Hello tout le monde !
Je suis vraiment très contente de vous présenter mon second chapitre (ou plutôt le premier puisque l'autre était un prologue ^^) ! Je ne m'attendais pas à ces chouettes retours sur le chapitre précédent, et ça m'a vraiment redonné confiance en moi. Je n'avais pas posté depuis des années sur FF, ce petit retour et l'échange avec la communauté m'ont fait du bien ;)
Merci énooormément à vous !
A l'avenir, je pense publier au rythme d'un chapitre par mois. Ce n'est pas grand chose mais ça donne pour vous une certaine idée du rythme et ça donne pour moi une marge pour avancer tranquillement l'histoire de mon côté.
J'espère ce que ce nouveau chapitre vous plaira autant que l'autre ! Je continue sur ma lancée, posant les bases de l'histoire, vous présentant les personnages que j'ai repris... Bonne lecture !
Les personnages et l'univers appartiennent évidemment à J.K. Rowling.
Chapitre 01 :
« Maybe if I fall asleep, I won't breathe right. Maybe if I leave tonight, I won't come back.
Can nobody hear me?
I've got a lot that's on my mind. I cannot breathe.
Can you hear it, too? »
Music: Hear me - Imagine Dragons.
04 août, quelque part en Bretagne. France.
- Ne t'en fais pas. On va arranger ça ! assura Théodore en lâchant le cou de la bête.
Le garçon venait de transplaner avec Draco, de retour dans la bâtisse qui leur servait de refuge. Ses nerfs étaient toujours sur le qui vive. Si le loup lui était de plus en plus familier, ayant gardé quelques tics de son ami, il n'était cependant pas à son aise. Anaëlle avait prouvé son pouvoir, il s'agissait d'une malédiction féroce dont l'ampleur semblait totalement échapper au jeune Malfoy. Qui donc pouvait bien le délivrer de son sort ?
Il ouvrit à la volée la porte d'entrée avant de réaliser qu'il n'était pas suivi. Il se retourna, soucieux.
Le loup était toujours à l'endroit où ils avaient atterri. Le museau dirigé vers le ciel et les yeux clos, il prenait une profonde inspiration. Sur le seuil, Théodore ressentit une pointe de tristesse. Qu'allait-il faire de Draco dans cet état ? Et la rentrée, dans un peu moins d'un mois ? Malheur...
- Draco, viens.
L'interpellé tourna la tête. Hé, je ne suis pas devenu un chien ! aurait-il répondu s'il avait gardé l'usage de la parole. Son instinct animal lui intimait de grogner, de répondre à cet ordre par l'intimidation, mais ses réflexes, humains, et son flair qui décelait toujours l'odeur aigre de l'angoisse de Théodore, le ramenèrent rapidement à l'ordre. Son ami s'en faisait. Énormément. Ses traits étaient sombres, tirés, la journée l'avait complètement vidé de toute énergie.
Il capitula, trottant jusqu'à la porte, apprivoisant le contact de ses pattes contre la terre fraîche, humant toujours discrètement les effluves marines qui lui parvenaient.
Théodore referma derrière lui, et le changement entre l'extérieur et l'intérieur lugubre frappa la bête. La maison était encore plus austère que dans ses souvenirs humains. Ses atouts de loup accentuaient l'abandon avancé de la demeure. Son ouïe percevait le son du plancher qui craquait dans les étages abandonnés et son odorat capturait l'odeur de l'humidité et du vide, de la solitude empreinte dans les murs. Il eut un frisson. Ses poils se hérissèrent instinctivement.
- Je vais envoyer une lettre à Pansy, nous irons la voir. Peut-être qu'elle peut remédier à cette malédiction.
Ses babines se retroussèrent et un son dangereux les traversa. Pansy, ce nom à lui-seul avait réveillé une colère sans nom. Sous son aspect animal, il contrôlait difficilement cette émotion. Elle était nette, sans faille. Alors qu'il avait l'habitude de l'ignorer, Draco fut surpris par sa fureur.
Théodore lui lança un regard inquiet.
- Pas de Pansy... ?
Le loup fit non de la tête.
- Elle te connaît, vous avez grandit ensemble.
Draco gronda de nouveau, plus sourdement encore. Théodore paraissait l'oublier, mais le jeune Malfoy ressentait de la rancœur pour la jeune Serpentarde. Leurs années parmi les Mangemorts avaient entaché leur relation amicale, et il y avait des libertés qu'il n'était pas prêt de lui pardonner. Pas dans un avenir proche, du moins.
Théodore faisait le tour du salon, sans se départir de sa nervosité.
- Blaise, alors ?
Nouveau grognement.
- Je ne peux pas demander à Goyle, enfin ! Tu sais très bien qu'il n'est pas très futé... Blaise et Pansy sont mieux à même de comprendre ce qu'il se passe.
Le loup secoua la tête, puis son poil entier, avant de se glisser dans la cuisine, laissant Théodore et ses marmonnements dans son sillon. Il entendit son ami lâcher une insulte mais ne s'arrêta pas pour autant.
Draco avait faim. Et n'avait aucune envie d'entendre parler de qui que ce soit qui leur avait tenu compagnie durant les moments les plus sombres de leur existence. Le jeune homme devenu bête n'avait encore moins besoin de voir leurs têtes ou de lever la malédiction pour le moment. Ce corps robuste et plein de surprises se révélait être une peau agréable.
Il posa ses pattes sur le frigidaire et tenta de l'ouvrir. Sa force et son élan ne firent que trembler l'appareil. Il pesta dessus avant de se laisser aller à une seconde tentative. En vain, ce n'était pas fait pour sa nouvelle condition.
- Besoin d'aide ?
Draco ignora son camarade avec dédain. Il entendit un soupir derrière lui.
- J'ai compris, tu ne veux pas en parler. Il faudra bien qu'on trouve une solution et tu le sais, pourtant. Dans moins d'un mois, nous retournons à Poudlard et c'est une chance ! Tu ne peux pas rater ça.
Le loup le fusilla du regard, s'écartant tout de même pour laissant le jeune Nott s'approcher du frigo. Théodore ne détourna pas les yeux, pour une fois.
Un frisson lui remonta le long de la colonne vertébrale. Le canidé qui lui faisait face était tout de même un sacré animal. Sa fourrure ne camouflait en rien ses muscles puissants. Son museau allongé laissait deviner une dentition féroce. Et ses oreilles, attentives, semblaient mesurer le moindre son qui lui parvenait, y compris son pouls. Seules les pupilles grises le rassuraient. Elles possédaient encore toute leur humanité. Elles étaient compréhensives, calmes, familières.
Ce fut Draco qui capitula, baissant légèrement la tête. Théodore avait réussi à faire passer son message : il n'abandonnait pas la conversation, il la remettait à plus tard.
- Bien, reprit-il. Maintenant, mangeons. Moi aussi, j'ai faim après cette journée...
Il ouvrit l'appareil, mais sonda le contenu avec perplexité.
- Eh bien, le seul problème, c'est que je ne sais pas ce que mange un loup, dit le jeune garçon. Je veux dire, est-ce que ton estomac est adapté à toute cette nourriture ?
Le loup ne lui donna aucune indication. Draco n'en savait rien, il avait faim, c'était tout.
- Bon, on verra bien, abdiqua Théodore. Je n'ai vraiment pas envie d'aller chasser je ne sais quoi pour toi…
Il s'occupa de sortir quelques légumes, de la viande, attrapa des condiments dans le placard le plus proche, puis avisa la vieille gazinière qu'il domptait tout aussi bien que la machine à café. Théodore hésita puis trancha, il sortit sa baguette.
- Oh, et puis tant pis si Shacklebolt ou un autre de son genre veut se joindre à nous…
A ses côtés, le loup jappa. Draco venait de laisse échapper un rire pour la première fois de la journée. Sous les aliments qui dansaient au rythme de la magie de son ami, il se posa tranquillement au sol et attendit. Il se sentit... étrangement en paix.
08 août, quelque part en Bretagne. France.
Trois jours s'écoulèrent. Trois jours sous le signe de deux émotions bien différentes et opposées.
L'angoisse de Théodore croissait. Les questions bouillonnaient dans son cerveau. Plus les jours les rapprochaient de la rentrée, plus il se demandait ce qu'allait bien devenir Draco. Il fallait que quelqu'un devine son identité avant ! Le loup ne pouvait rejoindre l'école des sorciers sous un tel aspect, les professeurs le chasseraient, sans comprendre que derrière l'aspect de la bête se trouvait l'un de leurs élèves. Il y avait bien des bêtes sauvages dans la forêt interdite, mais aucune ne pénétrait l'enceinte de la cour. Un loup de cette envergure n'échapperait pas à la règle.
Ses craintes grandissaient, d'autant plus que de l'autre côté de la balance, Draco apprivoisait peu à peu son nouveau corps. Il voyait le loup courir, fouler le jardin et la plage de ses pattes solides. Il l'observait souvent humer tout ce que lui-même ne pouvait sentir avec son maigre odorat. Son ami se plaisait.
Cela le peinait de se l'avouer mais il ne pouvait pas rester comme ça. Si Draco Malfoy devait manquer à l'appel, le Ministère le rechercherait forcément. Un ancien Mangemort ne pouvait s'oublier, surtout s'il s'évanouissait dans la nature. Ce serait la catastrophe... Il était dans de beaux draps. Théodore avait peur, aussi, que le jeune garçon se perde, perde ce qui faisait de lui un humain, pour ne devenir plus qu'un simple loup. Pouvait-il oublier qui il était ? Et à partir de combien de temps dans cette peau ?
De son côté, Draco avait conscience des interrogations de Théodore. Quand il était dans les parages, son flair le distinguait immédiatement. Nott était toujours suivi de ce parfum aigre qui lui faisait froncer le museau.
Néanmoins, de son côté, le désespoir semblait le quitter chaque jour un peu plus. C'était une bénédiction, une sérénité qu'il savourait et qui l'accompagnait dans chacune de ses découvertes. Il cohabitait avec la bête, il n'était pas tout à fait devenu une bête. La sensation était étonnante, et lui demander des efforts quotidiens. En revanche, cet aspect de sa transformation l'aidait grandement à éloigner ses cauchemars et ses démons. Il pouvait ranger, enfermer dans un coin de son esprit, ses souvenirs les plus noirs.
Ce soir là, il revînt à la demeure en courant silencieusement. Le vent le caressait au passage, les herbes se prenait dans son poil, la pluie, douce, venait le laver et effacer ce qu'il restait des tracés d'Anaëlle. Il se sentit libre. Éreinté mais reposé à la fois. Il s'arrêta, hurla un long moment, puis reprit sa route avec une félicité jusque là inconnue.
Il stoppa net à quelques mètres de la porte d'entrée. Théodore l'attendait sur le perron, sous la lumière du porche. Dans la nuit, il ne formait qu'une ombre. Une ombre puante d'inquiétude et de nausées. Les effluves étaient encore plus perçantes qu'à l'accoutumée. Le loup frémit, faisant le reste du chemin la queue entre les jambes.
- Je me demandais où tu étais passé ! grimaça Théodore. Il est tard, tu n'étais pas rentré... Et si un moldu t'avait vu ? Tu sais très bien qu'il n'y a pas de loup, ici, tu aurais pu être chassé ! Tu n'as pas la moindre idée de comment une rencontre peut tourner... Oh, Merlin, Salazar, merde, à la fin.
Draco se coucha, oreilles plaquées, le ventre ratatiné sur le sol. Le côté loup était plus rebelle, mais c'était toujours son côté humain teinté de culpabilité qui interagissait avec Théodore. Il comprenait parfaitement son ami, il serait sûrement dans le même état à sa place... Cependant, c'était plus fort que lui. Courir la nuit était encore plus euphorisant que le jour.
Théodore se passa une main sur le front. Il dormait mieux, en partie grâce à l'amulette de la mage. Néanmoins, il dormait moins, le sommeil avait du mal à le trouver avec cette malédiction dont il ne voyait pas le bout.
- Je suis épuisé... concéda-t-il. Tu ne peux pas rester comme ça, il faut trouver une solution, je vais trouver une solution, d'accord ? Pour le moment, rentrons. Tu devrais dormir aussi. Et je t'en prie, par Merlin, évite de sortir aussi tard…
Draco le dépassa et se dirigea en premier dans la chambre, en silence, presque vaincu par le savon reçu. Il sauta sur son lit, devenu juste pour sa taille, fit le tour de lui-même comme un chat le ferait et s'installa en boule, la queue sur son museau. En ouvrant les yeux, il ne distinguait plus qu'un amas touffu de poils et le lit voisin.
Théodore ne fut pas long. Il se déshabilla, éteignit la lumière, et rejoignit ses propres draps défaits. Le loup repéra le pendentif rond autour de son cou, le jeune Nott ne s'en séparait plus. Pourtant, il sentait toujours et encore son angoisse permanente, qui tapissait de plus en plus les murs de la pièce. Elle était palpable, presque visible et physique.
- Bonne nuit, Draco, dit-il.
Le loup émit un léger son en réponse.
- Je te jure, je ne te laisserai pas tomber. Pas comme chez les Mangemorts, ok ?
Mais Draco ne répondit pas. Il avait conscience de la ténacité du Serpentard. Il répétait ces mots, ces phrases, tous les jours, dès qu'il en avait l'occasion et de plus en plus souvent. Cela le rassurait plus que cela ne rassurait le jeune Malfoy, d'ailleurs... Pas un instant, le blondinet ne remettait en cause la dévotion de Théodore.
Et c'était bien le problème.
Cette ténacité... Ce besoin implacable de vouloir réparer quelque chose qui n'était pas de son ressort. Il s'épuisait, il s'écroulait, il perdait peu à peu de son entrain et de son enthousiasme. Il s'enfonçait dans les questions et les hypothèses, oubliait de vivre et survivre à son tour.
Ce fut en particulier pour cette raison que le loup attendit, attendit longtemps, que son ami s'endorme enfin, que sa respiration et son cœur ralentissent. Il guetta, sans un bruit, sans un mouvement, le moment où il pourrait tout laisser derrière lui. C'était sa décision, pour le bien de Théodore, et pour son bien aussi. Pour celui des autres également, qu'il n'avait aucune intention de revoir.
Quand le silence de la pièce ne lui renvoya plus que de faibles battements reposés et reposants, et une respiration calme, témoignant d'un sommeil lourd, la bête se leva. Dans un geste fluide, le loup descendit du lit, regarda une nouvelle fois Théodore en lui demandant silencieusement pardon, et suivit le corridor jusqu'à la porte donnant sur le jardin de derrière. Chacun de ses pas était contrôlé, mesuré, il était sûr de ce qu'il faisait. Il alla droit vers leur plage privée, regarda l'horizon formé de nuages et les gouttes de pluie ricochant sur l'écume, puis fila.
Ses pattes le portèrent et le portèrent sur des kilomètres. Il ne fuyait pas. Il se libérait.
09 août, quelque part en Bretagne. France.
Au petit matin, tandis que Draco s'affala contre un arbre esseulé en pleine campagne, éreinté, Théodore ouvrit les yeux. Et il sut.
Il était seul, complètement seul. Il n'eut pas besoin de tourner la tête vers l'autre lit pour confirmer son intuition ni de farfouiller chaque recoin de la maison et du jardin. Le loup était parti. C'était ainsi, une certitude ancré. Il le savait.
Pourtant, le jeune homme attendit. Toute la journée durant, il guetta à la fenêtre et fit le tour du pavillon. Mais, rien. Tout était à sa place, et la solitude que lui renvoyaient les lieux n'avait jamais été aussi pénétrante. Il s'entendait respirer, maugréer, et le vent, à peine, était le seul à pouvoir lui répondre. Le loup n'était pas dans les parages. Alors qu'il pouvait habituellement l'entendre rouler dans les herbes, courir, et hurler le museau vers le ciel, aujourd'hui les environs étaient trop calmes pour abriter une autre présence que la sienne.
A la nuit tombée, il devina avec tristesse l'abandon complet de son ami. Il ferma la porte d'entrée, et celle de derrière. Ses pas le portèrent dans la chambre où il plia machinalement les vêtements de Draco pour les remettre dans sa valise, accompagné de sa baguette délaissée. Il ferma le tout, rangea la malle dans un coin et s'assit sur le lit.
Que Salazar lui vienne en aide..., pensa-t-il.
19 août, Brest. France.
Draco avait longé la côte durant un peu plus d'une semaine avant de voir au loin se dessiner les lumières d'une grande ville. Dans l'obscurité de la nuit tombée depuis longtemps, le loup s'arrêta, langue pendante. Il avait beau avoir couru à son rythme, son corps avait besoin de repos. Et ces derniers jours, le jeune Malfoy n'avait pas beaucoup dormi.
La faim l'avait tenu éveillé. Alors que les premiers jours s'étaient écoulés avec paix et béatitude, les derniers avaient été beaucoup plus durs. Les baies trouvées en chemin ne nourrissaient pas assez. Sa légèreté avait quelques fois donné place au regret, surtout quand son ventre gargouillait tellement qu'il se devait de s'allonger pour le faire taire.
Malgré la morosité, la frustration, et la nourriture au point mort, il était pourtant prêt à continuer sa route.
Affamé, il avisa la ville qui s'étendait au pied de la colline. Ce champ de lumière lui donnait envie de s'approcher... Qui disait habitations, immeubles, disaient magasins, population, nourriture. Draco ne rechignait pas non plus à fouiller dans une poubelle tant que cette dernière le cale pour de bon.
Son instinct animal le poussait à rebrousser chemin, à s'éloigner, trouver d'autres habitations, plus isolées, loin de l'agitation citadine. Le sentiment de rejet était viscéral, venu d'une crainte centenaire. Les hommes. Qui disait ville disait aussi prédateur. Il était loup, désormais. Et les humains n'étaient pas tendres avec eux. Il se rappelait les paroles de Théodore, ainsi que ce qu'il avait pu lire dans les journaux locaux à propos de régions plus éloignées.
Son poil se hérissa. En dépit de son estomac qui criait famine, il fit demi-tour en choisissant la sureté, puis quitta finalement le littoral pour prendre la direction de terres plus reculées. Un village, un patelin, pouvait suffire.
Ses pattes ne s'élancèrent pas avec autant de vigueur qu'au début de son aventure. Il ne courut pas si longtemps avant de préférer le trot, alterné avec de la marche quand la faim se faisait trop ressentir. Draco choisit de suivre les routes de près, dans l'ombre des ravins ou des champs. A quelques foulées de la ville, il croisa son premier panneau. Stupéfait, il s'arrêta. A force de longer les falaises et les plages, il en avait oublié l'existence.
Et depuis qu'il était loup, il réalisa qu'il n'avait pas perdu ses facultés humaines. Il savait lire.
Au nombre de kilomètres affichées, il déduisit que la ville qu'il avait esquivé était Brest. Elle ne se trouvait plus qu'à une dizaine de kilomètres derrière lui. Il apprit par la même occasion qu'en plus d'une semaine, il n'en avait parcouru qu'une petite centaine, sans se presser particulièrement.
Il eut un temps d'arrêt. A plus de cents kilomètres d'ici, que faisait Théodore ? Draco avait évité de penser à son ami, par culpabilité. Mais face au panneau, il se sentit obligé. C'était la première fois qu'il partait si loin, à pieds ou pattes, depuis qu'il était en France. Il lui était arrivé de se réveiller dans des villes voisines, seul ou accompagné, mais jamais très loin du Manoir de la famille Nott.
Comment se sentait le Serpentard laissé là-bas ? Y était-il d'ailleurs toujours ou avait-il rejoint l'Angleterre depuis ?
Un frisson le parcourut à cette pensée. Était-il véritablement tout seul, dans ce pays ?
C'était son choix, se rappela-t-il en secouant la tête. Son choix de laisser derrière lui le désespoir de son ami et son envie nocive de l'aider à tout prix. Son choix de ne pas vouloir mêler Pansy, Blaise, ou qui que ce soit d'autre. De A à Z, même la malédiction. C'était son choix.
Il récupéra ses esprits quand les phares d'une voiture percèrent l'horizon. D'un saut, le loup s'éclipsa dans un champ de maïs. De là, il reprit sa route. Porté par le poids de ses responsabilités et d'une certaine nostalgie, il se remit à courir et ne s'arrêta pas avant un long moment. Il ne ralentit qu'à l'aube, quand le soleil décora les environs d'une lueur rose pâle. Sous la lumière naissante, il distingua au loin un bois.
Ses pattes ne purent le porter plus loin que ce dernier. Passé les premiers buissons, il s'écroula. Exténué.
19 août, dans un bois à une trentaine de kilomètres de Brest. France.
Une odeur savoureuse titilla son flair. Le museau du loup se réveilla avant la bête elle-même. Son odorat percevait des effluves ragoûtantes et sauvages. Son esprit sortit de sa torpeur. Ce qu'il pouvait sentir lui rappelait l'automne et la forêt.
Il ouvrit un œil, puis deux. Le soleil embaumait les environs d'une agréable chaleur, il avait roupillé durant des heures, jusqu'à cette douce après-midi. Son regard suivit son odorat et après l'inspection de quelques arbres, il repéra un animal élancé et noble pas très loin de lui. Un cerf. La légère brise étant en la faveur du loup, la créature ne l'avait toujours pas remarqué.
Le corps entier de Draco se remit aussitôt en marche, il se leva et commença à franchir la distance entre lui et sa proie. Il prit une profonde inspiration, l'odeur du cerf était tenace et envoutante. Pourtant, il hésita. Le jeune Malfoy avait devant lui un être fait de chair et de sang, bien vivant, dont le cœur qui battait lui arrivait jusqu'à l'oreille. Comment pouvait-il désirer le manger ? Dans cet état ? Car c'était bien ce dont il était question au fond: l'animal l'attirait, il avait l'odeur d'un met délicieux...
Le loup en lui commandait, réalisa-t-il. Tapi sur le sol, il s'avança soigneusement, prenant soin de se frotter aux écorces pour camoufler son odeur. Draco observa la bête qui broutait à quelques pas. C'était une créature majestueuse, un véritable roi de la forêt avec des bois énormes et distingués sur son crâne. Le Serpentard était le prédateur, mais il ne put penser autrement qu'un seul faux pas de sa part renverserait la donne.
Ses babines frémissaient d'avance à l'idée d'avoir un bon déjeuner, un vrai déjeuner. Pour la première fois depuis qu'il s'était transformé, Draco se rendit compte que le loup mourrait d'envie de déguster un véritable gibier et non pas une cuisine plus ou moins travaillée. Les repas humains, préparés par Nott, étaient loin de pouvoir combler son appétit à côté d'une bouchée de ce genre-là. Les baies, elles, n'étaient vraiment que des amuse-gueules.
Mais il ne pouvait pas faire ça, non ? Se jeter comme un sauvage sur un tel animal ? Planter ses dents, tuer, manger, le goût et l'odeur du sang et... Bien que son côté humain était pris de dégoût, l'évidence le destabilisa.
Bien sûr qu'il le pouvait. Il était sauvage, il était une bête. Ce n'était pas des dents qu'il possédait désormais, mais des crocs. Le loup était un tueur né, et ce sang qu'il redoutait était sa graine.
Son ventre trancha, mettant un terme définitif à ses tergiversations. La sensation de vide lui fit si mal qu'une fois la crampe passée, il sortit brusquement des fourrés pour prendre le cerf par surprise.
Draco frappa l'animal au flanc. Sa faiblesse et son manque d'expérience lui fut cependant fatal. Ses crocs se plantèrent malhabilement dans la chair, et le cerf ne fut pas long à répliquer. Il se cabra violemment, envoyant sans trop de mal le loup à terre à l'aide de ses sabots. Ce dernier grogna et se mit en position d'attaque. Face à lui, le cerf n'hésita pas, il brandit ses bois dans sa direction et s'élança. Le jeune Malfoy ne put éviter le premier coup qui le renversa contre un arbre.
La douleur le remit brusquement d'aplomb. Il se releva vivement, évita la seconde tentative où le cerf rencontra le tronc de l'arbre, et donna un coup de boule dans l'encolure de l'animal. Celui-ci souffla, s'ébroua, recommença à s'élancer vers lui. Le cerf misait sur l'attaque, c'était sa seule chance. C'était sûrement la première fois qu'il rencontrait un loup, un tel prédateur, et il ne se voyait pas fuir. Il avait d'ailleurs l'avantage : il était jeune, fort, et vigoureux.
Le loup tenta de l'attraper à la gorge quand le mammifère frappa une troisième fois mais il manqua son coup. Ses babines ne se renfermèrent que sur la fourrure. Il chercha à l'intimider avec un grognement, sans succès. Le cerf continua son assaut. Si bien que Draco perdit rapidement ses forces à éviter, contrer, tâcher de s'agripper à sa proie. Il ne fut pas long à comprendre que dans son état de famine et de maladresse, le cerf était hors de sa portée.
Un dernier assaut le cloua au sol, coupant sa respiration. Draco ferma les yeux une demi-seconde sous l'impact et quand il les ouvrit de nouveau, il vit le cerf filer d'un bond intimidant.
Et il le laissa faire. Il avait eu les yeux plus gros que le ventre.
Il était parfaitement réveillé, maintenant. L'altercation le laissait encore interdit mais il avait compris : il n'avait pas besoin de rejoindre les humains et leurs habitations, la forêt grouillait de petits mammifères à se mettre sous la dent.
Il se remit de son échec en marchant contre le vent. Intérieurement, Draco pestait. Évidemment que le cerf avait été trop imposant pour lui, il aurait dû le deviner avant même de se laisser submerger par sa faim. Il n'avait eu aucune chance, même sous la surprise. L'inexpérience était totale. Si ses instincts bestiaux n'étaient jamais très loin, il avait encore beaucoup à apprendre...
Après des heures à s'entraîner sur des oiseaux et des mammifères dont il aurait bien fait son dîner, Draco abattit sa toute première proie. Un lapin déjà blessé, gigotant difficilement avec sa patte arrière cassée. Un gibier facile, mais Draco n'était plus du genre à jouer au plus fier et ignorer ce qui était accessible.
Il avait besoin de force. Et pour le moment, un lapin suffisait. Il prendrait vite la main.
01 septembre, Gare de King Cross (Londres). Angleterre.
- Pardon, pardon, hop, excusez-moi... Désolée, je ne vous avais pas vu. Oh !
La gare était bondée. Et Hermione n'était pas en avance. Trimballant son chariot, ses malles, et Pattenrond qui feulait dans sa cage, elle courrait dans la cohue du bâtiment. Il y avait un monde fou et les moldus ne semblaient pas particulièrement pressés.
- Oups ! Oh non, vraiment, je suis navrée..., s'excusa-t-elle auprès d'une vielle dame sans ralentir le pas pour autant.
Il ne restait qu'une quinzaine de minutes avant le départ du train pour Poudlard. Elle s'était attardée un peu devant King Cross en arrivant, la gare lui avait fait l'effet d'un coup de poing dans l'estomac. Repartir pour une année à l'école des sorciers ne lui avait jamais semblé aussi réel, même la lettre reçue au début de l'été ne lui avait pas fait le même choc. C'était surréaliste ! La jeune femme avait observé la bâtisse d'un air décontenancé, réalisant pour la première fois ce que ce retour signifiait.
Seulement quatre mois après la mort du mage noir le plus puissant que le Royaume-Uni ait connu, Poudlard rouvrait ses portes, l'avait invitée, elle, ainsi qu'Harry, Ron, et tous les autres survivants, à reprendre leur scolarité. Poudlard avait même réinvité les enfants de Mangemorts graciés après la guerre. Ils repartaient, tous, pour une autre année d'étude.
Inconcevable.
Pourtant, quand elle avait franchi les portes de la gare, et qu'elle avait dû se faufiler parmi la foule, l'habitude avait reprit ses droits. Ce retour lui avait semblé d'une logique implacable. D'un pas rapide, sûr, elle avait tracé sa route jusqu'à la voie 9¾. Elle n'avait pas douté un seul instant. Hermione était entré en pilote automatique et plus la voie se rapprochait, plus l'euphorie avait remplacé toutes ses peurs.
Bien sûr que la jeune femme craignait de remettre les pieds dans l'enceinte de l'école. Ce fut le théâtre de tant d'horreur et de morts, de désespoirs et de larmes. Les lieux et les souvenirs la hantaient toujours, et à jamais, sûrement. Mais les images qui imprégnaient aujourd'hui sa mémoire étaient tout autres. Revenir à Poudlard signifiait tant d'autres choses aussi. Le château n'était pas qu'un mauvais souvenir.
L'immense cour, bordée de la forêt et du lac, où elle avait l'habitude de lire, se promener, de flâner, seule ou en compagnie de ses amis. Les cours, les professeurs, ces heures d'études enrichissantes dont son cerveau se languissait. L'odeur du parchemin, la sensation d'une plume entre les doigts, les surprises dont recelait la vieille école. La bibliothèque et ses rayons hauts, les salles de classes uniques, les tapisseries, les escaliers, la Grande Salle et la salle commune des Gryffondors. Apprendre, découvrir, grandir.
Tant d'Histoire entre ces murs, une Histoire dont elle faisait désormais partie. Et elle ne pouvait plus haïr et redouter ce retour.
Du moins pas seulement.
Revenir à Poudlard signifiait reprendre possession des lieux. En faire quelque chose de mieux, de neuf, de plus beau. Oublier et faire oublier. C'était montrer, aux autres et à soi-même, que la vie était précieuse et continuait, et que le château, jamais, ne tomberait aux mains d'un ennemi. Le château était aux élèves qui s'étaient battus pour lui, aux directeurs et directrices qui s'étaient succédé, aux fantômes qui arpentaient les couloirs, et certainement pas à un sorcier ayant mal tourné.
Cette rentrée n'était pas seulement teintée de craintes et d'appréhension, elle était également teintée d'espoir. Et quand la jeune fille s'arrêta entre les voies 9 et 10, son cœur se gonfla d'une sensation vertigineuse. Tant de sentiments se mélangeaient, mais il y avait tout de même et surtout du bonheur.
Hermione fonça dans la frontière séparant le monde moldu du monde sorcier avec un demi-sourire. Elle arriva sur l'unique quai de la voie 9¾ et secoua la tête. Le chaos régnait aussi de ce côté-là. Les élèves y étaient nombreux. A l'atmosphère qui englobait la foule, elle remarqua rapidement que l'humeur générale se rapprochait de la sienne.
Malgré les horreurs récentes, les parents renvoyaient avec soulagement, nostalgie, et optimisme leurs enfants à l'école. Ils se pressaient avec eux sur le quai, portaient et rangeaient les malles, agitaient les mains.
Hermione se fraya rapidement un chemin, tentant de se grandir plusieurs fois pour repérer les visages d'Harry et Ron dans tout ce brouhaha accueillant. Elle ne fut d'ailleurs pas très longue, la famille Weasley était repérable à des kilomètres à la ronde avec leur chevelure cuivrée. Elle accéléra le pas en les appelants déjà.
- Harry, Ron ! Ginny !
Harry fut le premier à l'entendre, il se retourna en fouillant la foule du regard puis lui ouvrit instinctivement les bras.
- Merlin, Hermione... Quelle force, marmonna-t-il quand elle le serra brusquement contre elle.
- Si tu savais comme tu m'as manqué, Harry... Toi aussi, Ron !
Elle se détacha de son meilleur ami pour s'avancer vers le rouquin. L'hésitation ne fut pas longue avant qu'ils tranchent tout deux pour un baiser chaste et une longue embrassade.
- Tu as passé un bon séjour en Australie ? demanda Ginny en trépignant sur place.
- Assez difficile au début, mais très agréable vers la fin, répondit la brunette. Je n'ai pas mis longtemps avant de retrouver mes parents, seulement... Je n'avais pas prévu que ce serait aussi dur de leur faire retrouver la mémoire. J'ai bon espoir, maintenant. Ça va aller. Je vous raconterai en détails plus tard !
Ginny perdit patience et attira Hermione contre elle, dès qu'elle fut libérée des bras de Ron.
- Tu m'as tellement manqué, Mione !
- J'ai tant de choses à vous dire, soupira la jeune femme.
- Je suis ravie pour toi, si tu savais...
- Oh, Hermione ! Te voilà enfin !
Mrs Weasley venait d'apparaître dans le cercle et l'enlaça à son tour. Hermione n'était pas au bout de son souffle et de son sourire. A vrai dire, le reste de la famille l'étreignit ensuite chacun leur tour, longuement, lui demandant des nouvelles de son périple et de sa famille fraîchement retrouvée au risque qu'elle se répète plusieurs fois. Il ne manquait que George à l'appel, et Fred, ce qui la ramena l'espace d'un instant à la triste réalité et la guerre encore fraîche dans les mémoires.
Elle déglutit, hochant la tête aux questions, souriant vaguement, et revint vers ses amis, l'humeur un peu en moins. Ils ne le remarquèrent pas, ou firent semblant, habitués aux émotions changeantes des uns et des autres.
- Nous devrions nous trouver un compartiment maintenant que nous sommes tous là, proposa Ginny. Je refuse de faire le trajet entassée avec des premières années...
- C'est vrai... Nos conversations ne sont plus aussi chastes pour leur pauvres oreilles, sourit Ron. Maman ! On y va, on monte. Le train va bientôt partir de toute manière.
- Mes chéris... Il est si tôt, encore.
Il n'était pas difficile de percevoir le dilemme chez la matriarche Weasley, ni chez Arthur qui la tenait par les épaules dans un geste réconfortant. La crainte et l'espérance se lisait si facilement sur leur deux visages exténués. Faisant partie de l'Ordre, ils avaient été aux premières loges du combat et des pertes humaines.
- Laissez-nous les bagages, au moins, on s'en charge, dit Arthur.
- Prenez soin de vous, surtout. Et écrivez ! Et tâchez de bien travailler, aussi !, sourit Molly en réprimant les larmes qui lui montaient aux yeux.
Ils furent pressés par le train qui annonça l'heure du départ. Un long sifflement se fit entendre et la fumée emplit une partie de la gare. Quelques contrôleurs agitaient leurs baguettes pour aider les retardataires avec leurs malles.
Les accolades recommencèrent au sein de la famille Weasley, plus rapides cette fois-ci.
- Ecrivez-nous ! répéta Molly, fiévreuse.
- Révises pour tes Aspics, Ron, ajouta Percy en tapotant affectueusement la tête de son frère.
Le visage d'Hermione s'éclaira d'un sourire à cette vision, puis, laissant de l'intimité à la fratrie qui se rassemblait une dernière fois avant le départ, elle se tourna vers Harry. Une fois un peu seul, le garçon avait l'air nerveux. La jeune Gryffondore ressentait ses tourments comme s'ils étaient les siens. Elle aussi ressentait cette manière saugrenue de considérer l'avenir sous le signe de l'espoir... sans pour autant se départir des événements du passé.
- Ça ira... lui murmura-t-elle en ébouriffant ses cheveux. On finit toujours par s'en sortir. Nous ne sommes pas seuls.
Il se tourna vers elle, comme s'il venait tout juste de remarquer sa présence à ses côtés et lui rendit son sourire.
- Rien ne peut venir à bout du célèbre Potter, c'est ça ?
- Tss. Ne commence pas ! rit-elle.
- Allez, allons-y ! lança Ginny en les prenant tous les deux par les épaules. Je ne sais pas vous, mais personnellement, je ne tiens pas à rester sur le quai !
Le train siffla une seconde fois, et ils furent rejoint par Ron. La pression monta aussitôt dans leurs cœurs et dans leurs têtes. Il y avait, soudain, déjà beaucoup à penser, anticiper, ressentir. Ginny bougea la première. La rouquine prit la main d'Harry, qui prit la main d'Hermione, qui à son tour mêla ses doigts à ceux de Ron, et la bande se glissa jusqu'à une voiture du train sans se séparer. Ils se lâchèrent qu'une fois à l'abri à l'intérieur, dans l'espace confiné et rassurant d'un compartiment.
Puis, tandis que l'agitation continuait dans le couloir et parmi les parents laissés en arrière, il y eut entre eux un silence. Un silence confus, mêlant l'attente du départ et l'incertitude. C'était étrange d'être de retour ici, c'était étrange d'en être à la fois triste et heureux.
Aucun d'entre eux n'avait espéré pouvoir y retourner, surtout de si tôt. Aucun d'entre eux n'avait imaginé reprendre le Poudlard express, répondre à des salutations enthousiastes de l'autre côté de la vitre, et ressentir, eux-mêmes, une joie presque déplacée. Il leur fallut de longues minutes pour s'acclimater à cette sensation et de l'apprivoiser assez pour pouvoir la déguster sans culpabilité.
Le train se mit doucement en marche et quitta Londres en quelques minutes. Le silence perdura encore un peu. Hermione regarda par la fenêtre le paysage urbain se confondre progressivement avec la campagne, une pensée pour tous les disparus qui n'étaient plus parmi eux. Elle avait vu ce paysage tant de fois... Aujourd'hui, c'était si familier, et si différent à la fois.
Une nouvelle page, d'un nouveau livre.
Elle ferma les yeux, un temps, pris une profonde inspiration, tenta de calmer ses nerfs. C'était inconcevable, impressionnant, bizarre. Oui, bizarre, c'était le mot.
- Au fait, Hermione, de qui seras-tu la tutrice ? demanda Ron en brisant la quiétude.
- C'est vrai ! renchérit Ginny. J'ai oublié de te le demander dans mes lettres.
- Je ne t'en tiendrai pas rigueur, j'ai totalement oublié à mon tour, sourit l'interpellée avant de faire la moue. Apparemment, je vais m'occuper de Théodore Nott... Je m'attendais à pire, je ne me souviens pas trop de lui. Il n'a pas du faire trop de vagues, c'est bête mais c'est plutôt rassurant. Et vous ?
- Une fille de ma promotion, dit la rouquine, je ne me rappelle plus son nom, vous ne la connaissez pas. Je crois qu'elle s'est vraiment retrouvée là-dedans par hasard, elle ne me dit rien. Ellia quelque chose... Je ne sais plus son nom. Je vous en dirais un peu plus quand je la rencontrerai !
- Je m'occupe d'une Serdaigle, grimaça Ron. C'est mieux qu'une Serpentarde, mais je ne pensais pas que les autres maisons avaient rejoint les Mangemorts. Il s'agit de Prudence Greene...
Hermione hocha la tête. Elle n'avait jamais eu à faire avec la jeune fille en question mais le nom lui disait effectivement quelque chose.
- Et toi, Harry ?
- Harry est le chanceux, s'esclaffa Ginny.
- Malfoy ? tenta Hermione avec malice.
- Dans le mille, répondit le concerné avec un sourire. Et c'est parfait puisqu'il a disparu de la circulation ! Je n'ai personne à ma charge, aucun ancien Mangemort, pas de devoirs supplémentaires, aucune corvée. Je suis tranquille.
Harry Potter s'affala contre le dossier de la banquette en souriant d'un air fier. Il était soulagé, c'était une évidence. Lui confier Draco Malfoy avait sûrement été une erreur de la part du Ministère et du professeur McGonagall. Hermione ne voyait pas comment ils avaient pu vouloir lui attribuer un tel énergumène... Harry n'aurait jamais pu encadrer la fouine, et réciproquement.
- Alors, c'est vrai ? fit-elle. Il a bien disparu ?
- Évanoui dans la nature, répondit Ron. On ne sait pas grand-chose si ce n'est que personne ne l'a trouvé jusqu'à aujourd'hui. La dernière fois qu'il a été vu, ce serait en France.
-Personnellement, ça ne me dit rien qui vaille, intervint Ginny. Il s'agit de Malfoy, tout de même.
- Selon Théodore Nott justement, reprit son frère, Malfoy aurait fuit par besoin d'être seul. Je le tiens de mon père qui n'en sait pas plus pour le moment.
- Ou Papa ne veut rien nous dire de plus afin de ne pas nous inquiéter...
- Mais comme tu as Nott sous ta tutelle, peut-être que tu pourrais en apprendre un peu ? suggéra Harry.
- A vrai dire, ce n'est pas une mauvaise idée, mais pour le moment je ne pense pas que Nott me fera plus confiance que je ne lui fais confiance, grimaça Hermione. Je doute qu'il me parle de Malfoy de lui-même, surtout si fouine a quelque chose derrière la tête.
- C'est vrai... Mais ça vaut le coup de tenter, dit Ron. Il doit bien savoir où se trouve ce foutu Serpentard.
Hermione haussa les épaules puis soupira :
- En tout cas, Harry, je t'envie quelque part. J'aurais bien aimé être tranquille aussi cette année. Préfète en chef et tutrice de Mangemorts, je me demande déjà si j'aurais du temps pour réviser mes Aspics... Ça me paraît bien compromis.
- Tu vas y arriver, comme toujours. Tu n'es pas notre Hermione pour rien, l'encouragea Ginny.
Ron et Harry, au contraire, acquiescèrent plus gravement. Eux aussi se sentaient concernés par leurs examens, pour une fois.
- Comme je te comprends ! répliqua le rouquin à voix basse, un regard par la fenêtre. Puis, rien qu'à l'idée de fréquenter ces gens quelques heures par semaine, j'en ai la nausée...
01 septembre, Poudlard. Écosse.
Fidèle à la tradition, le trajet jusqu'au château se fit en calèche. Et les sombrals, lugubres et squelettiques, coupèrent un instant court à toutes les réjouissances. Rares demeuraient ceux qui les trouvaient encore invisibles. La plupart des yeux les dévisageaient entre horreur et curiosité, des mains audacieuses se tendaient même parfois vers le museau ou l'encolure avant de monter. Il régna alors un silence morbide.
L'empreinte de la mort les accompagna jusqu'au parc, et ne les quitta qu'une fois face aux portes de Poudlard. La vieille école avait repris de ses couleurs et les rénovations remplacèrent heureusement très vite les tristes créatures dans les esprits.
Il restait bien quelques gravats de tourelles écrasées et des arbres dévastés dans la cour, seuls débris témoignant de la bataille finale... Néanmoins, les pierres resplendissaient et une brise fraîche était porteuse d'effluves familiers et agréables. Le quatuor fut surpris. L'air sentait le bois et le vieux parchemin, la pluie et le lac, à la fois l'habitude et le renouveau.
Harry, Ron, Ginny et Hermione s'immiscèrent parmi la foule et passèrent les hautes portes, hagards face aux travaux qui avaient été si rapides. Quatre mois seulement et tout, ou presque, était en état. Le hall était comme neuf, ainsi que les premières marches, les murs et les armures. Les tableaux avaient été restaurés durant l'été et certains accueillaient les élèves avec entrain, d'autres pestaient déjà contre l'agitation à venir. Les vitraux de la Grande Salle, quant à eux, avaient été entièrement réparés. La lumière du soir luisait sans artifices à travers les immenses fenêtres.
Les élèves pénètrent dans la pièce avec un silence respectueux, le regard perdu sur les lieux qui avait retrouvé leur éclat d'avant. La Grande Salle, détruite, rayonnait désormais d'une aura chaleureuse.
Les tables, les bancs, les bannières des quatre maisons, l'estrade, les chandeliers, et le plafond magique n'avaient jamais semblé aussi conviviaux. Après l'attente, l'appréhension et la retenue, le soulagement se propagea rapidement parmi la foule, un doux brouhaha commença à se répandre, des chuchotements, les premières exclamations enthousiastes. Presque à l'unisson, les conversations démarrèrent, les langues se délièrent, les uns interpelaient les autres, comme s'ils venaient de sortir d'une bulle.
A la table des maisons, Hermione repéra tout de suite les fantômes. Habituellement ne se montrant qu'au cours du banquet, ils se tenaient déjà assis, guettaient les anciens et nouveaux arrivants. La dame grise saluait gracieusement dès qu'elle croisait un regard, la jeune femme lui répondit d'ailleurs timidement. Nick Quasi-Sans Tête semblait le plus fébrile et portait un nœud papillon translucide qu'il triturait et qui détonnait avec le reste de sa tenue venu d'un ancien temps. Le Moine Gras hésitait à s'avancer déjà vers les élèves qu'il reconnaissait.
Eux aussi connaissaient l'impatience, eux aussi partageaient ce sentiment étrange de retourner à leur fonction, leur place. Même le Baron Sanglant d'ordinaire si sinistre et indifférent regardait les adolescents d'un air intrigué.
Ce fut un groupe de Poufsouffles qui s'avança en premier, pour prendre place à côté du fantôme qui leur avait fait signe. Et d'un commun accord, la foule se sépara enfin, chacun rejoignant sa table.
Comme s'ils s'étaient concertés au préalable, la porte près de la table des professeurs s'ouvrit. Ces derniers entrèrent à tour de rôle et s'avancèrent jusqu'à leurs chaises, rassurés par le chahut qui avait gagné la Grande Salle.
- Regarde, Mione ! lui chuchota Ginny quand elles s'assirent. Il y a de nouveaux professeurs !
En effet, il y en avait. Avec la disparition du professeur Rogue, la nomination de McGonagall à la tête de l'école, sans parler de quelques démissions, des nouvelles têtes faisaient leur entrée. Un sentiment d'excitation prit part d'Hermione.
C'était si rare ! Quelles étaient leurs méthodes ? Qui enseignait quoi, désormais ? C'était également l'occasion de ressentir de nouveau cette crainte de ne pas être à la hauteur, de devoir faire ses preuves, qui l'avait au fond toujours motivée.
- Et il y en a un particulièrement mignon..., commenta la rouquine un peu rêveuse. Le jeune, le blond, là.
- Hey, oh, est-ce que je dois rappeler que tu es prise, maintenant ? intervint son frère.
- Arrête de faire ton rabat-joie, Ron. Je ne fais que regarder, d'ailleurs Harry le sait très bien.
Harry hocha effectivement la tête quand Ron lui lança un regard sceptique. Il était clairement indifférent. Hermione ne put s'empêcher de rire un peu.
- Et puis tu connais Ginny, quand même ! dit-elle.
- Et toi ? Est-ce que je te connais aussi bien ? lui lança le rouquin avec un sourire.
- Oh Merlin ! Pas ici, hein ! reprit Ginny. Gardez vos niaiseries pour plus tard !
Hermione leva les yeux au ciel mais ne put s'empêcher de rougir. Depuis que Ron et elle sortaient ensemble, ils flirtaient beaucoup plus qu'ils ne se rapprochaient vraiment. Ce qui était aussi adorable que frustrant si elle devait être honnête. Il devait penser qu'elle était timide, comme tout le monde. Et même si il y avait un soupçon de vérité là-dedans, la Gryffondore n'en était pas moins friande de vouloir ne serait-ce qu'un peu plus...
A peine s'étaient-ils vraiment embrassés depuis leur premier baiser. La fin de la bataille ne leur avait pas réservé de moments agréables en tête à tête, voire même aucun moment en tête à tête tout court. Chacun avait dû faire face à des responsabilités personnelles, le deuil, et le chagrin, la dépression aussi... Maintenant qu'elle était revenue d'Australie, Hermione se sentait mieux et ne semblait plus vouloir quitter des yeux les lèvres de Ron.
- Qui est-ce, là-bas ? chuchota une élève sur sa gauche à sa voisine. Le blond, qui discute avec le professeur Flitwick ? Il est vraiment canon...
- Par Merlin, c'est vrai ! J'espère qu'il s'occupe d'une matière importante !
Elles gloussèrent et inconsciemment, Hermione finit par lancer un regard plus attentif à la table des professeurs. Il n'y avait qu'un seul blond, assez jeune et assez mignon pour plaire à trois jeunes filles en l'espace de quelques minutes. Et le professeur en question était effectivement séduisant. Des cheveux blonds comme les blés et un sourire affable accompagnaient un visage aux traits fins. Il avait apparemment la qualité de l'écoute ; Penché vers son collègue, il paraissait concentré.
Moins captivée que les autres filles, Hermione ne s'attarda pas d'avantage et passa rapidement aux autres têtes. Un professeur ressemblait au jeune blond, dans la manière de se tenir, droit, résultant d'une éducation similaire et rigide. Dans le visage, aussi, si on y prêtait attention. Il semblait plus vieux et plus strict, avec une chevelure plus longue et sombre.
Une femme plutôt âgée et excentrique, ainsi qu'un homme à la calvitie avancée étaient également attablés.
Quatre nouveaux professeurs, sa curiosité était éveillée.
Un nouveau chahut, composé de petites voix aiguës et d'un enthousiasme démesuré leur parvint et la sortit de ses pensées. Les premières années étaient arrivés, et se tenaient, tout excités, à l'entrée de la Grande Salle.
- Je me rappellerai toujours de ce jour-là ! s'exclama Ron, légèrement ému. Il y a plein de petits roux, cette année !
- Ça va, tu ne veux pas les adopter non plus ? répliqua Ginny avec un rire.
- Eh bien, ce ne serait pas mal s'ils agrandissaient les rangs de Gryffondor, non ?
- Regardez ! fit Harry. Hagrid est là.
Hermione n'eut pas besoin de suivre le regard de son ami. A côté des premières années, le géant semblait encore plus grand qu'à l'accoutumée. La barbe hirsute, toujours, des cheveux longs, mais un sourire éclatant. Il avait quelques séquelles de la guerre. Une cicatrice lui barrait le visage, et sa main droite possédait désormais deux doigts hors d'usage.
Quand Harry ne put s'empêcher de l'appeler, le géant se tourna aussitôt vers la table des Gryffondors pour adresser à lui, ainsi qu'à ses amis, un salut amical. Hermione agita également la main avec enthousiasme, et elle perçut, de loin, leur vieil ami se pencher vers un première année pour lui souffler : « et tu vois, là, c'est Harry Potter ! » et elle sourit.
- J'espère que cette année sera enfin une année paisible, murmura Harry.
- Aucune raison qu'elle ne le soit pas, répondit Ginny.
Ils surenchérirent tous, se persuadant eux-même que tout se passerait bien. Même Hermione se prêta aux optimismes hypothèses, en espérant de tout cœur qu'elles se réalisent. Ils discutèrent ensuite encore un peu, observant de temps en temps l'agitation. Les premières années attroupés à la porte de la Grande Salle ne tenaient plus en place, surtout quand le professeur Chourave fut charger d'installer le Choixpeau magique face à la pièce et que celui-ci se mit à fredonner sa courte chanson.
La directrice McGonagall attendit un temps après la fin de la musique, laissant ses élèves discuter et savourer l'instant, avant de se lever et réclamer le silence. L'ancien professeur de métamorphose n'eut pas besoin de marquer son autorité, les quatre tables se calmèrent rapidement, impatientes déjà d'assister à son discours et la répartition.
- Bonsoir à tous, commença Minerva. A tous les nouveaux élèves qui se tiennent fébrilement devant moi, je vous souhaite la bienvenue dans cette école. A tous ceux qui me connaissent déjà, et réciproquement, je vous souhaite un excellent retour parmi nous.
Elle tenait ses mains devant elle, comme si elle priait. Les doigts entremêlés fermement, entre nervosité et excitation, Minerva McGonagall cherchait ses mots avec soin. C'était son tout premier discours, sa première année à la tête d'une aussi immense école. Cette rentrée, et cette année à venir, elle l'avait appréhendée, elle avait échafaudé tous les scénarios catastrophes possibles, elle avait préparé les cours avec les professeurs, dirigés les travaux pour remettre en ordre le château, rejoint l'enceinte de Poudlard bien avant ce jour-ci pour se convaincre que tout était prêt.
Elle reconnaissait chaque visage, chaque élève, connaissait son histoire, son infortune durant la guerre, ses difficultés et ses facultés. Avec un pincement au cœur, son regard s'arrêta sur les Gryffondors qu'elle ne présiderait plus. Elle vit Harry Potter, et fut infiniment soulagée de ne pas lire le désespoir au fond de ses yeux verts. Le sourire qu'il affichait la fit même continuer.
- Comme vous le savez tous, l'année qui s'est terminée il y a quelques mois a été un coup dur pour Poudlard, pour le monde sorcier, et pour nos familles. J'aimerais vous faire part de mes condoléances à chacun d'entre vous. J'aimerais vous annoncer que l'infirmerie offrira une oreille attentive dès que l'un d'entre vous le désirera, et ce, à toute heure du jour et de la nuit. J'aimerais aussi vous faire part de mes espérances avec la réouverture de cette école et en vous accueillant de nouveau entre ces murs familiers.
Ses yeux balayèrent les quatre tables, s'arrêtant cette fois sur les Serpentards qui contenaient le plus grand nombres d'élève ayant été mêlés au camp des Mangemorts.
- J'aimerais que cette année ne soit pas seulement celle du renouveau, mais du pardon. Si vous êtes ici aujourd'hui, c'est que le Ministère vous a jugé innocents de vos actes durant la guerre, quel que soit le côté dans lequel vous avez été enrôlés. Vous êtes des enfants. Je vous connais rebelles, durs, et intelligents, forts, aussi, vous avez beaucoup supporté et enduré, et vous avez été une source de soutien inestimable pour les adultes les plus sceptiques à se battre ces derniers mois... Mais vous n'en restez pas moins tous des adolescents qui n'ont pas fini de se construire, et avec le contexte: qui n'ont pas fini de se reconstruire. L'école a pris des nouvelles mesures, comme la réinsertion d'enfants de Mangemorts aux côtés d'enfants de l'Ordre du Phénix, cependant, ce ne sera pas la seule mesure. Les règlements de compte seront pris au sérieux et bannis, et les tensions qui dépasseront l'entendement seront jugées au sein même du ministère de la justice. Qui que vous soyez, qui que vous avez perdus, l'heure n'est pas à la vengeance. Cette année sera sous le signe du renouveau, du pardon, et de l'unité.
Elle reprit sa respiration, jaugeant la température de la salle. L'annonce semblait passer mieux que prévu. Certains chuchotaient avec véhémence quelques mots à leurs voisins, des fronts se plissaient et des poings se crispaient, mais aucun élève ne s'opposa clairement comme elle s'y attendait pourtant.
- Maintenant que ces mots ont été prononcés, laissez-moi donc vous présenter vos nouveaux professeurs, qui se font déjà une hâte de vous enseigner et de vous connaître. Voici le professeur Isabelle De la Marte, qui remplacera Septima Vector en Arithmancie, retraitée de l'académie BeauxBâtons et source infiniment précieuse de sagesse.
La vieille dame qu'Hermione avait repéré un peu plus tôt hocha la tête, puis se leva et salua la Grande Salle. C'était une femme plutôt petite et enjouée. Ses cheveux blancs réunit en un chignon lâche lui rappelait plutôt une gentille grand-mère qui souhaitait faire profiter l'école de son expérience et son enseignement. Néanmoins, sa robe de sorcier aux couleurs diverses et variés laissaient sous-entendre une forte personnalité. Les élèves l'applaudirent joyeusement.
- A sa droite, continua McGonagall, le professeur David Lowth qui s'occupera désormais de la Défense contre les forces du mal, un fin connaisseur du domaine en question. Il connaît le château aussi bien que vous puisque l'école l'a accueilli pour sa scolarité.
- Merci, Minerva.
L'homme un peu chauve sourit et fit une petite révérence aux élèves devant lui. Il semblait plus intimidé et plus jeune que l'âge que lui conférait sa calvitie avancée. Les quatre tables lui répondirent avec le même entrain que pour le professeur De la Marte.
Je vous demande également d'accueillir Darin Kazlauskas, qui enseignera à partir de maintenant les Etudes de Moldus, et son frère, Sasha Kazlauskas, qui sera un très bon remplaçant pour la métamorphose. Tout deux nous viennent de l'Est et sont diplômés de Durmstrang. Ce sont nos plus jeunes professeurs jamais accueillis au sein de Poudlard.
Le professeur blond se leva, et Hermione put assister à une drôle de réaction en chaîne. Les filles rougirent et gloussèrent à tour de rôle. C'était bien plus que trois adolescentes que le jeune Kazlauskas avait séduit, c'était une majorité. L'homme qui lui ressemblait, à quelques places, se leva également et parla pour deux, avec un léger accent slave :
- Je suis Darin, et certains d'entre vous n'auront malheureusement pas la chance de me connaître, j'en suis navré d'avance. Mais vous pourrez faire la connaissance de mon jeune frère Sasha, en revanche.
- Je suis déjà enchanté, répondit ce dernier en souriant agréablement.
L'accent avait conquis mêmes certains garçons, un peu admiratifs. Le plus vieux des deux frères avaient, néanmoins, fait l'effet plutôt inverse du plus jeune. Si ce dernier attirait d'instinct, l'autre faisait office d'un bloc de glace : poli, mais distant. Séduisant également, mais froid, dans le genre polaire. Il paraissait rigoureux et imperturbable.
Ce fut à celui-ci qu'alla la préférence d'Hermione. L'autre, qui recevait littéralement des acclamations, paraissait bien moins sérieux. Trop décontracté, se délectant de l'attention, un poil charmeur. Le professeur Darin Kazlauskas, ainsi que Isabelle De la Marte, avait déjà gagné l'intérêt de la Gryffondore.
- Merci à tous de votre compréhension, reprit McGonagall quand les deux frères se rassirent. Vous l'aurez compris : L'école, le corps professoral et moi-même comptons sur vous, sourit-elle. Maintenant, je vous prie de laisser nos nouveaux élèves être répartis et prendre leurs marques aux côtés des anciens. Ensuite, nous marquerons deux minutes de silence pour nos disparus et nous mangerons en leur honneur, et en l'honneur d'un nouveau départ. N'oubliez pas les trois mots phares de cette année : renouveau, pardon, unité. Merci.
Minerva se rassit tandis que les professeurs levèrent leur verre en direction des élèves légèrement décontenancés et des premières années qui commençaient à être appelés par le professeur de botanique.
- Je n'arrive pas à y croire..., murmura Ron, un peu sonné. Donc, elle veut vraiment que nous faisions la paix ? Avec ces fils de...
- C'est hors de question ! coupa Ginny. Non. Je ne sais pas ce qui est passé par la tête de McGo, mais c'est encore pire que ce que voulait Dumbledore. L'amitié, blabla, avant, et le pardon maintenant ?
Hermione garda son calme. Ses doigts s'étaient agrippés à ses genoux durant l'intégralité du discours de son ancien professeur de métamorphose sur ce renouveau étrange et hypocrite, l'empêchant encore de prendre part aux applaudissements de la table quand le premier nom fut réparti à Gryffondor.
Face à elle, Harry hocha la tête, puis soupira.
- Ce qu'elle nous demande est impossible... Pourtant, je comprends la décision.
- Harry ! s'offusqua Ginny.
- Eh bien, ce n'était pas incompréhensible, non plus... Cette paix espérée est ce qu'il y a de mieux pour tout le monde, même si ça me dégoûte à l'idée de fraterniser avec l'ennemi.
- Je rejoins Harry, confia Hermione en grimaçant, même si ça me coûte de le dire. Le Ministère et McGonagall veulent éviter toute tension susceptible de grandir, ça me semble évident. Ils ont tout intérêt à ne pas condamner des enfants de notre âge, endoctrinés ou non par les Mangemorts. Même si beaucoup ne leur vouent aucune affection, aucun parent ne souhaite voir des enfants rejoindre Azkaban ou subir un baiser de détraqueur. Et tout de même, en y réfléchissant... Entre eux et nous, ils sont les mieux placés pour vouloir se venger. Les prendre sous notre aile reste donc le meilleur moyen d'assurer un minimum les arrières de tout le monde.
- Qu'est-ce que tu veux dire par là ? demanda Ron, soudain nerveux. Tu penses qu'ils vont se venger ?
- Je n'ai pas dit qu'ils se vengeront forcément... Mais si le Ministère ou l'école les mettait à l'écart, ils auraient toutes les clefs en main pour le faire. Je ne les aime pas, mais soyons honnête cinq minutes: à leur place, aurions-nous défiés familles et mentors, et risquer ainsi une mort certaine ? Je ne pense pas. Je me souviens parfaitement combien Voldemort nous terrorisait, dit-elle. Si nous avons perdu parents et amis, eux, n'ont pas perdu moins. Actuellement, leurs parents sont tous enfermés, condamnés, certains ne possèdent déjà plus d'âme. Leurs maisons ont été prises et mises sous scellées par le Ministère, ainsi que leur héritage. Leurs comptes en banque sont gelés pour la plupart. Et ils sont sous surveillance constante... Ces mesures sont nécessaires pour le moment, mais à quoi d'autre sinon la rage peuvent-elles conduire ?
- Le Ministère et Poudlard veulent éviter une nouvelle guerre, un nouveau mouvement de terreur, ils ont donc raison de les intégrer de nouveau parmi les sorciers et de vouloir instaurer un climat de paix, ajouta Harry. Merlin, moi aussi ça me coûte de le dire.
Hermione acquiesça. C'était vraiment démangeant et cruel de leur imposer ces camarades qui leur avaient littéralement pourri la vie. De leurs années à Poudlard, à la guerre, de querelles futiles à une bataille sans pitié, aucun n'avait été des enfants de chœurs. Certains étaient même à l'origine d'attentats destructeurs et de morts. Ses lèvres se tordirent. C'était déjà douloureux de les côtoyer, à cause de la haine, la rancœur, et du chagrin. Tendre une main était encore plus difficile.
Ils ne faisaient pas attention à la répartition. Ron secoua la tête avec rage, tandis que le dégoût se lisait sur les traits de Ginny. C'était surtout l'affliction qui les liait tous les quatre.
- Ça reste inadmissible de nous demander ça, marmonna la rouquine.
- Je sais, répondit Hermione. Je sais...
Elle regarda un court instant les premières années se bousculant en attendant le choixpeau et celui qui attendait présentement d'être réparti. Ils semblaient si jeunes. Ils étaient encore si innocents. Ils n'avaient pas connu la guerre de la même manière qu'eux. Ils l'avaient vécu en arrière, isolés et protégés. Ils n'avaient eu que les échos, ils avaient pour certains vécu aussi le deuil, mais rien de comparable à voir mourir ses amis, à sentir l'odeur du sang, voir du sang, goûter le sang.
Un frisson remonta sa colonne vertébrale. Elle ne leur souhaitait jamais ce qu'ils avaient connu. Jamais.
- Je sais, reprit-elle. Mais nous n'avons pas le choix. Personnellement, je ne veux pas d'une autre guerre. Et je ne veux pas une année paisible, mais plusieurs. Tout un avenir, si possible.
Alors. Ce premier chapitre ?
J'espère en tout cas que ça vous a autant plu que le prologue !
Hermione rentre en scène ! Certes, ce n'est pas tout de suite qu'elle est confrontée à Draco... mais ça va venir ;)
Pour les fautes restantes (il doit y en avoir xD), je suis vraiment désolée. J'essaie au mieux de les corriger ! J'y passe un temps fou (plus que l'écriture), mais il y en a toujours deux ou trois qui passent entre les mailles du filet...
En espérant que la suite vous plaise ! A bientôt !
Je vous embrasse ! *kiss*
Slyth.
PS: Pour ceux que ça intéresse, j'ai un profil pinterest où j'y joins toutes les images et portraits qui me font personnellement penser à cette histoire, car j'ai la souvent la chance de tomber sur un visuel qui correspond à ce que j'ai en tête !
Pour y accéder, tapez pinterest SlytheerinFF sur google :)
