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Dédicace : Pour Baya que la muse à quittée (méchante muse !)

Brûlant d'un amour extrême, le Roi annonça sa décision au Prince …

Meredith traversa la salle du trône (son regard évitant soigneusement l'odieuse bête qui était enchaînée là si bien qu'il ne le vit pas jouer avec ce qui restait du bras de son dernier repas) dans un état de profond tourment. C'est qu'après avoir délivré son message, le héraut avait fait une petite grimace et avait décidé d'accompagner Meredith jusqu'à ses quartiers. Là, il avait demandé à ses valets de le « débarbouiller et le rendre un peu plus présentable !», ce qui pour Meredith ne présageait rien de bon.

- Mon père, balbutia Meredith en mettant un pied à terre devant le trône.

Le Roi baissa les yeux vers son fils … et fut étonné de sentir son amour plus exalté que jamais.

Car ce qu'il avait sous les yeux était à lui. « La chair de sa chair », jamais expression ne lui avait paru plus juste. N'était il pas normal que cette personne lui appartienne, corps et âme, puisqu'elle était une partie de lui ? Ne lui avait-il pas donné la vie ? Et ce don inestimable ne devait-il pas à son tour conduire au don le plus admirable ? (4)

Toutes ces questions tournaient dans la tête du Roi depuis la mort de son épouse. Car il voulait respecter le serment qu'il avait fait à la mourante : il ne donnerait sa foi qu'à quelqu'un de plus intelligent qu'elle. Et malheureusement, il n'y avait pas tellement de candidats répondant à cette condition.

Lady Halley était intelligente, certes, mais le roi ne sentait pas en elle la brillance caractérisant le génie. Juste un cerveau, capable et compétent. Et un chouïa dangereux. Il aurait eu trop peur qu'elle ne le tue dans son sommeil. Il faudrait d'ailleurs qu'il s'occupe d'elle un jour ou l'utre … non, il lui fallait quelqu'un d'autre. Et vite (car on le sait, le chagrin n'est digne que s'il est court !)

C'est lors d'un repas avec des dignitaires étrangers que l'idée lui vint de changer, disons, de « cap ». Parmi les dignitaires, se trouvait un grand professeur. Un certain Daniel Jackson, archéologue, qui insistait pour être reçu par le Prince.

- C'est, Votre Majesté, d'une importance capitale, avait dit Jackson.

La curiosité du Roi avait été attisée par cette demande. Il avait lui-même pratiquement oublié qu'il avait un fils et dans ces conditions, s'étonnait que quiconque puisse vouloir s'entretenir avec lui.

- Le Prince a une maîtrise inouïe de la technologie des Anciens, avait expliqué Jackson, et j'aimerais réellement m'entretenir avec lui de ses dernières recherches sur les pièces trouvées dans le Temple de Hoff. Si je pouvais --

Mais le Roi n'avait pas vraiment écouté le reste du monologue. Le mot « technologie » avait allumé dans son esprit une flamme nouvelle. Une flamme qui ne demandait qu'un peu de combustible pour être alimentée. Il força son plus beau sourire (en fait, lorsqu'il souriait, il faisait généralement plus peur qu'autre chose mais aucun courtisan n'avait jamais osé lui dire) et se pencha, amicalement, vers l'archéologue.

- Oh, vraiment, de la technologie, avait il susurré, de sa voix la plus charmeuse. Dites m'en un peu plus …

Après avoir laissé le wraith régler le sort du professeur Jackson, le Roi était allé s'informer sur les travaux de son fils. Il avait envoyé sa meilleure espionne, Sora, et elle avait rapidement confirmé les dires du défunt Jackson.

Meredith était en effet brillant, plus que ne l'avait été la reine Samantha, et il était proche de découvrir le secret de la technologie des Anciens ! Une technologie si puissante que l'on disait même qu'elle pouvait détruire des mondes (ce dont le Roi doutait mais cela n'avait pas bien grande importance, il se contenterait volontiers de la destruction des pays voisins qui lui résistaient encore).

Il lui fallait ce pouvoir, per se, il lui fallait Meredith. Le seul problème c'était que c'était son fils (et non, le fait qu'il soit de sexe masculin ne le gênait pas plus que cela, après tout, s'il aimait la science, c'était aussi pour les expérimentations, et à vrai dire, il avait hâte de se lancer dans celle-ci).

Le Roi avait alors décidé de demander conseil à un casuiste (3), le prieur Kavanaugh. Ce dernier l'avait écouté patiemment, poussant quelques « huhum » suivis de « Ouiouioui, je vois » mais ses regards erraient souvent du côté du wraith qui semblait bouder, fixant le corps de l'infortuné Jackson, son « petit goûter du mois », avait, avec bonne humeur précisé le Roi lorsqu'il avait fait entrer le casuiste dans la salle du trône.

- Alors ? Avait demandé le monarque une fois qu'il eut exposé toute la situation.

Kavanaugh, son attention capturée par le wraith, avait sursauté mais s'était vite repris.

- Alors, votre Majesté, je ne vois aucune raison qui ne puisse justifier cette … union. Après tout, les plus grands ont cédé à cet appel du sang. Osiris n'a-t-il pas pris sa sœur, Isis, pour épouse ? Les grands se doivent d'épouser des grands … et s'ils ne les trouvent que parmi leur propre famille, ils ne doivent en rien s'en formaliser (5).

Le Roi claqua dans ses mains, tout heureux d'avoir reçu l'aval d'un homme d'Eglise.

- Parfait ! Que l'on m'amène mon fils ! Lança t-il à l'un des hérauts qui se trouvait dans la salle du trône.

Et c'est ainsi que le malheureux Meredith avait été informé le soir même de la décision de son père de le prendre comme légitime compagnon, devant Dieu et les Hommes.

qui désespéré, alla demander conseil, à la fée, sa marraine.

Meredith devait être aussi blanc que le terrible wraith de son père.

Son père …

L'homme qui voulait --

Il ne termina pas sa pensée et se précipita (pour ce qui semblait être la centième fois !) dans son cabinet de toilette pour y vider son malheureux estomac. Il revint dans sa chambre, marchant comme un vieillard et s'écroula de tout son long sur le lit (il n'était pas contre quelque clichés princiers, après tout, il avait le droit de se sentir effondré, non ?).

OhParlesAncêtres ! Qu'allait-il faire ? Son père lui avait donné la nuit pour lui donner une réponse, mais Meredith avait bien senti que la réponse que le Roi attendait était un « oui ». Quelque chose lui disait qu'un « non » ne l'arrêterait pas dans son projet.

Ok, il lui fallait … du temps, c'est ça, il fallait juste qu'il gagne du temps, temps nécessaire pour que son génie trouve une solution (ce dont il ne doutait aucunement). Humpf, ok, c'était bien beau, mais il fallait déjà qu'il trouve une solution pour gagner du temps, non ?

Ah, si seulement Jeannie était toujours là, elle avait été bien pire que lui lorsqu'il s'était s'agit de trouver des ruses pour -- minute, qui avait-elle été voir lorsqu'elle avait voulu punir ce garçon qui avait tiré ses tresses (elle avait alors eu 13 ans mais avait déjà été une véritable petite peste ! Le pauvre gamin n'avait eu aucune chance …) ?

Leur marraine. Oui, c'était ça ! Elle était allée voir leur marraine.

Comme tout enfant princier qui se respecte, Meredith et Jeannie avaient reçu en baptême plusieurs dons de leur marraine, une fée (la lignée des McKay était très attachée à cette sorte de tradition). Meredith ne se rappelait pas d'elle (et encore moins de la nature des dons qu'il avait reçus) mais il se souvenait en revanche de l'endroit où elle habitait pour y avoir conduit Jeannie toutes les fois où elle voulait régler son compte à un des garçons avec qui elle sortait (ou justement, ne voulait plus sortir). Les sorts que lui préparait la fée n'étaient jamais bien méchants, mais toujours fort embarrassants pour le pauvre hère qui en était la victime.

Meredith attendit donc que la nuit tombe et se faufila hors du palais.


La fée habitait dans une des grottes bordant la forêt magique du Royaume. Non pas que Meredith apporte une grande importance à ses histoires idiotes de forêts hantées par des créatures mystérieuses (il était après tout un scientifique et donc doté d'un esprit on ne peut plus cartésien et les créatures mystérieuses ne rentraient pas dans les canons de la pensée cartésienne, point) mais il se sentait néanmoins mal à l'aise comme si des milliers d'yeux l'observaient. Il frissonna. Ridicule. Il était vraiment pathétique … Il soupira et se faufila entre les arbres, jusqu'à ce qu'il repère l'entrée de la grotte.

Cette dernière était faite (comme il se doit) de la nacre la plus pure et les reflets que la lampe de Meredith créaient sur les parois le laissèrent sans voix (ainsi que la partie cartésienne de son cerveau …). Il allait frapper à la porte de corail qui se trouvait devant la grotte lorsque cette dernière s'ouvrit …

… sur un petit bonhomme échevelé qui jura dans sa barbe (du moins Meredith pensait qu'il s'agissait de jurons car il ne reconnut pas la langue que l'homme employait).

- Hergot, petit sráč ! Avez-vous la moindre idée de l'heure qu'il est ?

- Hu, désolé, fit Meredith, mais j'aimerais parler à ma marraine, la fée. C'est pour une urgence.

L'homme stoppa immédiatement ses gesticulations. Il réajusta ses petites lunettes rondes sur son nez et plissa les yeux, examinant Meredith de la tête aux pieds.

- Votre marraine, hein, dit il. Désolé, elle n'habite plus ici. Elle m'a vendu la grotte et cédé les droits sur tous ses sorts il y a maintenant près de dix ans. Allez, ouste et bonsoir !

Et avec ça, il claqua la porte au nez d'un Meredith éberlué …

A suivre ...

(3) Le casuiste est un théologien qui, par profession, résout les cas de conscience. Dans le conte de peau d'Âne, le Roi en consulte un qui lui dit que "l'affaire (entendre le maraige avec sa fille) peut se faire".

(4) Comme vous le savez sans doute, l'inceste est au centre du conte de Peau-d'âne.

(5) La mythologie gréco-romaine (Zeus-Jupiter a épousé sa sœur Hera-Junon) et surtout égyptienne regorgent de couples incestueux frères-sœurs (couples Chou-Tefnut, Geb-Nut, Seth-Nephtys) ce qui expliquent certainement le caractère incestueux de la lignée des Ptolémée.