Deuxième étape en cours donc. Et nous voilà donc entrainé sur le parcours vers Seattle. Bonne lecture!


Kelso

Lex et Chloé se dévisageaient en silence. Malgré une tranquillité apparente, le cœur de Chloé, lui, battait à tout rompre. Comment avait-elle pu oublier cet homme ? Sa mâchoire carrée rasée de près. Son sourire discret tantôt méprisant tantôt doux. Ses yeux. Chloé se fit la réflexion qu'elle n'avait jamais vu ces petites rides d'expressions qui ceignaient maintenant les yeux du fils Luthor.

Il semblait faire le même examen, la fixant légèrement. Son regard s'attarda sur son léger décolleté et elle espéra qu'il n'était pas déçu par ce qu'il voyait. C'était stupide car il était marié depuis des années. Avec deux enfants, si elle ne se trompait pas. Et entre eux, il n'y avait jamais rien eu de plus que quelques bonjours. Peut-être l'une ou l'autre parole mais cela avait été extrêmement limité.

Un rire de bambin les tira de leurs rêveries. Ils avaient sursauté, sans vraiment s'en rendre compte et la jeune maman s'excusa pour cela. Elle se leva pour faire un tour dans leur compartiment et ce n'est qu'en la voyant tanguer légèrement que Chloé remarqua qu'ils avaient quitté Kelso.

- Tu vas où comme ça ? » Lui demanda-t-il avec un air indéchiffrable.

- Loin.

Il laissa échapper un léger rire. Chloé crut y déceler une trace de sarcasme et elle ne put empêcher un éclat de colère la traverser. Elle lui affirma d'une voix ferme qu'elle quittait tout. Absolument tout.

- On ne quitte jamais rien, Chloé. » Dit-il d'une voix lasse. « Tu auras toujours en toi celle que tu étais à Smallville. Celle que tu étais à Métropolis avait le même regard que toi. Et je suppose que sur les cinq dernières tu as pris les habitudes de la Chloé de…

- Portland. » Finit-elle avec facilité. " J'étais à Portland.

- Et bien, Chloé de Portland. Qui es-tu?

Qui elle était? Chloé ne savait pas par où commencer. Et puis, se livrer comme ça ? Le vieux monsieur dormait toujours, la maman avait trouvé une compagne de voyage un peu plus loin et avait laissé ses affaires près d'eux. Qui pouvait l'entendre ? Lui ? Pouvait-il vraiment l'entendre? La comprendre?

- Je…" Elle hésita une seconde. Encore deux. Et puis, presque naturellement, les mots vinrent. « Je suis arrivée là-bas le 5 mai. Après la crise du Daily Planet, j'ai préféré partir de mon plein gré. J'étais célibataire, sans attaches. C'était tellement simple. Peut-être trop. Et ce 5 mai là, il pleuvait des cordes.

Rassurée par le silence de Lex, Chloé prit confiance. Il ne la jugeait pas. Pas encore.

- J'ai couru m'abriter. Et la galère a commencé. Mon petit appartement était lugubre, le boulot introuvable. J'ai même arrêté le café. Pour dire. » Elle eut un rire désabusé. « Incroyable non ?

Il hocha la tête, clairement impressionnée. Enfin, c'est ce qu'elle espérait.

- Et puis, il y a eu James et Will. Des frères. Ils m'ont en quelque sorte prise sous leurs ailes. J'ai fini par m'attacher à eux, à les apprécier, à leur confier mes secrets. Je suis tombée amoureuse. Enfin, c'est ce que je pensais. Tomber amoureux de deux personnes, c'est impossible, non? Pourtant, je l'ai fait.

Plongée dans ses pensées, elle ne vit pas le trouble de son interlocuteur.

- Quand je pense que cette situation a duré plus de trois ans, je suis toujours ébahie. Ils devaient le savoir. Ils auraient du le savoir. Mais non. Ils ont découvert toute l'histoire, il y a trois jours…

- Ils l'ont mal pris ?

- Pire. Mais ça, c'est un peu normal.

- Et donc, tu es partie.

Ce n'était pas une question et étrangement, cela lui fit plaisir.

- Bien sûr. C'est ce que je fais de mieux, non ?

- Winston Churchill aurait été fier de toi.

Chloé lui fit un grand sourire complice. Et en même temps, ils prononcèrent ces mots. « If you're going through Hell, keep going! »

- J'espère qu'il est fier. C'est probablement de sa faute si je suis ici. Je devrais lui écrire d'ailleurs.

- Je me propose secrétaire pour taper la lettre.

Elle éclata de rire. Comment avait-elle pu oublier comment on pouvait rire ? Les larmes coulaient sur ses joues roses. Pleurer de rire à ce point-là ? Est-ce possible ? Elle ouvrit son sac, pour trouver un mouchoir. Sortant quelques affaires pour attraper la doublure, Chloé prit son mouchoir et remis les choses à leur place.

- Et je veux bien aussi t'aider si tu as besoin.

- Pardon ?

Chloé était choquée. De quoi parlait-il ? Elle n'avait jamais demandé la charité. Cela n'allait pas commencer aujourd'hui.

- Et bien… J'ai vu le…

- Le ? Le fait que je ne possède que ce sac ne veut pas dire que je suis ruinée, je ne veux pas…

- De mon argent ? Ca, je le savais déjà. Non, je pensais plus pour le bébé. Mais oublie. C'est ridicule de m'imposer de cette manière.

- Le bébé ? Tu… Tu parles du test de grossesse ?

- Oui.

- Il était négatif. Enfin, le dernier que j'ai fait était négatif. Celui-ci… C'est juste pour me rassurer quand je serai à Seattle. Je ne veux rien emmener de mon ancienne vie. Je compte même bruler mes vêtements.

Elle avait conscience d'être excessive. Mais elle ne pouvait pas faire autrement. Ce pull avait vu sa dernière dispute face aux deux frères qu'elle avait trahis. Cette jupe avait vécu le départ de son seul ami, un fox terrier.

- D'accord. » Lui répondit-il en souriant. « Tu veux les bruler ? On va faire ça dans les règles de l'art. Voilà déjà. » Il lui tendit une boite d'allumettes. « Toujours en avoir sous la main, ça fait homme organisé.

Chloé ne pouvait s'empêcher de rire.

- Et on fera ça derrière la gare de Seattle. Il y a un parking abandonné.

- D'accord. Mais comment peux-tu savoir ça ?

- Je passe trop de temps à Seattle.

- Pourquoi ?

- Disons que j'ai aussi eu trop souvent le besoin de fuir mais les problèmes semblent me coller à la peau.

Devant l'air perplexe de Chloé, il précisa.

- Ma dernière femme en date m'a quitté, a déménagé à Seattle et a emmené mes filles. Pathétique, non ?

Ils se tournèrent tous les deux vers la vitre, le regard perdu dans le lointain. Les paysages étaient entre le vallonné et les vertes plaines semblaient partager leurs peines. Les nuages bas et la pluie les accompagnaient vers leur destination. Elle avait encore deux bonnes heures de trajet avec lui. Peut-être un peu plus. Elle pouvait bien attendre encore quelques instants avant de se lancer dans la découverte du grand Lex Luthor.