Chapitre 2 : captive
Rien n'a changé. Tout ce que je vois devant moi, c'est la forêt. Seulement cette maudite forêt.
- Putain … je grommèle, avant de remettre le bijou à mon doigt.
Avant d'avoir le temps de me rendre compte de quoi que ce soit, une pression s'abat sur mes épaules. Je hurle de peur. Une main gantée me couvre la bouche, étouffant mon cri. Je n'ose pas bouger, tétanisée. Un homme à la voix sévère me parle, mais je ne comprends pas. Je crois reconnaître une sorte d'espagnol. Mon cœur bat si vite que j'ai l'impression qu'il va exploser. La main qui couvre ma bouche m'empêche de respirer. Puis une autre voix s'élève, un homme également. Il parle à celui qui me tient. J'ai l'impression que je vais m'évanouir, le sang cogne dans mes tempes. J'ai des sueurs froides dans tout le corps. Ils vont me tuer, j'en suis sûre. Ou pire, me violer. Ou les deux. Ils se concertent pour savoir comment procéder. Je suis interrompue dans mes pensées par l'homme qui me tient.
- Vous êtes sur les terres du Seigneur Elrond, leurs accès sont interdits aux humains, me dit-il sévèrement, tout en ôtant doucement sa main de ma bouche.
- Pitié ! Dis-je à peine mes lèvres libérées. El... Elrond ? Quoi?!
Mon esprit s'embrouille. Je dois avoir mal entendu. Mon corps est totalement paralysé. Je voudrais m'enfuir, mais aucun des mes membres ne bougent. La pression sur mes épaules se déplace sur mes bras, et je suis soulevée de terre. Une fois debout, les bras puissants me retiennent toujours fermement. Les deux hommes discutent dans leur langue étrange. La peur que je ressens provoque une montée d'adrénaline et je reprends peu à peu le contrôle de mon corps. Je ne me laisserai pas faire, cette mascarade doit cesser. Une bouffée de courage m'envahit. Brusquement j'incline ma tête sur le côté et mord une des mains qui me retient. La réaction de mon attaquant ne se fait pas attendre. Il crie de surprise et surement aussi de douleur, et me lâche instantanément. Je me rue en avant, mais à peine ais-je le temps de faire quelques pas que je suis poussée en avant. Je m'écroule lourdement dans les cailloux, et aussitôt je suis bloquée par un poids sur mon dos. Je hurle. Quelqu'un m'attrape par les épaules et me retourne. Instinctivement, mes mains viennent protéger mon visage et je ferme les yeux. Et alors que je pense que l'homme va me frapper, voire me tuer, rien de ne produit. A la place, je l'entend dire quelque chose dans sa langue, et perçoit une sorte d'étonnement. J'entends les bruits de pas du second homme se rapprocher de moi, et il murmure un mot étrange, Naria, ou un truc du genre.
- Où avez-vous eu cette anneau ?
Sa voix me paraît moins sévère. Mes yeux s'ouvrent, mais craignant toujours que les deux hommes me fassent du mal, mes mains restent devant mon visage.
- Je... je l'ai trouvé dans une forêt, à Fontainebleau.
J'aurais aimé parler plus fort, mais seul un murmure s'échappe de mes lèvres. Ma réponse est suivie d'un long silence. J'ose entrouvrir un peu mes doigts afin d'observer la scène qui se déroule devant moi. Pour la première fois, j'aperçois un de mes attaquants. Il est vêtu d'une tenue sombre, mais mon regard est avant tout attiré par les reflets argentés sur son torse. Il semblerait que ce soit... une armure ! Le haut de celle-ci est recouverte par de longs cheveux bruns. Mon esprit doit divaguer de plus en plus...
- D'où venez-vous ?
C'est l'homme se tenant à ma droite qui me pose cette question. De là où je suis, je ne peux pas le voir, tout ce que j'aperçois sont ces bottes de cuir brunes.
- Paris...
L'homme en face de moi me dévisage avant d'échanger un regard avec son compagnon, et de s'adresser à moi :
- Nous vous conduirons au Seigneur Elrond. Il décidera ce qu'il adviendra de votre sort.
A peine a-t'il prononcé cette phrase que j'entends l'homme à côté de moi se baisser avant de me saisir fermement les avants bras et de me relever, m'arrachant un gémissement au passage. J'ai tout juste le temps de réaliser ce qu'il m'arrive et de me tourner vers l'homme que je me retrouve aveugle. Je sens qu'il me noue du tissu autour des yeux. Puis mes bras sont saisis, et mes poignets sont attachés ensemble. J'ai envie de pleurer, mais la peur m'en empêche. L'homme à mes côté m'attrape par l'avant-bras et m'entraine vers l'avant.
Ce n'est pas facile de marcher dans le noir. J'ai peur de tomber à chaque pas, et le rythme rapide des deux hommes n'arrange pas les choses. Je n'ai aucun repère, et je sens que le mal de tête et les nausées de la vieille me reprennent. Je ne peux me reposer sur sur mon ouïe pour tenter de me repérer, et je remarque qu'étrangement, seuls mes pas font du bruit. Ceux des autres sont silencieux, pas une brindille ni une feuille ne craquent.
Voilà qui explique pourquoi je ne les ai pas entendu arriver...
Je laisse mon esprit vagabonder alors que nous marchons. Putain, dans quel cauchemar je me retrouve... Le "seigneur Elrond"... c'est de la fiction tout ça. Ça n'existe pas. Mon esprit nie catégoriquement que cela soit possible. Et pourtant, juste avant que l'homme ne me bande les yeux, je jure avoir aperçu son visage à moitié tourné vers moi. Et ses oreilles étaient pointues.
Le silence pesant qui règne alors que nous marchons me devient insupportable. Je n'entend que ma respiration bruyante. Les deux hommes ne parlent pas. Je les ai juste entendu soupiré lorsque j'ai trébuché dans une racine quelques minutes plus tôt.
J'aimerais les voir eux, marcher les yeux bandés dans une forêt truffée d'obstacles.
Je sens mes jambes faiblir de plus en plus à mesure que nous marchons. D'autant plus que leur allure est soutenue. Je dois lutter pour réussir à suivre le rythme. Le fait d'avoir les yeux bandés déforme complétement ma vision du temps et de l'espace. Je ne sais pas depuis combien de temps nous marchons, ni quelle distance nous avons parcourue. Sans que je ne puisse l'éviter, je sens mon pied se coincer à nouveau, et je me sens tomber en avant. Un petit cri sort involontairement de ma bouche, mais je suis retenue par la poigne que me serre toujours le bras. Le rythme de la marche ralentie tout à coup, avant de s'arrêter complétement. J'entends un bruit devant moi, mais je n'arrive pas à distinguer ce que cela peut être. On dirait que quelqu'un fouille dans des affaires. Je sursaute en entendant un hennissement. Un cheval ! Un de mes deux kidnappeurs parle dans sa langue. Je ne sais pas ce qu'il dit, ni s'il s'adresse à son compagnon ou au cheval. Celui qui me tient par le bras m'entraine vers l'avant. Après quelques pas maladroits, sa main lâche mon bras, et je sens ses mains se placer directement sous mes aisselles. Je tente de me dégager en gémissant, mais sa poigne est trop forte. Je gigote toujours lorsque je suis soulevée de terre. Mes cris cessent aussitôt alors que ma respiration est coupée.
Nous montons à cheval, m'indique une voix froide.
Mes mains ligotées effleurent alors ce qui me semble être la crinière du dit cheval. Instinctivement, je soulève ma jambe et l'homme m'installe sur le dos de l'animal. Mon équilibre est instable. Je ne peut pas me tenir avec mes mains, et mes pieds flottent dans le vide. Il n'y a pas de selle, je suis donc obligée de serrer mes cuisses pour me maintenir sur l'animal. J'entends les deux hommes discuter. Quelques instants après, l'homme qui m'a porté monte derrière moi. Je n'ose plus bouger. Il passe ses bras de chaque côté de mon corps pour prendre les rennes, et je me sens complétement piégée. Il murmure un mot au cheval et ce dernier commence à avancer. Ses sabots, ainsi que celui de l'autre animal, foulent le sol de la forêt. Ils avancent au trot. Cela fait des années que je ne suis pas monté à cheval, et la sensation me paraît extrêmement bizarre. Il faut dire que ce ne m'est arrivé qu'à deux reprises lorsque j'étais petite. Je suis toujours un peu penchée en avant, ne voulant pas être en contact physique avec le cavalier dans mon dos. Mais peu à peu, le rythme régulier du cheval me berce, et la montée d'adrénaline que j'ai ressenti près du ruisseau s'estompe peu à peu. Mes muscles commencent à se détendre et la fatigue m'envahit. Je ne me rends même pas compte que mon dos s'est finalement appuyé sur l'homme derrière moi. Malgré la peur, je finis par m'endormir.
A mon réveil, je me trouve couchée dans la pénombre. Un son d'eau retentit, comme s'il y avait une cascade non loin de là. Mon premier réflexe est de m'assoir brusquement. Je suis sur une sorte de lit de camp. Mes mains parcourent les mailles serrées de sa toile avant de s'immobiliser. Je tend mon bras et touche la paroi se trouvant à côté de moi. Elle est humide et irrégulière. Mes yeux parcourent les environs. Je suis dans une sorte de grotte, face à moi est tendu un voile d'eau, la cascade. De l'autre côté de ce rideau, je distingue que la nuit est tombée et seule m'éclaire la lumière de la lune.
Mon dieu, mais j'ai dormi combien de temps ?!
Je suis étonnée de ne pas avoir été réveillée lorsque l'on m'a transporté ici. Hésitante, je pose mes pieds à terre. Le sol en pierre est poli et lisse, contrairement aux murs et à la voûte taillés dans le roc, et semble filer jusqu'à la cascade. Je distingue également une ouverture dans la paroi rugueuse, formée par une arcade sur laquelle sont gravés des symboles qui me sont inconnus. Une faible lumière vacillante provient de cette ouverture et se projette sur les murs luisants de la grotte. Ce doit être des torches. En prenant appui sur mon couchage, je me lève en essayant de ne pas faire de bruit. Une fois debout, je fais quelques pas vers l'eau ruisselante de la cascade, et sans le vouloir, mon bras se tend pour l'effleurer. Soudain, des bruits de pas résonnent depuis l'ouverture. Un frisson me parcourt toute l'échine et je me retourne brusquement vers la source du bruit. Une ombre se tient sous l'arcade.
- Je vois que vous vous êtes réveillée.
Sa voix est grave et semble résonner dans toute la grotte. Ne sachant pas quoi dire, je me contente d'acquiescer, méfiante. La silhouette fais quelques pas vers moi, et je recule instinctivement. Derrière elle, je distingue qu'il y a quelqu'un d'autre qui m'observe également et qui pointe quelque chose vers moi.
C'est... un arc ?!
La panique m'envahit et je recule à nouveau, terrifiée. J'ai des palpitations et ma gorge est si serrée que je n'arrive pas à avaler ma salive.
- Vous n'avez rien à craindre ici. Depuis que vous avez été amenée en ce lieu, de nombreuses questions m'occupent l'esprit. Je viens à votre rencontre afin de tenter d'y trouver des réponses.
Malgré sa déclaration, je reste aussi loin de lui que possible et mon regard continue d'osciller entre les deux silhouettes. Grâce à la lumière de la lune, j'entrevois le visage de l'homme qui me parle. Il m 'apparaît être sans âge, ni jeune ni vieux. Une sorte de bandeau d'argent repose sur sa chevelure sombre qui est dégagée derrière des oreilles pointues. Un elfe. Ma mémoire s'active et je m'efforce de relier tous mes souvenirs. Ma bouche s'ouvre d'étonnement, et avant que je puisse les contrôler, des mots s'échappent de mes lèvres.
- Vous... vous êtes Elrond, c'est ça ?
Tout mon corps est tendu. Une lueur d'étonnement passe sur le visage de l'elfe avant qu'il ne redevienne impassible.
- En effet, me répond-il. Et puis-je savoir à qui ais-je l'honneur ?
- Anna... Anna Auffret. Où est-ce qu'on est ?
- Et bien Anna Auffret, vous vous trouvez dans les prisons de Fondcombes...
- En prison ?! Mais...
- Vous y resterez jusqu'à tant que certaines choses soient éclaircies, je ne peux pas prendre le risque de vous laisser libre avant cela.
Je reste bouche-bée, et attend qu'il continue.
- Dîtes-moi, d'où venez-vous ? Il me semble n'avoir jamais vu d'habits si étranges, et vos effets personnels le sont tout autant.
Mes effets personnels? Je jette un rapide regard autour de moi et réalise que mon sac à main n'est pas dans la grotte. Ils me l'ont pris, et apparemment, ils ont fouillé dedans... Je suis curieuse de savoir quelle a été leurs réactions à la découverte de mon portable. Je regarde de nouveau l'elfe, inspire à fond, et m'oblige à me concentrer.
- Je viens de Paris, j'habite dans le 19ème, mais...
Toute cette situation est absurde. Ma tête commence à me faire mal, j'entends un léger bourdonnement dans mes oreilles. Je baisse la tête, porte ma main à mon front et aussitôt j'entends un bruit. L'homme, ou plutôt l'elfe, sous l'arcade a bandé son arc. Elrond lève alors sa main, pour lui faire un signe d'apaisement. N'osant pas le regarder en face, mes yeux restent rivés sur le sol. Un légère lueur rouge apparaît à mes pieds. Je réalise que la lune éclaire la bague que je porte et que rubis projette de pâles reflets dans la grotte.
- Où avez-vous trouvé cet anneau ? Me demande alors Elrond, d'une voix sévère.
- Je … je l'ai trouvé hier. Dans une forêt à Fontainebleau. Je les déjà dit à vos hommes... Et je crois que c'est à cause de lui si je suis là...
L'elfe semble réfléchir à ce que je lui ai dit. Il plonge son regard dans le mien.
- Vous êtes en possession de Narya, l'anneau de feu. L'un des trois anneaux elfiques forgés par Celebrimbor.
- Qu... Quoi ?!
Mes yeux s'écarquillent. Tout est si confus dans ma tête. Je ne sais pas comment réagir.
- Comment c'est possible ? Comment ai-je pu le trouver en France ?! Je... je ne suis pas d'ici. C'est impossible.
- L'anneau de rubis appartenait à Cirdan, mais fut perdu à la mort de ce dernier il y a de nombreuses années. Personne ne l'a jamais retrouvé. Cet événement n'était connu que par les elfes, jusqu'à présent. Et aujourd'hui, il semble nous être revenu par votre intermédiaire.
Tout cela est absurde. C'est impossible.
- C'est une blague c'est ça ? Aller les gars, où est la caméra cachée ?
Un long silence s'installe. Elrond, s'il s'appelle bien ainsi, me regarde intensément comme si je venais de parler chinois. Ses yeux sont si perçant qu'il m'est impossible de soutenir son regard. La gêne m'envahit alors que le silence pesant se poursuit.
- Mais... dis-je en bredouillant, il ne m'a pas choisi ! Ce n'est pas comme l'anneau de pouvoir !
- Que savez-vous exactement sur l'anneau de pouvoir?
- Je... Hm je connais son histoire mais... Mais vous ne comprenez pas ! Tout ça, ça n'existe pas ! Je m'exclame en désignant les alentours avec mes bras. Chez moi, c'est de la fiction ! Les elfes, la communauté de l'anneau, Sauron... c'est juste un livre !
Mes bras retombent lourdement le long de mon corps. Mes joues sont humides, des larmes ont coulé à mon insu. Je me sens épuisée tout à coup.
- Je veux juste rentrer chez moi, dis-je dans un murmure à peine audible.
Le bourdonnement dans mes oreilles devient de plus en plus fort, et ma vision se trouble. J'ai du mal à distinguer l'expression de l'elfe en face de moi. Tout cela est tellement fou. Ma tête tourne beaucoup et mon ventre se tord. Je n'ai rien avalé depuis l'aube. Je sens mon corps me lâcher et suis forcée de reculer jusqu'au lit de camp pour m'assoir, ma tête maintenue entre mes mains. Elrond me parle mais je n'arrive plus à l'écouter. Je me sens peu à peu sombrer dans le noir.
Fin du chapitre 2.
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Pour la fréquence de publication, si l'histoire vous plait bien sur, je pense me tenir à 2 chapitres par semaines (étant donné que la moitié de ma fiction est déjà écrite).
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