Chapitre 2

Soupirant, il la suivit tranquillement jusque devant la maison du Bélier. Ce qui était étrange, c'est que le Sanctuaire était aussi tranquille que lui. Normalement, il aurait dû y avoir un chevalier d'or là. Mû du Bélier. Il demanda à Alizea :

-C'est normal qu'il n'y ait personne ?

-Et bien, des fois, Mû part à Jamir. C'est peut-être pour ça.

-Tu dois avoir raison.

Les deux guerriers commencèrent l'ascension des escaliers. Rhadamanthe demanda :

-Pourquoi y a-t-il autant de marches ?

-Tout simplement parce que ça casse les jambes. Si tu es un ennemi et que tu arrives au sommet, tu as perdu la moitié de tes forces en courant comme un niais dans les escaliers et tu te fais démolir en découvrant qu'il n'y a pas douze maisons, mais treize.

-Drôle de protection.

-C'est très simple et ça fonctionne très bien.

-Mouis, si tu le dis.

Quand ils arrivèrent dans la maison du Taureau, Alizea fronça des sourcils, car Aldebaran n'était pas là alors que normalement il devait être présent. Elle jeta un coup d'œil vers Rhadamanthe et tous les deux se mirent à courir pour rejoindre les autres maisons. Mais il n'y avait jamais personne, les maisons étaient toutes vides. Ils s'approchèrent de la maison du Serpentaire quand ils ressentirent enfin les cosmos des chevaliers d'or alors que normalement, ils auraient dû les ressentir bien avant. Qu'était-il donc arrivé ? Pourquoi ne ressentaient-ils plus rien ? Ils pénétrèrent dans la treizième maison et virent tous les chevaliers d'or présents qui tournaient en rond comme des pères attendant la naissance de leur enfant. La jeune femme demanda :

-Mais que se passe-t-il ? Pourquoi n'y a-t-il personne pour garder le Sanctuaire ?

Milo se tourna vers elle et lui cracha avec colère et ressentiment :

-Parce qu'en plus tu crois qu'on va le laisser seul dans cet état ? Il a été violé putain de bordel et on ne peut même pas punir le responsable. On ne sert à rien.

-Ne pense pas ça. Ne pensez pas cela tous. Vous servez à quelque chose. Vous êtes près de lui, vous le soutenez. Où est-il ?

-Dans ton appartement.

-Merci. Où est Aman ?

-C'est Athéna qui s'en occupe. Kanon n'est capable de rien pour l'instant. Il est totalement brisé, murmura Shaka alors que Gabriele frappa avec rage l'une des colonnes.

-Merci de ne pas démolir ma maison, même si je n'y vis pas, grogna Alizea.

-Je voudrais avoir ce salopard de Marina entre les pattes pour pouvoir le torturer, lui arracher les tripes et en faire de la purée.

Les chevaliers d'or observèrent avec stupéfaction leur collègue du Cancer qui s'énervait tout seul. Alizea lui dit :

-Si Kanon a réussi à s'en sortir une fois, il y arrivera de nouveau. Vous devez simplement être là et le protéger. Il n'est plus un guerrier. Il n'est plus capable de se défendre, il ne doit jamais plus rester seul. Et surtout, quand il s'en sortira, il ne doit jamais travailler de nuit donc piquez-lui toujours sa lampe de poche. Ça marche à chaque fois.

-Comment cela, s'en sortir à nouveau ? demanda Camus.

-Quand Kanon et Saga sont arrivés au Sanctuaire, ils ont été séparés entre deux maîtres, deux chevaliers d'argent. Saga a été entraîné par Polunius du Chien de Chasse et Kanon par Marc du Cerbère. Polunius était quelqu'un de dur, mais courageux, valeureux et vachement machiste. Le Cerbère était un homme qui avait l'air d'être gentil et très doux. Aujourd'hui encore je m'en veux, j'aurai dû voir cela.

Alizea sous la rage donna un violent coup de poing contre l'une des colonnes, puis elle continua :

-Kanon est resté quatre mois entre ses mains. Ce « monstre » ne l'entraînait pas, il le violait à longueur de journée et le battait quand il tentait de se débattre.

Les chevaliers d'or étaient horrifiés, puis une haine intense se fit sentir dans leur cosmos, une haine comme ils n'en avaient jamais ressenti avant. Si ce salopard avait été devant eux, ils l'auraient vaporisé. Shaka demanda... enfin, tenta de demander calmement :

-Que c'est-il passé ensuite ?

-Une nuit, j'ai découvert le pot aux roses. J'ai furieuse, j'avais qu'une envie, massacrer l'homme. Alors j'ai décidé de lui retirer l'enseignement de Kanon. Je suis allée voir ce... cette chose et je lui ai ordonné de me présenter Kanon. J'ai emmené le petit dans la treizième maison et j'ai demandé aux divers chevaliers d'or qui étaient là, d'empêcher ce sale petit enfoiré de monter et surtout d'empêcher Kanon de redescendre. Là, j'ai demandé à Kanon de lire un livre, je suis allée voir Shion qui se reposait à Shambhala et je lui ai tout dis, puis j'ai pris son éducation en main. Il ne savait même pas lire.

-Et bien, on peut dire que ça a changé maintenant, murmura Aioros dans un héroïque espoir de faire de l'humour.

Quelques sourires fleurirent sur les lèvres des chevaliers d'or qui se rappelaient de Kanon un bouquin entre les mains et qui oubliait qu'il devait s'entraîner. Alizea fit un sourire de remerciement vers le Sagittaire, puis continua son récit :

-Je lui ai tout appris, lire, écrire, compter. Tout. La deuxième nuit, il a fait cauchemar sur cauchemar alors j'ai décidé de le débarrasser une fois pour toute de ce monstre. Je lui ai demandé de descendre et de rameuter tous les chevaliers d'or dans ma maison. Je savais que ce salopard de Cerbère le verrait et tenterait de le suivre. Quand Kanon fut à l'abri derrière moi, j'ai sévi. J'ai lancé toutes les attaques de tous les chevaliers d'or sur lui, mais en faisant en sorte qu'elles ne le tuent pas, mais qu'elles le blessent. Elles y sont toutes passées, de la Stardust Revolution à la Bloody Rose en passant par la Ligthening bolt et le Trésor du Ciel.

-Bien fait ! Tu lui as envoyé mon attaque ? demanda Gabriele.

-Oui, il a fait un petit tour dans l'antichambre des enfers. Les seules attaques que je n'ai pas lancées sont celles du Verseau.

-Pourquoi ? demanda Camus un peu vexé.

-Parce que si toi tu es toujours de glace, moi, je suis tout feu tout flamme.

-Oh ! D'accord. Qu'as-tu fais ensuite ?

-J'ai ouvert une autre dimension derrière lui et je lui ai envoyé une belle petite Galaxian explosion qui l'a projeté dans la fracture.

-C'est tout ! s'indignèrent tous les chevaliers.

-Non. Shion l'a ramené de sa petite promenade et je lui ai envoyé ma dernière attaque que j'avais modifiée pour lui et qu'on appelle l'Horreur d'Enlil. C'est atroce, il a été vaporisé très lentement, sa mort a duré au moins cinq bonnes minutes.

-Génial ! Il l'a bien mérité ce salaud, hurla Aiolia ravi.

Tous les autres, même les plus sages étaient tout à fait d'accord avec lui. Et il était surprenant de voir Dohko d'accord avec une torture aussi atroce. Alizea les regarda faire, puis termina son récit :

-Ensuite, je l'ai vraiment entraîné. Il avait du retard vis à vis de Saga, mais physiquement, il n'était pas capable de supporter l'entraînement d'un chevalier d'or, alors j'ai commencé à soigner son moral en faisant en sorte d'être le jour son maître et la nuit sa mère, sa sœur ou sa tante, ce dont il avait besoin. Après, j'ai commencé véritablement son entraînement. Il m'a rendu tellement fière. Il a réussi à me battre dans un combat singulier. Mais bon, je lui ai donné l'amour de l'histoire et c'est lui qui a décidé de ne pas devenir chevalier d'or. L'épreuve d'armure entre les jumeaux a duré trois jours, ils étaient de la même puissance, alors Kanon a décidé d'abandonner pour pouvoir se concentrer sur l'histoire et l'archéologie. Et maintenant, il est reconnu dans le milieu. Pendant son stage, je recevais les lettres de ses enseignants et ils n'avaient que des louanges à lui porter. Je suis tellement fière de lui.

-Et tu peux l'être, il s'est battu et il s'en est sorti. Eh bien, cette fois, il ne se battra pas tout seul, nous serons tous là pour l'aider, s'exclama Dohko.

-Oui ! répondirent les autres chevaliers d'or.

-Merci, merci pour lui. Bon, je vais aller le voir. Pendant ce temps, vous pourriez faire visiter à Rhadamanthe ?

-Pas de problème, mais il devra laisser son surplis ici, lui dit le chevalier de la Balance.

Rhadamanthe remercia silencieusement sa jeune amante, car il ne voulait pas se retrouver face à un jumeau brisé, la seule chose qu'il voulait, c'était garder le souvenir d'un Kanon dans toute sa puissance. Il se détacha de son surplis qui se positionna à côté d'une colonne, puis tous les chevaliers d'or quittèrent la treizième maison soulagés de savoir que le Gémeaux des Mers était maintenant entre de bonnes mains. Alizea retira son armure qui se posa près du surplis et grimpa vers son appartement. Quand elle y pénétra, elle découvrit Saga qui pleurait. Elle lui demanda :

-Où est Kanon ?

-Dans l'ancien garde-manger. Il est assis par terre et ne veut plus bouger. J'ai tout essayé, tout. Enfin, presque tout, il est hors de question que je lui crie dessus alors qu'il est dans cet état. Qu'est-ce que je peux faire ?

-Rien, et moi non plus. Mais nous pouvons travailler ensemble pour le sortir de là. Tu es d'accord ?

-Je veux revoir mon frère courir dans tous les sens parce qu'il a trouvé une pièce par terre, je veux le voir plongé dans un livre et oublier qu'il faut manger, je veux le voir s'amuser à ranger une énième fois sa bibliothèque et oublier que j'existe. Mais je ne veux plus jamais le voir pleurer et avoir peur de moi. Je ne veux pas. Je ne veux plus. Alizea, aide-moi. Je t'en supplie, conclue le puissant chevalier des Gémeaux en sanglotant lourdement.

En le voyant pleurer comme cela, elle ne vit plus l'homme qui avait tué Shion, ni le frère maladroit qui ne savait pas comment montrer à Kanon son amour, mais le jumeau de son fils, le jumeau de l'enfant qu'elle aurait voulu avoir, son deuxième fils. C'est à ce moment précis qu'elle comprit qu'elle lui avait pardonné. Ça lui brisait le cœur de voir ce puissant chevalier pleurer comme cela. Alors avec une délicatesse qu'elle n'avait montré que pour Mû, Shion et Kanon, elle l'enlaça et le consola tendrement. Saga pleura sur son épaule, il devait vider son cœur de cette tristesse pour aider au mieux Kanon. Quand ses pleurs se calmèrent, il fut très surpris en voyant qu'elle était restée avec lui et que c'est elle qui l'avait consolé.

-Pourquoi ?

-Il m'a simplement fallu du temps pour te pardonner et pour reconnaître ce que tu es pour moi.

-Comment ?

-Tu es comme Kanon pour moi, tu es mon fils et je suis désolée d'avoir mis autant de temps à le voir.

Saga lui jeta un regard étonné et ne lut que la sincérité dans ses yeux si étranges. Alors il lui fit un sourire tremblant et murmura :

-Il faut qu'on aille aider Kanon... maman.

-Oui, mais d'abord, tu retires ton armure, tu te laves le visage, Kanon est observateur, s'il est capable de voir une cité perdue dans une forêt vierge, il sera capable de voir que tu as pleuré... ou pas. Raah! Ce gamin, il va me donner des cheveux blancs.

-Mais c'est pour cela qu'on l'aime.

-C'est bien vrai. Allez, je vais t'enseigner à faire la cuisine. Si j'ai réussi à l'inculquer à Aioros qui s'y prenait comme un pied, il n'y a aucune raison que tu ne puisses l'apprendre toi aussi.

-Je ne sais pas la faire.

-C'est parce que personne ne t'a appris les bases. Polunius était un excellent maître, mais il était trop classique et pour lui les femmes étaient aux fourneaux et les hommes aux combats, mais avec cette vision du monde, tu n'es pas indépendant et c'est ce que je voulais que Kanon soit.

-Et tu as réussi. Il est devenu quelqu'un grâce à toi.

Avec un léger sourire, elle l'emmena vers sa cuisine puis elle lui expliqua le rôle de chaque instrument et où il devait être mis pour être utilisé au mieux. Ensuite, elle lui montra comment utiliser les couteaux, les fourchettes, les cuillers, fouet etc... Quand elle eut terminé, elle lui fit préparer le plat préféré de Kanon, du hachis Parmentier. Saga fut un bon élève et le prépara avec amour. Il suivait scrupuleusement les indications de la jeune femme et réussit pour la première fois de sa vie un plat. Il était tout fier de lui alors que son repas cuisait tranquillement dans le four. Alizea utilisa un minuteur, puis tous les deux allèrent voir Kanon. Ils avaient mis du temps, mais ils voulaient que tout soit parfait pour ne pas à avoir à le quitter trop souvent.

Quand ils pénétrèrent dans le garde-manger, ce qu'ils virent leur fit monter les larmes aux yeux. Kanon était adossé contre le mur, dans un des coins les plus sombres de la pièce. Ses genoux remontés au niveau de sa poitrine, étaient encerclés par ses bras et cachaient son visage. Ses longs cheveux étaient hirsutes, emmêlés et recouvraient tout son corps qui se balançait doucement d'avant en arrière sans un son et sans arrêt. Alizea serra les poings, elle regrettait de ne pas être chez Poséidon pour tuer encore et encore ce salopard de Sorrente. Elle expira tout l'air contenu dans ses poumons, puis s'approcha de son enfant et murmura :

-Kanon ?

-...

-Kanon, viens. Lève-toi !

-...

-Kanon, tu as entraînement. Dois-je te rappeler que je suis ton maître et que tu me dois obéissance?

Saga se rongeait les sangs en priant que la jeune femme arrive à le faire réagir. Kanon leva doucement le visage vers elle et murmura :

-Maître ?

-Maître Alizea.

Son visage s'illumina d'une joie enfantine, le même regard que la dernière fois avec Marc. Il avait besoin d'elle vingt quatre heures sur vingt quatre. Comment faire ? Bon, elle y réfléchirait plus tard. Pour l'instant, elle devait le nourrir et le rassurer. Heureusement que Saga était là, elle allait pouvoir se reposer sur lui et apporter à Kanon un environnement stable. Alizea s'exclama joyeusement :

-Tu sais quoi ?

-Non, maître Alizea.

-Le maître de Saga a eu un grave accident, il ne peut plus l'entraîner, alors je l'ai pris en charge et je l'entraînerai avec toi.

Le sourire de Kanon fut éblouissant, mais n'illumina pas ses yeux voilés. Il était brisé, mais ils se battraient pour qu'il redevienne comme il était avant. Soudain, Alizea eut une idée de génie.

-Kanon, tu as du hachis préparé par Saga qui t'attends. Quand je reviendrai, j'exige que le plat soit vidé et que ce ne soit pas Saga qui ait tout mangé. Compris ?

-Oui, maître Alizea.

-Parfait. Tu lui expliqueras les cours qu'il va avoir.

-Bien, maître Alizea.

Saga suivit son frère dans la cuisine et tous les deux parlèrent des cours que Saga allait avoir. Il était écœuré que son frère soit retombé en enfance, mais aussi heureux, il allait pouvoir l'aider et l'aimer. Alors il fit quelque chose qu'il n'avait plus fait depuis qu'ils étaient tout petits, il le serra contre lui et lui embrassa tendrement la tempe. Kanon le regarda avec curiosité et lui demanda :

-Mais pourquoi tu as fait cela ?

-Parce que tu es mon frère et que je t'aime, tout simplement. Mon ancien maître n'est plus là et ne pourra jamais plus m'entraîner et mon nouveau maître n'est pas encore là. De plus, d'après ce que je sais d'elle, elle ne m'empêchera pas de t'aimer et de te pousser à l'excellence. Tu es quelqu'un de merveilleux et je sais que notre nouveau maître fera son possible pour que tu t'en rendes compte.

Kanon devint écarlate et avec nervosité, il commença à se tordre les mains en se mordant la lèvre inférieure. Le jeune homme ne comprenait pas pourquoi son frère lui disait cela. Son ancien maître lui avait toujours dit qu'il était un bon à rien. Sans s'en rendre compte, il avait parlé tout haut et se retrouva écrasé dans l'étreinte fougueuse d'un jumeau en manque de son double. Kanon ne bougea plus jusqu'à ce qu'il comprenne ce que son frère lui répétait tel un mantra :

-Tu es quelqu'un Kanon, tu es quelqu'un d'exceptionnel. Tu es mon frère et tu seras chevalier d'or des Gémeaux.

Kanon s'écarta alors de son frère, lui tourna le dos et lui demanda dans un murmure à peine audible :

-Saga, tu m'en voudrais si je te disais que je ne veux pas être chevalier d'or.

Son frère serra le poing en maudissant encore et toujours l'ancien maître de Kanon ainsi que Sorrente pour ce qu'ils avaient fait subir à son jumeau. Se calmant un peu, il lui demanda :

-Que veux-tu faire alors ?

-Je veux... je veux être... tu ne vas pas te moquer ?

-Non, je te le promets. Alors ?

Kanon se retourna d'un bond vers Saga et s'écria comme s'il avait peur de ne pas être capable de continuer :

-Je veux être archéologue et je veux découvrir l'Atlantide.

A suivre