*.*.*_Chapitre 1 : LA DECOUVERTE DU SANG_*.*.*

Soixante-huit ans plus tôt

La nuit avait été particulièrement difficile. Bien que l'orage grondait depuis le début du week-end de manière inquiétante et menaçait par plusieurs fois d'abattre le mur droit de sa chambre, il n'en était rien de ses lourdes préoccupations. La dernière rentrée de l'année prévue pour le lendemain matin, Hermione ne trouvait toujours pas le sommeil malgré l'heure avancée de la nuit qu'affichait le cadran numérique.

Depuis plus de deux heures, les éclats de voix de ses parents résonnaient dans la maisonnée de banlieue anglaise. Mr et Mrs Granger, d'ordinaire si calmes, ne se disputaient jamais. Pour leur entourage, ils étaient le modèle du couple solide et heureux en ménage. Bien évidemment, il leur arrivait de pas être sur la même longueur d'onde concernant le dîner, ou les vacances d'été, mais jamais Hermione, en dix-sept ans, n'avait été témoin d'un tel conflit.

Elle sortit de ses draps et s'enveloppa de son peignoir lorsqu'elle entendit de la vaisselle se briser. Hermione s'immobilisa : un sentiment d'angoisse la gagna. Usaient-ils de violence, à présent ? Elle ne comprenait plus. Mais quel était donc le sujet si fâcheux qui les mettait en désaccord ?

- Je ne peux tout bonnement PAS le croire ! Hurla Mr Granger.

Un bruit de porte claquée brisa le calme de la nuit au dehors et Hermione se précipita à sa fenêtre. Son père marchait à vive allure dans la ruelle, les poings serrés au fond de ses poches et s'enfonçait dans la nuit froide de l'hiver. Hermione porta une main à son cœur. Les disputes conjugales ne lui étaient pas inconnues, mais ses parents n'avaient jamais manifestés ce genre
d'animosité l'un envers l'autre. Son père a toujours été quelqu'un de tendre, de calme et posé. Il avait une aisance naturelle qui éradiquait la colère des traits de son visage... Hermione réfléchit à toute vitesse. Serait-ce... Non, impossible. Mais après tout... Depuis quelques mois, sa mère lui paraissait légèrement étrange. Comme si elle se détachait de son mari et de sa fille, sans pour autant être absente.
Hermione croyait parfois qu'elle avait un amant. Mais ses jours d'observations ont eu raison de la fidélité de sa mère. Ils travaillaient dans le même cabinet, rentraient ensemble à la maison. Elle sortait parfois quelques heures, mais revenait chargée de courses ou de documents relatifs aux patients ou à l'ordre des médecins. Généralement, Mrs Granger partageait son temps entre les bras de son mari ou les moments de complicité avec sa fille. Elle était trop occupée pour batifoler ailleurs.

Mais que pouvait-il donc se passer entre eux ?

- Hermione, appela sa mère d'une voix forte et neutre.

La brune se figea. Sa mère avait dû sentir qu'elle n'était pas couchée et se prépara à passer un sale quart d'heure. …tant de nature très stricte dans l'éducation de sa fille, Mrs Granger n'aimait pas qu'elle désobéisse aux règles établies du foyer familial.
Hermione inspira une grande bouffée d'air pour se donner du courage, regarda brièvement son reflet dans le miroir et ouvrit la porte de sa chambre. Une douce musique d'un album consacré au yoga émanait du rez-de-chaussée. Les effluves d'un grand cru commençait à lui chatouiller les narines au fur et à mesure qu'elle avançait dans le couloir. Décidément, sa mère n'était plus ce qu'elle était. Ces manières lui étaient encore inconnues. Arrivée en haut des escaliers, la musique s'arrêta en plein milieu du morceau et elle aperçut sa mère, affalée dans un vieux fauteuil offert en cadeau de mariage par sa grande-tante paternelle, un verre au tiers-plein, le regard rivé sur la cheminée.
Lorsque Hermione arriva à la hauteur de sa mère, le silence se fit complet. Les simples cliquetis de l'alliance de Mrs Granger sur la coupe de vin et le crépitement du bois dans l'antre remplissaient la pièce de vie.

Hermione réajusta son peignoir et tortillait ses cheveux pour prendre contenance. Sa mère lui jeta un regard en biais et l'invita d'un signe de tête à prendre place devant elle.

Assise à son tour, Hermione détailla du regard Helena Jane Granger.

Elle était brune. Les cheveux longs, doux et soyeux. Une couleur caramel qui faisait ressortir le teint pâle de sa peau. Mais ce qui frappa Hermione était son expression. Une profonde lassitude creusait ses traits du visage. Ses yeux d'un gris-bleu complètement éteints, sans vie. Plus aucune combativité ou joie de vivre...

- Maman, commença Hermione du bout des lèvres d'une voix tremblante.
- Oui, ma chérie, dit-elle sans la regarder et en portant la coupe à ses lèvres.
- Je vous ai entendu vous disputer, papa et toi...
- ...tu nous as entendu ? coupa bruquement Mrs Granger en levant les yeux vers sa fille.
- Pourquoi papa est-il parti ?

Helena observa un moment Hermione, le regard inquiet. Elle n'a pas dû tout entendre, se dit-elle.

- Considères que ce ne sont que des broutilles. Il avait besoin de prendre l'air...

Hermione fronça les sourcils. La lueur qui traversa le regard de sa mère lui prouvait qu'elle lui cachait quelque chose.

- Ne t'inquiètes pas, rajouta-t-elle pour taire les réflexions de Hermione.

Elle acquiesça et observa ses doigts devenus rouges après les avoir trituré de manière compulsive.

- Pourquoi ne dormais-tu pas, demanda-t-elle avec nonchalance.
- Je n'y arrivais pas. L'orage grondait, je ne me sentais pas bien...
Hermione observa un moment la cheminée puis se retourna vers sa mère.

- Je vais aller me coucher, maman. Le voyage pour l'école est long et il faut que j'essaye de me reposer, dit-elle pour couper court à toute discussion et laisser libre cours à ses pensées.

Elle se leva précipitamment pour dissuader sa mère de poursuivre tout débat supplémentaire. Arrivée à la première marche de l'escalier, elle entendit sa mère lui parler.

- Ce sera inutile. Demain, tu n'iras pas à Poudlard, annonça-t-elle d'une voix froide.

Hermione se figea et son cœur s'arrêta de battre dans sa poitrine. Une long frisson lui parcoura l'échine et s'arrêta à la naissance de son cou. Elle secoua la tête comme pour évacuer cette angoissante sensation et se retourna vers sa mère pour y planter son regard devenu noir.

- Qu'est-ce que tu viens de dire ? Demanda Hermione en plissant les yeux.
- Je t'ai dit que tu n'iras pas à Poudlard.
- Tu sais bien que c'est impossible... Ils viendront me chercher.

Sa mère se leva et posa son verre sur la table basse. Elle se retourna vers la cheminée, prit une lettre entre ses doigts et l'ouvrit. Elle y jeta un bref coup d'oeil avant de revenir sur ses pas et de la tendre à Hermione.

- Pas si j'ai eu l'autorisation de ton Directeur, déclara Helena.

Hermione ouvrit de grands yeux ronds. Elle lui arracha la lettre des mains et découvrit un long parchemin dont elle ne saisit pas les mots, tellement son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine. Le sceau de Poudlard y était aposté, l'écriture fine de Dumbledore décrivait des mots comme « chère Mrs Granger », « nous autorisons votre fille à manquer la rentrée suite aux circonstances exceptionnels évoqués dans votre précédente lettre »... mais qu'est-ce que c'était que cette histoire sans queue, ni tête ?

- Qu'est-ce que c'est que ça ? Paniqua Hermione. Je ne comprends pas, là ! Explique moi !

Helena reprit son verre et le porta une énième fois à ses lèvres de manière très calme, sans se soucier du stress de sa fille.

- Pourquoi tu m'interdis de retourner à l'école ? Comment es-tu rentré en contact avec le monde magique, c'est impossible... et qu'est-ce que c'est que cette circonstance exceptionnelle ? Déblata Hemione à la vitesse de l'éclair.

Le regard de détresse de sa fille poignarda Helena. Son visage se fendit en une grimace qui peinait à contenir les larmes tant enfouies depuis des jours. Hermione vit son rythme cardiaque s'accélérer en voyant sa mère ainsi, totalement désarmée.

- Oh, ma chérie ! Dit-elle les yeux embués en prenant sa tête entre ses mains.

Hermione souffla un « maman » rempli de désespoir et d'incompréhension. Elle s'apprêta à lui expliquer tout ce mystère lorsqu'un bruit de clés parvint de la porte. Les deux femmes se tournèrent vers l'entrée et Hermione vit son père, le visage fermé, complètement exténué.

- Hermione ? Interrogea son père, visiblement surpris.

Helena lâcha sa fille pour se rapprocher de son mari et celui-ci esquissa un mouvement de recul.

- Non, dit-il sèchement.

Helena serra les dents pour ne pas pleurer devant sa fille et se dirigea vers la cheminée pour se laisser aller.

- Ma fille, monte te coucher., dit froidement son père.
- Mais papa, dîtes moi ce qui se passe...
- Il n'y a pas de mais. Tu montes te coucher, ce n'est pas une heure pour parler. Demain matin, nous aurons une grande discussion. Va dormir.

*.*.*

Le lendemain matin, Mr Granger quitta très tôt son domicile pour se rendre au cabinet. Hermione hésita à descendre, mais lorsque sa décision fût prise, quelle ne fût pas la surprise de constater que son père lui avait menti. Se croyant seule chez elle, elle se dirigea vers la cheminée éteinte et encore pleine de souffre pour prendre la lettre de Poudlard, afin de l'examiner et d'en tirer le plus d'informations possible.

- Arrêtes-toi là, ordonna sa mère d'une voix chevrotante.

Hermione s'arrêta en plein milieu du salon en sursautant de frayeur. Elle se retourna pour voir sa mère, et ouvrit de grands yeux : Mrs Granger arborait une robe aux coupes gracieuses et sur mesure. Elle était noire, avait un décolleté allant d'une épaule à une autre sans dévoiler une parcelle de sa poitrine. Ses cheveux étaient soigneusement retenus par un filet qui lui arrivait sur le front. Hermione aurait juré voir ici la digne jumelle de...

- Maman, qu'est-ce que c'est que cette tenue ?
- Nous attendons de la visite.

*.*.*_*.*.*

- Grand-mère n'était pas une moldue, n'est-ce pas, déclara Graham en croisant le regard de son frère.
- Effectivement, répondit Hermione.
- Mais pourquoi ne l'a-t-on jamais su, demanda Rose en se levant pour surveiller d'un œil ses enfants.

Hermione haussa les épaules. Sa mère était le pilier central de sa vie et tout ce qui avait fait qu'elle en était là aujourd'hui, elle le lui devait. Sa mère avait signé son arrêt de mort.

- Elle est morte quelques temps après ta naissance, poursuivit Hermione en regardant Rose. Après cela, on a très peu évoqué ce sujet. Je n'avais plus de contact avec ma mère depuis un long moment et elle n'était tout simplement plus présente dans ma vie.
- Vous étiez en froid ? Questionna Eléonore.
- En quelques sortes.

Graham ouvrit la bouche pour poser à son tour une question mais Andrew fût le plus rapide.

- Qu'est-ce qu'elle t'a donc appris ?
- Ma mère m'expliqua ce jour-là qu'elle avait toujours caché ses origines à tout le monde, sauf à mon père qui se trouva étrangement compréhensif. Elle ajoutait que le jour de son mariage, personne de sa famille n'était là pour elle, sauf son frère qui assista à la cérémonie de loin...
- C'était donc une sorcière ? Demanda Graham.
- Non, fit Hermione en secouant la tête. Une Cracmol.

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- J'ai été répudiée par mon père, raconta Helena assise sur son fauteuil favori. Il n'était pas aussi à cheval sur le sang que les autres, mais il n'a pas supporté les « qu'en dira-t-on ?»...
- Seigneur... tu étais héritière d'une famille de sang-pur ?

Hermione ne posa véritablement pas la question à sa mère mais avait besoin de dire ces mots pour en comprendre le sens. Elle qui avait été traitée toute sa vie de « Sang-de-Bourbe », insultée, inconsidérée par la plupart des grands sorciers et aujourd'hui, elle apprenait qu'elle était elle aussi descendante d'une longue lignée de sangs-purs... Bien qu'elle avait été toujours persuadée de la non-importance du sang et de sa valeur, un étrange sentiment de supériorité gonfla dans sa poitrine sans qu'elle ne puisse le refréner.
Helena acquiesça.

- Et pas n'importe laquelle, Hermione. A l'âge de dix ans, je ne manifestais aucune trace de magie. Juste un jour, après un fort excès de rage contre un de mes cousins, ma couleur de cheveux changea. Ma mère gardait espoir que j'allais un jour devenir une sorcière, mais mes parents ont très vite déchanté.
- Tu n'as jamais reçu de lettre de Poudlard ?
- Non. Jamais.

Hermione respira doucement, tendue comme un arc sur le canapé en observant sa mère. Elle sentait son stress : Helena arrangea sa coiffure à chaque minute et ses coups d'oeil répétés vers la cheminée en disait long sur son impatience.

- C'est pour cela que tu connaissais Florian Fortarôme...
- Tu te souviens ? S'étonna Helena. J'avais fait une sacrée gaffe ce jour-là...

Un grondement dans la cheminée la coupa et Helena se leva. Hermione se réfugia derrière le canapé et un bruit d'aspiration explosa dans la pièce.
Une femme fit son apparition dans l'antre. Hermione remarqua ses chaussures : de hauts escarpins reluisant à la lumière. Elle vit ensuite ses mains gantés de velours noir puis elle reconnu son visage et retint non sans mal un cri d'effroi.

- Merlin Tout-puissant, souffla Hermione.

Narcissa Malefoy dans toute sa splendeur se tenait là, face à elle, dans son propre salon. Elle arborait un magnifique sourire de circonstance, et entrouvrit les bras pour y accueillir sa mère.

- Helena, tu n'as pas changé...
- Narcissa, toujours aussi belle !

Elles s'étreignirent de longues minutes avant de se jauger quelques secondes.

- Pardonne-moi mes manières, continua Helena. Tu connais peut-être ma fille...
- Hermione Granger, oui. Une brillante sorcière, à ce qu'il se dit.

Hermione se pinça les lèvres et tenta d'esquisser un sourire. Le regard perçant de Narcissa était impénétrable. …tait-ce de l'hypocrisie ? De la gêne, de la jalousie ? Serait-ce une lueur de fierté ?

- Elle tient sans contestes de ta famille, ajouta Narcissa.

Helena lui offrit un maigre sourire de remerciements et prit son sac qui était posé sur la table basse.

- Nous sommes prêtes, déclara-t-elle.
- Dans ce cas, allons-y, dit Narcissa d'un ton enjoué

Hermione interpella sa mère alors qu'elle était toujours en retrait. Narcissa et Helena avançaient vers le cheminée, bras dessus-bras dessous.

- Maman, où allez-vous ?
- Tu veux dire, où allons-nous toutes les trois, rectifia Narcissa Malefoy.

Helena offrit le plus beau des sourires à sa fille et lui tendit le bras. Hermione l'interrogea du regard mais les yeux pleins de confiance de sa mère l'intima de se rapprocher d'elle. La jeune sorcière regarda ses chaussures avant d'avancer vers elle. Elle n'était habillée que de boots d'hiver, d'un vulgaire pantalon de pyjama à fleur, le tour surplombé d'un long gilet décoloré.

- Mais maman...

Narcissa sortit sa baguette et jeta un sort en direction de Hermione. En quelques nanosecondes, Hermione se retrouva perchée sur des escarpins noirs, les jambes nues, habillée d'une robe semblable à celle de sa mère, mais bien plus légère. Ses cheveux étaient soigneusement bouclés et en un dernier coup de baguette magique, des boucles d'oreilles assortis à la couleur de ses cheveux prirent leur place.

- ...je ne suis pas prête, termina Hermione.

Narcissa sourit face à son court exploit et Helena la gratifia du regard. Elles prirent toutes les trois places dans l'antre de la cheminée et Narcissa glissa à l'oreille de son amie tout en s'emparant d'une poignée de Poudre de Cheminette.

- Ton frère est impatient de te revoir...

Hermione venait d'enfin comprendre qui était sa mère.
Le cauchemar commença là.

- ...MANOIR MALEFOY ! Hurla Narcissa.