~ Pardonne-moi ~
§ Chapitre 02 : Infinies complications §
O
« Je suis là pour toi. Je suis revenu pour nous. Je suis désolé, Orihime. Que tu sois mariée ou non, j'ai bien l'intention de te récupérer. »
Une fois encore, Orihime se réveilla avant que le réveil sonne. En ouvrant un œil, elle vit qu'il affichait 05h55. Son premier cours débutait à 09 heures aujourd'hui et sa fac ne se situait qu'à quinze minutes de sa maison en voiture. Seulement en raison de son rituel du matin, elle ne pouvait se permettre de dormir plus longtemps. Pourtant elle en aurait bien besoin car en dehors des révisions pour ses examens, son esprit était si chargé qu'elle ne parvenait à s'endormir que très tard.
Ces paroles qu'il avait prononcées refusaient de quitter son esprit, peu importe combien elle le voulait. Ça faisait maintenant une semaine qu'elle n'avait pas revu Ichigo, soit depuis la fête organisée par Tatsuki pour célébrer son retour au Japon. Une semaine qu'elle peinait à le chasser de ses pensées. Une semaine qu'elle ne contrôlait plus les battements irréguliers de son cœur chaque fois qu'elle passait devant la tour abritant sa société en se rendant à l'université. Une semaine que ses sentiments étaient confus. C'était comme si quelqu'un avait pris ce qu'elle ressentait, avait mélangé le tout au mixeur avant de le lui réinsérer. Oublier Ichigo lorsqu'il se trouvait sur un autre continent n'était pas évident mais réalisable. Cependant, l'oublier alors qu'il vivait dans la ville d'à côté s'avérait impossible. Avait-il conscience de l'impact que son retour avait sur elle ? Le faisait-il exprès ?
Le réveil sonna, tirant la princesse de ses pensées avec un soupir. Se poser davantage de questions ne faisait qu'alourdir le tas qu'elle avait déjà du mal à démêler dans sa pauvre tête. Doucement, elle se découvrit, s'assit au bord du lit en posant ses petits pieds sur le tapis et s'étira en bâillant. Il était l'heure de commencer ses gestes du quotidien qui débutaient à 06h00 comme chaque matin.
{…}
Douchée, coiffée et habillée, Orihime s'affairait à préparer le petit déjeuner quand Jin entra dans la cuisine dans son costume trois pièces de marque.
- Bonjour, Jin kun ! le salua sa femme en se détournant de la gazinière.
- Bonjour, Orihime, répondit-il, sa mallette en main.
Il embrassa son épouse sur la joue avant de s'attabler.
- Tu as l'intention de dormir dans la chambre d'amis encore longtemps ? lui demanda-t-il en la regardant lui servir son café.
La belle se figea un bref moment puis saisit le plat de toasts qu'elle plaça au centre de la table.
- Le temps qu'il faudra, répliqua-t-elle sans croiser ses iris perçants.
Jin tendit le bras pour attraper le sucre, sans dévier ses yeux verts de sa femme. Celle-ci remplit son bol de ses céréales préférées, de yaourt, de lait et de quelques grains de raisins.
- Ça veut dire quoi « le temps qu'il faudra » ? se renseigna son mari avec une légère pointe d'irritation que la beauté auburn nota.
- Je te l'ai dit, voyons, lui rappela-t-elle calmement. Je suis en période d'examens, et ta musique associée à ton ordinateur sur lequel tu travailles tous les soirs jusque très tard dans la nuit me dérangent. J'ai besoin de calme pour me concentrer et réviser sérieusement si je veux passer en cinquième année. Sans aucune distraction.
- Tu veux dire y compris les besoins qu'en tant qu'homme j'aimerais assouvir avec ma femme ?
- … Ça en fait partie aussi, oui, avoua Orihime, ses perles couleur cendre rivés sur son bol pour ne pas afficher sa gêne.
Jin but une longue gorgée de café en plissant les yeux mais n'ajouta plus rien à ce sujet.
- Je dois partir défendre une affaire à Hokkaido, lui annonça-t-il à brûle-pourpoint.
- Oh, c'est formidable ! Ça fera de la publicité supplémentaire pour ton cabinet et…
- J'ai refusé de m'y rendre, la coupa Jin.
Orihime cligna des yeux et cessa de mâcher, confuse.
- Pourquoi ? Tu adores ce genre de proposition en général.
- En général quand je pars, je ne ressens pas la crainte de retrouver ma femme dans le lit d'un autre homme.
La guérisseuse s'étouffa avec son lait et un pétale de céréale resta coincé dans sa gorge. Elle dut boire d'une traite son grand verre de jus d'orange tout en se tapotant l'estomac. Elle reprit la parole une fois ses voies respiratoires débouchées.
- Je ne comprends pas, marmonna-t-elle en s'essuyant la bouche, une certaine angoisse naissant au creux de son estomac.
- Tu ne comprends pas ? répéta son mari d'une voix coupante. Alors permets-moi d'être plus clair, veux-tu ? Je refuse de quitter la ville en sachant Kurosaki Ichigo rôdant pas loin de toi.
Oh non. Orihime se disait bien que Jin était trop discret sur ce sujet depuis une semaine.
- Jin kun, je n'ai eu aucun contact quel qu'il soit avec Ichigo depuis la fête et même avant…
- Je le sais, cracha presque ce dernier. J'ai vérifié tes relevés téléphoniques et tes mails.
- Quoi ? lâcha la sœur de Sora, sous le choc. Mais enfin, c'est privé !
- Tu es ma femme et moi, ton mari.
- Peut-être mais ça ne te donne pas le droit, lança-t-elle avant de pouvoir se retenir, les sourcils froncés. Que dirais-tu si je fouillais moi-même dans tes…
- Je ne suis pas idiot et parle-moi sur un autre ton ! tonna Jin, interrompant net son argumentation. Tu crois que je n'ai rien remarqué ? J'ai bien vu que vous avez tous les deux disparu au début de la soirée chez Arisawa !
- Ichigo et moi n'avons fait que discuter…, lui assura Orihime, recroquevillée sur sa chaise à cause du regard glacé que son mari lui jetait.
- Discuter tous les deux dans un couloir sombre ?!
- C'est la vérité, il ne s'est rien passé, se défendit-elle, les larmes aux yeux.
Pourquoi s'énervait-il autant ? Pourquoi la regardait-il comme si elle avait commis un crime barbare ?
- Je t'ai dit que je ne suis pas idiot, Orihime ! s'écria le brun en martelant la table avec ses poings, ce qui fit sursauter la princesse. Tu as changé depuis ta rencontre avec lui ce soir-là ! Je ne sais pas ce qu'il t'a dit, mais tu es là sans être là et encore plus distraite que d'habitude ! Ne me sors pas que c'est à cause de tes examens, l'avertit-il durement en la voyant ouvrir la bouche.
Il passa une main dans ses cheveux de jais ondulés comme pour se calmer. Cela parut futile.
- Qu'est-il pour toi, hein ? Que représente-t-il ? C'est étrange parce que j'ai posé la question à tes amis qui m'ont tous renvoyé vers toi. Il ne m'en a pas fallu plus pour comprendre que vous avez partagé plus qu'une simple relation amicale toi et Kurosaki Ichigo !
La déesse posa sa cuillère et dévia ses iris gris gorgés d'eau.
- Quand on s'est rencontrés, tu m'as dit sortir d'une relation difficile. C'était avec lui, n'est-ce pas ? supposa Jin en s'efforçant de contrôler sa voix grave.
Sa femme manquait presque d'air. L'aura émanant de lui était lourde, oppressante, lui ordonnant de répondre sans mentir.
- O-Oui, je faisais bien référence à lui, articula-t-elle tant bien que mal. Ichigo est mon ex-petit ami.
- En somme, tu as bien pris soin de ne pas me révéler que tu étais sortie avec l'un des hommes les plus riches du pays, siffla-t-il entre ses dents.
- Ce qu'il s'est passé entre lui et moi n'appartient qu'à nous, Jin kun, essaya de l'apaiser Orihime, des larmes sur ses joues. Et notre histoire m'a tellement blessée que j'ai encore du mal à en parler aujourd'hui.
- Jusqu'où ça a été entre vous ?
- …
- Tu as couché avec lui.
Ce n'était pas une question, cette affirmation faucha la belle comme un train lancé à pleine vitesse. C'était tellement… gênant.
- Je viens de te dire… C'était il y a longtemps…
- Réponds ! la pressa Jin, ses poings serrés sur la nappe.
La pauvre mordit sa lèvre inférieure atteinte de tremblements incontrôlables.
- Oui, c'était mon premier…
- … amour, acheva l'avocat avec hargne. Celui qui t'a déflorée avant de lâchement …
- Non ! l'interrompit Orihime. Les choses ne se sont pas passées ainsi entre Ichigo et moi ! Il…
Un claquement sec se répercuta dans la pièce, scinda l'air en deux. Debout de l'autre côté de la table, Jin s'était levé d'un bond pour la gifler du revers de la main. Une claque sèche, rapide et impossible à esquiver. Le genre qui laissait une marque rose qui disparaitrait d'elle-même en quelques minutes. Des mèches auburn couvrant ses yeux humides, Orihime se tut, la main sur sa joue, des traînées salées continuant de couler sur son visage délicat. Jin agissait toujours ainsi, c'est-à-dire au moment où elle s'y attendait le moins et en faisant en sorte de la frapper sans que ça ne soit visible d'un point de vue extérieur. Ses bras, ses côtes et ses hanches cachés sous ses vêtements pouvaient témoigner de quelques traces.
- Tu le défends en plus ! constata-t-il comme si la gifler était naturel. Tu ne m'as jamais raconté les détails qui ont conduit votre relation à l'échec, mais lui as-tu pardonné ? C'est ça que tu cherches à me faire comprendre ?!
- Non, Jin kun, ce n'est pas ça, gémit-elle presque, le corps frissonnant.
- Permets-moi d'en douter ! la cassa-t-il en plissant méchamment ses yeux couleur jade au point de les réduire à deux fentes. Après des années sans le revoir, tu t'isoles avec ton ex en pleine soirée sans penser à ce que je pouvais bien ressentir, au malaise que j'éprouvais devant tous tes amis qui, eux, connaissaient le passé qui vous liait ! lui reprocha-t-il férocement. Et il en a résulté que ton attitude a changé depuis !
- Je suis désolée, vraiment…
- Tais-toi, Orihime, dis-moi simplement ce qu'il en est, s'exaspéra Jin en faisant les cent pas dans la cuisine, sa tasse de café oubliée. Dois-je réellement te rappeler que tu étais une véritable épave émotionnelle quand nous nous sommes rencontrés toi et moi ? Ton amie Ana de la fac et Arisawa en conviendront, sans oublier l'ensemble de tes professeurs !
La princesse se mordit la lèvre, serra son coude avec sa main droite mais ne répliqua pas. Il avait tout simplement raison.
- Quoi que j'ai pu te faire, ce n'est pas pire que ce que ce Kurosaki t'a fait ! Je suis celui qui t'a rendu le sourire, je ne mérite pas que tu me traites de la sorte ! enchaîna l'homme en colère. Je suis ton mari qui mérite ton respect, et lui c'est juste ton ex ! Ne lui donne pas un rôle plus important que cela parce qu'il a eu sa chance et appartient au passé ! J'ai été clair ?
- C'est juste que…, bredouilla l'interrogée.
- Juste que quoi ? Tu l'aimes toujours ?!
La jeune femme avala péniblement sa salive et osa le regarder à nouveau, sa main frottant sa joue endolorie. Cette question, voilà trois ans qu'elle se la posait et encore plus cette semaine. Elle ne put que lui apporter la réponse qu'elle s'était toujours répétée avec une peur grandissante en cet instant.
- Eh bien… je… non. C'est du passé. Et de toute façon, les sentiments ça ne se contrôle pas.
Son mari s'arrêta devant le réfrigérateur, les bras croisés, ses yeux la foudroyant presque. Jin n'était pas en colère. Il était furieux.
- Mais les actes, eux, se contrôlent, déclara-t-il à voix basse et menaçante.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? souffla-t-elle en séchant ses larmes.
L'homme s'avança vers elle et se pencha sur la table. Son regard émeraude était si hypnotique qu'Orihime fut incapable de briser la connexion visuelle.
- Je t'interdis de le revoir.
- … Tu quoi ? coassa-t-elle, bouche bée.
Quand il était dans cet état, elle ne pouvait nier qu'elle le craignait, notamment ce qu'il pourrait faire.
- Je t'interdis de le revoir, Orihime, réitéra-t-il d'un ton sans réplique, ses muscles visiblement tendus. Tu es ma femme, tu as des devoirs et des obligations envers moi. Pour être certain que tu ne me désobéiras pas, je saisis immédiatement ta voiture.
- Jin kun, ne fais pas ça !
Mais il composait déjà un numéro sur son portable pour s'entretenir avec l'un de ses amis garagiste. La communication fut très brève. La belle se leva pour lui faire courageusement face.
- Il s'agit de ma voiture, lui fit-elle remarquer en tremblant.
- Exact et je te rappelle que c'est moi qui paye l'assurance, rétorqua-t-il en se détournant d'elle pour vider sa tasse dans l'évier avant de la ranger dans le lave-vaisselle. Tu auras du mal à jongler avec ton emploi du temps si tu dois te déplacer en transports, alors je t'imagine mal risquer d'aller le voir après les cours ou le travail.
Sa femme ne dit rien, se contentant de s'entourer de ses bras dans une posture de défense tandis qu'il revenait vers la table pour prendre sa mallette posée sur la chaise. Jin la fixa d'un air impassible, indifférent à ses perles argentées de nouveau embuées. De sa main libre, il ajusta sa cravate pour se redonner l'image de l'homme respectable qu'il véhiculait et la mit en garde une dernière fois.
- Ce Kurosaki est ton ex et il a intérêt de le rester, prononça-t-il avec une nuance de menace dans la voix. J'ignore pourquoi il a subitement décidé de s'installer à Tokyo après des années d'exil dans un autre pays, mais tu es ma femme et je lui conseille de ne pas l'oublier au même titre que toi.
Ne sachant quoi dire, Orihime préféra baisser la tête. Tout ce qu'elle voulait, c'est que son mari parte afin qu'elle puisse pleurer toutes les larmes de son corps. Encore une fois, elle se sentait faible, diminuée, sans défense. Elle aspira une petite quantité d'air en voyant ses pieds recouverts de chaussettes juste devant elle, et elle se crispa sans pour autant relever le visage.
- Je suis un homme de pouvoir, Orihime, et tu sais ce dont je suis capable, lui murmura le brun, légèrement amusé.
La sœur de Sora ferma les yeux et enfonça ses ongles dans ses bras fins toujours croisés sous sa généreuse poitrine. Oh oui, elle était parfaitement consciente de ce dont il était capable. Il le lui répétait pratiquement tous les jours. Un effleurement sur sa joue récemment giflée la ramena à la réalité avec un sursaut : son mari l'embrassait sur cette zone avant de glisser vers le coin de ses lèvres.
- Tu ferais bien de te dépêcher si tu ne veux pas arriver en retard, lâcha-t-il en jetant un œil à sa montre hors de prix. Ce n'est plus un quart d'heure mais bien une heure qu'il va te falloir pour te rendre à tes cours, et le prochain bus ne va pas tarder.
Avec un léger sourire, Jin lui adressa un clin d'œil et partit enfin à son cabinet.
- Bonne journée ! lui souhaita-t-il du couloir, apparemment enjoué à croire qu'il ne s'était rien passé.
Dès que la porte claqua, les jambes d'Orihime ne la soutinrent plus. Elle s'effondra sur sa chaise et, la tête dans les bras, sanglota un bon moment. Aujourd'hui plus que jamais, elle enviait les personnes dont la vie se résumait à vivre, travailler et s'amuser. Non pas supporter quasi-continuellement la jalousie, la colère et la présence d'un mari parfois violent mais dont ce côté demeurait caché à la face du monde.
{…}
Une heure plus tard, Orihime se retrouvait assise à l'arrière du bus. Dès qu'elle était sortie de sa maison, elle releva tout de suite que sa voiture n'était déjà plus garée dans l'allée. Le cœur lourd, elle avait serré la courroie de son sac pour se motiver et marcha une vingtaine de minutes jusqu'à l'arrêt de bus le plus proche, la tête plus pleine qu'elle ne l'était à son réveil le matin même.
Il était encore tôt, la circulation difficile, les rues déjà animées et grouillant de Tokyoïtes en route pour le travail. Le bus comportait toutes sortes de passagers : des écoliers, des étudiants, des parents, des personnes âgées, seulement la beauté auburn n'accorda de l'attention à aucun d'entre eux. La tête appuyée contre la vitre, elle réfléchissait.
Elle se souvenait encore de la première fois où Jin avait levé la main sur elle, c'était deux semaines après leur mariage. Aujourd'hui, plus d'un an plus tard, elle n'en connaissait toujours pas la raison mais il s'était excusé en promettant de ne plus jamais recommencer. Orihime, choquée et blessée émotionnellement suite à son geste, finit malgré tout par lui pardonner et Jin ne la toucha plus pendant plusieurs mois, redevenant l'homme charmant, attentionné et avenant qu'elle avait rencontré en faisant du bénévolat dans le foyer pour enfant et adolescent.
Hélas, un soir, il perdit à nouveau sa maîtrise de soi en rentrant après le travail. Là encore, Orihime ne savait pas pourquoi mais ses « crises » devenaient de plus en plus régulières et imprévisibles. Personne ne soupçonnait quoi que ce soit, les murs de leur villa dissimulaient tout. Jin la blessait sur des parties du corps où on ne voyait rien. En dépit de cela, un jour, la guérisseuse décida de le quitter, parvenant enfin à se convaincre qu'elle méritait mieux que ça.
Ce jour-là, tout bascula.
Jin entra dans une colère noire, lui ordonnant de rester auprès de lui et lui interdisant purement et simplement de demander le divorce. Bien que terrifiée et peinée, Orihime lui tint tête, tentant de lui faire comprendre qu'ils n'étaient pas heureux, que leur couple touchait le fond depuis longtemps. La menace que son mari lui envoya au visage força Orihime à se taire et endurer en silence, réalisant quel homme de pouvoir elle avait épousé. Si Jin mettait sa menace à exécution, il ruinerait davantage sa vie et il le savait. Tout ce qu'elle aurait fait et accompli jusqu'à maintenant n'aurait servi à rien. Elle n'avait d'autre option que de supporter son lamentable quotidien encore quelques années, là seulement elle aurait une échappatoire. La menace qu'il lui avait rappelée dans la cuisine ce matin raviva et renforça sa peur, mais elle devait malgré tout se renseigner à ce sujet. Oui, dès que l'occasion se présenterait, elle se rendrait au seul endroit où elle pourrait obtenir des réponses.
Le bus ralentit à l'approche du prochain arrêt. La princesse distingua l'élégante et imposante architecture de sa Faculté, et la typique chevelure blonde de son amie Ana qui sortait de son véhicule sur le parking. Orihime fit alors ce qu'elle savait faire le mieux : afficher un sourire de façade et feindre un air enjoué. C'est avec ce masque qu'elle descendit à la suite de quelques autres étudiants et professeurs pour rejoindre sa camarade. Car après tout, à part elle-même, personne ne se doutait de ce qu'elle vivait jour après jour alors autant faire comme Jin : laisser les démons à la maison et montrer bonheur et bonne humeur à l'ensemble du monde. C'était déjà ce qu'elle faisait à l'époque du lycée, Orihime avait donc déjà des années de pratique dans ce domaine.
Il ne restait plus qu'à savoir jusqu'à quand elle réussirait à jouer ce rôle de plus en plus épuisant tant physiquement qu'émotionnellement.
{…}
Ce même jour en début d'après-midi, des centaines d'employés s'affairent dans les locaux et les sous-sols d'une tour de près de cinquante étages nouvellement construite dans le populaire quartier des affaires de Tokyo, une zone d'excellente réputation à proximité de l'aéroport. Au sommet, au quarante-cinquième étage précisément, se trouvait le bureau en bois lambrissé de leur jeune patron. Le bureau en question était vaste, sombre et il en émanait une puissante autorité. Quelques touches de couleur vinrent alléger tout ça : de sublimes plantes aux quatre coins, des tableaux représentant essentiellement des paysages divers, et quelques objets décoratifs sur les meubles et étagères contenant des livres et des dossiers. Merci à Yuzu sans qui cette pièce serait restée terne un bon bout de temps. Il y avait également un canapé trois places sur la droite en entrant et un mini bar en face.
Le bureau en lui-même n'était pas bien chargé : un ordinateur à écran large, de quoi écrire, une plaque en métal, un téléphone et trois cadres. Le premier représentait ses sœurs jumelles lors d'un festival, le second dévoilait une photo de ses parents prise avant sa naissance avec sa mère enceinte de lui, et le troisième cadre montrait Orihime en tenue d'été qui souriait largement à l'objectif. Cette photo avait été prise il y a presque quatre ans, la dernière qu'il avait prise d'elle et dont il ne se séparait jamais.
Assis sur sa chaise en cuir à dossier haut et à roulettes, Ichigo était tourné vers la baie vitrée, ouverture énorme lui donnant une vue imprenable sur Tokyo et ses environs. En s'entretenant avec l'architecte, il avait bien précisé vouloir un mur entièrement en verre sur les quatre que comprendrait son bureau. Lorsqu'il travaillait, le soleil le frappait dans le dos, éclairant ainsi chaleureusement la salle. Dos à la porte dans son costume gris clair avec ses mains croisées sur ses cuisses, son visage sérieux, il avait tout l'air du PDG en grande réflexion sur un projet d'envergure internationale, un jeune homme en passe de diriger un empire. Ce n'était pourtant qu'une illusion. Physiquement présent mais mentalement absent, Ichigo remarqua à peine l'avion sur le point d'atterrir planant devant les fenêtres.
Il posa son coude sur l'un des accoudoirs, plaça son menton dans le creux de sa main puis libéra un soupir frustré qui le conduit à pousser ses doigts dans sa crinière orange, le mouvement n'empêchant pas sa frange de revenir couvrir ses orbes bruns. Déjà une semaine. Une semaine entière qu'il n'avait pas de nouvelles d'Orihime. Il n'avait pas mis de côté sa détermination, il avait toujours la ferme intention de la faire revenir dans sa vie. Seulement, il venait à peine d'arriver et ne voulait pas la brusquer en passant direct à l'action.
Le roux soupira en se frottant la nuque, sa tête basculant sur le dossier sans pour autant ciller. Ce n'était qu'une partie de l'excuse et il en était parfaitement conscient. Car en vérité, il avait encore du mal à digérer que la femme qu'il aimait soit mariée et liée à un autre. Le fils Kurosaki se leva, enfouit les mains dans les poches de son pantalon et s'approcha le plus près possible de l'une des trois fenêtres, notant cette fois qu'un avion venait de décoller.
Comme il l'avait dit à Tatsuki, il se doutait qu'une femme gentille, douce, au grand cœur et à l'âme généreuse comme Orihime ne resterait pas célibataire éternellement. Néanmoins, si le supposer l'avait blessé, le constater le déchirait de part en part à l'intérieur même s'il n'en laissait rien paraître.
Ichigo ne l'avait dit à personne excepté à son meilleur ami, mais il avait tenté de refaire sa vie aux États-Unis après que ça n'ait pas fonctionné avec sa Hime. Il était sorti avec des femmes pour essayer d'oublier la seule et unique que son cœur réclamait. En vain. Orihime était celle qui lui fallait, il n'avait pas su le voir par le passé mais à présent, il le voyait aussi clairement qu'un rocher dans un cours d'eau. C'était Ichigo & Orihime. Non Jin & Orihime.
En toute honnêteté, de par l'éducation qu'il avait reçue -entre autres le respect des femmes-, le Shinigami suppléant méprisait les hommes s'entichant de femmes mariées. Pourtant, c'était exactement ce qu'il faisait lui-même. La différence est qu'il avait déjà été en couple avec Orihime et elle nourrissait encore des sentiments à son égard, il en était certain. Ça signifiait donc que quelque chose clochait. Orihime était une femme fidèle, non pas du genre à se laisser séduire avant de sombrer sous le charme d'un homme alors qu'elle était véritablement amoureuse d'un autre. Or, chez Tatsuki, Ichigo n'avait pas eu à pousser trop loin pour la troubler, la faire rougir et frissonner contre lui. Ça voulait bien dire qu'elle l'aimait toujours, même si ce n'était pas aussi intense. Si elle l'aimait encore, on pouvait en conclure qu'elle n'était pas si heureuse que ça avec son mari. Et si le bonheur ne régnait pas entre elle et Jin, le résultat était net et sans équivoque : leur mariage n'était pas aussi solide qu'ils voulaient le faire croire.
Une main toujours dans sa poche, le frère des jumelles utilisa l'autre pour desserrer légèrement sa cravate et déboutonner le premier bouton de sa chemise. Ensuite, il fourra ses doigts dans ses cheveux hérissés dans un geste nerveux. Il était prêt à se battre pour Orihime, seulement une voix agaçante lui rappelait qu'il allait aussi devoir affronter Jin, et peut-être au sens propre.
- Monsieur Kurosaki, un visiteur pour vous.
Cette voix féminine s'élevant du haut-parleur de son téléphone le ramena efficacement sur terre. Il se détourna de la vue panoramique, s'approcha de son bureau en consultant sa montre : 13h40. Étrange, il ne se souvenait pas avoir de rendez-vous à cette heure-ci. Intrigué, le jeune PDG appuya sur une touche du combiné.
- Qui est-ce, Christie ?
- Eh bien, je ne… Non, attendez ! l'entendit-il crier à l'adresse de la personne.
Le roux haussa un sourcil jusqu'à entendre des pas précipités de l'autre côté de la porte. Oh, Kami… Avec un soupir, il se redressa et décida de compter jusqu'à trois.
- Fiiiiistooooooon ~ !
Un. Une chose volante apparemment non identifiée défonça la porte comme un boulet de canon et fonça droit sur le jeune homme irrité près du bureau.
- Viens faire un câlin à ton papounet !
Deux. Ichigo se pencha en avant, la chose poursuivit donc sa course au-dessus de sa tête en ébouriffant sa crinière orange au passage.
- J'avais tellement hâte de venir féliciter mon… ARGH !
Trois. La chose s'écrasa contre la vitre tel un insecte, et y resta collée un instant avant de glisser lourdement sur le plancher.
- Tu as conservé tes réflexes, je suis encore plus fier de toi ! s'excita Isshin en bondissant sur ses pieds, les deux poings sur la taille, le torse bombé.
- Je n'aurais pas dû demander à ce qu'on renforce les vitres. Ainsi, tu en aurais pété une pour aller t'aplatir quarante-cinq étages plus bas, grogna son fils avec mauvaise humeur.
- Aww ! Ce n'est pas ce qu'on est censé dire à son père qu'on vient juste de retrouver après des années !
Le frère de Yuzu et Karin roula les yeux tandis que Christie arrivait en trombe dans son tailleur rouge impeccable, ses yeux clairs lançant des éclairs derrière ses lunettes rectangulaires, ses cheveux blonds semblant crépiter de fureur.
- Monsieur Kurosaki… !
- Tout va bien, la calma celui-ci en désignant son géniteur. Cette chose est mon père, le Docteur Kurosaki Isshin, et ne me demande pas comment il est parvenu à exercer cette profession, expira-t-il. Papa, c'est Christie Thomas, mon assistante.
De la vapeur s'échappa des narines du père Kurosaki, sous le charme.
- Christie chan, c'est ça ? dit-il en joignant les mains sous le menton, prêt à bondir sur elle. Mon fils m'a parlé de vous au téléphone mais il a omis de préciser quelle belle femme vous étiez. Vous êtes absolument charmante, mademoiselle ! Mon Ichigo a toujours eu le don de s'entourer de beautés plus renversantes les unes que les autres, haha !
- Reste là, le vieux ! le retint par le col le concerné.
Son assistante cligna des yeux deux fois, visiblement surprise par des personnalités si opposées.
- Monsieur Kurosaki, cet homme est vraiment votre… ?
- Oui, je suis bien le papa adoré de ce beau jeune homme ! assura le médecin en claquant fortement le dos de son fils qui s'étouffa avec de l'air. N'est-il pas sexy comme son séduisant papa ?! ajouta-t-il avec un sourire, les sourcils arqués.
Thomas rosit légèrement et remonta ses lunettes.
- Je vais vous laisser, vous savez où me trouver en cas de besoin, Monsieur Kurosaki. Monsieur Kurosaki sénior, marmonna-t-elle avec un hochement de tête.
En quelques secondes, la porte se referma sur elle.
- Elle a encore du mal avec les coutumes de notre pays. « Sénior » ? Ça me donne l'impression d'avoir pris vingt ans et d'être ton grand-père !
- Elle est américaine, papa et tu l'as fait flipper.
- Que dis-tu, Ichigo ! Je suis un homme sociable et débordant de vie !
- Ouais, un peu trop. De toute façon, t'es beaucoup plus vieux que tu n'en as l'air alors estime-toi heureux.
C'est en soupirant encore une fois qu'il s'installa derrière son bureau, son paternel prenant place sur l'une des deux chaises rembourrées face à lui.
- Je suis venu te féliciter, annonça Isshin. J'aurais voulu le faire avant mais j'avais beaucoup de travail.
Ichigo fut forcé de constater que son vieux était sérieux.
- Cette tour est le symbole de ta réussite professionnelle. Je suis fier de toi, Ichigo.
Gêné, ce dernier dévia le regard et se gratta la tête en cachant autant que possible qu'il était touché.
- Merci, papa, laissa-t-il enfin échapper.
L'intéressé sourit. Ainsi était son fils.
- Et merci encore pour l'argent ayant servi à la rénovation de la clinique, continua-t-il.
- Je t'ai déjà dit que ce n'était rien, lui rappela le jeune homme en se laissant aller contre le dossier.
- Je te remercie quand même ! s'entêta son père avec une moue boudeuse. Je t'ai dit que je le ferais de vive voix dès que j'en aurais l'occasion, c'est chose faite. Passe dès que tu auras un moment pour voir ce que ça donne, tu sais que tu es toujours le bienvenu à la maison.
- Je passerai bientôt.
Ichigo fit pivoter son fauteuil pour se mettre de profil en gardant un bras sur le bureau, ses orbes marron dans le vague. Son géniteur attendit un instant, sachant exactement ce qui se passait dans sa tête rousse.
- L'adaptation n'est pas trop difficile ?
- Qu'est-ce que tu veux dire ? questionna son fils qui avait parfaitement saisi.
- J'ai vu ta réaction quand tu as rencontré Jin san lors de la soirée chez Tatsuki chan.
Le Shinigami remplaçant se pinça l'arête du nez.
- S'il te plaît, je n'ai pas envie de parler de lui.
Rien que de penser à ce type trop parfait le rapprochait inexorablement de la migraine. Le docteur, de son côté, recula lui-même dans sa chaise en se frottant la nuque, un certain sourire aux lèvres.
- Orihime chan vient régulièrement me rendre visite et parfois m'aider à la clinique et à la maison. Je me demande encore comment elle fait entre ses cours, son travail et le bénévolat, mais j'accepte son aide avec plaisir. Surtout depuis que tes sœurs ne sont plus là.
Ichigo demeura sans expression, ce qui ne découragea pas son papa.
- Elle est toujours aussi douce et a retrouvé sa joie de vivre si je puis dire, poursuivit-il avec un sourire triste. Seulement, son regard change chaque fois qu'il se pose sur la porte de ton ancienne chambre ou lorsqu'elle fixe des photos de toi en croyant que je ne la vois pas.
Le roux ferma les yeux, le talon de sa main sur son front, ses doigts agrippant des brins orange.
- Pourquoi tu me dis tout ça, papa ? demanda-t-il doucement avec une teinte de douleur.
Isshin l'observa avec peine et compassion.
- Parce que je sais que tu es revenu en grande partie pour elle et que le fait qu'elle soit mariée ne t'arrêtera pas.
- …
Merde, son vieux lisant aussi bien en lui était emmerdant. D'un autre côté, ça lui évitait de se justifier et expliquer ses motivations.
- Je ne peux pas dire que j'approuve ce que tu t'apprêtes à faire, fils, puisqu'elle n'est plus accessible à cause de son nouveau statut, déclara sérieusement son paternel, les bras croisés. Cela dit, je te comprends.
Il se pencha en avant sans rien perdre de son expression grave.
- Ichigo.
Celui-ci tourna la tête vers lui, frappé par tant de sérieux émanant de son père d'ordinaire si lourd et ennuyeux.
- Être motivé à tout faire pour reformer un couple avec Orihime chan ne doit pas te rendre imprudent, ne laisse pas ta détermination t'aveugler, mit-il en garde son fils aîné. Tu n'es pas du genre à te laisser intimider, j'en suis conscient. Toutefois, garde à l'esprit que te rapprocher d'Orihime chan aura pour conséquence inéluctable de te mettre Jin san à dos et tu ignores de quoi cet homme est capable.
Perplexe, les sourcils très froncés, Ichigo ouvrit la bouche pour en savoir plus quand on frappa à la porte.
- Entrez, dit-il nonchalamment.
Un grand jeune homme brun en costume noir et tenant un épais dossier sous le bras fit irruption.
- Patron, Christie m'envoie…, débuta son second assistant. Oh, veuillez m'excuser, j'ignorais que vous étiez encore en rendez-vous.
- Détends-toi, Lee, ce n'est que mon père.
- Quoi ? s'étouffa-t-il en s'avançant vers Isshin. Raison de plus pour m'excuser ! Kurosaki san, je m'appelle Kurama Lee, l'assistant de votre fils ! se présenta-t-il de façon très professionnelle. C'est un honneur de rencontrer le père du Patron.
- Ravi de rencontrer la seconde personne qui aide Ichigo à gérer son emploi du temps surchargé, répondit Isshin en se levant souplement pour serrer la main que Lee lui tendait. J'allais justement partir mais peut-être pourrions-nous parler plus longuement une prochaine fois Kurama san ? J'aimerais beaucoup entendre des anecdotes sur mon fils en Amérique.
- Bien sûr, avec grand plaisir, accepta Kurama en lui rendant sa main avant de s'incliner.
L'ex-capitaine lui sourit puis se tourna vers Ichigo.
- N'oublie pas ce que je t'ai dit, fiston, ajouta-t-il, le regard pénétrant.
Sur ces mots, Isshin s'en alla plus calmement qu'il n'était arrivé.
- Euh, Patron…, hésita Lee.
Lorsque son boss était dans ses pensées, il craignait de l'en tirer sous peine de recevoir ses foudres. Un coin de sa tête se demanda si Christie ne l'avait pas envoyé ici exprès, mais il n'avait pas le choix. Mince, s'il avait su, Lee aurait confié cette tâche à un autre employé.
- Désolé de vous déranger mais les investisseurs sont arrivés pour la réunion. Christie les a conduits dans la salle de conférence, ils vous attendent.
Ichigo serra les dents. C'est vrai, cette fichue réunion qu'il avait complètement oubliée. Merde, il n'avait vraiment pas la tête à ça et se préparait déjà à n'écouter qu'à moitié. Lourdement, il déplia son corps et suivit Lee hors de son bureau, son esprit encore plus chamboulé depuis le passage de son père.
{…}
Les heures étaient passées et nous étions déjà en fin d'après-midi. Après la réunion qui dura tout de même deux heures, Ichigo retourna travailler mais s'arrangea pour partir tôt. Il le méritait bien, depuis son retour au Japon il n'avait pas quitté son bureau avant 21h, voire 22h. Il avait même dû participer à une laborieuse conférence de presse avant-hier pour présenter son entreprise. Franchement, Ichigo détestait cet événement. Tous ces journalistes le bombardant de questions dont certaines n'avaient rien à voir de près ou de loin avec son métier. Tch, il en aurait bien cogné six ou sept surtout qu'il ne s'était pas planté sur les titres qui avaient fait la une le lendemain de son arrivée. Ses nerfs furent mis à rude épreuve cette semaine, finir tôt était donc une bonne chose.
Par souci de discrétion, il avait emprunté l'une des voitures de sa société sans le logo et aux vitres teintées pour se rendre à un endroit précis. Il se trouvait actuellement sur un vaste parking. Les mains crispées sur le volant, il attendait.
Sa conversation avec son père lui avait laissé un désagréable sentiment de malaise au creux de l'estomac. De plus, le fait qu'il l'ait, à l'image de Chad, mis en garde contre Jin le dérangeait vraiment. C'était comme si son père et son meilleur ami savaient quelque chose sur Jin que lui-même ignorait, et Ichigo n'aimait pas ça. Il fallait ajouter à cela que ne pas avoir le moindre contact avec Orihime l'agaçait. Il ne savait pas où elle vivait et son adresse mail avait changé sans surprise. La savoir si proche et si loin de lui était difficile. Tout ce qu'il avait, c'était le nom de la Faculté où elle suivait ses cours de médecine puisqu'elle y était déjà inscrite lorsqu'ils sortaient ensemble. Et c'est précisément devant l'imposante structure que le roux avait arrêté son véhicule.
Ichigo appuya l'arrière de son crâne sur l'appui-tête, ses doigts tapotant le volant, ses iris braqués sur la sortie de l'école. Nous étions jeudi, soit une semaine jour pour jour depuis son retour. Il était présent quand Tatsuki avait appelé sa meilleure amie pour l'inviter à la fête en son honneur et il avait noté mentalement l'heure. Le frère des jumelles supposa donc qu'elle finirait à la même heure aujourd'hui et ne devrait plus tarder à sortir. Comme pour lui donner raison, une sonnerie retentit annonçant la fin des cours.
Si au moins il avait son numéro de téléphone… Entendre sa voix serait déjà mieux que rien. Mais à en juger par leur dernier face à face, Orihime ne le lui donnerait pas. Ichigo songea alors à Tatsuki mais bien que contente de son retour, son amie d'enfance ne trahirait pas Orihime. Demander à Uryuu, c'était mort et enterré et puis plutôt partir en voyage avec Kon que de s'abaisser à soutirer des informations à son fier ami et rival Quincy. Quant à Keigo, il parlait beaucoup trop et Rangiku san était trop en colère contre lui pour l'aider. Mizuiro, lui, même s'il était marié à son portable ne devait pas avoir le numéro d'Orihime dans son répertoire puisque Monsieur s'intéressait encore et toujours aux femmes plus âgées et n'avait que faire des femmes en couple. Le jeune PDG expira. Il ne lui restait plus que Rukia ou Chad…
- … ouais, je trouve aussi que cet examen aurait pu être plus difficile. Tu es certaine de ne pas vouloir que je vienne te chercher plus tard ? demanda une voix féminine. Ça ne me dérange vraiment pas, tu sais.
- Non, Ana chan, je t'assure que ça va aller ! Je vais prendre le bus comme ce matin.
Ichigo se tendit sur son siège. Cette voix. Il pivota immédiatement pour repérer son corps familier.
- Orihime, chuchota-t-il, son cœur bondissant dans sa poitrine.
Enfin, il la voyait après une semaine de torture. Il se félicitait d'avoir appris à contrôler son reiatsu, car elle s'arrêta sur le trottoir juste à côté de sa voiture avec une jeune femme blonde, sans soupçonner sa présence. Le fils Kurosaki remercia sa chance inouïe et baissa légèrement la vitre afin de mieux les entendre.
- Très bien, céda la prénommée Ana, légèrement plus grande qu'elle. Tu m'appelles si tu changes d'avis, d'accord ?
- Um !
- C'est vraiment pas de chance pour ta voiture, refuser de démarrer comme ça.
- Oui, je n'ai jamais eu beaucoup de chance de toute façon avec tout ce qui a trait à la technologie, héhé…, répliqua Orihime en frottant l'arrière de sa tête.
Ichigo plissa les yeux à sa réaction.
- Enfin, c'est tout de même super que la pharmacie Kurokawa où tu travailles se trouve juste au bas de la rue, et l'arrêt de bus en face.
- Tu as raison. A ce sujet, je dois y aller ou je vais arriver en retard ! s'affola la princesse, l'œil sur sa montre. A demain, Ana chan ! Rentre bien !
- Salut, Orihime !
Après un sourire, les deux amies se séparèrent. Le jeune Shinigami suivit Orihime des yeux jusqu'à ce qu'il la perde de vue. Puis, il mit le contact et démarra pour rentrer chez lui, une précieuse information bien enregistrée dans sa mémoire.
{…}
Quelques minutes plus tard, après avoir affronté les embouteillages, Ichigo arriva chez lui. Il monta les marches recouvertes d'un tapis rouge, salua comme d'habitude le gentil portier, un homme d'une quarantaine d'années en uniforme et casquette, et se dirigea vers l'ascendeur qui le mena au dix-septième étage. De là, il déverrouilla son appartement, jeta les clefs sur le meuble, ôta ses chaussures et fila directement prendre une douche. Ça ne le lava pas de ses pensées sombres mais ça détendit au moins son corps.
Une fois séché, le roux enfila un pantalon de jogging et un t-shirt avant de s'allonger sur son lit. Couché sur le dos, un bras sur le front, il n'eut pas le loisir de se laisser de nouveau submerger par des pensées que quelqu'un frappa.
- Fait chier, pour une fois que je termine tôt, sérieux…, râla-t-il.
Lentement, le jeune homme se redressa avant de s'immobiliser à mi-mouvement. Il habitait un immeuble luxueux, personne ne pouvait monter sans s'être annoncé à la réception et l'interphone n'avait pas sonné pour le prévenir d'un éventuel arrivant. Et puis le bruit des coups ne ressemblait pas au son caractéristique du bois qu'on frappe. Ça ressemblait davantage à…
Les coups recommencèrent.
- Bordel de merde ! jura-t-il, la compréhension l'écrasant comme une tonne de briques.
Il se précipita dans le salon et vit deux formes noires sur la terrasse. Ichigo se frappa le front.
- Oi, Ichigo ! Tu vas te décider à nous ouvrir au lieu de rester planté là comme un con !
C'est en prenant tout son temps que l'insulté coulissa la porte-fenêtre pour permettre à ses deux amis d'entrer.
- Renji, Rukia. Qu'est-ce que vous faites là ?
- Ton boulot ! répondit le Shinigami tatoué. WOW ! Tu mènes la belle vie, c'est luxueux ici ! Espèce de bâtard chanceux, ajouta-t-il en examinant les lieux.
- Hein ? lâcha Ichigo, ignorant les commentaires sur son appartement.
- Ce que cet idiot essaie de dire, l'éclaira Rukia, indifférente au luxe l'entourant, c'est que la Soul Society t'a renommé « Shinigami suppléant » mais tu vis à Tokyo. Le temps que tu arrives à Karakura, même en shunpo, les Hollows auront l'occasion de faire une ou plusieurs victimes. Le capitaine général nous a donc envoyés Renji et moi pour te remplacer car c'est plutôt calme à la Soul Society en ce moment.
Ichigo se détourna pour se rendre dans le coin cuisine tandis qu'elle s'asseyait sur le canapé immaculé.
- Mais nii sama m'a chargé de te dire qu'ils ont décidé que tu reprendrais temporairement ton rôle si tu venais à séjourner à Karakura, chez ton père par exemple.
- Génial, c'est bon à savoir, ironisa son ami en remplissant un verre de jus de fruits qu'il lui apporta avec quelques biscuits dans un plat.
Il lui aurait bien proposé du thé, seulement il préférait rester à distance de la bouilloire. Ces machins étaient imprévisibles.
- Merci, dit Rukia en avalant une gorgée pendant qu'Ichigo prenait place à son côté.
Durant ce court moment, Renji avait bien sûr eu le temps de se faufiler vers le frigo qu'il ouvrit comme les placards, émerveillé.
- Putain, t'as assez de bouffe pour tenir un mois, vieux !
- Je mange plus souvent dehors ou au bureau que chez moi.
- T'avais qu'à venir me trouver si t'as tant de mal à couler ton énorme stock de nourriture !
- Renji…, commença le fils Kurosaki en le voyant sortir un bol, une assiette et un verre.
- Dans quel tiroir tu ranges les baguettes, bordel…, marmonna le maître de Zabimaru en ouvrant les tiroirs un à un, ses longs cheveux noués suivant ses gestes. Ah, les voilà… maintenant une cuillère pour la confiture… T'as un plateau que je mette tout ça ?
- Bon sang, Renji ! T'as l'air d'un crève la faim en te comportant comme ça alors que t'es plus gros que moi et que tu manges l'équivalent de dix repas par jour !
- Ichigo, enfoiré ! Je suis pas gros mais musclé ! Et je viens de faire ton boulot en plus du mien, rien que le trajet a accéléré ma digestion et le combat a vidé mon estomac ! Tu devrais te montrer plus reconnaissant envers Rukia et moi surtout que malgré mon état, j'ai fait l'effort de me traîner jusqu'ici pour voir ta sale face ! se défendit-il en le pointant avec ses baguettes.
- Ne me mêle pas à ça, Renji, murmura tranquillement la petite noble en croquant dans son gâteau. Et tu es aussi venu recharger ton estomac chez Ichigo parce que tu savais qu'Urahara t'aurait demandé de faire quelque chose en échange de te nourrir.
- Rukia ! rougit l'estomac sur pattes qui remplissait le bol de chips et son verre de soda. Tu es de quel côté !?
- Laissez tomber, les interrompit Ichigo, pas d'humeur à ça. Rukia, comment êtes-vous venus jusqu'ici ?
- La ville de Tokyo ne regorge pas autant d'énergie spirituelle que Karakura, la densité est même quasiment nulle ici. Urahara a donc mis au point des pilules basées sur les gikongan. Sauf qu'au lieu de les prendre pour sortir de nos gigai, on les avale en tant que Shinigami pour générer une sorte de champ d'énergie autour de nous qui nous permet d'utiliser le shunpo. Urahara m'a d'ailleurs demandé de t'en remettre, pensant que tu pourrais en avoir besoin. Leur effet dure une heure environ.
Elle sortit un étroit flacon transparent de sa poche qu'elle posa sur la table basse. Ichigo y compta neuf pilules bleues. Ses yeux se plissèrent dans la suspicion.
- C'est quoi les effets secondaires ? grogna-t-il.
Renji les rejoignit avec un plateau chargé et se posa à son aise dans l'un des fauteuils.
- Ça dépend, expliqua-t-il, la bouche pleine. Rukia a eu des vertiges pendant deux minutes après en avoir pris une. Moi, j'ai crevé la dalle comme si j'avais rien bouffé pendant une semaine. C'est vraiment un coup bas cet effet, j'ai sérieusement cru mourir de faim, frissonna Renji avant de donner un bon coup de mâchoires dans un sandwich.
- Te concernant, ce n'est pas un effet secondaire mais ton état permanant, balança sèchement le fils d'Isshin en se grattant la tête, les yeux brièvement clos. Et tu ne crèverais pas de faim au bout d'une semaine mais d'un jour.
- Je t'emmerde, Ichigo !
Rukia soupira.
- Bon, et si tu nous disais comment tu vas, Ichigo. Nous sommes aussi là pour ça, nous n'avons pas pu discuter sérieusement avec toi lors de la soirée chez Arisawa.
Leur ami leur raconta sa semaine de travail, ce qu'il ressentait depuis qu'il était revenu au Japon et avait retrouvé ses proches, notamment sa famille. Cependant, il prit bien soin de ne pas évoquer le sujet numéro un occupant son esprit.
- Et tu penses quoi du mariage d'Orihime chan ?
Hélas, Renji prit bien soin de mettre le sujet sur le tapis. Rukia lui jeta un regard mauvais et il eut le bon goût de prendre un air contrit qu'il cacha en buvant son soda. La sœur de Byakuya avait remarqué la contraction des muscles d'Ichigo ainsi que le changement dans son regard à l'instant.
- Je l'ai mal digéré, qu'est-ce que vous croyez, confessa-t-il avec irritation. Elle ne m'a même pas dit qu'elle était fiancée et aucun de mes amis ne m'a prévenu de son mariage, leur reprocha-t-il.
- On est désolés. Nous pensions que ce n'était pas à nous de te le dire mais à elle.
- Peu importe, Rukia, la coupa-t-il en se levant pour prendre l'air sur la terrasse.
La brunette échangea un regard avec le vice-capitaine de son frère et ils se comprirent. Elle se remit debout et marcha vers la terrasse également, là où Ichigo était accoudé. Rukia connaissait le regard qu'il affichait. Ce regard signifiant qu'il était obnubilé par une pensée qui le poussait à se poser des tas de questions.
- Ichigo, débuta-t-elle doucement en s'approchant de lui.
Elle posa une main sur son bras…
- Argh !
… avant de lui enfoncer férocement le coude dans les côtes.
- Merde, Rukia ! C'était pour quoi, ça ! s'énerva-t-il, plié en deux et frottant ses pauvres os.
- Tu sais pourquoi ! s'écria-t-elle, son front contre le sien. Je n'ai pas pu le faire il y a presque quatre ans, ni à la soirée pour éviter de gâcher l'ambiance. Je me rattrape donc maintenant !
Le Shinigami suppléant la fixa sans rien dire, son regard inchangé, et reporta son attention sur la vue. Tokyo était très jolie à la tombée de la nuit avec ses bâtiments décorés de lumières diverses et ses rues tentaculaires éclairées par la devanture des magasins et les nombreux lampadaires. Rukia s'autorisa aussi à admirer ce spectacle unique, à l'opposé de la Soul Society. Le vent nocturne agita son shihakusho et ses cheveux bruns.
- Tu es un imbécile, Ichigo, dit-elle à mi-voix, ses prunelles indigo remplies de tristesse.
- Je sais, affirma l'intéressé d'un ton plein de regrets.
- Tu as mis trop de temps à réaliser, reprit-elle en mordillant sa lèvre inférieure.
- J'en suis conscient.
- Et maintenant, tu vas devoir te battre.
- J'en ai bien l'intention.
La petite Shinigami libéra un faible soupir avant de se tourner vers lui.
- Tout ce que je te demande, c'est de ne plus commettre les mêmes erreurs, Ichigo, lui fit-elle comprendre avec sérieux et crainte.
Celui-ci ferma les yeux, serra la mâchoire. Après quelques secondes, il souleva ses paupières dévoilant un mélange de douleur et de détermination.
- J'ai appris plus de mes erreurs que vous ne le pensez. Je préfère mourir que de les commettre à nouveau.
Les lèvres de la brune s'étirèrent en un petit sourire.
- Je te crois, déclara-t-elle sincèrement.
Ichigo agrippa fortement la rambarde.
- Rukia, tu es mon amie et celle d'Orihime, n'est-ce pas ?
- Évidemment, tu n'as même pas à demander confirmation, idiot.
- Hm… Tatsuki m'a dit que ça vous arrivait de sortir entre vous avec Rangiku san quand tu as des permissions pour venir ici.
- C'est exact, nous faisons les magasins et d'autres choses, confirma la petite Kuchiki en croisant les bras sous sa poitrine. Pourquoi désires-tu savoir cela ? Où veux-tu en venir ?
- Tu dois donc être en contact avec Hime et l'appeler de temps en temps, alors je…, poursuivit-il sur sa lancée.
Ichigo inspira et se tourna vers sa précieuse amie.
- S'il te plaît, Rukia, donne-moi le numéro de portable d'Orihime sans me poser de questions.
{…}
- Au revoir, madame ! Bonne soirée ~ !
- Merci, mademoiselle.
La cliente quitta la pharmacie en faisant tinter la clochette, et Orihime accrocha la pancarte prévenant de la fermeture. Elle travaillait dans cette pharmacie depuis deux ans et elle en était heureuse. Ça lui faisait une distraction en plus de la rentrée d'argent mensuelle. Sans ses solides notions en médecine, elle ne pourrait jamais exercer ici. Il y avait tant de médicaments et substances différents : des gélules, des pilules, des comprimés effervescents, des sachets à dissoudre, des sirops de toutes sortes, des marques variées de laits pour bébé, divers types d'analgésiques, d'antibiotiques, d'antiseptiques, de pommades, de gels, de crèmes…
- Orihime chan, appela la voix de son patron à l'arrière dans la réserve, le dernier client est parti ?
- Oui, Kurokawa san !
- Très bien, j'arrive dans un instant.
La belle retourna derrière le comptoir et aida son collègue Itsuo, étudiant également dans une autre fac que la sienne, à entrer les données de la journée dans l'ordinateur avant de ranger et nettoyer, puis compter l'argent. Le pharmacien et propriétaire, Kurokawa Fukashi, était revenu entre-temps de la réserve pour leur donner un coup de main.
- Très bien, les jeunes, vous pouvez y aller, leur sourit-il. Vous avez fait du bon boulot.
- Merci, Kurokawa san, répondirent Orihime et Itsuo à l'unisson. Bonne soirée.
Ils échangèrent un sourire et allèrent récupérer leurs affaires dans leurs casiers respectifs.
- A demain, Orihime san, la salua Itsuo, prêt à rentrer chez lui sur sa moto.
- A demain, Itsuo kun !
Elle arrangea son manteau sur ses épaules, ajusta son bonnet et emprunta également la porte arrière qui menait à un parking qu'on devait traverser pour atteindre la rue de l'autre côté. La beauté auburn ne compta que trois voitures, dont l'une appartenant à son patron, quand un vrombissement la fit sursauter : Itsuo, son casque sur la tête, lui adressa un signe et démarra pour s'engager dans la circulation. Orihime l'aimait bien, c'était un garçon gentil qui travaillait dur pour aider sa mère dont il s'occupait. L'étudiante resserra son écharpe tout en prenant la direction de l'arrêt de bus. Le printemps approchait peut-être mais la température chutait le soir, c'est pourquoi elle avait hâte que son bus arrive.
La princesse fut distraite de ses pensées météorologiques en voyant une silhouette sortir d'un cabinet non loin. Elle se mordit la lèvre. Son bus ne serait pas là avant dix minutes et ce qu'elle avait à demander était rapide. C'est ce qu'elle avait décidé sur le trajet de la fac ce matin, se renseigner sur ce sujet… Boostée, Orihime enfouit l'ensemble de ses cheveux sous son bonnet rose et dissimula le bas de son visage avec son écharpe.
- Matsuda san ! s'égosilla-t-elle.
La petite femme replète concernée s'arrêta, visiblement intriguée de voir une jeune femme courir vers elle. Elle lui accorda néanmoins son attention.
- Bonsoir, mademoiselle, je peux vous aider ?
La sœur de Sora freina pour reprendre son souffle. Matsuda Yori, l'une des plus célèbres avocates du Japon qu'elle avait vue de nombreuses fois à la télévision. Orihime se sentait intimidée ! Avec ses cheveux noirs parsemés de mèches blanches coiffés en un chignon bien serré au-dessus de sa nuque et son long manteau en fausse fourrure, elle était encore plus impressionnante que dans les médias.
- Bonsoir, um... J-Je suis désolée de vous déranger à la fin de votre longue journée, amorça-t-elle, inclinée, les mains sur ses genoux. C'est simplement que je vous ai vue à la télévision et j'ai espéré vous parler.
- Allons, allons, je vous en prie, sourit Matsuda en agitant la main. Je vous écoute, mademoiselle. Que puis-je pour vous ?
- Eh bien, voilà… euh…, s'emmêla la déesse en se redressant et cachant toujours son identité. L'une de mes amies est mariée depuis un an environ et aimerait divorcer, mais son mari refuse d'en entendre parler.
Son interlocutrice hocha la tête pour l'encourager à poursuivre.
- Mon amie a donc décidé d'attendre encore quelques années avant de demander le divorce, car elle pense qu'elle sera dans une meilleure situation…
- Que voulez-vous dire ? demanda Yori, intriguée.
Difficile de dire si elle croyait à son récit ou si elle soupçonnait qu'Orihime décrivait sa propre histoire.
- Je ne peux pas vous répondre, Maître, elle ne m'en a rien dit, éluda-t-elle. Mais ce que j'aimerais savoir, c'est comment se passe un divorce lorsque l'une des deux personnes dans le couple le refuse.
- Eh bien, cela dépend mais c'est bien sûr plus compliqué que le divorce par consentement mutuel.
- C'est-à-dire ?
- De nombreux éléments entrent en ligne de compte, précisa l'avocate avec un grand sérieux. Tels que la garde des enfants s'il y en a, la répartition des biens comme le logement, la voiture ou encore un compte en banque s'il est commun aux conjoints concernés. Le partage de tout cela peut se révéler très long, et le fait que l'une des deux parties refuse de signer les papiers ou céder des biens rend la procédure que plus difficile. Cela peut se transformer en litiges s'étendant sur des années.
- Je vois, marmonna Orihime en se léchant les lèvres derrière son écharpe, le cœur tambourinant. L'amie dont je vous parle n'a pas d'enfant avec son mari et elle est prête à lui laisser la maison même si cette dernière est à leur deux noms. Elle possède une voiture mais son mari paye temporairement l'assurance et ils n'ont pas de compte commun.
- Dans ce cas, poursuivit Matsuda, cela allège quelque peu la situation mais le divorce peut toujours mettre un certain temps à être prononcé en raison du conjoint faisant obstacle à la procédure. Il faudrait mettre en valeur les raisons qui poussent votre amie à mettre un terme à son mariage avec cet homme. J'ai déjà résolu bon nombre d'affaires de ce genre.
Elle fouilla dans son sac à main et tendit sa carte à Orihime. Celle-ci avala de travers.
- Dites à votre amie de me contacter que nous en discutions elle et moi
- Oh non, ce n'est pas utile, Maître, vous m'avez déjà bien aidée, rejeta-t-elle en agitant sauvagement les mains. Je veux dire, je lui communiquerai vos précieuses informations !
Si Jin venait à tomber sur cette carte dans ses affaires, seul Kami sama savait comment il réagirait. Seulement, Yori lui fourra sa carte dans les mains avec un sourire sincère.
- J'insiste, mademoiselle. Aider les personnes devant faire face à des problèmes d'ordre juridique est mon travail. A présent, si vous voulez bien m'excuser, mes enfants m'attendent à la maison.
- Ah ! Oui, bien sûr ! M-Merci pour votre aide et encore pardon, s'excusa la belle en s'inclinant brièvement.
L'avocate hocha la tête sans perdre son sourire et s'éloigna vers sa voiture. Orihime fixa la carte dans ses mains en se demandant quoi en faire. Elle n'avait pas osé dire à Matsuda san que Jin la frappait et faisait psychologiquement pression sur elle, car elle n'avait pas de preuve solide et ne voulait pas que ça se sache. Ça ne rendrait un éventuel divorce que plus difficile encore... Une idée lui vint.
La jeune femme entra le numéro de Yori dans le répertoire de son portable en utilisant le prénom d'une de ses camarades de classe, et jeta la carte dans la poubelle la plus proche. Comme ça, si elle désirait contacter la célèbre avocate pour d'autres questions et que l'envie prenait encore à Jin de fouiller dans ses relevés téléphoniques détaillés à son insu, il n'y verrait rien de suspect. Et puis ce numéro pourrait lui être utile pour d'autres raisons, sait-on jamais…
Il y avait autre chose : Jin détestait viscéralement Matsuda Yori parce qu'ils étaient souvent en compétition sur des affaires et parfois comparés sur leurs performances professionnelles dans la presse. Consciente de ce fait, Orihime avait donc choisi de cacher son identité afin d'éviter que Yori ne se pose des questions sur leur mariage. Car si Jin refusait d'avoir un quelconque lien avec cette femme, il avait néanmoins participé à de nombreuses soirées réunissant des avocats de renom dans lesquelles Matsuda était présente. A chacune de ces soirées, Orihime avait accompagné son mari en renvoyant avec lui l'image du couple parfait et heureux. Alors si elle serait allée voir Yori à visage découvert ce soir, elle aurait réveillé ses soupçons (cette femme était tout sauf idiote) et Jin l'aurait su d'une façon ou d'une autre, et les conséquences seraient... La princesse préféra mettre un terme au cours de ses pensées trop obscures en secouant vigoureusement la tête, les yeux fermés, ses joues, rosies par le froid, gonflées comme si elle boudait.
- Aah, ce n'est pas vrai ! Je recommence à voir tout en noir ! Ne pense pas à des choses si sombres, Orihime ! se gronda-t-elle. Songe plutôt à ce que tu vas préparer à dîner ~ ! sourit-elle en pompant le poing avec un petit tour sur elle-même.
Après avoir libéré sa longue chevelure cuivrée, Orihime se dépêcha d'atteindre le passage piéton pour traverser et enfin se rendre à l'arrêt de bus au bout de la rue. Elle eut le temps de faire deux pas à peine que son téléphone qu'elle s'apprêtait à ranger dans son sac sonna. Il s'agissait d'un numéro inconnu, elle hésita à décrocher. Mais c'était peut-être le nouveau numéro d'un de ses amis -elle se souvenait que Tatsuki lui avait dit vouloir changer de portable-, ou alors une personne ayant besoin d'aide ou que savait-elle encore. Au bout du compte, elle décrocha en reprenant sa marche.
- Allô ? Bonsoir, Orihime à l'appareil.
- Bonsoir, Hime.
La désignée se raidit sur place.
- I-Ichigo ! articula-t-elle, choquée.
- Oui, c'est bien moi, dit tranquillement son ex-petit ami.
- Comment… Mais comment tu as eu mon numéro ?
- Comment tu vas, Orihime ? esquiva-t-il sa question. Je n'ai pas de nouvelles de toi depuis une semaine, pourquoi continues-tu à me fuir alors que tu sais que c'est vain ?
Trop perturbée par la situation, la déesse ne trouva rien à répondre. Il formula en plus la pensée qui tournoyait dans sa tête sur le point d'éclater sous la pression.
- J'étais sérieux chez Tatsuki, j'ai bel et bien l'intention de te récupérer, lui rappela doucement mais fermement Ichigo. Nous devons parler, je t'invite à dîner chez moi ce soir.
La guérisseuse retrouva ses facultés mentales.
- C'est impossible, je suis chez moi occupée à réviser pour mes examens, mentit-elle en espérant qu'il n'avait pas entendu le bus qu'elle était supposée prendre lui passer sous le nez.
Elle gémit mentalement. Le prochain ne serait pas là avant une demi-heure.
- Tu ne sais pas me mentir, lui lança le roux, apparemment amusé.
La jeune femme fronça les sourcils, quelque peu mal à l'aise et agacée.
- Je dis la vérité !
Trois secondes de silence.
- Tu mens.
- Ichi… !
- Et si tu me disais plutôt ce que tu fais devant le cabinet d'une célèbre avocate au lieu de t'enfoncer dans ton mensonge ?
Hime frôla l'arrêt cardiaque. Sa voix grave était soudain devenue beaucoup plus proche. Le corps tremblant, elle pivota sur ses pieds et écarquilla les yeux.
- Tu es là, réalisa-t-elle, bouche bée.
En effet, face à elle se tenait Ichigo. Il mit fin à l'appel et fit quelques pas dans sa direction. Il portait des vêtements donnant l'impression qu'il sortait du bureau, et un coin de la tête de la beauté auburn songea que ça lui allait bien tandis que son cœur menaçait de jaillir à tout moment de sa poitrine. Encore une fois, elle se trouvait seule avec son ex-copain sans y avoir été préparée. Bon sang, c'était bien sa veine. Elle tenta de se reprendre.
- Comment as-tu su où je travaille ?
- Aucune importance, déclara-t-il, les mains dans ses poches de pantalon.
- Mais enfin… !
- Tu devrais raccrocher.
La sœur de Sora qui avait momentanément oublié son portable contre son oreille s'exécuta. Elle se demanda si c'était l'un de ses amis qui l'aurait trahie en construisant un pont entre elle et Ichigo en lui donnant son numéro. Peut-être Tatsuki chan ? Non, sa meilleure amie ne ferait pas ça même si les tensions s'étaient apaisées entre elle et Ichigo, la fête qu'elle lui avait organisée en était la preuve. Alors Rangiku san ? Non, non, son amie fan de la boisson alcoolisée en voulait beaucoup trop à Ichigo et ce n'était même pas la peine d'évoquer Ishida kun. Sado kun dans ce cas ? Oui, c'était possible, il était le meilleur ami d'Ichigo et ne lui avait jamais tourné le dos…
- Tu as toujours tendance à rêvasser, hein, constata Ichigo sans ciller.
Elle revint à la réalité en clignant des yeux.
- Alors, que fais-tu devant ce cabinet ? répéta l'homme qu'elle avait aimé à moins d'un mètre d'elle.
La questionnée ressentit à nouveau l'espèce de pouvoir d'attraction qu'il exerçait sur elle, mais elle y résista. Merci Kami sama, il n'avait pas entendu sa conversation privée avec Matsuda san, même si elle se demandait depuis combien de temps il était là exactement.
- On m'a fait une proposition et j'ai décidé d'avoir l'avis d'un professionnel avant de donner ma réponse, mentit-elle de plus belle.
Le roux haussa un sourcil.
- C'est le domaine de ton mari, nan ?
- C'est privé.
Cette fois, le fils Kurosaki fronça les sourcils mais n'insista pas pour l'instant, préférant profiter du fait qu'elle ne l'ait pas envoyé paître.
- Je croyais t'avoir dit que tu perdais ton temps, Ichigo. C'est fini depuis longtemps entre nous.
- Et moi, je croyais t'avoir dit que je n'abandonnerais pas cette fois.
L'étudiante se frotta le front avec lassitude : il était incorrigible et incroyablement entêté.
- Tu n'as pas répondu à ma proposition de t'inviter à manger, poursuivit-il sur le ton de la conversation.
Orihime croisa les bras, déterminée à lui tenir tête.
- Je t'ai répondu, c'est toi qui as esquivé toutes mes questions.
- Tu ne m'as pas répondu, tu m'as menti, rectifia-t-il, sa patience s'amaigrissant.
- Je suis toujours prise ce soir, renforça calmement son ex-petite amie.
- Alors demain.
- Je ne suis pas disponible demain.
- La semaine prochaine dans ce cas, n'en démordit-il pas.
- N'as-tu pas entendu que je suis en pleine période d'examens ?
Le jeune homme s'efforça de diminuer sa tension artérielle. Elle ne refusait pas pour cette raison, il en était sûr. Sauf que s'énerver n'arrangerait rien, au contraire. Alors il tenta de maîtriser sa voix tout en fourrageant dans ses cheveux indisciplinés avec ses doigts crispés.
- Tu peux repousser mon invitation, Orihime, mais pas effacer ma détermination. Nous devons parler toi et moi et tu le sais.
Elle ouvrit la bouche pour protester mais il l'interrompit.
- Ça finira par arriver et le plus tôt sera le mieux. Mais si tu préfères, je peux continuer à te poser la question jusqu'à ce que tu acceptes.
La déesse resta sans voix. Il ne plaisantait pas et elle avait conscience de jouer avec ses nerfs. Elle examina la situation. Ichigo la harcelant tous les jours pour discuter avec elle n'était pas du tout une bonne idée, surtout avec Jin pas loin. Ce soir, son mari finissait le travail à 22h mais ne serait pas de retour à la maison avant 23h puisque chaque jeudi, après le bureau, il rendait visite à son meilleur ami Shodai. En dehors de ça, Orihime ne pouvait nier être curieuse d'entendre ce qu'Ichigo avait à lui dire, et puis elle aussi avait des choses à lui faire entendre. Le plus tôt serait le mieux, en effet.
- Très bien, céda-t-elle dans un soupir.
Le PDG esquissa un sourire soulagé qu'elle ne releva pas.
- Mais pas chez toi, ajouta Orihime.
- Comme tu veux, dans un restaurant si tu préfères.
- Oui, je préfère et je tiens à payer mon addition.
Il demeura silencieux. Elle fronça ses délicats sourcils.
- C'est la condition, Ichigo, ou je refuse de manger avec toi, insista-t-elle.
- OK, c'est bon, se résigna-t-il, mécontent. Ça n'empêche pas qu'en tant que ton ami, j'aurais pu régler pour nous deux.
La beauté auburn l'observa comme si elle voyait à travers lui.
- Sauf que tu nous vois comme plus que des amis.
Ichigo détourna les yeux, ne dit rien et la mena à sa voiture garée à plusieurs mètres sur le parking. En posant ses perles cendrées sur la voiture de sport gris métallisé, Orihime se souvint l'avoir vue stationnée au même emplacement en sortant de la pharmacie et elle se gifla mentalement pour ne pas avoir deviné qui était son propriétaire.
- Tatsuki m'a dit que tu avais une voiture, affirma Ichigo pour éviter de lui dire qu'il avait écouté sa conversation avec son amie à la sortie de la fac.
Orihime se crispa. Sa dispute avec Jin des heures auparavant revint au galop dans son esprit tout comme son interdiction claire et nette de revoir Ichigo. Elle inspira en fermant les yeux pour calmer son rythme cardiaque.
- C'est exact, je possède une voiture.
- Alors pourquoi tu prends le bus ?
- Je, euh…
Un mensonge, vite ! Tiens : le même que celui fournit à Ana.
- Elle est tombée en panne ce matin.
Ça l'irritait, le fait demeurait pourtant là : de tous les gens qu'elle connaissait, Ichigo restait sans nul doute celui à qui elle avait le plus grand mal à mentir.
- Vraiment ? s'étonna le Shinigami en désactivant l'alarme. Je pourrais peut-être y jeter un œil, Lee m'a enseigné deux trois choses. Ou mieux, je peux lui demander qu'il vienne directement chez toi, je suis persuadé qu'il n'y verrait aucun inconvé…
- Non ! déclina-t-elle trop rapidement.
Le fils d'Isshin écarquilla les yeux, surpris par sa vivacité.
- Je veux dire, c'est très gentil à toi mais elle se trouve au garage actuellement, lui expliqua plus posément Orihime en jouant nerveusement avec ses cheveux.
- Ton mari ne peut pas te déposer en cours ou venir te chercher au travail ? s'informa-t-il, sa mine renfrognée s'approfondissant.
- Nos horaires ne sont pas compatibles. Je t'en prie, Ichigo, ne cherche pas plus loin, pensa-t-elle, désespérée.
- Tu la récupères quand ?
Oh Kami... C'est qu'il s'accrochait profondément au sujet.
- Aucune idée, le garagiste ne me l'a pas spécialement précisé, répondit Orihime sans croiser ses yeux.
- Quoi ? ne percuta-t-il pas. Comment ça « pas spécialement précisé » ? Et tu te contentes de cette réponse qu'on ne peut même pas qualifier d'évasive ?
- Il a beaucoup de véhicules sous sa responsabilité et des cas plus urgents que d'autres, souffla-t-elle, espérant plus que tout que cette discussion prenne fin.
Ils se trouvaient à présent de chaque côté du bolide gris argent.
- Mais c'est son boulot, il doit bien avoir un ordre d'idées et des salariés bossant pour lui. Dis-moi de quel garage il s'agit et j'irai le voir, ce garagiste, s'entêta le roux.
- C'est inutile, l'arrêta la meilleure amie de Tatsuki en agitant une main, l'autre sur la portière. Ça ne me dérange pas de prendre le bus, j'utilisais ce moyen de transport quand je n'avais pas encore le permis.
- Orihime, la raisonna Ichigo, agacé, tu détiens le permis de conduire maintenant. On est en hiver, il fait froid et nuit plus vite. C'est un peu isolé ici et qui sait sur qui tu peux…
- Je travaille ici depuis deux ans et il ne m'est jamais rien arrivé, lui fit-elle prendre conscience.
- Ta voiture t'a peut-être sauvée d'un détraqué rôdant ici sans que tu le saches ! siffla-t-il, sa paume s'abattant sur la carrosserie.
Merde, elle était toujours aussi inconsciente ! Et à quelle espèce de mari était-elle donc mariée ?! Ichigo mourait d'envie de lui balancer que même son amie blonde lui avait proposé de passer la chercher, mais ça reviendrait à lui avouer qu'il l'avait attendu à la sortie des cours et il ne voulait pas passer pour un harceleur.
- Ne sois pas ridicule, expira l'inconsciente en question. A t'entendre, il y a des personnes instables à chaque coin de rue.
- Je suis sérieux, Orihime et tu possèdes un physique qui ne passe pas inaperçu. Je peux te prêter l'une des voitures de ma société, l'essence à ma charge.
- Non, merci, refusa-t-elle direct en ouvrant la portière.
Outre le fait qu'elle ne désirait pas dépendre d'Ichigo, elle voyait mal comment justifier une nouvelle voiture aux yeux de son mari en un laps de temps si court. Une voiture qu'il expédierait sans attendre rejoindre la sienne Dieu sait où qui plus est.
- Non ? ne digéra pas son ex-petit-ami, soufflé. Tu te moques de moi ?
- Non. Et « non, merci » est précisément ma réponse, appuya-t-elle.
- Merde, Hime, prends au moins le temps d'y réfléchir et… !
- Pour l'amour du ciel, Ichigo arrête, je t'en prie ! s'exaspéra la princesse. Je continuerai à prendre le bus jusqu'à ce que ma voiture soit réparée et ça prendra le temps qu'il faudra ! Je me débrouillais très bien sans toi avant ton retour au Japon et ce n'est pas près de changer. Si tu as enfin compris ça, est-ce qu'on peut changer de sujet ?
Sur ces mots, elle s'installa côté passager. Ichigo serra les dents pour se forcer à la fermer tout en se massant les tempes. Bordel, il avait du mal à se maîtriser en temps normal mais là, il y allait de sa relation avec Orihime. Non sans un gros effort, il laissa tomber ce sujet et s'assit au volant en bougonnant.
- Je voudrais me changer. J'aimerais que tu me déposes d'abord chez moi, s'il te plaît.
- Tu es très bien comme ça, lui assura-t-il en claquant la portière plus fort que nécessaire. Je ne t'emmène pas dans un 4 étoiles de toute façon, je sais que ce n'est pas un rendez-vous.
- Peut-être, mais tu conviendras qu'il y a mieux qu'un jean pour dîner dehors.
- Quand es-tu devenue aussi têtue et attentive à ton apparence ? ne saisit pas le roux en bouclant sa ceinture.
- … Il y a des tas de choses que tu ignores sur moi, lui murmura Orihime, imitant son geste avant de regarder distraitement l'extérieur par la fenêtre.
Ichigo choisit de ne faire aucun commentaire, mais le sentiment inondant ses iris bruns en disait long. Il détacha ses yeux de la femme qu'il aimait et roula vers son domicile en suivant ses indications, sans se douter que quelqu'un les avait vus et entendus.
{…}
- Eh bien, sacrée baraque que tu as là.
Il détailla les lieux tandis qu'ils se dépouillaient de leurs vestes et chaussures à l'entrée.
- Merci. Jin kun tenait à avoir une grande demeure, lui expliqua Orihime en désactivant l'alarme.
- Ouais, je vois ça, commenta le Shinigami suppléant, les sourcils froncés. Mais c'est franchement exagéré pour seulement deux personnes. Il a un truc à compenser ou quoi ?
- Il y a tant de pièces qu'il m'est arrivé de me perdre au début, plaisanta-t-elle en lui faisant signe de la suivre dans la salle à manger. Toi aussi tu as largement les moyens de vivre dans ce genre d'endroit, non ? l'interrogea-t-elle avec curiosité par-dessus son épaule.
- C'est vrai, admit-il en glissant sa main dans ses cheveux en désordre. Mais j'ai grandi dans une maison plus proche du modeste que de la richesse même si mon vieux est médecin. Je préfère les lieux dans le même style, c'est Lee qui m'a choisi mon appartement trop luxueux à mon goût. Comme j'habite pratiquement au bureau, je m'en fiche maintenant sans me sentir à ma place pour autant.
La guérisseuse lui jeta un coup d'œil sous sa frange, contourna le robuste canapé vert bouteille en cuir et passa derrière le superbe bar en bois poli.
- Quand je pense que Renji est resté scotché dans mon appart', il n'a pas encore vu ici, enchaîna Ichigo pour briser le silence pesant.
- En fait, si, lui précisa la belle qui sortait un verre de sous le comptoir. Je te sers quelque chose ?
- Oui, je veux bien, accepta-t-il, installé sur l'un des hauts tabourets.
- Renji kun nous a aussi complimentés sur notre villa, il est resté bouche bée devant certaines décorations, sourit-elle en débouchant la bouteille pour verser un peu du contenu dans le verre qu'elle lui tendit.
- Il s'est également lancé à la conquête de votre cuisine en prenant d'assaut tout ce qui contenait de la bouffe, avant de mener à bien sa seconde mission qui consiste à transformer votre garde-manger en désert ? expira le frère de Karin et Yuzu en buvant une gorgée.
- Non, je crois que Jin kun ne le met pas à l'aise. C'est à peine si Renji kun a accepté des cacahuètes et trois bonbons à la menthe. Il n'est venu qu'une fois...
- Je ne sais pas comment je dois le prendre sachant qu'il n'a pas hésité une seconde à vider la moitié de mon réfrigérateur et de mes placards, marmonna Ichigo en roulant les yeux. Je n'ai pas mentionné qu'il m'a laissé la vaisselle et les emballages vides sur les bras, mais n'a évidemment pas oublié d'emporter des provisions en jurant de revenir, l'enfoiré.
La jeune femme éclata de rire, sa petite main devant ses lèvres. Ichigo cessa de boire, captivé par ce son qu'il n'avait pas entendu résonner depuis trop longtemps. Son coeur doubla sa vitesse pendant qu'une douce chaleur coulait dans son estomac. Remarquant l'attention particulière que son ex-petit ami lui portait, Orihime détourna immédiatement ses prunelles argentées et mit fin à son rire en lissant inutilement ses cheveux pour lui cacher ses joues roses.
- Enfin, je veux dire, tu sais comment est Renji kun.
- Ouais, je sais surtout qu'il sait bien chez qui foutre sa merde, répliqua-t-il, remis de ses émotions. C'est quand même super vaste ici, mit-il en évidence, désignant l'espace d'un geste circulaire. Comment tu t'occupes ?
- Oh, dit-elle, accoudée sur le comptoir, l'index sur le menton. Je nage dans les piscines, j'écoute la radio ou je regarde la télévision. Je lis aussi.
Il arqua un sourcil qui disparut sous sa frange orange.
- C'est tout ?
- Je fais également le ménage.
- Toute seule ? avala de travers Ichigo en tapotant son torse pour éviter de s'étouffer. Mais il doit y avoir près d'une dizaine de pièces rien qu'au rez-de-chaussée et votre maison s'élève sur deux étages !
Elle n'était pas humaine ! Comment diable pouvait-elle assister à ses cours, faire ses devoirs, travailler à la pharmacie, aider son père à la clinique et faire du bénévolat tout en gérant l'entretien de cette maison ?! C'était impossible. Même pour sa soeur Yuzu qui était pourtant multitâches, comme il aimait la désigner. Et à quoi servait Jin, bon Dieu ? Sa colère contre ce dernier doubla.
- Et ton mari, il se rend utile à quelque chose ? lui demanda-t-il en faisant son possible pour paraître neutre en dépit de son sourcil orange agité de tics.
- Il aime la nature, il s'occupe de notre jardin, lui révéla-t-elle avec un haussement d'épaules. C'est lui qui se charge des courses aussi, enfin il les fait livrer.
- Et en ce qui concerne l'entretien intérieur de la maison ? Tu sais, l'aspirateur, la lessive ou même la cuisine ?
- A vrai dire, Jin kun voulait que nous engagions une cuisinière ainsi qu'une dame pour le ménage. Ça m'aurait fait de la compagnie mais...
- Tu n'aurais pas été à l'aise, comprit-il tout de suite.
- Non. Comme toi, je ne suis pas habituée à être entourée de ce genre de personnes, je préfère me débrouiller, l'éclaira Orihime en frottant l'arrière de sa tête auburn. Mais tu sais, Tatsuki chan passe m'aider chaque semaine et puis il y a aussi Ana chan, Kuchiki san et même Rangiku san qui me donnent un coup de main lorsqu'elles le peuvent ! livra-t-elle avec un sourire, la tête pleine de souvenirs. On fait la poussière en écoutant de la musique, en chantant et quand le beau temps est au rendez-vous, on profite de la piscine extérieure, du jardin... Jin kun se joint parfois à nous s'il n'a pas trop de travail.
Cette réponse ne soulagea que partiellement le jeune homme.
- Je dois m'attendre à l'entendre franchir la porte d'un instant à l'autre ?
- Um ? Non, Jin kun ne sera pas là avant quelques heures.
Ichigo se sentit soudain bien plus mal pour elle. Ses orbes ambrés rivés sur son verre à moitié vide, il exprima sa pensée.
- Tu dois te sentir seule ici la plupart du temps.
- En effet, j'aimerais avoir quelqu'un qui m'attend le soir ou de qui m'occuper mais j'ai la fac et le travail pour compenser, lui répondit la déesse avant de regretter immédiatement ses paroles.
Fichue langue. Elle parlait beaucoup trop et devrait la tourner sept fois dans sa bouche avant de babiller.
- Euh, tu restes ici ? Je vais monter me changer, je ne serai pas longue.
Avant qu'il ne puisse répliquer, elle avait déjà filé vers l'imposant escalier. Hors du champ de vison de son premier amour, Orihime appuya son épaule et sa tête contre le mur, une larme lui échappant, sa respiration irrégulière s'ajustant à son cœur compressé. Elle n'en avait rien laissé paraître -du moins l'espérait-elle-, seulement se retrouver comme ça avec lui, même discuter, faisait remonter tant de souvenirs douloureux. La présence d'Ichigo avait la fâcheuse contradiction de l'apaiser et la blesser. Cela étant, ils avaient vraiment des choses à mettre au clair. Des choses qu'ils traînaient derrière eux comme des bagages invisibles depuis environ trois ans. Cette motivation à l'esprit, la princesse sécha ses larmes plus nombreuses et monta dans la chambre à coucher au deuxième étage.
Pendant ce temps, Ichigo vida son verre, alla le rincer dans la cuisine -qu'il eut du mal à trouver et qui faisait au moins quatre fois la taille de la sienne-, le sécha puis le remit à sa place sous le comptoir du bar. C'est là que des photos attrapèrent son regard. Tout en se dirigeant vers l'immense vitrine et les étagères, il repensait aux paroles de la femme qu'il aimait et se disait qu'il avait décidément raison : elle n'était pas quelqu'un de matériel. Entre de l'argent et une personne pour lui tenir compagnie, sa Hime pencherait sans hésiter pour la seconde option. Tss…
Devant les cadres rangés impeccablement derrière des portes vitrées, le Shinigami s'autorisa à en prendre un aperçu. Il vit des photos représentant dans un premier temps Orihime avec ses amis, comme une où elle posait avec Chad devant un magasin de jouets d'après l'enseigne. Une autre avec Rukia, Rangiku, son amie de la fac dont il avait oublié le prénom et Tatsuki alors qu'elles dégustaient une glace, ou encore une photo réunissant Keigo, Renji, Mizuiro et Uryuu. D'autres images exposaient Kisuke, Yoruichi, Tessai, Jinta, Ururu, Shinji, Hiyori, Yuzu, Karin, Isshin, Ryo, Chizuru et même la fille hyper timide à la coupe au carré dont Ichigo n'avait également pas retenu le nom, mais qui était dans sa classe en première année de lycée.
Bon sang, Orihime possédait des clichés de tout le monde depuis l'époque du lycée jusqu'à aujourd'hui, sauf de lui et ça le blessa. D'accord, leur relation ne s'était pas bien finie mais… ils avaient été amis durant des années tous les deux et ça comptait pour lui. Pas pour Orihime de toute évidence. Comme si elle l'avait purement et simplement rayé de sa vie pour ne le faire exister que dans ses souvenirs dont elle ne pouvait se débarrasser. Le fils Kurosaki se passa une main sur le visage et observa les autres photos. Il en nota une de Jin avec un homme d'une cinquantaine d'années à qui il ressemblait beaucoup, son père il semblerait. Et d'autres photos où Jin posait avec des amis ou avec… Orihime. Eux deux ensemble main dans la main dans un restaurant, eux deux s'embrassant dans un bois, eux deux dansant enlacés lors d'une soirée...
Ichigo décida de mettre fin à sa torture visuelle et longea le mur où il tomba sur un emplacement particulier, une sorte de niche protégeant un sanctuaire précieux : l'autel de Sora. Il reconnaissait bien là Orihime. Où qu'elle vive, son grand frère serait toujours à ses côtés et bénéficierait d'une place importante chez elle. Un peu plus loin sur les étagères se distinguaient d'autres photos dont deux plus grandes en évidence. La première montrait Orihime tout sourire dans un somptueux kimono brodé, ses cheveux élégamment noués et décorés, et accrochée au bras de Jin tout aussi rayonnant de bonheur et bien habillé. Merde. Une photo de leur mariage. Ichigo serra les poings et fixa l'autre photo plus récente qui n'avait rien à voir. On y voyait Orihime entourée d'une dizaine d'enfants d'âge variable, sans doute ceux du foyer dans lequel elle faisait du bénévolat chaque week-end.
Intrigué, Ichigo prit ce cadre en main ainsi que celui du mariage et les regarda tour à tour. Il en arriva à la conclusion qu'il y avait deux Orihime différentes. Le jour de son mariage, ses océans gris pétillaient, son sourire était éclatant, son teint clair. Sur l'autre photo, bien qu'en compagnie d'enfants, ses prunelles paraissaient presque éteintes, son sourire n'atteignait pas ses yeux et son visage était terne, fatigué. Ichigo pourrait penser qu'il s'agissait peut-être du fait qu'elle avait passé une mauvaise journée ou il ne savait quoi, mais non. Puisque en comparant attentivement les deux clichés, il était capable de dire que sa princesse avait perdu du poids entre-temps et ça le rongeait de l'intérieur, l'irritait, l'intriguait.
- Que s'est-il passé entre les moments où ces deux photos ont été prises, Hime ? se chuchota-t-il.
En ayant assez, il reposa les cadres à leurs emplacements respectifs, tourna sur lui-même en se frottant la nuque et lança un regard absent autour de lui.
- C'est quoi ça ?
Une chose de couleur vive s'imprima dans ses iris sombres, une chose visible depuis une autre pièce à la porte à moitié ouverte. Une chose reposant sur un lit. Il hésita mais la curiosité l'emporta. Après avoir jeté un œil à l'escalier aux innombrables marches, Ichigo s'aventura dans la direction de cette chambre et ouvrit la porte plus largement. S'offrit alors à ses yeux une nuisette orange en satin pliée sur un lit simple, lui-même couvert d'une couette aux motifs de lapins. Le roux fronça les sourcils sans prêter attention à cette couverture hideuse provenant forcément de Rukia et susceptible d'invoquer des cauchemars. Il était sur le point d'entrer plus loin quand Orihime revint et le trouva sur le seuil de la chambre dans laquelle elle dormait depuis des jours. Horrifiée, elle se figea net. Ne lui avait-elle pas dit d'attendre dans la salle à manger nom d'un kami ? Pour la énième fois se révélait Ichigo et son incapacité à rester en place dans toute sa splendeur.
- Ichigo, qu'est-ce que tu fais ?
Ce dernier se tourna vers elle, perplexe.
- Tu fais chambre à part avec Jin ? lui demanda-t-il sans détour.
Stressée, la belle le rejoignit et passa devant lui. Le sol ne pourrait-il pas s'ouvrir et l'engloutir tout entière ? Elle avait subi plus d'émotions aujourd'hui qu'au cours de la semaine écoulée.
- Bien sûr que non, voyons, répondit-elle en fermant la porte et évitant de justesse de s'étrangler avec sa salive. Que vas-tu chercher encore, c'est une chambre pour les invités.
Seulement, comme elle le redoutait, le difficile à convaincre Kurosaki Ichigo ne parut pas convaincu. Ses orbes marron alternaient de la porte close à son visage, ses sourcils deux fois plus froncés.
- Cette nuisette orange… c'est moi qui te l'ai offerte.
Le corps de la guérisseuse se tendit fortement et elle tourna les talons, incapable de le regarder plus longtemps.
- Ah, tu as lavé le verre à ce que je vois. Merci, j'allais le faire.
- Hime…, commença Ichigo qui marchait dans son sillage.
Parvenue dans le hall d'entrée, celle-ci se tourna courageusement vers lui.
- Je t'ai déjà répondu, lui dit-elle aussi fermement qu'elle en était capable. Cette chambre accueille nos amis et la famille. La dernière à avoir dormi dedans est Honoka chan, la sœur de Jin kun, qui est repartie cet après-midi et a de toute évidence oublié sa nuisette semblable à celle que tu m'as offerte il y a quelques années. A présent, pouvons-nous s'il te plaît nous mettre en route, il est déjà 21h.
Le frère des jumelles ouvrit la bouche pour faire valoir son point de vue quand, enfin, il releva sa beauté. Il la détailla de haut en bas. Orihime était vêtue d'une robe bleu nuit serrée à la poitrine comme un bandeau et s'évasait à partir de là jusqu'à ses genoux, révélant des mollets minces, fermes et blancs. La couleur sombre de son vêtement accentuait la pâleur de sa peau albâtre, ne la rendant que plus belle encore. Des boucles d'oreilles simples assorties à un collier discret accompagnaient le tout. En raison de sa tenue, elle n'avait eu d'autre choix que de placer ses barrettes au niveau de ses tempes, sur ses cheveux tombant tel un épais voile de feu sur ses épaules, rappelant une période du lycée. La différence était cependant saisissante : son visage était celui d'une femme, non celui d'une adolescente. Au moment où elle pivota pour aller se chausser, il la retint par le poignet.
- Qu'y a-t-il ? le questionna-t-elle, frissonnant sous son toucher.
A court de mots, Ichigo leva sa main libre afin de caresser sa longue chevelure douce et soyeuse tout en lui envoyant un regard des plus incandescents. La pauvre femme perçut une nouvelle fois les sentiments contradictoires qui se livraient bataille en elle dès qu'il se trouvait à proximité. Non seulement c'était pire lorsqu'il la regardait avec de tels yeux, mais en plus ce n'était que le début de la soirée et elle se demandait sérieusement si elle allait y survivre.
- Tu es très belle, Orihime, la complimenta-t-il avec une sincérité frappante.
Oh, elle avait chaud, très chaud, et commençait à s'interroger sur si oui ou non ce dîner n'était qu'en vérité une erreur monumentale. Ils pouvaient très bien parler sur un banc dans le parc ou ailleurs, un lieu qui ne prêterait pas à confusion. Elle ne désirait en aucun cas donner de faux espoirs à Ichigo. Ou à elle-même… ?
- Je te remercie, parvint-elle à articuler à mi-voix.
Ichigo ne lâcha pas son poignet. Au contraire, il rangea une mèche cuivrée derrière son oreille dont il traça le contour avec son index, et se pencha vers sa joue.
- Ne fais pas ça, l'arrêta Orihime dans un chuchotement, sa paume sur son torse ferme et chaud même à travers sa chemise. Ce repas est pour discuter, Ichigo. Juste ça. Rien d'autre.
Il la dévisagea à quelques centimètres de son visage avec une expression mêlant douleur et déception, mais il reprit contenance et redressa le dos.
- Je comprends, tu as raison. Désolé.
- Oublions ça, suggéra la sœur de Sora en se libérant de sa prise.
Elle enfila enfin ses ballerines en lui tournant le dos et le Shinigami fit de même avec ses propres chaussures. Il y eut un instant de gêne qui se dissipa peu à peu. Tous deux attrapèrent leurs vestes et la beauté auburn n'oublia pas de prendre son sac à main, toujours bel et bien décidée à payer tout ce qu'elle commanderait. Debout sous le porche, Ichigo savait qu'il ne devait rien attendre de ce dîner, seulement en voyant celle qu'il aimait si bien habillée et lui-même dans son costume et sa chemise, il ne put s'empêcher d'y voir là un rendez-vous. Comme à l'époque où ils sortaient ensemble…
La déesse le sortit de ses souvenirs heureux en activant l'alarme, éteignant les lumières et verrouillant la lourde porte faite de bois et de vitraux. C'est ensemble qu'ils marchèrent vers la voiture du jeune PDG. C'est justement lui qui prit la parole.
- J'ai vu qu'un restaurant italien a ouvert dans le centre-ville. Comme tu as un faible pour cette cuisine, on pourrait y aller, t'en dis quoi ?
- Tu te souviens de mes goûts en matière de cuisine ? s'étonna-t-elle.
Ils se trouvaient de nouveau de chaque côté du superbe véhicule. Ichigo passa sa main dans sa touffe rousse et la fit glisser sur sa nuque qu'il massa, visiblement embarrassé.
- Il y a des tas de choses que je sais sur toi, Hime.
- Par exemple ? l'encouragea la belle en penchant la tête.
- Par exemple, répliqua-t-il en laissant retomber sa main, la manière dont tes yeux brillent quand tu es heureuse. Ou encore, la façon dont tes pommettes rosissent lorsque tu es gênée à cause de mon regard te fixant trop longtemps. Comme en ce moment.
L'intéressée rougit deux fois plus, lécha ses lèvres sèches et mit fin à la connexion visuelle dangereuse.
- Le restaurant italien est parfait. Allons manger, discuter puis rentrons. Nous avons l'un et l'autre une longue journée qui nous attend demain, débita très rapidement Orihime.
C'est avec une main tremblante et en s'y reprenant à deux fois qu'elle ouvrit finalement la portière pour disparaître au plus vite dans l'habitacle. Amusé de sa réaction, Ichigo sourit et s'installa souplement au volant. Ce n'est qu'une fois les ceintures attachées qu'il démarra. Lorsqu'ils quittèrent l'allée devant la villa pour rouler vers leur destination, ni l'un ni l'autre ne se doutaient de l'ampleur des conséquences qui résulterait de leur sortie.
O
Bonjour ! Par quoi commencer ? Ben déjà, pour les lecteurs qui me suivent sur mon blog, sachez juste qu'il m'est arrivé une chose qui fait que je ne pourrai pas poster deux fics en même temps à la fin de l'année. Je profite alors de ma pause sur Skyrock pour avancer cette fanfiction, et me voici donc avec ce chapitre 2 que j'ai encore plus apprécié écrire que le premier ^^ Donnez vos impressions ~ Merci à tous ceux qui ont commenté mon chapitre 1 et comme je te l'ai dit par message, Suzanna, ton com est le plus long et argumenté que j'ai jamais reçu sur ce site ! XD Et pour te répondre, Sasuke Kurosaki, oui, Ichi est comme sur l'image dans cette fic *o* Merci pour la lecture !
