rôles et de lui montrer que je ne suis pas de celle que l'on oublie ou qui n'est personne. Je suis peu être claustrophobe, mais je ne suis pas pour autant une pleurnicharde. J'ai fait une crise tout à l'heure, voilà tout. Il ne faut pas me prendre comme si j'étais faible.
Le garçon me tient toujours par le bras, je me m'avance vers lui, le regarde dans les yeux, sa main glisse de mon chandail, et je prends ses doigts au passage. J'effleure sa main, je cligne des yeux une fois, penche la tête d'un millimètre, très peu perspective à première vu mais le subconscient le retient, lui.
- Je viens d'arriver à Poudlard. J'ignorais qu'ils y avaient autant d'élèves et cela me terrifie encore plus car ça me fait comprendre que je ne connais absolument personne ici.
- Oh je ne me suis pas présenté, Potter, Harry Potter, dit-il en m'observant attentivement, comme s'il attendait une certaine réaction de ma part.
Mais je ne connaissais aucun Harry ou Potter que je me souvienne.
- Erin Bass, dis-je en empruntant le nom de ma sœur.
Je suis sûre que cette dernière ne m'en voudra pas, les gens sont souvent incapables de nous reconnaître, et s'il cherche Erin, j'adorerais voir sa tête quand il rencontra la plus asocial de toutes les filles de son école. Surtout, je ne faisais rien de bien méchant, je m'amusais plus que tout. Inutile de lui donner mon véritable nom, étant donner que l'occasion de se reparler ne se représenterait pas de si tôt, j'en suis certaine.
- J'espère que l'on se reparlera ! répondis-je en m'approchant encore plus de lui. Tu sais, je me sens un peu seule, ça serait très plaisant que…
- Harry ! Je te cherchais partout ! Hermione et Ron sont déjà descendus du train. Je suis venue… Hum, je vous dérange peut-être ? demanda une jeune rouquine, au teint pâle, en nous regardant rageusement.
Jalouse peut-être ? Quoiqu'il en soit, Harry recula de quelques pas et se tourna vers la jeune fille.
- Mais tu nous déranges pas du tout, répondit ce dernier, je faisais connaissance avec Erin Bass, une nouvelle.
La rouquine me regarda immobile et dit à Potter d'une voix trop neutre pour être véritablement naturelle :
- Le train va partir. Nous devrions sortir.
Je m'éloignai de Harry et m'approchai de la fille, raide comme un piquet. Je me penchai vers elle, et lui murmurai à l'oreille :
- N'aie pas peur de moi, petite fille, je ne te ferai pas de mal, ris-je, mais ne te crois pas seule dans ton monde. Tu n'es pas la seule à exister pour lui, finis-je de lui dire d'une voix dure.
Je me redressai et lui lançai mon plus beau sourire.
- Erin Bass… Oh non, c'est vrai, mon nom est Haley, ou plutôt Chloé… Je ne m'en souviens plus, mais je suis sûre que l'on va se recroiser, lançai-je moqueuse.
- Ginny Weasley, répondit mon interlocutrice en ne montrant aucun sourire, au contraire de moi qui rayonnais.
Elle me tendit la main, mais pour lui montrer que ce n'était pas elle qui commandait, je me penchai vers elle et l'embrassai sur les deux joues, puis me reculai, joignis mes mains et me penchai pour lui faire le salut japonais. La petite Ginny avait les yeux grands ouverts et avait l'air muette. Je décidai que le moment était parfait pour m'éclipser et je partis vers la sortie du train.
Cette fois, plus personne n'était entassé pour sortir. Je me souris à moi-même : je n'éprouvais aucun sentiment pour ce garçon Harry, mais je n'ai pu m'empêcher de saisir la perche que la petite Ginny m'avait donnée et de lui faire croire que j'ai qu'un minuscule sentiment pour l'élu de son cœur. N'aller pas croire que je lis dans les esprits des gens, mais j'ai une aptitude impressionnante pour découvrir le comportement humain et de décoder les réactions du corps. J'ai immédiatement su qu'elle aimait le jeune homme à voir comment elle le regardait, et comment elle s'était comportée en remarquant ma présence. J'étais aussi la meilleure manipulatrice qui soit, persuasive et, en plus, mère nature m'a dotée d'un don plutôt spécial : avoir le pouvoir de commander les autres à ma simple volonté. Utilisant une particularité spéciale de ma voix et avec le contact visuel, je dis quelque chose et les autres oublient qui ils sont et l'exécutent. Mais avec le temps, cette particularité avait un peu déteint sur moi. Allez savoir pourquoi ! Je me sentais souvent un peu supérieure aux autres et je m'amusais souvent avec eux. En fait, je n'ai jamais vraiment eu d'amis et je ne savais véritablement pas comment m'y prendre pour plaire aux autres. Je restais avec mes sœurs et j'évitais les gens en trop grands nombres. Je n'avais aucune idée pourquoi, mais ils me faisaient véritablement peur. Voilà pourquoi je redoutais tant l'école Poudlard.
Je sortis de la locomotive et j'aperçus mes sœurs qui m'attendaient impatiemment.
- Tu en as mis du temps, dit Erin. Je commençais à croire que tu étais déjà partie.
- J'ai fait de nouvelles connaissances, alors j'ai été un peu retardée.
- Et qui sont ces magnifiques personnes qui t'ont fait perde ton temps ? me demanda Erin, toujours encline aux sarcasmes et à l'arrogance.
- Un certain Harry Potter et Ginny Weasley, dis-je en haussant un sourcil quand je vis le visage d'Haley s'illuminer.
Erin l'avait remarqué elle aussi le changement d'Haley quand elle a ouvert les yeux et ouvert la bouche, surprise. Je regardai Erin, l'interrogeant du regard, puis me retournai vers Haley pour lui demander de plus amples renseignements.
- Pas ici les filles et je ne suis pas sûre du tout de ce que j'avance sur le compte de ce Harry Potter. J'ai seulement eu un flash quand tu m'as dit son nom, voilà tout, nous répondit-elle.
- Mais qu'est-ce que tu veux dire par là ? dis-je en regardant autour de nous au cas où quelqu'un nous écoutait, cela était bien inutile nous étions presque seules sur le quai de la gare.
Puisque nous étions nouvelles, j'ignorais si nous devions suivre les autres nouveaux de première année ou aller avec tous les autres élèves et embarquer dans les diligences. Je ne crois pas qu'il y ait beaucoup d'élèves qui arrivent finir leurs études après six ans d'absence, nous étions des exceptions et une toute nouvelle fascination pour les étudiants. Ni Haley, ni Erin, ni moi n'aimions avoir l'attention fixé sur nous. Étant triplettes, c'était malheureusement souvent le cas.
Haley nous dépassa et avança vers les barques avec les premières années, s'arrêtant devant un homme qui faisait facilement quatre mètres de hauteur et qui possédait une barbe très emmêlée et touffue. Ses cheveux avaient la même couleur que sa barbe, un brun sale et tout aussi emmêlés que cette dernière. Il ne devait que très rarement s'occupait é de sa chevelure et de sa fourrure proéminente. Ce géant nous demanda nos noms puis nous désigna une barque pour nous toutes seules. La barque voguait sans aide et nous amenait vers notre triste destination, Poudlard. Je regardai alors l'immense château que j'avais devant les yeux. Rien de ce que j'avais imaginé ne se rapprochait de sa splendeur, moi qui étais habituée aux orphelinats miteux. Cette habitation n'avait rien de minable et de crasseux. Le château illuminé était impressionnant à voir. Cette demeure centenaire se dressait majestueusement vers le ciel avec ces nombreuses tours très impressionnantes. J'entendis des murmures approbatifs qui s'élevaient des autres barques. Tous étaient éblouis par la beauté de la forteresse. Je regardai alors l'eau noire du lac où nous voguons silencieusement. La barque sillonnait dans l'eau qui miroitait mon propre reflet aux cheveux noirs et au regard incertain. L'embarcation entra alors dans une grotte souterraine construit probablement sous la demeure. Les bateaux s'arrêtèrent devant une sorte de crique souterraine et débarquèrent sur le sol rocheux couvert de galets. L'homme géant dont je ne connaissais pas le nom véritable nous conduisit dans un hall impressionnant, surplombé d'une immense porte en bois vernis incrusté de symboles étranges. J'entendis Erin murmurer à Haley qu'elle aimerait étudier ces signes mythiques. Toujours en quête de nouvelles magies et de nouveaux sorts. Pour ma part, je ne voulais pas perde mon temps à déchiffrer ces signes oubliés car j'aimais plus connaître les recoins de ce château gigantesque. C'est alors que je remarquai la présence d'une très veille femme, au visage sévère et aux lèvres pincées. J'entendis alors mon nom comme celui de mes sœurs, mais je ne réagis pas. Haley me tira par le bras pour que je m'avance avec elle vers cette dame d'un autre âge. La dame nous regarda, puis nous dit :
- Venez dans mon bureau, nous ferons la répartition là-bas, dit-elle d'une voix forte.
Elle tourna alors le coin, nous sur ses talons, nous marchâmes ainsi plusieurs minutes. Elle s'arrêta alors devant une gargouille en forme d'aigle en or sculpté.
- Centure, prononça-elle.
La gargouille tourna sur elle-même et laissa apparaître un escalier de pierre.
Nous montâmes les marches puis nous débouchâmes sur un somptueux bureau aux couleurs carottées. De nombreuses peintures étaient accrochées aux murs et toutes sans exception nous regardaient. Un des portraits, le plus gros de tous, me fascinait. Je reconnus ce personnage légendaire, le Directeur Albus Dumbledore. Ses yeux bleus délavés et ses lunettes en demi-lune posées sur le bout de son nez crochu me firent sourire. J'aurais adoré le rencontrer quand il était encore vivant. Malheureusement, je n'ai pas eu cette chance. La femme âgée prit un chapeau tout râpé, sale et rapiécé. Le chapeau s'anima alors et une bouche devint visible.
- Comment vous appelez-vous ? demandai-je à la dame qui me regardait fixement.
- Professeur McGonagall, répondit cette dernière en se retournant vers le chapeau qu'elle tenait à la main.
En désignant cette chose, elle nous expliqua que c'était lui qui allait décider dans quelle maison nous irions : soit Gryffondor, soit Poufsouffle, soit Serdaigle ou soit Serpentard.
- Mademoiselle Chloé commencera la répartition. Ensuite, ce sera le tour de Miss Erin, puis le vôtre Haley.
Je m'assis sur le tabouret que professeur McGonagall m'indiqua et elle mit le chapeau sur ma tête. J'entendis le chapeau parler dans ma tête, il me murmurait que j'avais le courage des Gryffondor, mais que mes convictions profondes ne pouvaient être détournées. Ma place devait être à Serpentard, me dit-il.
- SERPENTARD ! hurla-t-il dans la minuscule pièce, sa voix résonna sur les parois du bureau encombré de bricoles.
Ce fut alors le tour d'Erin de mettre ce drôle de chapeau. Mais cette fois-ci, il prit beaucoup plus de temps qu'avec moi et l'horreur se produit. Ce ne fut pas Serpentard que le chapeau cria mais bien… :
- SERDAIGLE ! cria le stupide chapeau que je haïs au plus haut point.
Ma vue se brouilla et le monde autour de moi commença à tourner brusquement. Haley mit à son tour le couvre chef et l'horreur se reproduisit :
- GRYFFONDOR, beugla-t-il pour la deuxième fois.
Brusquement, mes pieds quittèrent le sol sur lequel je me tenais, je tombai sans m'en rendre compte dans le néant.
